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LE TROISIÈME LIVRE DE LA MUSE FOLASTRE
RECHERCHÉE DES PLUS BEAUX ESPRITS DE CE TEMPS
DE NOUVEAU REVUE, CORRIGÉE ET AUGMENTÉE
A LYON
PAR BARTHELEMY ANCELIN
IMPRIMEUR ORDINAIRE DU ROY
M. DC. XI.


BAISER

Charlotte, ma nymphelotte,
Ma nymphelotte belotte,
Viens, belle, sous l'ombre frais
De ces odereux cyprés.
Tandis que l'ardeur bruslante
Seiche la terre beante,
Viens çà près de moy t'asseoir
Attendant le frais du soir.
Icy la belle prérie
De cent couleurs est fleurie,
Icy le clair ruisselet,
Doucelet, mignardelet,
De son onde jazeresse,
La verde rive caresse ;
Icy le zephir raudant
Vers sa flore mignardant ;
Icy les oiseaux se baisent,
Et mille chansons degoisent ;
Les arbres mesme amoureux
Icy font l'amour entr'eux,
Et leurs feuilles esbranlées,
En cent mignardes meslées,
Semblent s'esmouvoir ainsi
Pour s'entrebaiser aussi ;
Viens donc, ma gente belotte,
Ma saffrette nymphelotte,
Viens t'asseoir, mignarde, icy,
Que nous nous baisions aussi.

Mais avant que je te baise
Fais un peu de la mauvaise,
Feignant de me refuser
Quand je te voudray baiser ;
Et, plus ferme qu'une roche,
Ne permets que je t'approche :
« Souvent nier un petit
En amour donne appetit. »
Quand je te diray : Ma vie,
Baise moi, je te supplie,
Mignonne, fay moy ce bien !
Dy que tu n'en feras rien ;
Lors, si mon ardeur me force
De prendre un baiser par force,
Tasche de tout ton pouvoir
A m'empescher de l'avoir ;
Si je te tiens embrassée,
Tu feras la courroucée ;
Semillante, tu voudras
Te despestrer de mes bras,
Et, de toute ta puissance
Tu me feras resistance,
Mettant au devant ta main
Pour empescher mon dessein ;
Enfin, pour estre vaincuë,
Tu feras de la recruë,
Bien aise dedans ton cœur
Que je demeure vainqueur.
Et lors, ma douce belotte,
Ma saffrette nymphelotte,
Pour estre recompensé
De tout le travail passé,
Je te baiseray, mauvaise,
Cent et cent fois à mon aise,
Pressottant et mignottant,
Fleurottant et sucçottant
Mille douceurs enserrées
Dessus tes levres pourprées ;
Tant qu'enfin, las de baiser,
Je me voudray reposer.
Et lors, ma nymphe belotte,
Ma belotte nymphelotte,
Friande de ce plaisir,
Tu te sentiras saisir
D'une toute telle envie.
Lors tu me diras: Ma vie,
Mon petit œilbrunelet,
Mon petit mignardelet,
He ! permets que je te baise,
Je ne seray plus mauvaise.
Mon mignon, fais moy ce bien.
Mais moy je n'en feray rien ;
Car ta bravade passée
Bien avant en ma pensée,
Mu'ra mon cœur en rocher
Pour de toy me revencher.
Ce sera peine perduë
D'estre à mes yeux estenduë
Et de me crier mercy
D'un œil humble et adoucy ;
De pleurs ta face arrusée,
D'ardeur ta bouche ambroisée,
Ton œil terny de langueur
N'adouciroit ma rigueur ;
Mille gayes mignardises,
Mille gayes mignotises,
Mille doux attouchemens,
Mille doux chatoüillemens,
Mille petites caresses,
Mille façons charmeresses
Que tu sçaurois inventer,
Ne me pourront contenter.
Enfin, ma douce belotte,
Ma saffrette nymphelotte,
Ton œil me fera pitié,
Et ma feinte mauvaistié
Qui t'aura tant affligée
En douceur sera changée ;
Alors tu m'embrasseras,
Alors tu me baiseras,
Alors de la levre tienne
Tu pressotteras la mienne,
Laschant ton ame dans moy
Pourtirer la mienne à toy ;
Alors ta langue lezarde,
Mignardement fretillarde,
S'efforcera de passer,
S'efforcera de forcer,
D'une secrette escarmouche,
Les deux rempars de ma bouche,
Qui contre si doux efforts
Ne tiendra gueres le fort ;
Ainsi ma gente belotte,
Ma saffrette nymphelotte,
Après tant de pleurs rendus,
Et tant de prières perdus,
Après tant de mignardises,
Tant de gayes mignotises,
Après tant d'attouchemens
Et de doux chatoüillemens,
Tant de petites caresses,
Tant de façons charmeresses,
Que tu auras inventé
Pour vaincre ma cruauté,
Tu seras récompensée
De tant de peine passée :
« Un baiser n'est point exquis
S'il n'est par force conquis ! »
Mais, ma petite belotte,
Mais, gentille nymphelotte,
Dieu sçait si dedans ton cœur
Tu auras une rancœur,
Dieu sçait si en ton courage
Tu porteras tel ouvrage ;
Doncques, pour t'en revancher,
Tu me viendras allecher
En quelque façon exquise,
De nouvelle mignardise ;
Car le desir d'un baiser
Ne pourra plus m'embrazer.
Lors, ma gentille Cyprine,
Pour me montrer ta poictrine
Tu ouvriras ton colet
Sous qui ce mont jumelet
Nage à petites ondées
De doux souspirs mignardées,
Et, du bout de ton teton,
Cent fois plus blanc que cotton,
Tu feras languir ma vie
D'une autre nouvelle envie ;
Car, si tost qu'à l'impourveu
Ce beau teton j'auray veu,
Et la blancheur entaillée
De ta poictrine caillée,
Soudain, d'un plus beau desir
Je me sentiray saisir,
Et lors, ma douce belotte,
Ma saffrette nymphelotte,
Humble je te supplieray,
Humble je t'adjureray
Par tes yeux de me permettre
Sur ce teton la main mettre,
Et de fouiller dans ce sein
Si blanc, si ferme et si plein ;
Mais ma bravade passée
Bien avant en ta pensée
Mu'ra ton cœur en rocher,
Pour de moy te revencher :
Tu prendras plaisir, cruelle,
A me tenir en cervelle.
Lors ce sera tout perdu
D'estre à tes pieds estendu ;
Pour vaincre par courtoisie
Ta cruelle fantaisie,
J'auray beau crier mercy,
D'un œil humble et adoucy,
De pleurs ma face arrosée,
D'ardeur ma bouche embrasée,
Mon œil terny de langueur,
N'adouciront ta rigueur :
Que si mon ardeur me force
D'y mettre la main par force,
Tu sçauras bien m'empescher
Que je n'y puisse toucher.
Alors, à belles piqueures,
A belles esgratigneures,
Mauvaise, tu rendras vains
Tous les efforts de mes mains,
Prenant et plaisir et peine
A me faire perdre haleine.
De fait recreu et lassé,
Enfin je seray forcé,
Honteux, de lascher la prise
Au fort de mon entreprise,
Et lors, joyeuse en ton cœur
D'avoir vaincu ton vainqueur,
Tu feras de la superbe,
Et te reposant sur l'herbe
Pour te tenir à recoy,
Tu te mocqueras de moy.
Mais soudain, ma nymphelotte,
Ma nymphelotte belotte,
Mon œil te fera pitié,
Et ta feinte mauvaistié,
Qui m'aura tant affligée,
En douceur sera changée ;
Alors tume sous-riras,
Alors tu desserreras
Mignardement ta poictrine ;
Alors, ma belle Cyprine,
Tu ouvriras ton colet,
Sous qui ce mont jumelet
Nage à petites ondées
De doux souspirs mignardées,
Et descouvrant ton teton,
Cent fois plus blanc que cotton,
Tu me remettras la vie,
Me faisant passer l'envie,
D'à mon aise le taster,
Le baiser, le pressotter ;
Et Dieu sçait, ma nymphelotte,
Dieu sçait, ma gente belotte,
Si je le baisotteray,
Si je le sucçotteray !
Dieu sçait si ma main hardie,
Sur ceste gorge arrondie
Librement folastrera !
Dieu sçait s'elle tastera,
Tantost la droite mammelle,
Tantost la gauche pommelle,
Et tout ce beau sein ouvert,
De lys et roses couvert.

