ALEXANDRE DUMAS À VILLERS-COTTERÊTS (Aisne)
LA FAMILLE DUMAS
Le grand-père
Le marquis Alexandre Antoine Davy de la Pailleterie (1714-1786) est né à Rouville (Seine-Maritime), dans le château de Bielleville. Nobliau déchu, il part en 1738 rejoindre son frère à Saint-Domingue (Haïti). Il acquiert une petite plantation, puis il achète une esclave mulâtresse d'origine africaine, Marie-Cessette Dumas. Il l'affranchit et lui fait plusieurs enfants, deux filles et un garçon : Thomas Alexandre Dumas, né en 1762. Vers 1774, pour payer son voyage de retour, il vend ses enfants comme esclaves. En France, il vend le château de la Pailleterie et tous les immeubles dont il a hérité. Cela lui permet de retourner à Saint-Domingue, où il rachète son fils Thomas Alexandre qu'il ramène en France.
Le père
Thomas Alexandre Davy de La Pailleterie reçoit une bonne éducation à Paris. En 1786, il s'engage dans l'armée sous le nom d'Alexandre Dumas (le nom de sa mère). En 1789, son régiment est envoyé à Villers-Cotterêts pour sécuriser la région. Il y rencontre la fille de l'aubergiste de l'Écu de France, Marie Louise Elisabeth Labouret, âgée de 20 ans. En 1792, il l'épouse et lui fait un premier enfant, Alexandrine-Aimée. Il fait une belle carrière dans l'armée : en sept ans, pendant la Révolution, il passe de soldat du rang à général proche de Bonaparte et héros de la campagne d'Égypte, sous le nom du "général Dumas". En 1801, retiré de la carrière et souffrant, il s'installe avec sa femme à Villers-Cotterêts. Il lui fait un autre enfant, Alexandre Dumas. Il est mis à la retraite en 1802 et meurt à Villers-Cotterêts, à l'hôtel de l'Épée, en 1806. Marie-Louise Labouret mourra, elle, en 1838.
L'écrivain
Alexandre Dumas est né le 24 juillet 1802 à Villers-Cotterêts, au 46 rue Lormet. Il passe ses premières années, entre 1804 et 1806, dans le château des Fossés, à Haramont, puis à maison de campagne d'Antilly : "Je me souviens que, vers la moitié de l'année 1805, mon père, souffrant et se trouvant mal partout, quitta notre château des Fossés pour une maison ou un château situé à Antilly; de ce séjour, je n'ai aucun souvenir." (Mémoires, I, XVI, p. 200).
Il a à peine quatre ans quand meurt son père, qu'il admirait beaucoup : "J'adorais mon père. Peut-être, à cet âge, ce sentiment, que j'appelle aujourd'hui de l'amour, n'était-il qu'un naïf étonnement pour cette structure herculéenne et pour cette force gigantesque que je lui avais vu déployer en plusieurs occasions; peut-être encore n'était-ce qu'une enfantine et orgueilleuse admiration pour son habit brodé, pour son aigrette tricolore et pour son grand sabre, que je pouvais à peine soulever. (Mémoires I, XX, p. 224)
Veuve, sa mère connaît la gêne (le grand-père d'Alexandre, Claude Labouret, a été réduit à vendre son auberge de L'Ecu de France). Elle occupe d'abord un petit logement proche de la maison natale; puis elle obtient, en 1814, le droit d'ouvrir un bureau de tabac au rez-de-chaussée de la maison du chaudronnier Lafarge, place de la Fontaine.
Le jeune garçon trouve quelque réconfort grâce à son cousin
Deviolaine dans sa maison de ville, la Faisanderie, et dans son domaine de l'ancienne abbaye Saint-Rémy. Il apprécie surtout son tuteur Jacques Collard, ancien membre du corps législatif, qui s'est enrichi sous la Révolution dans le commerce aux armées; dans son château de Villers-Hélon (à 15 km de Villers-Cotterêts) Jacques Collard possède une grande bibliothèque et permet à Alexandre de feuilleter librement des livres précieux.
Le jeune garçon
va d'abord à l'école de Villers-Cotterêts; puis il est pris en mains par l'abbé Louis Chrysostome Grégoire qui le reçoit dans son collège entre 1811 et 1813. Assez mauvais élève, il préfère l'action et, fidèle au souvenir de son père, l'art de manier les armes, qu'il apprend avec un vieux pochard de l'asile de mendicité (installé dans le château). Il se plaît aussi dans la compagnie des gardes de la forêt : "Mon apparition au milieu de ces hommes était une chose désirée depuis longtemps par eux : presque tous avaient chassé avec mon père, qui avait des permissions dans la forêt, et tous gardaient un grand souvenir de sa libéralité. Quelques-uns, d'ailleurs, étaient d'anciens soldats qui avaient servi sous lui, et que, par son influence, il avait fait entrer dans l'administration forestière." (Mémoires II, XLII, p. 119).
À
14 ans, en août 1816, il est engagé comme saute-ruisseau chez un notaire républicain, maître Mennesson. Il s'y ennuie. Mais une rencontre va le réconcilier avec la littérature, jusqu'à en faire la grande passion de sa vie, celle d'un jeune homme de son âge, épris de liberté et d'idéal, Adolphe Ribbing de Leuven; passionné de théâtre, il initie le jeune Alexandre et le persuade que partir à la conquête de Paris lui ouvrirait "un chemin semé de couronnes et de pièces d'or" (Mémoires, II, LXI, p. 314)
Auparavant, Alexandre expérimente la conquête des femmes. La première fut Aglaé Tellier. Le 4 octobre 1820, il écrit à Auguste Boussin : "En parlant de beauté humaine je suis toujours au mieux avec la mienne et même avec son mari ; elle est enceinte. Vous me connaissez assez peu de présomption pour croire que je ne me flatte pas d'avoir opéré ce miracle, mais si le futur poupon arrive sur cette terre de calamité avec des cheveux frisés, il faudra bien en être persuadé."
En 1823, c'est le départ d'Alexandre pour Paris. Tout juste arrivé, dès 1824, il fait un enfant à une couturière voisine de palier, Catherine Laure Labay, un enfant qu'il ne reconnaîtra qu'en 1831 : Alexandre Dumas fils.
Très vite, il fréquente les salons littéraires où il séduit en récitant des vers d'auteurs romantiques et révolutionnaires à la mode. Et il écrit aussi, essentiellement du théâtre. Lorsque Henri III et sa cour est programmée à la Comédie Française, en une soirée, le 10 février 1829, sa vie bascule : véritable manifeste d'un nouveau romantisme, la pièce fait un triomphe.
Dumas s'implique alors dans la Révolution de 1830, contre le roi Charles X, pour le rétablissement de la République. Mais cet épisode se solde en fait par l'établissement de la Monarchie de Juillet, s'accompagnant, sur le plan artistique, d'un retour au classicisme contre le romantisme. Ce retour en arrière est fatal à Alexandre Dumas qui, passé de mode et ayant dilapidé en fêtes somptueuses ses confortables revenus, se voit contraint de repartir de zéro.
Alors il voyage, se lie d'amitié avec Chateaubriand et Victor Hugo. Et il écrit des romans, genre qui lui assure désormais des revenus réguliers grâce à leur publication en feuilletons dans des journaux (Les Trois mousquetaires, Le Comte de Monte-Cristo la Reine Margot). Il transforme vite son activité d'auteur en petite industrie en employant des collaborateurs et des documentalistes.
