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SAISON 2026 - 2027

Présentations et Comptes rendus

 

Julie DEMEL, Ambassadrices d'Europe
Danielle BASSEZ, La poétesse Sapphô
Isabelle PANTIN et Sandra PROVINI, Tolkien et l'Antiquité
Olivier ROLIN, La Guerre éternelle
Bernard SERGENT, Dieux grecs et dieux celtiques
Festival peplum : l'Odyssée
Pierre BAYARD, sur le film d'Hichcock « Vertigo »
Philippe HAUGEARD, La Chanson de Roland
Benjamin BRADU, La finitude du monde

Dimanche 6 septembre 2026

Forum des Associations au Campo Santo

 

Mardi 22 septembre 2026

Ambassadrices d'Europe : un regard historique sur la diplomatie en Autriche et en France

conférence par Julie Anne DEMEL

PRÉSENTATION

Julie Demel est agrégée d'allemand, professeur au lycée Pothier d'Orléans.. Elle a étudié au Collège d'Europe à Natolin (Pologne). Après avoir travaillé un an à l'ambassade de France en Autriche et à la Commission européenne, elle s'est intéressée aux relations diplomatiques et européennes et en particulier au rôle que certaines femmes ont joué sur le plan diplomatique pour aider au rapprochement des peuples comme par exemple Bertha von Suttner, Bertha Zuckerkandl ou encore Louise Weiss.

Elle a publié en 2013, aux éditions Peter Lang, les conclusions de sa thèse (Collège doctoral européen à Strasbourg)  : Regard historique sur la diplomatie féminine en Autriche et en France, de la paix des Dames (3 août 1529) au traité de Lisbonne (13 décembre 2007).

Elle est l'auteur de « Les femmes "diplomates" en Europe de 1815 à nos jours », Encyclopédie d'histoire numérique de l'Europe, à voir à l'adresse : https://ehne.fr/fr/node/12323

Exclues de la politique, les femmes s'immiscent dans le secret de la diplomatie lors des mondanités du congrès de Vienne de 1815, dans les salons intellectuels et, à partir de 1830, dans les ambassades à l'ombre de leur époux. Au lendemain de la Grande Guerre, la carrière diplomatique s'ouvre progressivement à elles, mais les résistances des hommes qui regardent la diplomatie comme leur pré carré expliquent la lenteur de la féminisation de la profession.

Certaines de ces femmes ont été des femmes de lettres, d'autres des femmes du monde, des journalistes, des intellectuelles. Ce qui les unit, c'est qu'elles contribuèrent à l'entente des peuples et à la compréhension de la culture européenne.

Cette conférence a déjà été donnée à la Bibliothèque des Nations Unies à Genève, à l'Ambassade de France en Autriche et à l'Académie dilomatique de Vienne.


COMPTE RENDU

 

Julie Demel est agrégée d'allemand et enseigne au lycée Pothier à Orléans. Après avoir obtenu le baccalauréat en Autriche, elle poursuit ses études à Strasbourg. Elle suit ensuite des cours de droit européen en Pologne, au Collège d'Europe à Natolin,  et soutient une thèse dont le titre est : Regard historique sur la diplomatie féminine en Autriche et en France, de la paix des Dames 3 août 1529 au traité de Lisbonne 13 décembre 2007. Elle a travaillé à l'ambassade de France à Vienne et à la Commission Européenne, a enseigné dans différents établissements en Autriche et en France et a publié des articles en lien avec ses travaux de recherche.

Si l'on pense diplomatie en Europe, certains noms viennent immédiatement à l'esprit : Monet, de Gasperi, Schumann … Et les femmes ? Quand leur nom apparaît, c'est en général en bas de page, en annexe. Pourtant, Talleyrand avait répondu à Thiers : « Mais les femmes, c'est la politique ».
En 1928 Marc Bloch publie Pour une histoire comparée des sociétés européennes.  Cette méthode permet d'appréhender la réalité de la construction européenne. On peut observer la période qui s'étend de la Paix de Cambrai (3.08.1529) à l'élection du Parlement Européen (9.06.2024).

Il convient de :
– s'interroger sur le rôle diplomatique au niveau bilatéral ou européen joué par les femmes.
– se demander quelle diplomatie elles ont utilisée pour parvenir à leur fin.
– observer que certaines femmes sont restées dans la mémoire collective, alors que d'autres ont été oubliées.

Le mythe d'Europe, lorsque Zeus l'enlève, montre une forme féminine, en amazone, et avec des attributs érotiques.
Sully, ministre d'Henri IV, dans son "Grand Dessein" et Novalis, poète de la fin du XVIIIe siècle, dans Europe ou la Chrétienté évoquent une Europe Chrétienne.
Au jeu d'échecs, il n'y avait au départ pas de dame. Cette figurine a remplacée celle du vizir.

1. Les femmes
Parmi celles qui ont joué un rôle officiel, Madame de Guébriant, qui accompagne le mariage de Marie de Gonzague avec Wladislas IV de Pologne, reçoit de la part de Louis XIV le titre d'ambassadrice.
En 1754 paraît L'ambassadrice et ses droits, traité attribué au juriste Moser.
Louise de Savoie, mère de François 1er, et sa belle-sœur, Marguerite de Habsbourg, tante de Charles Quint, négocient et signent la Paix des Dames en 1529.
En 1756, l'alliance entre la France et l'Autriche, nommée le renversement des alliances, est rendue possible grâce à Madame de Pompadour, maîtresse de Louis XV, et à Marie-Thérèse d'Autriche, impératrice.
Les sœurs Dorothée de Courlande et Wilhelmine de Sagan ont joué un rôle dans les salons du congrès de Vienne, l'une aux côtés de Talleyrand et l'autre de Metternich.
Fanny von Arnstein et Madame de Staël incarnent les liens intellectuels à l'époque de Napoléon.
Mélanie de Pourtalès et Pauline de Metternich, ambassadrice en France, sont très présentes à la cour de Napoléon III et Eugénie.