Mais entre ces mignardises,
Ces folastres mignotises,
Je me sentiray saisir
De quelque amoureux desir,
Qui fera languir ma vie,
D'une autre plus douce envie,
Et alors, dans l'ombre frais,
De ces odereux cyprés,
Nos deux ames accolées
En cent mignardes meslées,
Amoureuses, s'uniront,
Et nos cœurs bien-heureront.
Viens doncques, ma nymphelotte,
Ma belle nymphe Charlotte,
Viens, mignarde, à l'ombre frais
De ces odereux cyprés.
Tandis que l'ardeur bruslante
Seiche la terre beante,
Viens çà ! près de moy t'asseoir,
Attendant le frais du soir.


A UNE DAME,
ESTANT AU LICT MALADE D'UNE COLIQUE.
Stances.

De contraires langueurs diversement touchez,
Nous voici, ma mignonne, en mesme lict couchez,
Sans nous, nos deux langueurs sont du tout incurables :
A la mienne tu peux donner allegement,
A la tienne j'en puis donner pareillement.
Pour doncques nous guarır, soyons nous secourables.

La douleur que tu sens te provient de froideur,
Celle là que je sens me provient d'une ardeur,
Qui cent mille brasiers allume en ma poictrine,
Si tu me veux guarir, tu en as le pouvoir,
Et si tu veux aussi guarison recevoir,
C'est moy qui de ton mal porte la medecine.

Meslons pour nous guarir nos deux langueurs en un :
Le froid dont tu te plains n'est point un froid commun,
Et mon ardeur n'est point une ardeur ordinaire :
Autre froid que le tien ne me peut secourir,
Autre feu que le mien ne te sçauroit guarir,
S'il est vray que tout mal guarist par son contraire.

Or sus, laisse moy donc dans ta bouche escouler
Tant soit peu de ce feu dont je me sens brusler,
Et puis, verse à ton tour, dans la mienne embrasée,
Un peu de ces glaçons que tu as dans le sein:
Peut estre diras tu que ce remède est vain,
Mais essayons au moins, l'espreuve en est aisée.


LES PROPRIETEZ DES FEMMES.

La bonne, celle qui a la paulme de la main velue.
La hardie, qui attend deux hommes à un trou.
La coüarde, qui met la queuë entre les jambes.
La honteuse, qui couvre ses yeux de ses genoux.
La peureuse, qui ne peut coucher sans hommes.
La despiteuse ; quand on luy baille un coup elle en rend deux.
La paresseuse, qui devant que l'oster elle le lairroit pourrir dedans.
La debonnaire ; quand on luy leve une fesse, elle leve l'autre.
La foible qui, pour un peu pousser, se laisse renverser.
La ceremonieuse, qui se fait servir à couvert.
La juste aime le droit.
La superbe, qui n'aime que les grands.
La courageuse, qui ne craint ne mort ne vif.
La friande, qui n'en veut point sans sauce.
La serviable, qui se soubmet à tous.
La mesnagère, qui met tout en besongne.
La misericordieuse, qui loge et revest les nuds.
La propre, qui ne porte chemise sans empoix.
La delicate, qui ne fait que succer le bout.
La patiente, qui ne s'en plaind jamais.
La gourmande, qui trouve tout bon.
La degoustée, qui n'en veut qu'à bon poinct.
La galleuse, qui veut que l'on le luy frotte.
La discrette, qui ne le fait qu'en tapinois.
La goulue, qui l'avalle sans mascher.
La cruelle, qui ne se plaind qu'à coups ruez.
La diligente, qui le fait tousjours de peur d'estre oysive.
La forte, qui ne trouve rien trop pesant.
La penitente, qui fait matter sa chair jour et nuict.
La malade, qui ne se paist que de coulis,
L'avaricieuse, qui ne se lasse de mettre d'autruy avec le sien.
La pauvre, qui en demande tousjours.
La negligente, qui tient tousjours son huis ouvert.
La guerrière, qui n'aime que les combattans et conquerans.


RESPONSE RECIPROQUE DE L'HOMME
A LA FEMME.

L'HOMME.
Je ne veux de docte maistresse
Qui a l'esprit ingenieux,
Elle est trop pleine de finesse :
Une simple vaut beaucoup mieux.

LA FEMME.
L'ignorance qui vous tient pris
De l'ignorance vous contente.
Si vous estiez des mieux appris,
Vous auriez maistresse sçavante.

L'HOMME.
Madame, ne traictez ainsi
Celuy qui vous a tant aimée,
De peur que ne soyez nommée
La belle dame sans mercy.

LA FEMME.
Je suis farouche en amitié :
Je veux tousjours estre cruelle,
Et suis contente qu'on m'appelle
La belle dame sans pitié.

L'HOMME.
Vostre œil, qui a tant de vertu,
Seroit bon pour un avant-garde :
Tout ce qu'il voit est combattu
Aussi soudain qu'il le regarde.

LA FEMME.
Amour, qui les femmes enflamme,
Dans vos yeux a mis ses attraits,
Pour ce en tous lieux on ne voit femme
Qui ne soit prise de vos traits.

L'HOMME.
C'est afin de nous assembler
Que nous sommes nez, ce me semble :
Faisons donc par esbat ensemble
Ce qui pourroit nous rassembler.

LA FEMME.
Vos propos sont bien apparens,
Et vostre desir je souhaitte ;
Mais toute pucelle est sujette
Aux volontez de ses parents.

L'HOMME.
Vous estes gracieuse et belle,
Belle dedans et par dehors :
Mais la beauté spirituelle
Vaut mieux que la beauté du corps.

LA FEMME.
Femme belle sans bon esprit
N'est pas volontiers agreable :
Beauté du corps est perissable,
Et l'esprit jamais ne perit.

L'HOMME.
Je n'aime vostre menterie,
Je n'aime vostre cruauté :
Je n'aime vostre affetterie,
Mais j'aime bien vostre beauté.

LA FEMME.
Pour l'amour des femmes mortelles,
Jupiter a quitté les cieux,
Tant ont de pouvoir sur les dieux
Les femmes quand elles sont belles.

L'HOMME.
Plus vous parez vostre visage,
Tant plus vous portez de joyaux,
Et plus vous semblez une image
Qu'on habille de beaux drapeaux.

LA FEMME.
Mon jeune fan n'est pour vos chiens,
Il est trop farouche et sauvage :
Pour ce, détendez vos liens
Et cherchez un autre boccage.

L'HOMME.
Ce me seroit bonne fortune
De recevoir de vous faveur ;
Car ce n'est pas un petit heur
D'estre aimé d'une gente brune.

LA FEMME.
Je sçais bien que je suis brunette,
Gente pour vous je ne suis pas :
Je ne m'englue à vos appas,
Ce n'est pas vous que je souhaitte.

L'HOMME.
Avec beaucoup d'autres mestiers,
Je suis escuyer de nature :
Trouvant une bonne monture,
Je la picque fort volontiers

LA FEMME.
Ma foy, vous estes bon mocqueur,
Et si ne dites rien qui vaille:
A voir seulement vostre taille,
Vous estes un mauvais picqueur.

L'HOMME.
Je ne suis encore assez seur
Pour voler d'une haute voye:
Je ne sers que d'estomisseur,
Un autre descruche la proye.

LA FEMME.
Mon amy emporte ses longes,
L'ayant lasché dessus sa foy:
Tant plus je le reclame à moy,
Tant plus me donne de mensonges.

L'HOMME.
M'amie oit assez ma prière,
Mais c'est alors que je la voy:
Mais si tost que je suis derrière
Elle fait ses contes de moy.

LA FEMME.
Si à tous je suis agreable,
Je ne vous laisse pas pourtant,
Qui pensez mon cœur inconstant
Comme le vostre est variable.

L'HOMME.
Pour prendre en amour ses esbats
Sans peur et sans aucune crainte,
Il n'est que d'aimer en lieu bas :
Haute amour a trop de contrainte.

LA FEMME.
Je ne veux point pour serviteur
Un qui se dit de basse race :
Volontiers, le pauvre est menteur,
Etson amour bientost se passe.

L'HOMME.
Qui veut avoir beaucoup d'honneur,
Et vivre en tous lieux estimée,
Il faut estre d'un grand seigneur
Ou d'un grand prince bien aimée.

LA FEMME.
Puisqu'aimer en ce monde faut,
Celle est folle qui se rabaisse :
J'aime mieux servir en lieu haut
Qu'en bas lieu demeurer maistresse.

L'HOMME.
Je ne vous sçaurois oublier,
Aussi ne veux je pas le faire :
Ce que l'amour a peu lier
Un homme ne le peut deffaire.