En 1848, il épouse la cause de la Révolution de février qui verra la proclamation de la IIe République. Mais la politique va achever de le ruiner. Mobilisé sur la campagne électorale pour devenir, en vain, député de l'Yonne, il arrête de travailler; et les journaux qui publient ses feuilletons cessent leur parution. Dans le même temps, son épouse Catherine le poursuit pour obtenir une pension alimentaire. Ses biens sont saisis et il est cerné par ses créanciers.
Avec son fidèle ami Victor Hugo, dont il partage les options politiques et la dénonciation du coup d'État de Napoléon III, Dumas s'enfuit alors à Bruxelles, où il trouve un peu de répit. En 1860, il décide de partir en Italie pour rejoindre l'armée de son ami Garibaldi, dont il a traduit les mémoires. Il vend tout ce qui lui reste de biens pour l'aider à acheter des armes; en 1861, il défile à ses côtés pour entrer triomphalement dans Naples. Il est alors nommé directeur des fouilles et des musées de Pompéi (de 1861 à 1864).
C'est à Paris, ruiné et malade, que Dumas passera les dernières années de son existence, loin du pays natal. Le 30 août 1865, il écrit à son fils : "Pauvre Villers-Cotterêts ! tous les gens de mon âge y sont morts. Il a l'air d'une bouche qui a perdu les trois quarts de ses dents."
Le 12 septembre 1870, il est accueilli par son fils dans sa villa de Puys, près de Dieppe. "Mon père est plus et moins malade qu'on ne le dit: le corps va mieux que jamais ; l'esprit est frappé de ténèbres intermittentes. Il passe à chaque moment des nuages sur cet astre jadis si rayonnant. La vie n'est plus pour lui maintenant qu'une fonction machinale ; il ne souffre pas. Lui seul ne se rend pas compte de son état ; il est doux et gai. Tout l'amuse, rien ne l'intéresse. Il reconnaît les gens, mais il les oublie tout de suite. Rien ne se pose plus d'une manière durable dans ce cerveau flottant. Là où il y avait du granit, il n'y a plus que du sable. Le visage est toujours souriant, vert, toujours clair et fin ; l'air est toujours noble et fier." (lettre d'Alexandre Dumas fils à Mélanie Waldor)
Il meurt d'un accident vasculaire le 5 décembre 1870. Comme il en avait manifesté le désir, son corps est transféré, le 16 avril 1872, à Villers-Cotterêts, aux côtés de sa mère et de son père. En novembre 2002, il entrera au Panthéon.
Le fils de l'écrivain
Né à Paris en 1824, l'enfant de la couturière ne sera reconnu par son père qu'en 1831 sous le nom d'Alexandre Dumas Davy de la Pailleterie. On l'appellera Alexandre Dumas fils. Il fait ses études au collège royal de Bourbon (futur lycée Condorcet) puis mène une vie de dandy grâce aux subsides donnés par son père. Un roman, La Dame aux camélias (adapté ensuite au théâtre et à l'opéra) lui ouvre une carrière littéraire. Il sera ami de George Sand et de Jules Verne. Il mourra à Marly-le-Roi en 1895.
LES PREMIÈRES PHRASES DES MÉMOIRES
Je suis né à Villers-Cotterets, petite ville du département de l'Aisne, située sur la route de Paris à Laon, à deux cents pas de la rue de la Noue, où mourut Demoustiers, à deux lieues de la Ferté-Milon, oti naquit Racine, et à sept lieues de Château-Thierry, où naquit la Fontaine. J'y suis né le 24 juillet 1802, rue de Lormet, dans la maison appartenant aujourd'hui à mon ami Cartier, qui voudra bien me la vendre un jour, pour que j'aille mourir dans la chambre où je suis né, et que je rentre dans la nuit de l'avenir, au même endroit d'où je suis sorti de la nuit du passé ; j'y suis né le 24 juillet 1802, à cinq heures et demie du matin; ce qui me constitue, à l'heure où je commence ces Mémoires, c'est-à- dire le lundi 18 octobre 1847, quarante-cinq ans et trois mois. Je suis un des hommes de notre époque auxquels on a contesté le plus de choses. On m'a contesté jusqu'à mon nom de Davy de la Pailleterie, auquel je ne tenait pas beaucoup, puisque je ne l'ai jamais porté, et qu'on ne le trouvera à la suite de mon nom de Dumas que dans les actes officiels que j'ai passés devant notaires. (Mémoires, I, I, p. 5 de l'éd. de 1863).
LE JEUNE DUMAS DANS LA FORÊT DE RETZ
Plus que les études, le grand plaisir d'Alexandre est la forêt et la chasse.
"L'attente d'un plaisir tient presque aussi éveillé que le plaisir lui-même. Il y a bien peu d'années que je dors pendant la nuit qui précède l'ouverture de la chasse, et il a fallu que ma vie arrivât à traîner derrière elle de bien sérieuses préoccupations pour que ces insomnies disparussent. Il était donc bien rare que je dormisse pendant ces belles nuits, agité par l'attente d'une marotte, d'une pipée on d'une chasse. Au reste, ces veillées solitaires n'ont pas été perdues pour moi. Si j'ai dans le cœur quelque sentiment de la solitude, du silence et de l'immensité, je le dois à ces nuits passées dans la forêt, au pied d'un arbre, à regarder les étoiles à travers la voûte du feuillage qui s'entendait entre moi et le ciel, et à écouter tous ces bruits mystérieux et inconnus qui s'éveillent au sein des bois aussitôt que la nature s'endort." (Mémoires, II, XXXII, p. 34)
Sa mère se ronge les sangs quand son fils, qui n'est pas très assidu à l'école, disparaît dans la forêt. Son père lui avait conté ses campagnes, ses chevauchées, ses charges sabre au clair et ses îles sous le vent. Quand l'un de ses cousins, l'abbé Conseil, veut bien lui laisser une bourse s'il accepte d'entrer au séminaire, la mère supplie le fils d'essayer. Dumas accepte, reçoit d'elle l'argent pour se procurer un encrier de séminariste, mais file acheter du pain et du saucisson et passer trois jours dans la forêt à la chasse aux geais et aux grives.
A Villers-Cotterêts l'armurier Montagnon, qui a pris ce gamin métissé en affection, lui apprend à réparer et entretenir les armes. En récompense d'un apprentissage attentif, l'armurier lui confie un fusil-canne à crosse démontable que le chasseur de treize ans dissimule dans la poche de son manteau. Et pour faire bonne mesure de hautes futaies, un maître en braconnage, un ami de son père, enseigne à l'adolescent fugueur les préceptes de l'art cynégétique. C'est Hanniquet, dit "Quiot Biche" dans les nouvelles de Dumas : "Il m'apprenait toutes les ruses, non pas du chasseur, mais des animaux ; mais, pour chaque ruse d'animal, lui avait une ruse, et quelquefois deux." (Mémoires, I, XXXIII, p. 42).
LA FORÊT MATERNELLE, article de Yves-Marie LUCOT, dans Magazine littéraire, n° 412, septembre 2002
A quelque endroit que ce soit dans la forêt de Retz et les villages de ses orées, les lieux parlent de l'écrivain. Lui ne reniera jamais la grande hêtraie dans laquelle souvent ses héros romanesques épousent une destinée tragique et fantastique. Dans la préface de Catherine Blum (1845-1854), Dumas s'adresse à sa fille et lui décrit "l'immense berceau de verdure où chaque chose est pour moi un souvenir". Ce roman peu connu, prémices du genre policier et transfuge d'une pièce de théâtre allemande, raconte une histoire d'amour, de jalousie et de meurtre dans l'univers secret des forestiers de Retz.