La pacifiste autrichienne Bertha von Suttner a, pense-t-on, influencé Alfred Nobel pour qu'il demande la création d'un prix de la paix.
Berta Zuckerkandl, qui s'est liée d'amitié avec Georges Clémenceau, a tenté de négocier une paix séparée avec la France durant la Première Guerre mondiale.
Enfin, Louise Weiss et Simone Weil occupent toutes les deux une place importante dans la construction européenne.

2. La diplomatie
La diplomatie est la façon dont se tissent les liens et les relations entre Etats. Le Traité d'Utrecht est signé en 1713, en français, et inaugure ainsi la primauté du français comme langue diplomatique. Les traités de Westphalie en 1648 sont à l'origine du droit international moderne.
La diplomatie doit anticiper et pour ce faire a besoin d'un langage précis, d'informations et de renseignements fiables, de flexibilité.
On parle ainsi de diplomatie royale, comme pour la Paix des Dames, en fait une paix entre deux régentes. Le renversement des alliances, grâce à Madame de Pompadour et Marie-Thérèse d'Autriche, s'inscrit dans la diplomatie de boudoir. Le congrès de Vienne, à l'issue duquel Talleyrand réussit à garder les frontières, relève de la diplomatie de salon. Quant à Pauline de Metternich qui veut que la France découvre Wagner et parvient à convaincre l'impératrice Eugénie, elle pratique la diplomatie de l'éventail. L'activité de Berta Zuckerkandl est à classer dans la diplomatie du masque et de la plume. Geneviève Tabouis et Fanny Starhemberg pratiquent une diplomatie des pas perdus, tout comme Suzanne Bidault, première diplomate française, et Johanna Nestor. Durant les dernières décennies, on parle de smart power, lorsque des femmes comme Cécilia Sarkozy, Ursula von der Leyen interviennent.

3. Mémoire culturelle
Le sociologue Maurice Halbwachs estime dans Les cadres sociaux de la mémoire qu'il existe plusieurs types de mémoires : la mémoire individuelle, la mémoire collective dans les groupes intermédiaires (familles, classes sociales) et la mémoire collective à l'échelle des sociétés globales et des civilisations.
Le concept de lieu de mémoire, développé par l'historien Pierre Nora, est un support matériel ou immatériel qui intervient dans la mémoire collective, une façon nouvelle de penser la mémoire collective.
Les égyptologues Jan et Aleida Assmann voient une mémoire différente selon les pays. Dans certains pays, on constate une mémoire oubliée, voire délibérément oubliée.
La mémoire peut être retrouvée dans des monuments célèbres comme le monastère de Brou, sur la porcelaine de Sèvres grâce à Madame de Pompadour, sur des billets de banque, etc…
Un certain nombre de lois ont été votées grâce à des femmes comme Simone Weil qui est entrée plus tard à l'Académie Française.
 « Pourquoi l'homme serait-il seul qualifié pour accomplir une mission diplomatique ? » C'est sur cette citation de Charles de Chambrun que la conférence se termine.

 Françoise Guerry-Raby


RÉSUMÉ (pour le Bulletin national)

 

 

Mardi 13 octobre 2026

La poétesse grecque Sapphô

conférence par Danielle BASSEZ

PRÉSENTATION

Danielle Bassez est née à Châteauroux en 1946. Après des études à l'Ecole Normale Supérieure de Fontenay et à la Sorbonne, elle est agrégée de Philosophie et a enseigné à Vizille (près de Grenoble). Depuis 2015 elle est docteur en Études néo-helléniques (avec une thèse sur Benjamin Appert). Elle réside actuellement à Orléans.
Elle est l'auteur de douze « récits » publiés entre 1992 et 2023 aux éditions Cheyne (Tombeau, Vieilles, L'Égarée, La Kermesse, De la pratique du gribouilage comme art gourmand de la lecture, Meurs encore, Aucune chanson n'est douce, Le Professeur, Baïkal, Contre-Chant, Le même et l'Autre).
Elle est également l'auteur de trois ouvrages sur la Grèce du XIXe siècle : Le Chant du Klephte (2014), Gustave d'Eichthal et la langue grecque (2021), Benjamin Appert en Grèce ou le rêve d'une prison philanthropique (2022).
Les Klephtes étaient, au XIXe siècle, les Grecs rebelles qui harcelaient l'occupant Turc. Le baron Gustave d'Eichthal (1804-1886), helléniste et ethnologue, a soutenu que le grec ancien, depuis Homère, devrait se prononcer comme le parlent les Grecs d'aujourd'hui. Benjamin Appert (1797-1873) est un philanthrope qui apparaît dans Le Rouge et le Noir en visiteur de prisons; il est parti en Grèce en 1855 pour y proposer des réformes et pour y fonder une colonie pénitentière modèle.

Sapphô est une poétesse grecque née vers -630 dans une famille aristocratique. Elle a vécu à Mytilène sur l'île de Lesbos. Pour des raisons politiques, elle a été un temps exilée en Sicile. Elle avait regroupé autour d'elle quelques jeunes filles qui se préparaient au mariage en chantant et jouant de la musique. Bien que mariée et mère, elle exprime souvent dans ses poèmes son amour pour les jeunes filles (de là les termes de saphisme et de lesbianisme).
Admirée par ses contemporains, sa réputation, à cause des ses moeurs, s'est ternie à Athènes, puis à Rome et surtout dans le monde chrétien.

• Elle est appelée « la dixième Muse » dans une épigramme qui est faussement attribuée à Platon (Anthologie palatine, IX, 506) : « Ἐννέα τὰς Μούσας φασίν τινες· ὡς ὀλιγώρως· / ἠνίδε καὶ Σαπφὼ Λεσβόθεν ἡ δεκάτη. » [Certains disent qu'il y a neuf Muses. Quelle négligence! Voici encore Sapphô de Lesbos, la dixième!]
• Strabon (XVII,33) : Σαπφὼ ἡ τῶν μελῶν ποιήτρια [Sapphô qui composait des poèmes accompagnés de musique]
• Strabon (XIII,2,3) : συνήκμασε δὲ τούτοις καὶ ἡ Σαπφώ, θαυμαστόν τι χρῆμα· οὐ γὰρ ἴσμεν ἐν τῷ τοσούτῳ χρόνῳ τῷ μνημονευομένῳ φανεῖσάν τινα γυναῖκα ἐνάμιλλον οὐδὲ κατὰ μικρὸν ἐκείνῃ ποιήσεως χάριν. [Dans le même temps florissait Sappho, Sappho une merveille ! car je ne sache pas que, dans tout le cours des temps dont l'histoire a gardé le souvenir aucune femme ait pu, même de loin, sous le rapport du génie poétique, rivaliser avec elle.]