LA FEMME.
Pour un perdu, deux retrouvez,
Je n'en suis en melancolie :
Si oubliée vous m'avez,
De mon costé je vous oublie.

L'HOMME.
Vous estes un peu trop cruelle :
Ou bien ostez vostre beauté,
Ou donnez vostre cruauté
A une qui n'est pas si belle.

LA FEMME.
On ne peut nature forcer,
Bien qu'on la tienne d'une bride :
Le bon cheval, maugré son guide,
Ne laisse pourtant de passer.

L'HOMME.
Bien que voulez vous qu'on face?
Certes, je ne puis vous aimer,
Car qui voit vostre vieille face,
D'amour ne se peut enflammer.

LA FEMME.
Ha ! que vous estes mal appris,
Si à l'amour je suis guidée,
Encor' que je sois bien ridée,
Je sçay bien les jeux de Cypris.

L'HOMME.
Vostre amitié me fait mourir,
Et perds temps d'y vouloir pretendre ;
Mais la proye qui fait courir
Donne du plaisir sans la prendre.

LA FEMME.
Vous estes trop recompensé,
Bien que rien je ne vous octroye,
D'avoir tant seulement pensé
De prendre une si douce proye.

L'HOMME.
Son œil qui doucement regarde
Me fait souvent d'elle approcher :
Mais quand sa bouche ne se garde
De rire, c'est un grand archer.

LA FEMME.
Vostre teint a tousjours les fievres,
Des cheveux avez cinq ou six :
En parlant vous bavez des levres,
Et si pensez estre beau fils.

L'HOMME.
Vostre pied, qui est si sçavant
A baller, seroit bien propice
A soustenir un édifice
Qui se baisse sur le devant.

LA FEMME.
Je ne veux pour vous m'abaisser,
Et quand m'abaisser je voudrois,
Un autre que vous je prendrois,
Qui me pourroit mieux redresser.

L'HOMME.
Lesdamoiselles sont si folles,
Un pauvre amoureux n'est donneur,
Et n'y a nul homme d'honneur,
Tant seulement que de parole.

LA FEMME.
Cette bague tant esmaillée,
Que vous monstrez à tous les coups,
Ne vous a point esté baillée
D'autre personne que de vous,

L'HOMME.
Si vous aviez la contenance
Aussi douce que le parler,
Vous pourriez bien vous appeler
La plus belle qui soit en France.

LA FEMME.
Vous estes fort bien allié
D'honneur, de maison et de race,
Mais cette tant mauvaise grace
Vous en desrobe la moitié.

L'HOMME.
Madame, affin que je me puisse
Pour vous en tout lieu m'employer,
Soyez courtoise du loyer
Que je pretens par mon service.

LA FEMME.
Vous n'estes pas assez rusé
Pour servir une belle amie :
Un bien vous avez refusé
Que vous n'aurez de vostre vie.

L'HOMME.
Je suis un Roy quand je vous touche,
Et vous baisant un demy Dieu ;
Et si j'estois en vostre couche,
Vostre lict me feroit un Dieu.

LA FEMME.
Quand la nuict sombre et solitaire
Chasse le jour qui plus ne luit,
Que n'essayez vous de vous faire
Un nouveau Dieu dedans mon lict?

L'HOMME.
Vous n'avez que trois dents en bouche,
Et que les os secs, mais la peau,
Etbruslez pour un jouvenceau :
C'est le feu d'une vieille souche.

LA FEMME.
Mon amy est beau à merveille,
Mais il est plain de cruauté ;
J'ay tousjours la puce en l'oreille
Quand je pense à sa privauté.

L'HOMME.
Alors que la terre est couverte
D'herbes naissans en ces beaux mois,
Si à l'escart je vous tenois,
Je vous donrois la cotte verte.

LA FEMME.
Seule à l'escart je ne vous crains,
Bien qu'à l'envers je fusse cheute :
Les plus forts sont tousjours contrains
En tel jeu de quitter la lutte.

L'HOMME.
Je suis sçavant et bien appris,
Et pour vous composant un livre,
Je pourray vous faire revivre
Par la vertu de mes escrits.

LA FEMME.
Vous estes en amour trop rude,
A peine serez vous aimé :
C'est vostre cas que d'une estude
Entre deux nattes enfermé.

L'HOMME.
Je n'aime point la haquebute,
C'est le passe temps d'un valet ;
Mais pour frapper à vostre butte,
Je banderay mon pistolet.

LA FEMME.
Les pistolets par ordonnance,
Sont ostez, vous le sçavez bien ;
Puis vostre poudre est toute rance,
Et vostre amorce ne vaut rien.

L'HOMME.
Je porte un esprit familier,
Ardant et vif comme une flamme,
Il est gaillard et singulier
Pour le mesnage d'une femme.

LA FEMME.
Vostre esprit familier n'a garde
Venir la nuict me decoiffer,
Si mon autre esprit le regarde,
Il fuira de peur en enfer.

L'HOMME.
Or ny argent je ne vous ose
Presenter pour estre vainqueur,
Car toute femme de gent cœur
Veut prendre en amour autre chose.

LA FEMME.
Si de fortune ma main blanche
Rencontroit cela bien en point,
La main ne me couperois point,
Car je le prendrois par le manche.

L'HOMME.
Contre ma femme j'avais prise
Querelle jusques à la mort,
Mais le seul vent de sa chemise
M'a fait croire que j'avais tort.

LA FEMME.
Il n'est de tel contentement
Que de femme bien habillée,
Il n'est si grand enchantement
Que d'une femme despouillée.

L'HOMME.
Vos tetins, qui se vont enflant,
Tansent bien souvent vostre père,
Et vous, de quoy vous n'estes mère
Desjà d'un beau petit enfant.

LA FEMME.
J'ay beau mon père supplier,
Disant que mon amy est riche,
D'heure en heure à me marier
Il diffère, tant il est chiche.

L'HOMME.
Vous seule me faites aimer.
Quand une Venus toute nuë
Dedans mon lict seroit venuë,
Son feu ne pourroit m'enflamer.

LA FEMME.
Vostre dire est plaisant et doux,
L'amour d'amour se recompense:
Si en moy cherchez jouissance,
Je la cherche aussi dedans vous.

L'HOMME.
Pour vous un poëte n'est idoine
Ne quelque homme de bon esprit ;
Je sçay que n'aimez par escrit,
Il vous faut un sot ou un moine.

LA FEMME.
Je ne veux d'un poëte langard
Qui m'estourdisse de son dire ;
Car d'un autre le doux regard
Guerit tout soudain mon martyre.

L'HOMME.
Vous paroissez de toutes parts
Bragarde et richement vestuë,
Mais vous seriez plus belle nuë,
Comme Venus avecque Mars.

LA FEMME.
La femme ne se doit monstrer
Sans sa chemise, car la tache
Que volontiers la robe cache
Un jour se pourroit rencontrer.

L'HOMME.
Je suis amoureux en tous lieux,
D'amour je ne me puis deffendre,
Il ne faut qu'un œil gracieux
Pour mille fois le jour me prendre.

LA FEMME.
Souvent l'orgueil deçoit son maistre,
Ne soyez donc audacieux :
En amour aussi, ne faut estre
Trop humble ne trop gracieux.

L'HOMME.
Je me mocquois quand je vous vy,
Feignant une amour recelée ;
Mais en feignant je fus ravy
D'une amour non dissimulée.

LA FEMME.
Mon cœur est un vrai diamant,
Lequel autre pourtrait n'endure
Sur luy, sinon la vraie figure
Qu'il prend de son premier aimant.

L'HOMME.
Je suis encore de saison,
Ma force est comme je l'ay euë:
Si par le chef je suis grison,
J'ay en bas bien verte la queuë.

LA FEMME.
Si vous aviez la damoiselle
Qui tient vostre cœur en esmoy,
Nuë entre vos bras, dites moy,
Que feriez vous avecques elle?

L'HOMME.
Lequel voulez vous que je touche,
Ou vostre sein pour m'apaiser,
Ou que trois fois de vostre bouche
Malgré vous je prenne un baiser?

LA FEMME.
Le baiser ne m'est qu'une peine ;
J'aimerois mieux l'autre labeur,
Si ce n'estoit que j'aurois peur
D'en rapporter la panse pleine.

L'HOMME.
Si je vous offre mon service,
Desirant tousjours vous aimer,
Etsi aimer ce n'est pas vice
Je ne suis donc pas à blasmer.