En 1823, le braconnier Hanniquet conseille à Alexandre Dumas de se rendre au hameau de Vouty et d'y rencontrer le fermier Dante, agent électoral du général Foy (1775-1825), le député de Villers-Cotterêts. Ayant écouté le jeune homme qui veut quitter Villers-Cotterêts où il étouffe et écrire du théâtre, Danré rédige une lettre d'introduction chez le général à Paris. Vouty, à sept kilomètres à l'est de Villers-Cotterêts, voilà le point de départ de la carrière du littérateur, qui, muni de sa lettre, réussit au mois de mars 1823 à être nommé expéditionnaire du duc Louis-Philippe d'Orléans, propriétaire de la forêt de Retz et à rencontrer Charles Nodier.
Au sud du massif, Boursonne est un village serré contre son manoir, Il sert de creuset à un récit plein de mystères et d'effrois, La Comtesse de Charny, roman publié à Bruxelles entre 1853 et 1855. "Ce petit château de Boursonne c'est celui d'Isidore de Charny. De ce château, le jeune gentilhomme sortait furtivement le soir, courbé sur le cou de son cheval anglais et, en quelques minutes, il était de l'autre côté de la forêt...". Les aventures de cet agent secret de Louis XVI ont pour décors naturels les vallons du Plessis-aux-Bois et de Coyolles et les collines escarpées de Vauciennes. "C'est le théâtre de mes exploits cynégétiques. Là j'ai débuté dans la carrière des Nemrod et de Levaillant, les deux plus grands chasseurs des temps antiques et des temps modernes. À droite, c'était le domaine des lièvres, des perdrix et des cailles; à gauche celui des canards sauvages, des sarcelles et des bécassines."
Dans Histoire de mes bêtes, un recueil de nouvelles publié à Paris en 1868, Dumas raconte ses parties de chasse, laboratoires de sa propension romanesque à l'action et au secret. Depuis les crêtes de Vauciennes, l'on aperçoit au nord, planté sur son rocher, le donjon de Vez qui enflamma l'imagination de l'écrivain. Il y situe d'abord Le lièvre de mon grand-père, court roman fantastique écrit en 1856 et qu'il glissera dans le recueil Les mille et un fantômes, puis celle du Meneur de loups, l'un de ses chefs-d'œuvre édité à Paris en 1857. C'est un conte de la grande peur du loup. Il lui serait venu de Mocquet, le garde-chasse de son père et le pourvoyeur des histoires extraordinaires à la veillée, chez le général Dumas. Thibaut, le sabotier d'Haramont, un village de la forêt, vend son âme au diable par amour pour une belle. La nuit venue, il mue en loup-garou que chasse impitoyablement Jean de Vez, baron et lieutenant de louveterie de Philippe d'Orléans.
Mocquet, citoyen d'Haramont, chasseur émérite et dépositaire de la mémoire forestière, a fasciné le jeune Alexandre. L'écrivain en fera le personnage d'une des aventures humoristiques de La Chasse au chastre et autres nouvelles humoristiques, un recueil daté de 1850. Trois ans plus tard, Dumas choisira un enfant d'Haramont pour incarner Ange Pitou, héros d'un roman qui, dans les ramifications de son œuvre, constitue le premier tome de La Comtesse de Charny. Ange Pitou, ex-séminariste tourneboulé par le Paris révolutionnaire, revient à la forêt de Retz et y tombe amoureux de Catherine Billot, une jolie fille. Mais la belle est éprise d'Isidore de Charny. Que de drames dans cette forêt Dumas n'a-t-il pas imaginés en suivant les chemins de sa liberté. Ils conduisent encore aux châteaux de son enfance, à Montgobert, dans l'élégante demeure de Pauline Bonaparte dont le général Dumas devint l'amant, à Villers-Hélon chez les Collard, à Vez chez les louvetiers, à Oigny-en-Valois, mystérieux refuge d'un alchimiste et à Villers-Cotterêts, résidence royale dans l'allée de laquelle le jeune Dumas pénétra les arcanes de l'Histoire de France. Sur l'un des pavillons du château de Villers-Cotterêts s'enlacent en effet les chiffres de Henri II et de "Katherine" de Médicis. Et, dans l'ombre de ces murs, on ne peut s'empêcher d'imaginer les alcôve sanglantes de la cour des Valois, autour du cruel Charles IX et de sa sœur, Marguerite, la reine Margot.
LES LIEUX DE L'ENFANCE
Que ceux qui se donnent la peine d’étudier les plus petites choses étudient les différentes localités où s’est passée mon enfance: les Fossés, Antilly, la chambre restreinte de l’hôtel de l’Épée, les ruines du château de Villers-Cotterêts, la maison et le jardin de ville de M. Deviolaine, le cloître de Saint-Rémy, le château de Villers-Hellon, le grand parc de François Ier, de Henri II et de Henri IV, et le petit cimetière du Pleux — c’est ainsi qu’on appelle l’endroit où est situé le cimetière de Villers-Cotterêts —, et ils se rendront compte de toutes les différentes nuances de mes productions, et, en allant plus loin, des variations de mon caractère. (Mémoires, I, XXIV, p. 271)
Dans ce passage des Mémoires Dumas cite, en désordre :
–
Le château des Fossés à Haramont
–
Antilly, à 15 km au sud de Villers-Cotterêts, non pas le château (détruit en 1802), mais la ferme de la Clergie (qui avait été achetée en 1802 par le sculpteur parisien Frédéric Lemot).
– la chambre de
l'hôtel de l'Épée, où est mort son père
– le
château de Villers-Cotterêts
– La Faisanderie, à Villers-Cotterêts, propriété de Deviolaine
– l'ancienne abbaye Saint-Rémy-et-Saint-Georges à Villers-Cotterêts
–
le château de Villers-Hellon, à son tuteur Jacques Collard
– le parc de Villers-Cotterêts
– le cimetière de Villers-Cotterêts
"Il n'y a que les hommes qui sont nés dans un village ou une petite ville qui puissent se vanter d'avoir un pays [...] Dieu qui a été si bon pour moi a voulu être prodigue jusqu'au bout : [...] il m'a choisi, comme aux oiseaux créés pour chanter ses louanges, un nid dans la verdure et dans la mousse, sous les hauts et frais ombrages de la plus belle forêt de France." ("Le Pays natal", dans Le Journal littéraire de la semaine, n° 1-3, 17 juillet-2 août 1864).
"J'ai parlé du jardin de ville et du jardin de M. Deviolaine; mais qu'étaient-ce que ces jardins, auprès du parc de Villers-Hellon, avec ses grands arbres, ses beaux massifs et sa petite rivière, verte comme un collier d'émeraudes, se tordant au milieu de tout cela! Ainsi dans mon égoïsme d'enfant, celle des maisons que je préférais, c'était celle de M. Collard." (Mémoires, I, XXII, p. 248)
LE CHÂTEAU DES FOSSÉS, près d'Haramont dans l'Aisne (à 5 km de Villers-Cotterêts)
Du plus loin qu'il me souvienne, c'est-à-dire de l'âge de trois ans, nous habitions, mon père, ma mère et moi, un petit château nommé les Fossés, situé sur les limites des départements de l'Aisne et de l'Oise, entre Haramont et Longpré. On appelait ce petit château "les Fossés", sans doute parce qu'il était entouré d'immenses fossés remplis d'eau. Je ne parle pas de ma sœur ; elle était en pension à Paris, et nous ne la voyions qu'un mois sur onze, c'est-à-dire aux vacances. (Le Meneur de Loups, II)
Sur les limites du département de l'Aisne, à l'ouest de la petite ville de Villers-Cotterêts, engagées dans la lisière de cette magnifique forêt qui couvre vingt lieues carrées de terrain, ombragées par les plus beaux hêtres et les plus robustes chênes de toute la France, peut-être, s'élève le petit village d'Haramont, véritable nid perdu dans la mousse et le feuillage, et dont la rue principale conduit par une douce déclivité au château des Fossés, où se sont passées deux des premières années de mon enfance. À mesure qu'on avance dans la vie, et qu'on s'éloigne, en réalité, du berceau pour se rapprocher de la tombe, il semble que ces fils invisibles qui rattachent l'homme aux lieux de sa naissance se fassent plus forts et plus invincibles. […] Voilà pourquoi […] je reviens parfois, en pensée du moins, sur cette route battue, sur mon enfance, où je retrouve la trace de mes pieds plus petits, de mes pas moins écartés, près des pas bien-aimés de ma mère qui se sont mesurés aux miens, depuis le jour où mes yeux se sont ouverts jusqu'à celui où les siens se sont fermés, me laissant aussi triste et aussi isolé par son absence que le dut être le jeune Tobie lorsque fut remonté au ciel l'ange qui l'avait conduit par la main jusqu'à la rivière merveilleuse dont Moïse a oublié de nous dire le nom. (Conscience l'Innocent, I).