Son oeuvre, très célèbre dans l'Antiquité, ne nous est parvenue qu'à l'état de fragments. Son thème favori était la passion amoureuse. Elle composa aussi des épithalames, chantés lors des mariages. On connaît particulièrement une Ode à Aphrodite, le seul poème qui nous soit parvenu complet, car cité intégralement par Denys d'Halicarnasse.

SAPPHO (Σαπφώ), Prière à Aphrodite pour que la jeune fille qu'elle désire réponde à son amour

ποικιλόθρον' ἀθανάτ' Αφρόδιτα,
παῖ Διός δολόπλοκε, λίσσομαί σε,
μή μ' ἄσαισι μηδ' ὀνίαισι δάμνα,
πότνια, θῦμον,

Toi dont le trône étincelle, ô immortelle Aphrodite, fille de Zeus, ourdisseuse de trames, je t'implore : ne laisse pas, ô souveraine, dégoûts ou chagrins affliger mon âme,

ἀλλὰ τυίδ' ἔλθ', αἴ ποτα κἀτέρωτα
τὰς ἔμας αὔδας ἀίοισα πήλοι
ἔκλυες, πάτρος δὲ δόμον λίποισα
χρύσιον ἦλθες

Mais viens ici, si jamais autrefois entendant de loin ma voix, tu m'as écoutée, quand, quittant la demeure dorée de ton père tu venais,

ἄρμ' ὐπασδεύξαισα, κάλοι δέ σ' ἆγον
ὤκεες στροῦθοι περὶ γᾶς μελαίνας
πύπνα δίννεντες πτέρ' ἀπ' ὠράνωἴθε-
ρος διὰ μέσσω.

après avoir attelé ton char, de beaux passereaux rapides t'entraînaient autour de la terre sombre, secouant leurs ailes serrées et du haut du ciel tirant droit à travers l'éther.

αἶψα δ' ἐξίκοντο, σὺ δ', ὦ μάκαιρα,
μειδιαίσαισ' ἀθανάτωι προσώπωι
ἤρε' ὄττι δηὖτε πέπονθα κὤττι
δηὖτε κάλημμι

Vite ils étaient là. Et toi, bienheureuse, éclairant d'un sourire ton immortel visage, tu demandais, quelle était cette nouvelle souffrance, pourquoi de nouveau j'avais crié vers toi,

κὤττι μοι μάλιστα θέλω γένεσθαι
μαινόλαι θύμωι. τίνα δηὖτε πείθω
ἄψ σ' ἄγην ἐς σὰν φιλότατα;τίς σ', ὦ
Ψάπφ', ἀδικήει;

quel désir ardent travaillait mon cœur insensé : « Quelle est donc celle que, de nouveau, tu supplies la Persuasive d'amener vers ton amour? qui, ma Sappho, t'a fait injure ?

καὶ γὰρ αἰ φεύγει, ταχέως διώξει,
αἰ δὲ δῶρα μὴ δέκετ',ἀλλὰ δώσει,
αἰ δὲ μὴ φίλει, ταχέως φιλήσει
κωὐκ ἐθέλοισα.

Parle : si elle te fuit, bientôt elle courra après toi; si elle refuse tes présents, elle t'en offrira elle-même ; si elle ne t'aime pas, elle t'aimera bientôt, qu'elle le veuille ou non. »

ἔλθε μοι καὶ νῦν, χαλέπαν δὲ λῦσον
ἐκ μερίμναν, ὄσσα δέ μοι τέλεσσαι
θῦμος ἰμέρρει, τέλεσον,σὺ δ' αὔτα
σύμμαχος ἔσσο.

Cette fois encore, viens à moi, délivre moi de mes âpres soucis, tout ce que désire mon âme exauce-le, et sois toi-même mon soutien dans le combat.

Dialecte éolien de l'île de Lesbos. Strophes « saphiques » : 3 vers de onze syllabes suivis d'un vers de 5 syllabes (un dactyle et un spondée). Traduction de Théodore Reinach.

Siméon Salomon, Sappho et Erinna dans le jardin de Mytilene (1864)


COMPTE RENDU

 

RÉSUMÉ

 


Mardi 3 novembre 2026

Tolkien et la mémoire de l'Antiquité : une exploration

conférence par Isabelle PANTIN et Sandra PROVINI

PRÉSENTATION

Isabelle Pantin est professeure émérite de littérature à l'ENS et membre de l'Institut d'Histoire moderne et contemporaine. Elle s'intéresse aux relations entre poésie, fiction et pensée cosmologique. Travailler sur l'humanisme lui a permis de rester proche des Grecs et des Latins. Elle est l'auteur de Tolkien et ses légendes (CNRS, 2009).

Sandra Provini, professeure de Littérature française du XVIe siècle à l'Université de Rouen-Normandue, a publié plusieurs articles sur les réécritures d'épopées antiques en fantasy. Elle a dirigé, avec Mélanie Bost-Fievet, L'Antiquité dans l'imaginaire contemporain, fantasy, science-fiction, fantastique (classiques Garnier, 2014). Cet ouvrage, issu d'un colloque international, associe des chercheurs de différentes disciplines pour explorer les modalités variées de la réception de l'Antiquité gréco-latine dans les genres de l'imaginaire contemporains, de la réécriture à la reprise de motifs mythiques, de l'emprunt de realia au détournement.

Elles viennent de publier Tolkien et la mémoire de l'Antiquité (Belles-Lettres, 2025), dans lequel elles mettent en lumière l'empreinte de la culture grécolatine sur le monde légendaire créé par Tolkien (Le Hobbit en 1937 et Le Seigneur des Anneaux en 1955).