LA FEMME.
Le service que voulez faire,
Plusieursme l'ont offert aussi,
Et si d'eux je n'ay point soucy,
A tant je ne puis satisfaire.

L'HOMME.
Vous faites trop la glorieuse,
On n'oseroit parler à vous ;
Vous devriez estre bien joyeuse
Que l'on vous servist à genoux.

LA FEMME.
Ostez moi ce sot importun,
Qui tant plus à complaire il tasche,
Tant plus il desplaist à chacun:
Son ombre seulement me fasche.

L'HOMME.
C'est d'amour la plus douce amorce
Que le beau teint des jouvenceaux ;
Mais ces amans qui sont si beaux
Ont plus de babil que de force.

LA FEMME.
J'aimerois mieux toute ma vie
Languir en peine et en regret
Qu'en ma jeunesse estre servie
D'un gentilhomme qui fust laid.

L'HOMME.
Madame, ne soyez point dure
Au cœur que vous avez domté ;
Nostre mestier assez endure
Sans le fascher d'autre costé.

LA FEMME.
Chassez moy ce protonotaire ;
Il peut, le sot, je le sens bien,
Si d'amour recevoit un bien
Il ne pourroitjamais le taire.

L'HOMME.
Ma maistresse me tient sa foy
Et de faveur ne m'est point chiche :
Sans le bruit que j'ay d'estre riche
On ne tiendroit compte de moy.

LA FEMME.
Jamais la faveur ny le bien
D'un bon cœur ne firent conqueste :
Encore qu'un aimant n'est rien,
Je l'estime s'il est honneste.

L'HOMME.
Vous n'avez garde de le dire,
Car vous n'avez choisi qu'un sot ;
Telle au cœur bien souvent souspire
Dont la bouche ne sonne un mot.

LA FEMME.
Si mon amy falloit nommer,
Il faudroit que je le nommasse ;
Ce petit dieu qui fait aimer
A voulu que je vous aimasse.

L'HOMME.
Je suis des loyaux amoureux,
Sur le front j'en porte la marque ;
Je souspire comme un Pétrarque,
Et tousjours je suis langoureux.

LA FEMME.
Et quoy ! vous estes tout transi ;
J'ay peur que la fièvre vous tienne :
Les François n'aiment point ainsi,
Je ne suis pas Italienne.

L'HOMME.
Je ferois volontiers premier
Dans vostre buisson une queste ;
Mais pour bien destourner la beste
Il me faudroit un bon limier.

LA FEMME.
Quand je voy vostre grosse taille
Et vos habits mal compassez,
Vous me semblez une medaille
Faite du temps des rois passez.

L'HOMME.
Vostre constance ne mérite
Qu'autre dame on doive choisir ;
Mais une vieille amour se quitte
Pour jouyr d'un nouveau plaisir.

LA FEMME.
Pour un plaisir qui tost s'efface,
Un bon cœur ne manque de foy:
Celle qui de beauté me passe
Deviendra laide comme moy.

L'HOMME.
Tant plus le trait d'Amour m'offense,
Et tant plus je suis oppressé,
Plus j'endure sous l'esperance
D'estre un jour bien recompensé.

LA FEMME.
Vous estes d'humeur amoureuse
A la fin vous serez vainqueur,
Plus vostre face est rigoureuse
Et tant plus vous avez bon cœur.

L'HOMME.
Les princes veulent commander,
Les pauvres humblement supplient ;
Ils servent sans rien demander,
Et d'amour jamais ne varient.

LA FEMME.
Vous estes beau, tout vous sied bien,
Vous estes courtois et adextre ;
Mais aimé vous ne pouvez estre,
Car on dit que vous n'avez rien.

L'HOMME.
Amour tellement me domine,
Que je voudrois bien esprouver
Toutes les femmes, pour trouver
La moitié de mon androgine.

LA FEMME.
Il fait l'amour à toutes celles
Qu'il voit, et en est amoureux ;
Il en brusle, et pas une d'elles
Ne l'aime, est il pas bien heureux?

L'HOMME.
On dit qu'Amour est une flamme
Qui fait les cœurs estinceler,
Mais la vostre a glacé mon ame
Qui en esté me fait geler.

LA FEMME.
Vous estes brave et bien en point,
Vous avez la parolle fine :
Mais tout cela ne me plaist point,
Car vous avez trop froide mine.

L'HOMME.
D'affiquets s'enfle vostre col,
L'yvoire vos dents accompagne ;
Vos cheveux parlent d'Allemagne
Et vostre teint parle espagnol.

LA FEMME.
Si le marchant estoit venu
Redemander vostre equipage,
Vous sembleriez un oiseau nu
Despoüillé de son beau plumage.

L'HOMME.
Ceux qui ne sont comme je suis,
Vous servant vous peuvent attraire,
Je fais pour vous ce que je puis,
Et si ne vous sçaurois complaire.

LA FEMME.
Vous estes riche et beau parleur,
Vous estes assez accointable,
Mais je ne sçay par quel mal-heur
Vous n'estes jamais agreable.

L'HOMME.
De nos pères la loy trop dure
Nous a trop cher l'honneur vendu.
Mais pourquoy nous est defendu
Le plaisir qui vient de nature?

LA FEMME.
Maints amans different ensemble,
Je suis cause de leurs debats,
Car à l'un cruelle je semble,
A l'autre je ne le suis pas.

L'HOMME.
Si ma maistresse je vous nomme,
Amour l'a ainsi ordonné,
Et si mon cœur vous ay donné,
Serf à bon droit est ma personne.

LA FEMME.
Soit tout ainsi que vous le dites,
Mais les dames de bon renom
Ne doivent accepter le nom
A cause des langues maudites

L'HOMME.
Puisque nous sommes si longtemps
Sans nous voir, Dieu vueille permettre
Que l'envoy d'une douce lettre
Nous face tous deux bien contens.

LA FEMME.
Le remede de n'oublier
L'amitié, c'est de s'entr'escrire :
Souvent la bouche n'ose dire
Ce que la main dit en papier.

L'HOMME.
Dieu est de gloire revestu
Pour estre doux et pitoyable :
De si precieuse vertu,
Madame, soyez luy semblable.

LA FEMME.
La plus belle vertu qui soit
N'est pas celle de patience:
Un pauvre amoureux la reçoit
Souvent contre sa conscience.

L'HOMME.
Si des femmes mal je puis dire,
C'est le comble de mon desir,
A ce faire je prends plaisir
Pour bien me chastoüiller pour rire.

LA FEMME.
Vous estes une grosse beste
Qui mesdisez à tous propos
Des dames en vuidant les pots,
Nommer on vous peut trouble-feste.

L'HOMME.
Vostre beauté va demandant
Que bien tost elle soit cueillie:
Cueillez la donc et cependant
Qu'elle est une rose fleurie.

LA FEMME.
Ma jeunesse ainsi je ne donne,
Or' que je suis en mon printemps ;
Si je n'ay ce que je pretens,
Je l'auray peut estre en automne.

L'HOMME.
Pour la premiere cognoissance
Avant que vous ouvrir mon cœur,
Je vous pry', faisons alliance
De maistresse et de serviteur.

LA FEMME.
Cherement se vend un plaisir
Qui est receu sans le cognoistre ;
Le serviteur est souvent maistre
Quand on le prend sans le choisir.

L'HOMME.
Il n'est point de prison si rude
Qu'un mariage mal traité.
Le mariage est servitude
Et l'amour n'est que liberté.

LA FEMME.
Je voudrois qu'il me fust permis
Avoir dans ma chambre en attache
Une couple de bons amis
En lieu d'un mary qui me fache.

L'HOMME.
Si vous pouviez vostre vieillesse
Changer à l'aage de vingt ans,
Je vous donrois les passetemps
Qui sont plaisans à la jeunesse

LA FEMME.
L'aage ne se peut r'appeler
Et le temps ne se peut combattre,
Comme moy ne laissez aller
Vostre jeunesse sans l'esbattre.

L'HOMME.
Vostre bouquet qui se fletrist
Vous admonneste en peu d'espace
Que vostre beauté qui fleurist
Perdra sa couleur et sa grace.

LA FEMME.
En ce monde tout perira,
Regne, grandeur, force et puissance ;
Quand ma beauté se flestrira,
Il faudra prendre en patience.

L'HOMME.
Si le destin m'estoit si doux
Que mon corps rechanger je peusse,
Me transformant en une puce,
J'irois coucher avecques vous.

LA FEMME.
Il ne faut point se transformer
Pour coucher avecques s'amie ;
Il n'y a point d'autre magie
En amours que de bien aimer.