LE PARC DE VILLERS-COTTERÊTS
Ce parc, planté par François Ier, fut abattu par Louis-Philippe.
Beaux arbres! à l'ombre desquels s'étaient couchés François Ier et madame d'Etampes, Henri II et Diane de Poitiers, Henri IV et Gabrielle, vous aviez le droit de croire qu'un Bourbon vous respecterait; que vous vivriez votre longue vie de hêtres et de chênes; que les oiseaux chanteraient sur vos branches mortes et dépouillées, comme ils chantaient sur vos branches vertes et feuillues! Mais, outre ce prix inestimable de poésie et de souvenirs,vous aviez malheureusement un prix matériel, beaux hêtres à l'enveloppe polie et argentée, beaux chênes à l'écorce sombre et rugueuse! vous valiez cent mille écus! Le roi de France, qui était trop pauvre pour vous conserver avec ses six millions de revenus particuliers, le roi de France vous a vendus! Je n’eusse eu que vous pour toute fortune, que je vous aurais gardés, moi ; car, poète que je suis, il y a une chose que je préférerais à tout l’or de la terre, c’est le murmure du vent dans vos feuilles, c’est l’ombre que vous faisiez trembler sous mes pieds, ce sont les douces visions, les charmants fantômes qui, le soir, entre le jour et la nuit, à l’heure douteuse du crépuscule, glissaient entre vos troncs séculaires, comme glissent les ombres des antiques Abencérages entre les mille colonnes de la mosquée royale de Cordoue !
Il était loin de se douter de cela, cet autre poète qu'on appelait Demoustier, lorsqu'il écrivait, sur l'écorce de l'un de vous, ces vers disparus avec vous, et que moi seul sais peut-être aujourd'hui:
Ce bois fut l'asile chéri
De l'amour autrefois fidèle;
Tout l'y rappelle encore, et le coeur attendri
Soupire en se disant : C'est ici que Henri
Soupirait près de Gabrielle.
[…] Beaux arbres! c'est que vous étiez non-seulement un palais, mais un temple; un temple où le Seigneur se manifestait à moi, quand, couché à vos pieds, et tout ignorant encore de -leurs noms, j'essayais de contempler, à travers la voûte mobile de votre feuillage, les étoiles de vos belles nuits d'été. (Mémoires, I, XXI, p. 237-239).
On était au commencement de 1818. J'allais avoir seize ans au mois de juillet,
Le mois de mai, ce favori de l'année, riche et beau partout, est plus riche et plus beau à Villers-Cotterets que partout ailleurs.
Il est difficile de se faire une idée de ce qu’était, à cette époque du siècle et de l’année, ce beau parc dont mon coeur porte encore le deuil, et qu’un ordre de Louis-Philippe a fait abattre depuis.
Le dessin en était simple et grand à la fois. Au château immense, et qui domine la pelouse, se rattachaient, comme deux ailes, deux magnifiques massifs de verdure, plus longs que larges, dont une extrémité touchait aux murs du château, et dont l’autre allait rejoindre deux allées de marronniers gigantesques, formant d’abord les deux faces latérales d’un grand carré, puis se rapprochant l’une de l’autre diagonalement pour s’arrêter avant de se rejoindre, et pour continuer à s’enfoncer à perte de vue, en laissant entre elles deux un large espace vide, jusqu’à une lieue de la montagne de Vivières, bornant l’horizon, avec ses éboulements de terre rougeâtre et ses touffes de genêts aux fleurs d’or.
L’hiver, tout cela dormait ; tout cela était triste, solitaire, muet ; les oiseaux semblaient avoir émigré vers des contrées moins désolées. Des nuées de corbeaux, adoptant certains arbres plus élevés que les autres, demeuraient seuls propriétaires obstinés de ce magnifique domaine ; on eût dit ces invasions de Barbares sous lesquels on voit se ruiner les terres et se dessécher les forêts.
Cela durait quatre mois de l’année.
Mais, dès le commencement d’avril, l’herbe perçait la terre, bravant le givre, qui, chaque matin, en faisait un tapis d’argent; mais, dès le commencement d’avril, ces arbres, si nus, si désolés, si morts, commençaient à revêtir le velours cotonneux de leurs bourgeons. Les oiseaux endormis… — où dorment les oiseaux ? on n’en sait rien — les oiseaux endormis se réveillaient, voltigeant dans les branches, où bientôt ils devaient construire leurs nids. Puis, à partir de ce moment, chaque jour du mois, chaque heure du jour apportait son changement à ce grand réveil de la nature. Des marronniers, des tilleuls et des hêtres partaient les premières avant-gardes du printemps. Les pâquerettes étoilaient la pelouse ; les boutons d’or s’enrichissaient ; dans l’herbe, déjà haute, on entendait chanter les grillons. Les papillons, ces fleurs volantes qui éclosent dans les airs, venaient caresser les fleurs de la terre. Les beaux enfants sortaient de la ville avec des robes blanches et des rubans roses, et venaient se rouler sur l’herbe. Tout se peuplait, tout s’animait, tout vivait. Le printemps était arrivé sur les premières brises de mai, et, dans la vapeur du matin, on croyait le sentir passer, secouant ses cheveux, et ranimant le monde au souffle de son haleine parfumée.