L'oeuvre de Tolkien est souvent vue comme fondatrice de la fantasy médiévaliste. Elle est volontiers rapprochée de l'imaginaire celtique et scandinave, et étudiée par des spécialistes de la culture anglo-saxonne médiévale. Adoptant une autre perspective, Tolkien et la mémoire de l'Antiquité pose la question de l'empreinte de la culture gréco-latine sur le monde légendaire créé par l'auteur du Seigneur des Anneaux. Cette approche est justifiée par la formation classique que Tolkien avait reçue, par son intérêt pour l'archéologie des mondes anciens et par sa connaissance de la pensée antique, notamment telle qu'elle transparaît dans les écrits des clercs médiévaux qu'il étudiait. De plus, la Terre du Milieu qu'il a créée s'étend sur un territoire analogue à celui de l'écoumène des Anciens, et certains de ses peuples rappellent d'antiques civilisations méditerranéennes. Enfin, de nombreux motifs de l'oeuvre, mythologiques, dramatiques, poétiques trouvent des correspondances dans les littératures grecque et romaine. Par exemple, l'Atlantide de Platon se retrouve dans l'histoire engloutie de Numemor, et les cités assiégées de Gondolin ou Minas Tirith font penser à Troie.

En dressant la première synthèse sur le sujet, Isabelle Pantin et Sandra Provini mettent en lumière la façon dont la mémoire de l'Antiquité ajoute une profondeur et des résonances particulières à une oeuvre qui refuse tout référent précis. Elles permettent d'enrichir la (re)lecture des oeuvres de Tolkien et d'observer un bel exemple de la vie posthume du monde antique.

JOHN RONALD REUEL TOLKIEN EN LIBRAIRIE :
Traductions de Daniel Lauzon : Le Hobbit, éd. Poche, 10 €. Le Seigneur des Anneaux, 3 vol., Gallimard jeune, 30 €.
Le Hobbit (1937) – Les Hobbits se caractérisent par leur petite taille, leurs pieds à l'abondante pilosité, leurs oreilles légèrement pointues et leur visage rubicond. Primitivement, ils vivaient dans les vallées de l'Anduin, et se divisaient en trois branches : les Peaublêmes, les Fortauds et les Piévelus. Le roman narre les aventures du hobbit Bilbo, entraîné malgré lui par le magicien Gandalf et une compagnie de treize nains dans leur voyage vers la Montagne Solitaire, avec pour but de se réapproprier le trésor volé et gardé par le dragon Smaug.
Le Seigneur des anneaux (1955) – Le roman prend place dans le monde fictionnel de la « Terre du Milieu ». Il suit la quête du hobbit Frodon Sacquet, qui doit détruire l'Anneau unique afin que celui-ci ne tombe pas entre les mains de Sauron, le Seigneur des ténèbres, qui l'a créé. Plusieurs personnages l'accompagnent, issus de différents peuples : les hobbits Sam, (jardinier de Frodon), Meriadoc et Peregrin (surnommés Merry et Pippin), le mage Gandalf, l'humain Aragorn, héritier d'une longue lignée de rois, l'humain Boromir, le nain Gimli et l'elfe Legolas. Ils doivent échapper aux serviteurs de Sauron, dont les Nazgûls et les orques, mais aussi aux périls du voyage et à l'influence corruptrice de l'Anneau, sans compter des personnages ambigus comme le mage Saroumane ou encore Gollum, hobbit autrefois corrompu par l'Anneau. L'oeuvre est divisée en trois volumes : La Fraternité de l'Anneau, Les Deux Tours et Le Retour du roi.

 


COMPTE RENDU

 

RÉSUMÉ

 

 

Jeudi 19 novembre 2026

à 17 h 30 dans l'amphithéâtre du Lycée Pothier

Présentation de son dernier ouvrage, La Guerre éternelle, souvenirs de Troie

par Olivier ROLIN

PRÉSENTATION

Olivier Rolin est né en 1947 à Boulogne-Billancourt. Après avoir été élève de l'ENS , il s'est engagé en politique (il avait 21 ans en 1968) et est devenu un des dirigeants de la Gauche prolétarienne et maoïste. Puis il s'est tourné vers le journalisme et une carrière d'éditeur (aux éditions du Seuil). Ses oeuvres sont nombreuses (une trentaine) et variées. En Russie (1987) raconte sa découverte de Moscou, Léningrad, de la Sibérie. Tigre en papier (2002) dresse un bilan lucide et mélancolique de ses années de militantisme d'extrême gauche, dans cette fin des années soixante où l'on croyait dur comme fer à la Révolution. Vers les îles éparses (2025) est un récit de voyage sur un navire militaire dans l'océan Indien, mais c'est aussi une navigation "vers l'état fragile et un peu ridicule" du "vieux" qu'il est devenu.

Olivier Rolin était venu, en novembre 2024, nous présenter son ouvrage Jusqu'à ce que la mort s'ensuive, un récit historique consacré aux deux chefs des barricades de juin 1848, Emmanuel Barthélemy et Frédéric Cournet, évoqués dans Les Misérables.

La Guerre éternelle est sorti en août 2026. Après s'être imprégné des textes anciens, en particulier de ceux attribués à Homère, Olivier Rolin, grand voyageur comme on sait, a voulu découvrir, en Turquie, les grèves et les champs qui auraient été parcourus par les Achéens venus mettre à sac la cité fortifiée d'Ilion. Sur le terrain, au milieu des oliviers et des coquelicots, il a ressenti combien les textes ont permis à la ville sauvagement ravagée de survivre à travers les siècles et au chaos d'acquérir une sorte de beauté grâce au talent de l'aède. Mais surtout il a pris conscience que la ruine de Troie, avec ses guerriers massacrés, ses femmes violées, est "l'archétype de toutes les guerres d'extermination" ; et il cite, entre autres, Carthage en -146, Smyrne en 1922, Nankin en 1937, Srebrenica en 1995, Réïm en 2023… Dans ce livre, on retrouve l'auteur qui s'est déjà révélé à nous dans de nombreux ouvrages. Il reconnaît avoir évolué depuis sa jeunesse maoïste : son héros était alors Achille, maintenant c'est Hector, le guerrier mélancolique. Enfin il justifie sa fascination pour l'histoire de Troie disparue par le sentiment qu'il a aujourd'hui de « faire partie d'un monde en voie de disparition ».