L'HOMME.
Baisez moy d'un baiser tout plain
D'amour, comme les tourterelles ;
Il ne faut pas baiser en vain
Vos deux lèvres qui sont si belles

LA FEMME.
Les baisers venus d'Italie
Par toute France sont hays ;
Pour ce baiser, moy je vous prie,
A la coustume du pays.

L'HOMME.
Comme on void la vigne enlassée
D'un pli qui les ormeaux poursuit ;
Je voudrois tenir embrassée
Vostre beauté toute la nuict.

LA FEMME.
Voyant un jour un vert lierre
Embrasser un cep en maint tour,
C'est, ce disois je, au fait d'amour,
Le plus grand bien quand on se serre.

L'HOMME.
Hé ! pourquoy n'ay je la puissance
D'estre un Jupiter nouveau,
Me faisant cygne ou taureau,
De vous j'aurois la jouissance.

LA FEMME.
Si j'estois une belle Europe,
Vous seriez mon seul Jupiter,
Et mon taureau pour r'emporter,
Pour vous rapporter sur ma crope.

L'HOMME.
De vous je suis tousjours vaincu,
Je ne voy dame si maligne,
Ny femme qui ait mieux la mine
De faire son mary cocu.

LA FEMME.
Vous estes gaillard, ce dit on,
Et entre dames bien honneste ;
Mais gardez vous que par la teste
Vous ne deveniez un mouton.

L'HOMME.
Pour vous je souffre double peine
Sans appaiser vostre rigueur,
Aux yeux jeporte une fontaine
Et mon gibet dedans mon cœur.

LA FEMME.
Vostre mal n'est que poësie
Etfabuleuse fiction ;
Jamais d'amour la passion
Ne blesse vostre fantaisie.

L'HOMME.
Depuis le temps qu'il vous a pleu
De vos yeux doucement me prendre,
Mon cœur a vescu dans le fea
Comme fait une salemendre.

LA FEMME.
Allez chercher qui vous esteigne
Vostre cœur qui vit d'un brasier,
Il peut estre que ma compagne
Prendra plaisir de l'appaiser.

L'HOMME.
Vostre beauté s'en va fallie,
Et toutes fois j'aimerois mieux
Voir la despoüille de vos yeux
Que joüir d'une jeune amie.

LA FEMME.
La jeune beauté se perd bien,
Mais les grâces qui sont bien nées
Et la vertu qui vous rend mien
Fleurissent malgré les années.

L'HOMME.
Vous ne voulez sinon prescher,
Sainct Paul est tousjours vostre notte:
Charité commance par chair,
C'est la loy de la huguenotte.

LA FEMME.
Vous estes un fol amoureux
Travaillé pour bien peu de chose,
Mon cœur n'est jamais langoureux,
Car en Dieu seul il se repose.

L'HOMME.
Duquel feriez vous plus de cas,
Ou d'argent ou de ma personne?
Ou quant à l'un je vous le donne,
Quant à l'autre, je ne l'ay pas.

LA FEMME.
Je ne fais cas de tous les deux,
Ma jeunesse n'est pas en vente,
Vostre richesse je ne veux,
Et de vous je ne me contente.

L'HOMME.
Amour aux races ne regarde,
De tous cœurs il se veut saisir ;
La princesse ne donnant garde,
Comme un autre prend son plaisir.

LA FEMME.
Si j'estois de moindre lignage,
J'aurais le plaisir qui me fuit:
Ma grandeur me porte dommage
Et mon advantage me nuit.

L'HOMME.
Pour guarir l'amoureuse flame,
Il ne faut point d'autre appareil,
Sinon sentir un feu pareil
A celuy qui nous brusle l'ame.

LA FEMME.
Amour me blesse, à celle fin
Que de ma part s'y remedie ;
Il ne faut aller au devin
Pour cognoistre ma maladie.

L'HOMME.
Pour mon espouse je prendrois
Femme blonde un peu rigoureuse :
Mais pour amie, je voudrois
Une gente brune amoureuse.

LA FEMME.
Le poil blond me semble assez beau,
La couleur noire est assez belle ;
Mais sur tout je hay le rousseau
Qui porte un bouc dessous l'aisselle.

L'HOMME.
Si je pouvoistant meriter
Que d'avoir part à vostre grace,
Qui les plus parfaictes efface,
Je serois un vray Jupiter.

LA FEMME.
Vos merites assez je prise,
Mais je ne puis pour mon honneur
Vous advouer pour serviteur :
Retirez vous, la place est prise.

L'HOMME.
C'est grand plaisir que de changer
Quand on ne trouve rien qui plaise,
C'est grand plaisir de ne bouger
Quand on se voit bien à son aise.

LA FEMME.
Vous changez d'amour trop souvent,
Et d'une contente vous n'estes:
Vous ressemblez aux girouettes
Qui se tournent au premier vent.

L'HOMME.
La seulle parolle a pouvoir
De gaigner une bonne grâce,
Mais rien ne vous peut esmouvoir
Qui estes plus froide que glace.

LA FEMME.
Vous parlez trop en amitié,
Vos propos ne sont que redites :
Je ne vous croy de la moitié.
Vous ne sçavez que vous me dites.

L'HOMME.
Si seul à seul je tenois pris
Vostre corps plus vermeil que rose,
En vous baisant, à vostre advis,
Aurais je point la bouche close?

LA FEMME.
Un jeune aimant qui ne dit mot,
Voyant la dame qu'il desire,
Il est ou vergongneux ou sot,
Ou couart qui n'ose rien dire.

L'HOMME.
Je vous ay fait l'amour en rithme
Par beaux sonnets et beaux escrits :
Mais vous n'avez point fait d'estime
Ny de mes vers, ny de mes cris.

LA FEMME.
Quand amour dans le cœur nous touche
Etqu'il tourmente nostre esprit,
Il faut dire son mal de bouche,
Et ne le coucher par escrit.

L'HOMME.
Ains que l'ame me fust donnée,
Pour vous j'estois predestiné ;
Doncques, pour vous si je suis né,
Aussi pour moy vous estes née.

LA FEMME.
Ostez moy ce docte langage,
Vos propos ne sont de garçon ;
Vous estes en aimant trop sage,
Amour ne veut point de raison.

L'HOMME.
Après une dame choisie,
Il faut un compagnon choisir :
Avec un amy c'est plaisir
De descouvrir sa fantaisie.

LA FEMME.
Quand seule avec vous je devise,
N'appelez point de compagnon ;
Il ne vous sert de rien, sinon
Qu'à destourner vostre entreprise.

L'HOMME.
Une dame qui est rusée
Et qui sçait bien son jeu celer,
Rend une personne abusée
Sous ombre de dissimuler.

LA FEMME.
Ce n'est pas le tout que d'aymer,
Il faut en aimant estre caute.
La prudence fait estimer,
La sottise engendre la faute.

L'HOMME.
Assez en mon cœur je propose,
Mais le courage me defaut :
Je crains tant vos yeux, que je n'ose
Vous demander ce qu'il me faut.

LA FEMME.
Quand le cœur n'est pas assez bon
Pour demander ce qu'il desire,
En imitant le fin larron,
Il faut le prendre sans le dire.

L'HOMME.
Ne croyez pas le rapporteur
Qui par mesdire et par audace
Desire, m'ostant de ma place,
Devenir vostre serviteur.

LA FEMME.
Je prens mon passe temps de tous,
Je me ris d'eux et de leur vice :
Menteurs, trompeurs, plaisans et fous
Sont bien venus en mon service.

L'HOMME.
J'ay le cœur brave et glorieux ;
Seulement je ne me contente
Du parler du ris, ny des yeux :
Un plus grand bien est mon attente.

LA FEMME.
Celuy qui aime feintement,
Se plaignant d'une fausse playe,
Aime souvent parfaitement,
Et sa feintise devient vraye.

L'HOMME.
S'on m'aime, c'est cas d'avanture ;
Quand à moy, je ne puis aimer :
Pourtant je ne suis à blasmer,
C'est le vice de ma nature.

LA FEMME.
Il faut aimer pour estre aimé,
Amour cette loy nous ordonne,
Et celui qui n'aime personne,
Des dames n'est point estimé.

L'HOMME.
L'opinion au monde est celle
Qui peut l'amour nous imprimer ;
Pour elle je vous veux aimer,
Aimez moi donc aussi pour elle.

LA FEMME.
L'opinion n'a combatu
Ny ma raison, ny ma puissance,
Elle est trop pleine d'inconstance,
Je veux aimer pour la vertu.