Aussi était-ce cette époque de joyeuse renaissance que la ville avait choisie pour sa fête ; fête charmante, toujours somptueuse, car c’était la nature qui se chargeait d’en faire les frais. Cette fête tombait à la Pentecôte, et durait trois jours. Pendant trois jours, le parc s’emplissait de bruits charmants et de rumeurs joyeuses, qui s’éveillaient dès le matin, et ne s’éteignaient que bien avant dans la nuit. Pendant trois jours, les pauvres oubliaient leur misère, et, ce qui est bien plus extraordinaire, les riches oubliaient leurs richesses. Le parc réunissait toute la ville, confondue en une grande famille ; puis cette famille, appelant à elle tous ses rameaux, parents, amis, connaissances, la population se quadruplait. On venait de La Ferté-Milon, de Crépy, de Soissons, de Château-Thierry, de Compiègne, de Paris ! Quinze jours d’avance, toutes les places étaient retenues aux diligences. Alors, il fallait inventer d’autres moyens de transport ; on voyait arriver chevaux, carrioles, tilburys, voitures de poste ; tout cela s’encombrait dans les deux seuls hôtels du pays, au Dauphin et à la Boule d’or. Pendant trois jours, la petite ville ressemblait à un corps trop plein de sang, dont le cœur battrait dix fois pour une. Mais, dès le mercredi, la ville commençait à rejeter ce trop-plein, qui s’écoulait peu à peu les jours suivants. Tout reprenait successivement son aspect ordinaire. Les grands bois, troublés pendant trois jours dans leurs ombres les plus épaisses, retrouvaient leur solitude, leur silence. Les marronniers redevenaient le domaine des oiseaux, qui, tout en voletant dans leurs branches, en faisaient tomber une neige de fleurs. Enfin, la pelouse, foulée aux pieds et dépouillée de ses fleurs, se redressait peu à peu, attirée par le soleil, et venait offrir d’elle-même à la main dévastatrice des enfants une seconde moisson de pâquerettes et de boutons d’or. (Mémoires, II, XLVIII, p. 170-172)
CHEZ LES COUSINS DEVIOLAINE A VILLERS ET À SAINT-RÉMY
M. Deviolaine était notre cousin par alliance ; il avait épousé une nièce de mon grand-père qui avait été élevée chez nous, à côté de ma mère, étant orpheline ; de plus, il avait été fort lié avec mon père. M. Deviolaine était inspecteur de la forêt de Villers-Cotterêts ; ce qui lui donnait une des premières positions dans notre petite ville, et c’est tout simple, puisque notre petite ville n’avait que deux mille quatre cents âmes, tandis que notre forêt avait cinquante mille arpents. M. Deviolaine était à mes yeux une grande puissance, non point par le motif que je viens de déduire, mais parce que, en vertu de sa position, c'était lui qui donnait la permission de chasser dans la forêt, et que chasser un jour librement dans cette forêt était une des ambitions de mon enfance. Cette ambition, comme quelques-unes de mes autres ambitions, s'est réalisée depuis; et, je dois le dire, c'est une de celles où j'ai trouvé le moins de désappointement.
Relativement au petit appartement auquel nous étions restreints depuis la mort de mon père, la maison de M. Deviolaine était un palais très-apprécié par moi, pauvre enfant, qui, élevé aux châteaux des Fossés et d'Antilly, courant sans cesse par les chemins et les pelouses, semblais nourri d'air et de soleil. Cette maison de M. Deviolaine se composait d'abord d'un corps de logis assez considérable, d'écuries et de remises, de basses-cours et d'un charmant jardin, moitié anglais, moitié français, c'est-à-dire moitié pittoresque, moitié fruitier. Le jardin anglais avait des cascades, des bassins, des saules pleureurs; le jardin fruitier avait force poires, pêches, reines-claude, artichauts et melons; ensuite, il donnait sur un magnifique parc pour la vue, par une grille, pour la promenade, par une porte.
C’était le jour des Rois ! on avait dîné chez M. Deviolaine. La royauté de la fève m’était échue, et, après le dîner, je m’étais empressé de transporter le siège de mon empire dans le jardin. En lançant un bâtiment de papier sur le bassin qui faisait le centre de la pelouse, je me penchai un peu trop en avant, je perdis mon centre de gravité, la tête emporta le derrière, et je fis, dans un bassin de quatre pieds de profondeur et dans une eau glacée, un plongeon des plus complets et, à ce qu’il paraît, des plus effrayants pour la société, qui se mit à battre l’air avec les bras et à crier à tue-tête : "A l’aide ! au secours ! Dumas se noie !…" Heureusement, je ne perdis pas la tête, je m’accrochai aux herbes qui pendaient de la pelouse dans le bassin, et, grâce à cet appui, je reparus à la surface de l’eau, ruisselant comme le fleuve Scamandre ; de sorte que Victor n’eut besoin que de me donner la main pour me rendre à mon élément et à mon terrain naturels. Alors, avec mon air grave et doctoral, me tournant vers la troupe effarée : — Imbéciles, leur dis-je, ce n’était pas "Dumas se noie!" qu’il fallait crier, c’était "Le roi boit!" On trouva le mot charmant. Comme c’est le premier que j’aie fait et que je l’ai fait à l’âge de sept ans, je demande pour lui l’indulgence du public. (Mémoires, I, XXIV, p. 273-274)
M. Deviolaine avait, au milieu d’une charmante petite plaine, entourée de tous côtés par la forêt, une propriété appelée Saint-Rémy. Oh! Saint-Remy mérite une description toute particulière, car c'étaient les grands jours de fête que ceux où l'on allait à Saint-Remy. Saint-Rémy était un ancien couvent de femmes. […] M. Deviolaine avait, je crois, acheté le couvent comme bien ecclésiastique. De ce couvent restait un cloître immense, moins grand peut-être cependant que je ne le vois en souvenir. […] Oh ! le grand cloître, comme le dimanche il était plein de courses folles et de cris joyeux ! comme tout ce monde d’enfants que le hasard de la vie allait éparpiller hors de la ville natale, loin de la double maternité de la famille et du pays, comme tout ce monde était heureux et reconnaissant envers le fondateur inconnu de cet immense nid, si triste autrefois, et aujourd’hui si peuplé d’oiseaux gais et chanteurs ! comme ce bruit venant de la vie devait faire étrangement tressaillir dans leurs tombes ces ombres noires qui avaient été des femmes, ces corps qui avaient eu une âme, ces cadavres qui avaient eu un cœur, et qui étaient venus éteindre dans l’obscurité du cloître, dans la nuit de la pénitence, dans les mystères de l’ascétisme, la flamme de leur coeur, les espérances de leur âme, la beauté de leur visage. Nous riions là où peut-être avaient coulé bien des larmes, nous bondissions d’un pied joyeux dans la vie là où peut-être avaient marché vers la mort bien des pas lents, mornes et désespérés. […] Que de souvenirs d’enfance oubliés par moi dans les chemins et dans les prairies de cet enclos, et que j’y retrouverais à chaque pas, si j’y retournais aujourd’hui, comme ces fleurs de diamants, de rubis et de saphirs, cueillies des parterres des Mille et Une Nuits, et qui ne se fanent jamais ! (Mémoires, I, XXI, p. 242-244)
ADOLPHE DE LEUVEN
Le père d'Adolphe Libbing de Leuven (1802-1874) avait fait partie de la conjuration qui avait assassiné le roi Gustave III de Suède en 1792. Banni, il était devenu en Suisse l’amant de Germaine de Staël. En juin 1819, il s’installa au château de Villers-Hellon, chez Jacques Collard. Adolphe devint aussitôt l’ami d’Alexandre : il le poussa à faire des vers; ils écrivirent ensemble deux vaudevilles et un drame. A Paris, il le présentera à Talma et l’introduira dans les milieux littéraires.
Pendant son voyage à Paris, un grand changement s’était opéré dans l’esprit d’Adolphe de Leuven, changement qui allait réagir sur moi. Chez M. Arnault, dont il était devenu l'hôtel, Adolphe avait vu de près un monde déjà entrevu par lui chez Talma, le monde littéraire. […] Et il m’apportait à moi, pauvre provincial, perdu dans les profondeurs d’une petite ville, un reflet de ce monde resplendissant et inconnu. […]
Alors, pauvre Adolphe, il lui vint peu à peu une singulière idée, c’était de me faire partager, pour mon compte, les espérances qu’il avait conçues pour le sien ; c’était de faire naître en moi le désir de devenir, sinon un Scribe, un Alexandre Duval, un Ancelot, un Jouy, un Arnault ou un Casimir Delavigne, tout au moins un Fulgence, un Mazères ou un Vulpian.
Et, il faut le dire, c’était déjà bien ambitieux ; car, je le répète, je n’avais reçu aucune éducation, je ne savais rien, et ce ne fut que bien tard, en 1833 ou 1834, lors de la publication de mes premières Impressions de voyage, que quelques personnes commencèrent à s’apercevoir que j’avais de l’esprit. En 1820, je dois l’avouer, je n’en avais pas l’ombre.