Voir : https://www.bude-orleans.org/bude-conferenciers.html#rolin


COMPTE RENDU

 

RÉSUMÉ

 

 

Mardi 1er décembre 2026

Dieux grecs et dieux celtiques

conférence par Bernard SERGENT

PRÉSENTATION

Bernard Sergent, agrégé d'histoire, a soutenu une thèse de doctorat sur La royauté mycénienne. Il a enseigné dans le secondaire de 1975 à 1988, puis a été recruté comme chercheur au CNRS. Il est président de la Société de mythologie française depuis 1992.

Les travaux de mythologie comparée dans le domaine indo-européen permettent de découvrir un grand nombre de parentés entre mythologies celtique et grecque.

Dans le premier volume, Celtes et Grecs I, le livre des héros (Payot, 1999), qui explore les mythes portant sur les héros, Bernard Sergent dévoile progressivement un grand pan de mythologie, de poétique et de théologie indo-européennes. Le plus célèbre des héros irlandais, Cúchulainn, présente des points communs nombreux et précis avec trois héros grecs : Achille, Bellérophon et le roi légendaire athénien Mélanthios. Avec le premier surtout, le parallélisme est tel qu'il permet la comparaison des épopées respectives, la Tain Bo Cualnge et l'Iliade : il a existé en somme une « pré-Iliade» dont le héros, ancêtre à la fois d'Achille et de Cúchulainn, était déjà le personnage principal. Une autre comparaison porte sur deux figures plus obscures, l'Irlandais Celtchar et le Grec Képhalos. Tous les éléments qui les définissent sont identiques, quoique leurs mythes soient différents, et Celtchar/Képhalos se révèle à l'analyse semblable au grand dieu impulseur du soleil connu dans la théologie indienne.

Dans Le livre des dieux, Celtes et Grecs II (Payot, 2004) B. Sergent passe aux panthéons : ce ne sont pas seulement des mythes qui se ressemblent, mais des figures divines qui sont communes aux Grecs anciens et aux populations celtiques. A chaque fois, la nature des points communs exclut qu'il s'agisse d'emprunts (des Celtes aux Grecs, par exemple), car les textes irlandais et gallois, et les figurations d'époque gallo-romaine, comprennent des détails qui sont absents des textes grecs. Il s'agit donc nécessairement d'un héritage commun : tous les dieux et démons comparés dans ce livre représentent un patrimoine théologique partagé entre les Grecs et les Celtes.

On peut rapprocher, par exemple :
– Apollon et Lug, dieu de la lumière et maître de tous les arts,
– Poséidon et Manannan mac Lir, dieu de la mer et des tempêtes,
– Hermès et Oeungus, tous deux jeunes, éloquents et rusés.

 


COMPTE RENDU

 

RÉSUMÉ

 

 

28, 29, 30 janvier 2027

En partenariat avec le cinéma Les Carmes,

« Festival peplum » sur le thème de l'Odyssée d'Homère

L'Odyssée de Christopher Nolan (2026) et Le Mépris de Jean-Luc Godard (1963)


ULYSSE AU CINÉMA ET À LA TÉLÉVISION

– GEORGES MÉLIES, en 1905, a produit un court-métrage de quatre minutes : L'île de Calypso ou Ulysse et le géant Polyphème.
Ulysse approche de la grotte du Cyclope Polyphème. Fatigué, il s'endort. Des nymphes musiciennes sortent alors de la grotte, jouent de la musique et jettent des fleurs sur le héros endormi. Calypso arrive, le réveille, alors que les jeunes filles s'éclipsent. Elle l'attire devant la grotte, puis disparaît, laissant la place à la main du Cyclope qui essaie d'attraper Ulysse. Le géant sort ensuite sa tête et le héros lui transperce son seul œil avec une lance. Ulysse part alors, Calypso tente en vain de le retenir et pleure au milieu de ses amies.

– MARIO CAMERINI est l'auteur, en 1954, d'Ulysse.
Au début, on voit Pénélope qui attend à Ithaque et Ulysse quittant Troie en ruine sous la sombre prophétie de Casandre, deux scènes reliées par le chant de l'aède. Puis, privilégiant la tension dramatique, le film ne retient que quelques épisodes du retour d'Uysse. La réalisation est inégale : l'accoutrement de Nausicaa est franchement ridicule et le massacre des prétendant est traité dans le style des films de cape et d'épée. Tenté de rester près de Circé, qui a le visage de Pénélope, Ulysse, lorsqu'elle lui offre l'immortalité, décide de la quitter : "Non, il y a un plus grand cadeau : être né et mourir, et, entre les deux, vivre comme un homme".
Avec Kirk Douglas (Ulysse), Silvana Mangano (Pénélope et Circé), Anthony Quinn (Antinoos), Rossana Podestà (Nausicaa), Jacques Dumesnil (Alcinoos), Sylvie (Euryclée).

 

– FRANCO ROSSI, en 1968, réalise une adaptation de l'Odyssée en série télévisée. C'est une co-production franco-italo-germano-yougoslave.

Au début du film, à Ithaque, deux statues, Zeus et Athena, discutent du sort qui va être réservé à Ulysse. Puis les épisodes s'enchaînent suivant la trame du poème, sans effets à grand spectacle, mais avec une grande variété de styles : fantaisie pour le banquet d'Éole, fantastique pour la caverne de Polyphème… Et tous les personnages incarnent l'amour des hommes pour leur condition mortelle.
Bekim Fehmiu est Ulysse, Irène Pappas est Pénélope.