L'HOMME.
Quelque chose que l'on me presche,
Nouvelle amour je veux choisir ;
Car pour contenter mon desir,
J'aime tousjours viande fresche.

LA FEMME.
Qui veut bien s'esbattre en amour,
Il faut une vieille pour guide :
Ceux qui rechangent tous les jours
Ne sont pas disciples d'Ovide.

L'HOMME.
L'excellence de vos valeurs
Trop hautement me fait pretendre ;
Mais en aimant il faut attendre
Pour un plaisir mille douleurs.

LA FEMME.
Si pour le gain d'un diamant
Un marchant n'espargne sa vie,
Combien doit souffrir un amant
Pour gaigner une belle amie?

L'HOMME.
Madame, je ne puis celer
La langueur qui me fait si blesme :
Il ne faut point dissimuler
Le mal qui se monstre luy mesme.

LA FEMME.
Je cognois bien vostre tourment
Sans que vostre teint se palisse ;
Mais mon honneur honnestement
Ne veut pas que je vous guarisse.

L'HOMME.
Fi de richesse qui n'a joye,
Comme dit la vieille chanson :
Vivez donc en ceste façon,
Et puis que l'aage vous l'octroye.

LA FEMME.
Ce n'est pas le tout que de vivre,
Il faut vivre en honnesteté,
Une femme doit plus ensuivre
La vertu que la vanité.

L'HOMME.
Si aux marchans avez pratique,
Marchant je suis, venez avant ;
Je monstre tout sur le devant,
Je n'ay point d'arrière boutique.

LA FEMME.
Combien qu'avec vous je trafique,
Ce nonobstant ne pensez pas
Que vous soyez mon seul apas ;
Car je suis marchande publique.


L'HOMME.

Belle aux beaux yeux, pour qui
Tant de mal je comporte
Que pour femme du monde
Qui sur terre con porte,
Oyez les grands regrets
Que faire me convient
Pour le mal qui sur moy
De vostre seul con vient.
Je suis bien malheureux,
Tout haut je le confesse :
Quand je touchay sur vous,
Tetins, cuisses, con, fesse,
Cher me fut le banquet,
La feste et le convy,
Qui fut cause et moyen
Que vostre con je vy.
J'ay enduré grands maux,
Sans espoir de confort,
Seulement pour avoir
Aimé vostre con fort.
Helas ! mieux m'eust valu
A tous maux con descendre,
Que dessus les mortiez
De vostre con descendre.
Mais vos friands regards,
Vostre beau contenir,
De vostre contenir
Me donnèrent desir.
Vostre parler fardé
A moy se vint complaindre
Afin de regarder
De bien tost vous conjoindre ;
Et dès lors, sans passer
Contract ny compromis:
Moyennant cent escus,
Me fut ce con promis.
Quand l'argent fut conté
De si près vous cognud,
Que entre deux blancs draps,
Je tins vostre con nud ;
Et puis je m'efforçay
D'emplir vostre conduit ;
Mais à trop engloutir,
Vous aviez le con duit.
Neantmoins courageux
Et en ardeur confit,
Je fis autant d'exploits
Qu'autre à vostre con fit ;
J'eus bien tost employé
Tout mon argent content ;
Donc je fus un grand sot
De chasser un con tant.
Je pensois estre un roy
Ou un grand connestable :
Quand mon courtaut eust fait
En vostre con estable.
Je trouvay telle place,
Quand j'eus bien contourné,
Qu'une charrette eust bien
Dans vostre con tourné ;
Et combien que sur vous
Soit toute horreur comprise,
Neantmoins pour honneur
Tousjours vostre con prise,
Etcontre plusieurs drolles
Souvent je me combas.
Qui dient qu'estes molle
Et qu'avez le con bas.
Quoy que soit, nul n'y va,
Se dit vostre commere,
Si ce n'est quelques fois
Monsieur vostre compere.
Tous les jours avec vous
Moines se conjoüissent,
Gens de toute façon
De vostre con jouissent :
On y va tour à tour,
Puis abbé, puis couvent.
Ceste femme peu vaut
Qui ainsi son con vend.
On me le disoit bien ;
Mais par ma conscience,
Par un con on pert sens,
Et par un con science :
Tout homme devient fol,
Tant soit sage et constant,
S'il met du tout son cœur
A aimer un con tant.
L'homme est bien mal heureux
Qui veut se consoler
A perdre corps et ame,
Pensant un con saouller.
On devroit un tel homme
Assommer et confondre,
Qui sa force et vertu
Va dedans un con fondre:
La chose est trop infecte
Et par trop peu congruë,
Quand un homme devient
Ainsi par un con gruë ;
Combien de beaux esprits
En voit on condamnez,
Et combien de grands clercs
Sont par un con damnez !
J'en suis à l'ospital,
Atteint et convaincu
Par un con mis en bas
Et par un con vaincu.
Mon plaisir est perdu,
Mon rit est consommé,
D'elle mon pain guerit,
Soit par un con sommé,
D'oresnavant vivra
Par reigle et par compas,
A jamais je seray
De ces vilains cons las.
Jeunes gens, escoutez :
A vous je me complains ;
Regardez les dangers,
De quoy sont les cons pleins :
Les gouttes et boutons,
Sont en moy congelez ;
Mes membres et mes sens,
Sont pour un con gelez ;
Prenez exemple à moy,
Jamais ne consentez
Que tels maux par aucuns
Ne vous soient pas contez.
Je vous sers de miroër
Plein de compassion
Gardez vous bien d'avoir
Par un con passion


RESPONSE DE LA DAME.

Desloyal, mesdisant,
Il est bien convenant
Qu'on oye de ton bec
Tels mots de con sonnant !
Je suis bien esbahie
Que tu n'as congnoissance
Que quand tu vins sur terre
Tu prins de con naissance,
Et que tous beaux esprits
Qui le monde cognoissent
Disent que tous plaisirs
De femme et de con naissent.
Ne parle plus de cons,
Car tu ne sçais combien
De personnes indignes
Ont eu par un con bien.
Si au hazard d'amour
As quelque mal conquis,
Tu les ailles chercher,
Chez moy ne l'as conquis.
Quand tu vins devers moy,
Tu fus bien controuvé,
Mensonge et faux propos,
Pour le bien controuvé.
Tu pensois, à part toy,
Que je t'eusse esconduit,
Si tu eusses tels maux
De femme et de con duit,
Tu me carressis tant,
Qu'à toy je consentis,
Dont joye et tout plaisir.
Lors par mon con sentis.
Si je te fus humaine,
Sans aller au contraire,
Tu prins tous les plaisirs
Que l'on peut de con traire,
Et pour tousjours plus belle
A tes yeux con parer.
Mais toy, insatiable,
Et de moy non content,
Mis ailleurs ton envie,
Et a autre con tant.
Alors tu t'abusis
D'une jeune connette,
Assez belle de corps,
Mais mal de son con nette,
Laquelle tu souffris
A toy seul sans commis,
Que ton membre honteux
Fut dedans son con mis,
Dont tu prins la verole
Et la goutte conceus,
Par quoy maux inhumains
Tu as par un con sceus,
Qui ores te font dire:
Helas ! comme mourant,
Je seray à jamais
Par un con languissant !
Mais pourquoy oses-tu
Telle faute commettre,
Veu que tu estois seul
De mon corps et con maistre?
Si tu m'eusses aimée,
Jamais n'eusses commis
Le mal vilain et ort
Que par un con à vent,
Tu pensois que le tente
Ressemblast au convent ;
Mais à la grand beauté
Bien souvent le con ment.
Helas ! tous mes esprits
De dueil furent confus,
Quand je sceus qu'amoureux
D'un estrange con fus,
Car mon amour estoit
A toy si bien conferme
Qu'à tous autres que toy
Je tenoy mon con ferme.
Mais en oubliant celle
A qui as commandé,
Il te pleust en ta chambre
Un autre con mander,
Qui le fin mal de Naple
Fit sur toy condescendre.
Donc trop mieux t'eust vallu
D'un autre con descendre.
Je te jure et proteste,
Par tous les saincts qu'on fait,
Qu'à moy n'auras à faire
Eussé je des cons sept !
Pourvoy toy done ailleurs
Et d'autruy te contente,
Car jamais ne feras
Sur mon corps ni con tente.
Maudit doncques le con
Que ne fus conquestant:
On te verra bien tost
Du pain par con questant.
Mais pourquoy allas tu
Autre amour contracter,
Veu que je t'avois bien
De corps et con traitté?
Tu ne sçaurois nier
La verité confere,
Que je ne t'ay servi
De ce que peu con fere,
Car les plus grands plaisirs
Que jamais tu cognu,
C'estoit quand je mestois
Devant toy mon con nu ;
Et si tu ne peux dire
Ne vante con que fait,
Ne misses tu es feste
Pour avoir mon con frait ;
Aussi tu en as eu
Piteuse recompense,
Puisqu'il faut que barbier
Ton corps pour un con pense.
Or, vous, loyaux amans,
Gracieux et contans,
Gardez vous du danger
D'achepter des cons tans.
Donc pour vous garantir
De mal et de concierge,
Allumez et portez
Au devant d'un con cierge,
Car le temps est venu
Que celuy qu'on convoye
Pour faire traits d'amour,
Il faut que le con voye.
Fuyez ces ords bordeaux,
Celle qui tels coups porte
Heurtant celuy pour qui
Un joly con on porte ;
Ne soyez si meschant
D'ainsi vous conjurer,
Et sçachez que tels maux
Viennent par con muer.
Et vous, dames d'honneur,
Si ces bons conquerans
Vont pour requeste à vous
Vos jolis cons querans,
Humble, je vous supplie,
Avec eux concorder,
Car d'icy à vingt ans
Auriez les cons corder.
Mais si d'amour honneste
Vueille à vous composer,
Faites leur bonne mine,
Ayant le con serré.
Si avez de l'esprit,
Vous pouvez bien comprendre
Qu'avec eux pourroit bien
Tout mal vostre con prendre ;
Il faut donc concluer
La vérité commune :
Femme perd tous honneurs
Qui à mal son con met.
Si nous tendons au bien
Qui n'a comparaison,
Nous ne devons mal faire
De nos cons par raison.
Celle est de nobles mœurs
Qui chaste se conserve,
Plusieurs on a veu
Estre pour leur con serve.
Vivons donc chastement,
Car lors con finira,
Putain grief tourment
Par son con souffrira.
Je retourne au propos
Du dueil qui me contriste,
Quand il faut que je sois,
Ainsi par mon con triste,
Je te vois dire adieu,
Disant, prenant congé,
Qu'onque mal n'eus de moy,
Car net corps et con j'ay.