Huit jours avant le retour d’Adolphe, admettant pour moi cette vie de province à l’horizon restreint et muré, qu’un premier reflet du ciel venait de vivifier, j’avais posé, comme terme à mon ambition, une perception de province, aux appointements de quinze ou dix-huit cents francs, car, être notaire, il n’y fallait pas songer ; d’abord, la vocation me manquait, et, depuis trois ans que je copiais des ventes, des obligations et des contrats de mariage, chez maître Mennesson, je n’étais guère plus fort en droit que je ne l’étais en musique, après trois ans de solfège chez le père Hiraux. Il était donc évident que le notariat n’était pas plus ma vocation que la musique, et que je ne jouerais jamais mieux du code que du violon. […]
Je ne voyais pas au-delà des dernières maisons de ma ville natale, et, si je trouvais dans son enceinte quelque chose qui répondît à mon cœur, j’y cherchais vainement quelque chose qui satisfît mon esprit et mon imagination.
De Leuven fit une brèche à cette muraille qui m’enveloppait, et, à travers cette brèche, je commençai d’apercevoir comme un but sans formes dans un horizon infini. [Mémoires, II, LIX, p. 296-300]
LES JEUNES FILLES DE VILLERS-COTTERÊTS
Sous le rapport de ses jeunes filles, peu de villes pouvaient se vanter d’être aussi favorisées que Villers-Cotterêts. Jamais grand parc, fût-ce celui de Versailles, jamais vertes pelouses, fût-ce celles de Brighton, ne furent émaillés de plus ravissantes fleurs que le parc de Villers-Cotterêts, que les pelouses de son Parterre. Trois classes bien distinctes se disputaient cette couronne de beauté que se plaît encore parfois à décerner l’Angleterre : l’aristocratie, la bourgeoisie, et je ne sais comment appeler cette troisième classe, intermédiaire charmant entre la bourgeoisie et le peuple, qui n’était ni l’une ni l’autre, et qui exerçait dans la ville les professions de faiseuses de modes, de lingères, de marchandes. […]
Oh ! celles-là, c’était une merveille que de les voir, le dimanche, avec leurs robes printanières, leurs ceintures roses ou bleues, leurs petits bonnets chiffonnés par elles-mêmes et posés de cent façons coquettes, car pas une d’elles n’eût osé porter de chapeau ; c’était une joie que de les voir libres de toute contrainte, ignorantes de toute étiquette, jouer, courir, nouer et dénouer la longue chaîne de leurs bras charmants, ronds et nus. Oh ! les belles créatures ! oh ! la ravissante génération que cela faisait ! […]
C’était à huit heures l’été, à six heures l’hiver, que nos jeunes amies venaient nous rejoindre à un endroit convenu, nous tendaient leur front ou leurs deux joues, et nous serraient la main, sans prendre la peine, par une coquetterie malentendue ou par un hypocrite calcul, de nous cacher leur joie de se retrouver avec nous. Alors, si c’était l’été, et si le temps était beau, le parc était là avec sa pelouse moussue, ses sombres allées, ses brises tremblantes dans les feuilles, et, pendant les nuits de lune, ses larges parties d’obscurité et de lumière ; alors un promeneur solitaire eût vu passer cinq ou six couples, espacés à des distances calculées, pour avoir l’isolement sans avoir la solitude, les têtes inclinées l’une vers l’autre, les mains dans les mains, causant bas, modulant leurs paroles sur de douces intonations, ou gardant un silence dangereux ; car, pendant ce silence, souvent on se disait des yeux ce qu’on n’osait se dire de la bouche.
Si c’était l’hiver ou s’il faisait mauvais, on se réunissait chez Louise Brézette*; presque toujours la mère et la tante se retiraient au fond, nous abandonnant les deux premières pièces dont nous nous emparions ; puis, éclairés seulement par une lampe brûlant dans la troisième, et à la hauteur de laquelle la mère de Louise brodait, tandis que la tante lisait l’Imitation de Jésus-Christ ou Le Parfait Chrétien, nous causions, serrés les uns contre les autres, presque toujours à deux sur une seule chaise, nous répétant ce que nous nous étions dit la veille, mais trouvant ce que nous disions toujours nouveau.
A dix heures, la soirée était interrompue ; chacun reconduisait chez elle la jeune fille dont il s’était fait le serviteur. Arrivée à la porte de la maison, elle accordait encore à son cavalier une demi-heure, une heure parfois, aussi douce pour elle que pour lui, assis tous deux sur le banc qui avoisinait cette porte, ou debout dans l’allée même qui conduisait à la chambre maternelle, dont on entendait, de temps en temps, sortir une voix grondeuse qui appelait, et à laquelle on répondait dix fois, avant que d’obéir : "Me voilà, maman." (Mémoires, II, LI, p. 203+205+212-213).
* Joséphine-Thérèse-Louise Leroy, dite Louise Brézette
(née à Villers-Cotterêts en 1802) se donna à Dumas le 5 avril 1823,
la veille de son départ pour Paris.
LA CONQUÊTE D'ADÈLE [en réalité Aglaë Tellier, née à Villers-Cotterêts en 1798]
Au bout de plus d’une année de soins, d’attentions, d’amour, de petites faveurs accordées, refusées, prises de force, la porte inexorable qui se fermait en me poussant dehors à onze heures s’était doucement rouverte à onze heures et demie, et, derrière cette porte, j’avais trouvé deux lèvres frémissantes, deux bras caressants, un cœur battant contre mon cœur, d’ardents soupirs et de longues larmes.
Adèle avait obtenu, comme moi, d’avoir une chambre séparée de celle de sa mère. Cette chambre était mieux qu’une chambre : c’était un petit pavillon faisant saillie dans un long jardin fermé de haies seulement. Une allée, passant entre l’appartement occupé par son frère et l’appartement occupé par sa mère, conduisait à ce jardin, et par conséquent à ce pavillon, qui n’était séparé de cette allée que par un escalier montant au premier.
C’était la porte de cette allée, donnant d’un côté sur la rue et de l’autre, comme je l’ai dit, sur ce jardin, qui s’était rouverte devant moi, à onze heures et demie du soir, et ne s’était refermée derrière moi qu’à trois heures du matin. […]
C’était une si chaste, si pure et si honnête enfant que celle qui, après plus d’un an de lutte, se donnait à moi, que, quoique mon orgueil et mon amour fussent intéressés à la divulgation, ma conscience exigeait de moi, de mon honneur, de ma délicatesse, le secret le plus absolu.
Il en résultait que, pour qu’on ne me vît point à une pareille heure, soit aux environs de sa maison, soit dans la rue qui y conduisait, en sortant à trois heures de l’allée bénie qui m’avait donné passage, j’avais pris ma course, et, par une ruelle, gagné les champs. Des champs, j’étais entré dans le parc, en sautant par-dessus un fossé pareil à celui qui m'avait, dans une circonstance bien différente, permis de donner, le jour de la Pentecôte, une preuve de ma légèreté à mademoiselte Laurence. Enfin, du parc, j’avais gagné ce qu’on appelle chez nous le Manège, et j’étais rentré dans la ville par la rue du Château. […]
Oh! comme l'étude de maître Mennesson fut abandonnée, ce jour-là ! comme le parc me parut beau ! comme les grands bois, avec leurs feuilles murmurantes, avec leurs oiseaux chanteurs sur ma tête, et leurs chevreuils effarouchés à l’horizon, étaient bien le cadre qu’il fallait à l’espace dans lequel ma pensée souriait et dansait comme une nymphe joyeuse ! Amour, premier amour, sève de la jeunesse, comme tu fais éclore la vie en nous ! comme tu la fais circuler par les canaux les plus secrets jusqu’aux extrémités de nos sens, vaste domaine où chaque homme renfermé dans ce monde enferme à son tour en lui le monde entier! (Mémoires, II, LVIII, p. 292-295).