 

 

– STÉPHANE GIUSTI réalise en 2013 une série franco-italo-portugaise, Odysseus, diffusée sur la chaîne Arte. Elle met en scène le retour d'Ulysse à Ithaque vu par ceux qui l'y attendent, Pénélope, Télémaque et les prétendants. La série imagine ce qui a pu se passer ensuite. Elle montre un Ulysse rendu paranoïaque et violent par la guerre et par sa longue errance.
Alessio Boni est Ulysse, Caterina Murino Pénélope
– UBERTO PASOLINI réalise en 2024 Le Retour d'Ulysse (The Return). Après vingt ans d'absence, Ulysse échoue sur le rivage d'Ithaque. Pénélope y est prisonnière dans sa propre demeure, repoussant tous ceux qui prétendent à la couronne. Et Télémaque, qui n'a jamais connu son père, est un ostacle pour ceux qui veulent s'emparer du pouvoir. Ulysse est usé, amer, honteux de rentrer seul sans ses compagnons. Mais Pénélope, toujours fidèle, a résisté à toutes les épreuves.
Ralph Fiennes est Ulysse, Juliette Binoche Pénélope Le tournage s'est fait à Corfou, dans le Péloponèse et en Italie.

– CHRISTOPHER NOLAN réalise en 2026 L'Odyssée.
Ulysse, le légendaire roi grec d'Ithaque, entreprend un périlleux voyage de retour après la guerre de Troie. Son parcours sera marqué par des rencontres avec des êtres mythiques tels que le cyclope Polyphème, les Sirènes et la magicienne Circé, jusqu'à ses retrouvailles avec son épouse, Pénélope.
Matt Damon est Ulysse, Anne Hathaay Pénélope, Tom Holland Télémaque, Lupita Nyong'o Hélène.

La critique du film par Emily Wilson

– JEAN-LUC GODARD réalise en 1963 Le Mépris.
L'écrivain français Paul Javal (Michel Piccoli) se trouve à Rome avec sa jeune épouse Camille (Brigitte Bardot), convoqués par le producteur américain Jeremy Prokosch (Jack Palance) pour écrire le scénario d'une adaptation de l'Odyssée que va réaliser le cinéaste allemand Fritz Lang (lui-même). Mais bientôt le couple de Paul et de Camille est en crise : elle méprise son mari qui, par intérêt et un peu par lâcheté, laisse Prokosh la courtiser. Au cours de deux échanges qu'il a avec Fritz Lang à propos du sénario de l'Odyssée, Paul montre qu'il transfère ses problèmes avec Camille sur le couple Ulysse et Pénélope : selon lui, c'est parce que Pénélope ne l'aimait plus qu'Ulysse est parti à Troie et qu'il a tout fait ensuite pour retarder son retour.
L'idée du film a été prise dans le roman d'Alberto Moravia, Il Disprezzo (1954), dans lequel le scénariste Ricardo, préparant une adaptation de l'Odyssée, veut construire un scénario à partir de ses problèmes de couple avec sa femme Emilia, qui le méprise.

Les dialogues entre Paul Javal et Fritz Lang à propos d'Ulysse et de Pénélope


LECTURES SUGGÉRÉES

Homère, Odyssée, traduction de Victor Bérard (1924) en vers blancs, rééditée avec une introduction par Jacqueline de Romilly et une post-face de Jean-Pierre Vernant, avec de très belles illustrations de François-Louis Schmied, Jean Saudé et Théo Schmied (Belles-Lettres, juillet 2026).

Homère, L'Odyssée, traduction de Médéric Dufour et Jeanne Raison, Classiques Garnier, 1935 (rééd. GFpop, 2026)

Homère, L'Odyssée, traduction de Philippe Jacottet (1955) (éd. La Découverte, 2004)

Homère, L'Odyssée, traduction de Philippe Brunet (Points, 2022)

Jean Giono, Naissance de l'Odyssée (Grasset, Les Cahiers roges, 2002)

Pierre Judet de La Combe, Homère (Gallimard, Folio biographies, 2017)

Jacqueline de Romilly, Homère (PUF Que sais-je?, 2019)

Simone Bertière, Le Roman d'Ulysse (Livre de Poche, 2019)

Sylvain Tesson, Un été avec Homère et Voyage dans le sillage d'Ulysse (éd. Des Équateurs, 2020)

Moses I. Finley, Le Monde d'Ulysse (Belles-Lettres, 2025)

Christophe Ono-dit-Biot, L'odyssée de l'Odyssée: Tout ce que vous avez toujours voulu savoir sur les aventures d'Ulysse sans avoir jamais lu Homère (Grasset, 2026)

Luc Ferry (direction), Clotilde Bruneau (récit), Giuseppe Baiguera et Giovanni Lorusso (dessins), L'Odyssée en bande dessinée [La colère de Poséidon, Circé la magicienne, La ruse de Pénélope, Le triomphe d'Ulysse] (Glénat, 2026)

Alberto Moravia, Le Mépris, traduction de Claude Poncet (rééd. Flammarion, 2026)

 

Dimanche 31 janvier 2027
au cinéma "Les Carmes"

Projection du film Vertigo d'Alfred Hitchcock
suivie d'une discussion entre TANGUY VIEL et PIERRE BAYARD,

à propos de son dernier ouvrage Le Mystère Vertigo.

PIERRE BAYARD – né en 1954, agrégé de Lettres, professeur à Paris-VIII, psychanalyste et docteur avec une thèse sur "Les lectures freudiennes du texte littéraire en France" – s'est fait une spécialité de la "critique policière", examinant et critiquant les solutions de l'énigme apportées à la fin par les auteurs de romans ou de films. Cette démarche est l'occasion d'une analyse critique de ce qui nous est donné pour vrai dans un roman ou un film, ainsi que d'une étude de la part de délire propre à toute interprétation, que ce soit celle d'un enquêteur ou d'un critique littéraire.
TANGUY VIEIL, né à Brest en 1973, a vécu à Bourges, Tours et Nantes avant de s'installer à Beaugency. Ses romans, publiés aux Éditions de Minuit, sont des sortes de romans policiers. On peut citer L'Absolue Perfection du crime (2001), Insoupçonnable (2006), Paris-Brest (2009), Article 353 du Code pénal (2017). Il a publié, en 2010, Hitchcock par exemple.