CHANSON.

L'on ne m'entendra plus chanter
Damoureuses plaintes,
Ny tant de souspirs esventer,
Car toutes les plaintes :
Les fureurs, les passions,
Et les folles affections
Sont distraites de mon cœur,
Qui est demeuré vainqueur.

Enfin, ce traistre aveugle enfant,
Bastard de Cythere,
Qui de moy estoit triomphant,
Estpoussé arrière ;
Il aveugloit ma raison,
Me tenant court en prison,
Plus je me suis arresté
Dans les appasts d'une beauté.

Pendant que je marchois captif
Dessous ses empires,
Or j'estois gay, tantost pensif,
Et n'eusse osé dire
Qui causoit en mes effets
Tant de contraires objets,
Ny qui contre mon humeur
Me rendoit parfois resveur.

Mais despuis que j'ay peu dévoiler
Mon ame aveuglée,
Et sur ce tyran remporter
Ma place usurpée,
Je ne doute plus ses traits,
Ses appasts ny ses attraits,
Ny la fière cruauté
D'une homicide beauté.

Ores je cours parmy ces bois,
Compagnon des fées,
Qui au doux accent de leurs voix
Dansent descoiffées ;
Nymphes et bergers espars
Y viennent de toutes pars,
Despitant de Cupidon
Les fleches et le brandon.

On y voit Diane accourir,
Déesse forestière,
De chanter ne se peut tenir,
Et se donner carrière ;
Et toutes ses nymphes aussi
Foulent l'herbe sans soucy,
Se moquant des amoureux
Qui sont pensifs, langoureux.

Puis assis sous les arbrisseaux
Le long des rivages,
J'entens le gay chant des oiseaux
L'honneur des boccages ;
Là je vey sans nul soucy,
Et ce tyran sans mercy
Captivoit ma liberté
D'une angelique beauté.


CHANSON.

Mon père, mariez moy, ou je feray
Ce que je ne fis jamais : je leveray
Mon corset devant ces braves compagnons
Qui tout le temps de leur vie m'aimeront.
Moy, tant jeune damoiselle d'Avignon,
Dormiray je ainsi seulette? Non, non, non !
Et pour mieux monstrer que j'ay de la valeur,
Je me feray habiller à la grandeur
D'incarnal, de bleu celeste, verd et blanc :
C'est pour me monstrer plus leste à tous venans.
Moy, tant jeune, etc.

Ha ! que je serois heureuse, que je crois,
Si j'avois toutes les heures deux ou trois
Compagnons qui fussent braves et bien gaillards
Qui rembourrissent à toute heure bien mon bas.
Moy, tant jeune, etc.

Je marcherois si seroy parmy les ruës,
Et me mocquerois aussi tant de ces gruës
Qui font tant de despiteuses, et pourtant
Voudroient bien à toute heure en faire autant.
Moy, tant jeune, etc.

Vous femmes qui murmurez tant de mon fait,
Je vous supplie d'appaiser vostre caquet,
Vous n'en oseriez tant faire : c'est pourquoy
Je vous prie donc de vous taire et tout coy.
Moy, tant jeune damoiselle de Roüen,
Dormiray je ainsi seulette? Non vrayement.


CHANSON.

O trop cruelle beauté !
Tu me vois bien lamenté
Pour la peine dure,
La peine et le tourment que pour toy j'endure.
Chantez mon martyre,
Chantez, braves amoureux,
D'amour je vous prie.

La nuict et le jour sans compas,
Je fais bien cent mille pas.
Esperant, cruelle,
De toy quelque guerison, mais tu me bourrelle.
Chantez mon martyre, etc.

Je suis semblable à celuy
Qui laboure pour autruy,
Qui tousjours travaille,
Pensant recueillir le grain et n'a que la paille.
Chantez mon martyre, etc.

Je te supplie d'user
Envers moy d'un doux baiser,
Autrement, madame,
Si tu n'as de moy pitié, je vois rendre l'ame.
Chantez mon martyre, etc.

Mais puis qu'il faut mourir
En change d'estre guery,
Je prendray des aisles,
Ne cesseray de voler jusqu'aux estoilles.
Changez mon martyre, etc.

Vous autres à marier,
Gardez de vous fourvoyer :
J'ay chassé la proye.
Un autre vient après moy qui me la devoye.
Changez mon martyre, etc.

Le sonneur de la chanson
Aimoit tant sa Moilinon,
Qui mourut pour elle,
Mais elle fit respirer d'une vie nouvelle.
Chantez mon martyre, etc.


CHANSON.

Approche toy, Clerice,
Approche toy, de moy ;
Tu auras la jaunisse,
Je te jure ma foy,
Si tu ne viens à faire
Fariron la lon lan la,
Si tu ne viens à faire
Avecques moy cela.

Si tu sçavois, Clerice,
Le plaisir qu'on reçoit,
Que c'est un grand delice,
Le matin ou le soir ;
Depuis qu'on vient à faire
Fariron la lon lan la,
Depuis qu'on vient à faire
Joyeusement cela.

Un jour le fis à une,
Allant en Avignon,
Qui me fust importune
A l'ombre d'un buisson ;
Car il l'y falut faire
Fariron la lon lan la,
Car il l'y falut faire
Cinq ou six fois cela.

Asseure toy, mignarde,
Que je cognois fort bien
Que tu seras gaillarde,
Recevant un tel bien,
Permets moy donc de faire
Fariron la lon lan la,
Laissez moy doncques faire
Cinq ou six coups cela.


MASCARADE.

Sus, tonneliers, que l'on s'esveille,
Faisons des prisons pour le vin,
Car j'ay veu le pampre angevin
Qui jà bien fort dresse l'oreille.

Compagnon, j'ay bien esprouvé
Que Bacchus a fait ceste année,
Qu'un nouveau tonnelier trouvé
N'a pu enfermer sa vinée.

Je voy de Nantes et d'Angers
Vers nous arriver mains vaisseaux,
Sus, apprestons force cerceaux
Pour ces vins fumeux estrangers.

Pour bien un poinson relier,
Je ne crains point homme ny femme,
Si je boy au fond du celier,
Je n'en pourrois acquerir blasme.

Ha ! compagnons, j'ay recouvert
Un brave gobelet de corne,
Bien que le vin soit rouge et vert,
Je m'en donne dessus la sorne.