RETOUR À VILLERS-COTTERÊTS
Une des grandes joies de ce monde est d’être né dans une petite ville, dont on connaît tous les habitants, et dont chaque maison garde pour vous un souvenir. Je sais que c’est toujours une grande émotion pour moi que de retourner — même aujourd’hui que trente ans de travaux et de lutte ont passé sur mes jeunes années, et en ont enlevé la fraîcheur veloutée — dans ce pauvre petit bourg, à peu près inconnu au reste du monde, et dans lequel j’ai tendu les bras aux premiers fantômes de la vie, fantômes aux fronts ceints d’auréoles ou couronnés de fleurs.
Une demi-lieue avant d’être arrivé, je descends de voiture, je marche sur le revers de la route, je compte les arbres. Je reconnais ceux aux branches desquels j’ai accroché mes cerfs-volants, logé mes flèches, déniché des nids ; il y en a au pied desquels je m’assieds, et où, les yeux fermés, je me plonge dans quelque doux rêve qui me rajeunit de vingt ans ; il y en a que j’aime comme de vieux amis, et devant lesquels je m’incline en passant ; il y en a d’autres qui sont plantés depuis mon départ, et devant lesquels je passe sans les regarder comme devant des indifférents et des inconnus.
Puis, quand je rentre dans la ville, c’est bien autre chose. Le premier qui m’aperçoit jette un cri, et accourt au seuil de sa maison ; et, à mesure que j’avance, chacun en fait autant ; puis, derrière moi, les habitants de la localité se saluent, parlent de moi, des aventures de ma jeunesse, de ma vie emportée loin d’eux, orageuse et tourmentée, et qui se fût écoulée calme et tranquille si, comme eux, je fusse resté dans la maison où je suis né ; et, dix minutes après, mon arrivée est la nouvelle de la ville, et, ce jour-là, c’est fête dans mon coeur et dans deux ou trois mille autres cœurs en même temps. (Mémoires, II, XLIV, p. 146-147)
ENGAGÉ DANS LA RÉVOLUTION, DUMAS PASSE À VILLERS-COTTERÊTS LE 30 JUILLET 1830
A Villers-Cotterêts, une véritable ovation m’attendait. En effet, à peine eus-je jeté mon nom à la première personne de connaissance que je rencontrai, que la nouvelle de mon arrivée en poste, dans un cabriolet surmonté d’un drapeau tricolore, parcourut la ville aussi rapidement que si elle eût été portée sur les fils d’un télégraphe électrique. A cette nouvelle, les maisons rejetèrent les vivants avec autant d’ensemble qu’au bruit de la trompette du jugement dernier les tombeaux rejetteront les morts. Tous ces vivants coururent à la poste et arrivèrent en même temps que moi. Il fallut une longue explication pour tout faire comprendre. Pourquoi ce costume ? pourquoi ce fusil ? pourquoi ce cabriolet ? pourquoi ce drapeau tricolore ? […] Chacun, dans ce cher pays, m’aimait assez pour avoir le droit de m’adresser sa question. Je répondis à toutes. […] On prit la rue de Soissons, et l’on s’arrêta chez Paillet. Alors, il fallut, tout en mangeant, raconter cette merveilleuse épopée des trois jours, dont pas un détail n’était encore parvenu à Villers-Cotterêts. Ce furent des cris d’admiration. Puis on but une dernière fois à la réussite de l’entreprise ; puis on s’embrassa plutôt deux fois qu’une ; puis nous montâmes en cabriolet ; puis le postillon enfourcha ses chevaux ; puis, enfin, au milieu des cris d’adieu et des vivats d’encouragement de mes bons et chers amis, nous prîmes au grand galop la route de Soissons. (Mémoires, VI, CLIV, p. 213-217)
LE DÉBUT DE SON ROMAN CATHERINE BLUM (1854)
Je l'aime, mon bon pays, mon cher village ! car ce n'est guère autre chose qu'un village, quoiqu'il s'appelle bourg et s'intitule ville ; je l'aime à en fatiguer, non pas vous autres, mes amis, mais les indifférents. […] Je suis né à Villers-Cotterêts. Aussi ne faut-il pas me presser beaucoup pour me faire parler de ma bien-aimée petite ville, dont les maisons blanches, groupées dans le fond du fer à cheval que forme son immense forêt, ont l'air d'un nid d'oiseaux que l'église, avec son clocher au long col, domine et surveille comme une mère. […]
Là, je suis né ; là, j'ai jeté mon premier cri de douleur ; là, sous l'œil de ma mère, s'est épanoui mon premier sourire ; là, j'ai couru, tête blonde aux joues roses, après ces illusions juvéniles qui nous échappent ou qui, si on les atteint, ne nous laissent aux doigts qu'un peu de poussière veloutée, et qu'on appelle des papillons. […]
C'est là que mon père est mort. J'avais l'âge où l'on ne sait pas ce que c'est que la mort, et où l'on sait à peine ce que c'est qu'un père. C'est là que j'ai ramené ma mère morte ; c'est dans ce charmant cimetière, qui a bien plus l'air d'un enclos de fleurs à faire jouer des enfants que d'un champ funèbre où coucher des cadavres, qu'elle dort côte à côte avec le soldat du camp de Maulde et le général des Pyramides. Une pierre que la main d'une amie a étendue sur leur tombe les abrite tous deux. À leur droite et à leur gauche gisent les grands-parents, le père et la mère de ma mère, des tantes dont je me rappelle le nom, mais dont je ne vois le visage qu'à travers le voile grisâtre des longues années. C'est là enfin que j'irai dormir à mon tour, le plus tard possible. […] Ce jour-là, je retrouverai, à côté de celle qui m'a allaité, celle qui me berça : la maman Zine, dont je parle dans mes Mémoires, et près du lit de laquelle le fantôme de mon père est venu me dire adieu !
Comment n'aimerais-je point à parler de cet immense berceau de verdure où chaque chose est pour moi un souvenir ? Je connaissais tout, là- bas, non seulement les gens de la ville, non seulement les pierres des maisons, mais encore les arbres de la forêt ! Au fur et à mesure que ces souvenirs de ma jeunesse ont disparu, je les ai pleurés. Têtes blanches de la ville, cher abbé Grégoire, bon capitaine Fontaine, digne père Niguel, cher cousin Deviolaine, j'ai essayé parfois de vous faire revivre ; mais vous m'avez presque effrayé, pauvres fantômes, tant je vous ai trouvés pâles et muets malgré ma tendre et amicale évocation !