Des affaires trop vite classées, reprises par Pierre Bayard

– Qui a tué Roger Ackroyd ? (1998). De nombreux lecteurs de ce roman connaissent le procédé qui l'a rendu célèbre et croient pouvoir affirmer que l'assassin est le narrateur. Mais est-ce si sûr ? Comment se fier à un texte où les contradictions abondent et qui s'organise autour d'un récit unique, celui du prétendu criminel ? Et qui peut dire qu'Hercule Poirot, dans son euphorie interprétative, ne s'est pas lourdement trompé, laissant le coupable impuni ? Pierre Bayard se livre à une contre-enquête qui lui permet de découvrir le "vrai" coupable dans ce roman d'Agatha Christie.

– Enquête sur Hamlet, le dialogue de sourds (2002). Les critiques n'ont pas cessé de débattre des ambiguïtés et des contradictions de la pièce de Shakespeare, s'interrogeant sur les circonstances mystérieuses dans lesquelles est mort le père du héros. Il faut donc reprendre l'enquête inachevée sur la mort du père d'Hamlet, et tenter, en reconstituant ce qui s'est passé il y a cinq siècles à Elseneur, de résoudre l'une des plus vieilles énigmes criminelles de la littérature mondiale. Claudius est-il vraiment l'assassin ?

– L'Affaire du chien des Baskerville (2008). Les personnages littéraires ne sont pas, comme on le croit trop souvent, des êtres de papier, mais des créatures vivantes, qui mènent une existence autonome à l'intérieur des textes et vont jusqu'à commettre des meurtres à l'insu de l'auteur. Faute de l'avoir compris, Conan Doyle a laissé Sherlock Holmes se tromper dans sa plus célèbre enquête et accuser à tort un malheureux animal, permettant au véritable assassin d'échapper à la justice. Pierre Bayard intervient pour rétablir la vérité.

– La vérité sur Dix Petits Nègres (2019). Aucun lecteur sensé ne peut croire en la solution invraisem­blable proposée à la fin du roman. En donnant la parole au véritable assassin, Pierre Bayard explique ce qui s'est réellement passé et pourquoi Agatha Christie s'est trompée.

– Oedipe n'est pas coupable (2021). On ne cesse d'affirmer, depuis l'Antiquité et plus encore depuis Freud, qu'Oedipe aurait tué son père. Mais cette accusation ne résiste pas à l'examen. En menant avec rigueur l'enquête sur les circonstances du meurtre et en révélant l'identité de l'assassin, ce livre montre que des pans entiers de notre culture reposent sur une erreur judiciaire.

– Hitchcock s'est trompé : Fenêtre sur cour, contre-enquête (2023). Il est impossible de croire sérieusement, avec les deux héros du film d'Hitchcock Fenêtre sur cour, que leur voisin d'en face aurait tué sa femme, puis l'aurait découpée en morceaux devant les fenêtres ouvertes d'une trentaine d'appartements. En fait, leur délire d'interprétation détourne l'attention d'un autre meurtre – bien réel celui-là – qui est commis devant les spectateurs à leur insu et mérite l'ouverture d'une enquête.

– Cold cases en Grèce antique, avec Zoé Angelis (2026). La pièce de Sophocle, OEdipe roi, est le premier exemple de roman policier : un crime mystérieux, une enquête serrée, un dénouement surprenant puisque le détective lui-même se révèle être l'assassin. Mais la culpabilité d'Œdipe est-elle si assurée ? Quand on l'examine en détail, la solution, apparemment rigoureuse, laisse apparaître une faille majeure. Est-il alors possible qu'Œdipe n'ait pas tué son père et que l'assassin coure encore ? Comment résoudre le plus ancien cold case de l'histoire de la littérature ? Et ce mythe fondateur est-il le seul à être sujet à caution ? D'Antigone à Thésée, d'Ajax à Orphée, d'autres enquêtes dans la Grèce ancienne n'auraient-elles pas été bâclées, qui mériteraient d'être rouvertes dans un souci de justice et de vérité ?

– Le mystère Vertigo (2026). Tout le monde croit connaître le plan machiavélique de Gavin Elster (Tom Elmore) pour faire croire à Scottie (James Stewart) au suicide de sa femme Madeleine, grâce à la complicité de Judy Barton (Kim Novak). Mais, selon Pierre Bayard, aucun spectateur de bon sens ne peut croire en cette explication proposée à la fin du film d'Hitchcock, dont le réalisateur lui-même soulignait les invraisemblances. La seule solution, pour trouver la clé de l'énigme, est donc de reprendre l'enquête à zéro, en commençant par poser une question cruciale : les morts sont-ils vraiment morts ?

Pierre Bayard, Le mystère Vertigo, Éd. de Minuit, oct. 2026, 18 €, numérique 13 €.

Dans cet ouvrage, Pierre Bayard veut d'abord nous convaincre que les invraisemblances sont nombreuses dans les films d'Hitchcock et il prend les exemples de Fenêtre sur Cour, Soupçons, Rebecca et Le Grand Alibi.
Passant alors à Vertigo, après avoir rappelé l'histoire telle qu'elle est racontée par Hitchcock et telle que le spectateur veut bien l'admettre, il se livre à une contre-enquête minutieuse, énumérant « les multiples invraisemblances qui émaillent le film et font qu'il est difficile à un esprit rationnel de s'en tenir aux explications qui sont données dans les scènes finales ». Selon Pierre Bayard, « la version fournie par Hitchcock est incomplète ou partiellement inexacte, ce dont témoignent les invraisemblances, les hésitations dans la narration, voire les commentaires du cinéaste lui-même, qui reconnaît dans plusieurs cas que l'histoire ne s'est peut-être pas déroulée comme il le pensait ». Finalement, « puisqu'il est assuré que les choses ne se sont pas passées comme Hitchcock nous le raconte, il nous faut en déduire, en toute logique, qu'elles se sont passées autrement ».
Pierre Bayard développe alors sa propre interprétation du film (que nous nous gardons bien de révéler). Il la commente ainsi : « Je mesure ce que cette lecture du dénouement de Vertigo peut présenter de terrifiant et j'ai longtemps hésité à la communiquer au public, préférant la garder pour moi. Mais la critique policière ne cherche pas à délivrer des messages réconfortants, elle vise à reconstituer aussi précisément que possible, contre les illusions qui nous font tant de mal, ce qui s'est réellement produit. »
Et il termine par ces considérations plus générales : « Si l'on admet, comme je l'ai fait depuis longtemps dans mes livres, que les personnages de fiction ne sont pas simplement des créatures de papier ou de pellicule, mais des êtres disposant d'une forme de vie et de conscience, nous devons considérer qu'ils peuvent, à notre image, être l'objet de souffrances indicibles. Et si eux aussi connaissent le deuil et le rejet, comment ne pas penser qu'après leur mort officielle décidée par l'artiste il peut leur arriver, comme à nous-mêmes, de revenir hanter les personnages qu'ils considèrent comme responsables de leur destin ou dont la proximité les incite à leur demander une forme d'hospitalité psychique. »

Il faut donc prendre en compte successivement :
– la manière dont Boileau et Narcejac racontent l'histoire dans Sueurs froides, (roman à lire préalablement)
– la transposition assez fidèle qu'en fait Hitchcock dans Vertigo (résumé très détaillé du film dans l'ouvrage de P. Bayard)
– les invraisemblances du film (et du roman) mises en lumière par Pierre Bayard,
– la nouvelle lecture que propose Pierre Bayard du film Vertigo.

 

Mardi 16 mars 2027
conférence de Philippe HAUGEARD

La Chanson de Roland

Philippe Haugeard est professeur de langue et de littérature françaises du Moyen Âge à l'Université d'Orléans. Agrégé de lettres modernes et docteur en littérature française, il enseigne au sein du département de Lettres et mène ses recherches au sein du laboratoire POLEN (Pouvoirs, Lettres, Normes), plus spécifiquement au sein de l'équipe du CESFIMA (Centre d'Études Supérieures sur la Fin du Moyen Âge).
Ses travaux de recherche s'inscrivent principalement dans une approche anthropologique, sociologique et juridique de la littérature médiévale. Il s'intéresse particulièrement aux thématiques suivantes :
– La littérature narrative des XIIe et XIIIe siècles (notamment les chansons de geste et les romans).
– Les structures sociales et familiales, incluant les relations au sein de la famille nucléaire et le système de vassalité.
– L'économie du don, explorant la largesse royale ou aristocratique ainsi que les dynamiques de pouvoir et de domination.
– Les rapports entre droit et littérature au Moyen Âge.

Il est l'auteur, entre autres de
– Du Roman de Thèbes à Renaut de Montauban. Une genèse sociale des relations familiales, Paris, PUF, 2002.
– Ruses médiévales de la générosité. Donner, dépenser, dominer dans la littérature épique et romanesque des XIIe et XIIIe siècles, Paris, Champion, « Nouvelle Bibliothèque du Moyen Âge », 2013.

Dans l'ouvrage de Fabrice Wilhem, Figures littéraires du mensonge, Presses Universitaires de Besançon, 2018, il est l'auteur du chapitre "Mensonge et trahison dans la chanson de geste : l'exemple de la Chanson de Roland" (pp.75-87); sur Internet : https://shs.hal.science/halshs-03010690/document

 

Jeudi 15 avril 2027

La finitude du monde 200 ans après Nicolas Sadi Carnot

Les limites de notre civilisation thermo-industrielle 200 ans après Nicolas Sadi Carnot.
Ce qu'un physicien du XIXᵉ siècle nous apprend sur les limites énergétiques d'aujourd'hui.

conférence par Benjamin BRADU

PRÉSENTATION

Benjamin Bradu est physicien appliqué au CERN (Conseil Européen pour la Recherche Nucléaire) ;
il est responsable du système cryogénique de l'accélérateur de particules LHC.

L'année 2024 a marqué le bicentenaire d'un ouvrage scientifique majeur qui a profondément transformé notre civilisation : Réflexions sur la puissance motrice du feu et sur les machines propres à développer cette puissance, par le physicien Sadi Carnot. Considéré comme l'acte fondateur de la thermodynamique, cet ouvrage a joué un rôle déterminant dans l'essor de la première révolution industrielle et demeure aujourd'hui d'une étonnante actualité. À l'heure où notre civilisation technologique est confrontée aux limites physiques de la planète, à l'épuisement des ressources et aux défis du changement climatique, la pensée de Sadi Carnot offre des clés essentielles pour comprendre les enjeux énergétiques contemporains. Ses travaux éclairent des questions aussi fondamentales que le fonctionnement de notre civilisation thermo-industrielle, la sobriété énergétique, les énergies renouvelables ou encore la transition énergétique. Visionnaire, Sadi Carnot mérite d'être mieux connu du grand public. Cette conférence propose de redécouvrir ses écrits à la lumière des défis environnementaux, énergétiques et sociétaux du XXIᵉ siècle, afin de mieux comprendre le monde dans lequel nous vivons et les choix qui s'offrent à nous.

On peut lire le texte intégral de l'ouvrage de S. Carnot sur Wikisource, à l'adresse :
https://fr.wikisource.org/wiki/R%C3%A9flexions_sur_la_puissance_motrice_du_feu


Voir : Gilles Bertrand dir., Chaleur, énergie, thermodynamique, le message de Carnot aujourd'hui… 200 ans après, 22 articles, éd. EUD, 2025.

Cet ouvrage offre un tour d'horizon très documenté : définitions rigoureuses de l'énergie et de l'entropie, extensions prometteuses vers le monde quantique, potentialités de l'énergie solaire, devenir de notre planète aux ressources limitées. Notre approche de l'énergie et de ses modes de conversion est encore marquée profondément par les retombées du message visionnaire de Carnot de 1824. Notre planète est la grande machine énergétique qui transforme le rayonnement solaire en chaleur, en mouvements et en vie. Quelle vision globale développer pour la transition énergétique et la conversion du fossile vers les nouvelles énergies ?

Dans cet ouvrage, l'article de Benjamin Bradu s'intitule « La cryogénie du LHC, grand collisionneur de hadrons : un héritage de Sadi Carnot au service de la recherche fondamentale ». [LHC = Large Hadron Collider]


COMPTE RENDU

 

RÉSUMÉ

 


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