Je vous ai pleurés, pierres sombres du cloître de Saint-Rémy, grilles colossales, escaliers gigantesques, cellules étroites, cuisines cyclopéennes, que j'ai vus tomber assise par assise, jusqu'à ce que le pic et la pioche découvrissent au milieu des débris vos fondations, larges comme des bases de remparts, et vos caves, béantes comme des abîmes ! Je vous ai pleurés, vous surtout, beaux arbres du parc, géants de la forêt, familles de chênes au tronc rugueux, de hêtres à l'écorce polie et argentée, de peupliers trembleurs, et de marronniers aux fleurs pyramidales, autour desquelles bourdonnaient dans les mois de mai et de juin, des essaims d'abeilles au corps gonflé de miel, aux pattes chargées de cire ! Vous êtes tombés tout à coup en quelques mois, vous qui aviez encore tant d'années à vivre, tant de générations à abriter sous votre ombre, tant d'amours à voir passer mystérieusement et sans bruit sur le tapis de mousse que les siècles avaient étendu à vos pieds ! Vous aviez connu François Ier et madame d'Étampes, Henri II et Diane de Poitiers, Henri IV et Gabrielle ; vous parliez de ces illustres morts sur vos écorces creusées ; vous aviez espéré que ces croissants triplement enlacés, que ces chiffres amoureusement tordus les uns aux autres, que ces couronnes de lauriers et de roses vous sauvegarderaient d'un trépas vulgaire et de ce cimetière mercantile qu'on appelle un chantier. Hélas ! vous vous trompiez, beaux arbres ! Un jour, vous avez entendu le bruit retentissant de la cognée et le sourd grincement de la scie... C'était la destruction qui venait à vous ! c'était la mort qui vous criait : "À votre tour, orgueilleux !" Et je vous ai vus couchés à terre, mutilés des racines au faîte, avec vos branches éparses autour de vous ; et il m'a semblé que, plus jeune de cinq mille ans, je parcourais cet immense champ de bataille qui se déroule entre Pélion et Ossa, et que je voyais étendus à mes pieds ces titans aux trois têtes et aux cent bras qui avaient essayé d'escalader l'Olympe, et que Jupiter avait foudroyés !
A travers les rues de Villers-Cotterêts
– Le château
En 1528, revenu de sa captivité à Madrid, François Ier souhaite se livrer à la chasse dans la forêt de Retz. Or, depuis 1498, il possède un vieux château médiéval à Villers-Cotterêts. Il décide de faire élever à son emplacement un palais royal, qui serait financé par la vente de bois.
En 1539, les travaux sont bien avancés. François Ier, cette année-là, y fait un long séjour, au cours duquel il signe "l'ordonnance de Villers-Cotterêts".
Henri II y fait travailler Philibert Delorme. En 1558, il y signe les lois de l'Auld Alliance, un traité entre les royaumes de France, d'Écosse et de Norvège contre le royaume d'Angleterre.
En 1559, le château fait partie du douaire de la reine de France Catherine de Médicis, veuve d'Henri II.
En 1661, Louis XIV confie le Valois en apanage à son frère Philippe d'Orléans. En 1680, le roi participe à un bal masqué au château. En 1664, en septembre, Molière y fait représenter son Tartuffe (ainsi que La Thébaïde de Racine et Sertorius de Corneille). En octobre 1722, Louis XV, en route vers son sacre à Reims, dort au château et de grandes fêtes sont données par le Régent : on parle de 1000 invités, 80000 bouteille de vin, 140 acteurs de l'Opéra…
Devenu caserne de l'armée républicaine en 1789, le château est saisi comme bien national en 1790. En 1808, il est transformé en dépôt de mendicité pour les indigents de la Seine, abritant jusqu'à 1800 reclus (alors le beau théâtre de Louis-Philippe devient dortoir pour les hommes, la chapelle est aménagée en dortoir des femmes infirmes). C'es là qu'Alexandre Dumas découvre un ancien maître d’armes, le père Mounier, qui lui donne, à l’âge de dix ans, ses premières leçons d’escrime.
De 1889 à 2014 le château est occupé par une maison de retraite (hôpital militaire pendant la guerre de 1914).
Puis, en très mauvais état, il est laissé à l'abandon.
De 2020 à 2023 il fait l'objet d'une grande campagne de restauration, afin d'y abriter une "Cité internationale de la langue française".
— A l’emplacement du n°23 de l’ancienne place de la Fontaine (place du Docteur-Mouflier, maison de la Presse) se trouvait l’hôtel de l’Ecu de France dont le grand-père maternel d’Alexandre Dumas était tenancier.
— L’Hôtel de Ville : le 28 novembre 1792, à 8 heures du soir, le lieutenant-colonel de Hussards Thomas Alexandre Dumas Davy de la Pailleterie y épouse Marie-Louise Élisabeth Labouret, fille de Claude Labouret et de Marie-Josèphe Prévost.
— La maison du 46 de l’ancienne rue de Lormet (rue Alexandre-Dumas). Alexandre y naquit le 24 juillet 1802 à 5 heures du matin.
— L’église : le 18 août 1802, le petit Alexandre y est baptisé; il y fera sa première communion en mai 1815.
— La maison du 41 rue du Général-Mangin s’élève à l’emplacement de l’Hôtel de l’Epée où mourut le général Dumas en 1806.
— L’école au 33 de la rue du Général-Mangin s’élève à l’emplacement du collège de l’abbé Grégoire où Dumas fut scolarisé en 1811.
— Près de l’emplacement du tabac “Le Longchamp” sur l’ancienne place de la Fontaine (place du Docteur-Mouflier, maison de la Presse) se trouvait le bureau de tabac que tint la mère de Dumas de 1814 à 1824.
— A l’emplacement des n°8-10 de l’ancienne place de la Fontaine (place du Docteur-Mouflier, maison de la Presse) habitait le bottier Landereau auquel Dumas commanda une paire de bottes.
— A l’emplacement du n°14 de l’ancienne place de la Fontaine (place du Docteur-Mouflier, Crédit lyonnais) se trouvait l’étude de Me Mennesson, le notaire chez lequel Dumas entra à quinze ans comme saute-ruisseau.
— Le cimetière : la dépouille de Dumas y fut transférée plus de quatre mois après sa mort, le 16 avril 1872 ; il y reposait auprès de ses parents, de sa petite-fille Jeannine et de l’époux de celle-ci, Ernest d’Hauterive. Dans Le Pays natal, il parle de ce cimetière : "Plein d'ombres et de fraîcheur, on dirait une de ces promenades comme les Anciens en faisaient aux portes de leurs villes et où les Sybarites demandaient à être enterrés pour être encore réjouis au fond de leur sépulcre par le bruit et le mouvement de la vie."
– Devant la mairie, une copie en bronze de la statue d'Alexandre Dumas par le sculpteur Albert-Ernest Carrier-Belleuse inaugurée en 1885 en présence d'Alexandre Dumas fils et de Jules Verne (l'original a été fondu lors de la seconde guerre mondiale).
– Le Musée Alexandre-Dumas, au 24 rue Demoustier. Musée créé en 1904, installé en 1952 dans un hôtel particulier du XIXe siècle (qui servit de quartier général au Général Maunoury lors de la seconde guerre mondiale), rénové en 2002. Y sont retracées la vie et l'oeuvre des trois Dumas : portraits peints et sculptés, documents autographes, manuscrit des Mémoires… On remarque en particulier le fameux papier bleu qui était indispensable au romancier. Au cours de son séjour en Russie, il écrit : "Je nageais en pleine encre ; ce fut au point que bientôt le papier me manqua, mon grand papier bleu de France, celui sur lequel j'écris depuis vingt ans. C'est une terrible chose pour moi quand ce papier me manque, tant j'en ai pris la sotte habitude (…) : je ne sais pas avoir d'esprit sur un autre papier que mon papier bleu".
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Son père, le général Dumas (gravure de Jacques Marchand d'après une composition de Guillaume Guillon Lethière) |
Le général Dumas en chasseur par Louis Gauffier, 1797 (musée de Bayonne) |
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| Sa mère, Marie-Louise Labouret | Sa maison natale, rue de Lormet |
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| Le château de Villers-Cotterêts | Alexandre Dumas en 1828 (Joseph Guichard) |
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| Alexandre Dumas par Nadar en 1855 | Marie-Laure Labay, la mère de Dumas fils |
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| Alexandre Dumas fils (par Louis Boulanger) | Tombe de Dumas à Villers-Cotterêts |
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| Statue d'Alexandre Dumas à Villers-Cotterêts | Le Musée Alexandre-Dumas à Villers-Cotterêts |