Quoy que soyons nouveaux trouvez
Pour lier poinsons et tonneaux,
Par plusieurs et divers assaux,
Bacchus nous a bien esprouvez.


AUX DAMES.
Dames, qui mettez la futaille
En lieu humide près du vent :
Faites vous tonneler souvent,
Ne doutez que l'osier nous faille.


MASCARADE.

Belles, vous deviez avoir soin
D'accommoder vos cheminées ;
Par ma foy ! vous avez besoin
Qu'elles soient souvent ramonnées.
C'est le plus doux de nos esbats
Que de ramonner haut et bas.

Disposts, nous sçavons les destours
De toutes les ramonneries ;
Nous sommes ramonneurs d'amours
Qui ramonnant gaignons nos vies.
C'est le plus doux de nos esbats
Que de ramonner haut et bas

Les jeunes tuyaux sont plaisans,
C'est là que nous monstrons sans cesse
La roideur de nos jeunes ans
Et l'ardeur de nostre jeunesse.
C'est le plus doux de nos esbats
Que de ramonner haut et bas.

Avant donc que vos ans soyent vieux,
Faites que soyez ramonnées,
Car le feu est bien dangereux
En ces vieilles cheminées
C'est le plus doux de nos esbats
Que de ramonner haut et bas.


CHANSON.

A Paris sur petit pont,
Ton ti taté ton teton,
Mon père fait bastir maison,
Et ton, et ton, et ton, t'ont ils levé ta colerette,
Ton ti taté ton teton, t'ont ils levé ton cotillon?

Mon père fait bastir maison,
Ton ti taté ton teton
Les charpentiers qui la font,
Et ton, et ton, et ton, t'ont ils levé ta colerette,
Ton ti taté ton teton, t'ont ils levé ton cotillon?

Les charpentiers qui la font,
Ton ti taté ton teton,
Ils m'ont demandé mon nom,
Et ton, et ton, et ton, t'ont ils levé ta colerette,
Ton ti taté ton teton, t'ont ils levé ton cotillon?

Ils m'ont demandé mon nom,
Ton ti taté ton teton,
Marguerite c'est mon nom,
Et ton, et ton, et ton, t'ont ils levé ta colerette,
Ton ti taté ton teton, t'ont ils levé ton cotillon?


CHANSON.

II estoit un homme qui des cuirs vendoit,
Qui des cuirs vendoit,
Il vint une dame qui les marchandoit.
Et zest, len tan tirlicoton landon et pauf,
Je luy mis tout droit dedans son guignollet.

Il vint une dame que les marchandoit,
Qui les marchandoit,
Dites moy, bon homme, que ces cuirs vendez?
Et zest, len tan tirlicoton landon et pauf,
Je luy mis tout droit dedans son guignollet.

Dites moy, bon homme, que ces cuirs vendez,
Que ces cuirs vendez?
Par ma foy, madame, sept sols et demy.
Et zest, len tan tirlicoton landon et pauf,
Je luy mis tout droit dedans son guignollet.

Par ma foy, madame, sept sols et demy,
Sept sols et demy.
La dame fut fine, dans son sein le met.
Et zest, len tan tirlicoton landon et pauf,
Je luy mis tout droit dedans son guignollet.

La dame fut fine, dans son sein le met,
Dans son sein le met,
Si tost qu'il y fust se print à plorer.
Et zet, len tan tirlicoton landon et pauf,
Je luy mis tout droit dedans son guignollet.

Si tost qu'il y fut, se print à plorer,
Se print à plorer.
De quoy plorez vous, petit marjolet?
Et zest, len tan tirlicoton landon et pauf,
Je luy mis tout droit dedans son guignollet.

De quoy plorez vous, petit marjolet,
Petitmarjolet?
J'ay de quoy plorer, j'ay perdu mon bonnet.
Et zest, len tan tirlicoton landon et pauf,
Je luy mis tout droit dedans son guignollet.


CHANSON.

Dieu que j'ay consommé de jours,
De pleurs et de cris miserables
Pour asseurer que mes amours
Ne furent jamais variables !
Mais tout ne m'a rien profité
Qu'aigrir plus fort sa cruauté.

Combien ay je trouvé de fois
Mon chevet flottant dans mes larmes,
Racontant mon meschef au bois
Qui redisoit mes tristes charmes !
Mais, helas ! encor de plus beau
Faut pleurer jusqu'à mon tombeau.

N'ay je raison de souspirer,
Maudissant mon amour cruelle,
Puis que sans nul bien esperer,
Il sert une ingratte rebelle
Qui rit de me voir malheureux
Pourestre trop d'elle amoureux?

Ha ! quel malheur que sa beauté
Face sa gloire de ma perte,
Et de se voir si mal traité,
Faute qu'une amitié parfaite
Luy aye appris, ainsi qu'à moy,
Combien je suis ferme à ma foy.


CHANSON.

Pourquoy veux je esperer secours
Au mal qui bourelle mon ame?
J'aime bien mieux perdre mes jours
Qu'importuner plus fort madame.
Sans pouvoir vaincre vos rigueurs,
Adieu, madame, car je me meurs.

Ha ! que le ciel me fut pervers
Alors qu'il me donna la vie,
Puis que celle là que je sers
De me voir vivre meurt d'envie !
Sans pouvoir vaincre vos rigueurs,
Adieu, madame, car je me meurs.

Pourquoy me vinstes vous ferir
D'une fleche tant ennemie,
Puisque ne me voulez guerir,
Ou bien du tout finir ma vie?
Sans pouvoir, etc.

Que vous sert de me voir porter
Le mal dont mon ame est outrée,
Sinon afin de vous vanter
Qu'en vous servant le mal agrée?
Sans pouvoir, etc.

Si vous aviez quelque pitié,
Vous plaindriez un miserable ;
Mais ceux qui n'ont point d'amitié
N'ont jamais rien de pitoyable.
Sans pouvoir, etc.

N'avez vous point compassion
Des larmes que sans fin je seme ?
Ha ! non, puis que l'affection
Ne s'y met point que d'elle mesme.
Sans pouvoir, etc.

Je cognoy bien que c'est en vain
Que je reclame tant vostre aide,
Un cœur de nature inhumain
Se plaist au mal, non au remède.
Sans pouvoir vaincre vos rigueurs,
Adieu, madame, je me meurs.


CHANSON.

Ha ! que c'est une belle chose
Que d'estre aimé et n'aimer point !
On ne tient point la bouche close
Pour celer le mal qui nous poind.
Aime qui voudra, je ne veux
Jamais devenir amoureux.

L'on n'a que faire de se plaindre
Pour un bien qu'on ne peut avoir ;
Le mal au cœur ne vous vient poindre,
Vivre libre est un grand avoir.
Aime qui voudra, etc.

Il n'est femme qui ne soit fine,
Sans foy et sans affection ;
Quoy qu'elle face bonne mine,
Tout cela n'est que fiction.
Aime qui voudra, etc.

Heureux qui n'a que faire d'elles
Et qui ne les voit pas souvent,
Car pour estre trop infidelles,
Elles font mourir maint amant.
Aime qui voudra, je ne veux
Jamais devenir amoureux.


A UNE PUTAIN,

Je vous avois bien dit,
Bourrelle et meurtrière,
Qu'à la fin me feriez
Mettre en telle colere
Que je serois contraint
De dire vérité.
Si vous n'estes putain,
Vous l'avez donc esté !
Escoutez bien comment
Je dis ceste parole:
Non, non, je ne la dis,
D'une intention folle,
Car gens dignes de croire
Plusieurs foisme l'ont dit,
Mais il est bon à voir
Que le sort mal vous dit,
Car on cognoit tousjours
De vos belles feintises.
Je ne sçay qui vous a
Du tout si bien apprise ;
Mais vous sçavez fort bien
Faire vostre mestier.
Pour vous dire le vrai,
Cela vous fait bien boire ;
Car cela fait souvent
Boüillir vostre marmitte,
Et s'il fait quelquefois
Servir la lechefritte,
On dit qu'un Agaton
Jouyt de vostre ton,
Et que cinq ou six autres
Le cherchent à tastons :
Je croy bien qu'ils l'auront
Incontinent trouvé ;
Car si tost qu'ils auront
Vostre corset levé,
Las ! je croy qu'ils auront
Une fort belle entrée,
Car on m'a dit qu'un grand
Y a fait son arrivée.
Pour vousdire le vray,
Vous estes un peu belle,
Car la vertu du fart
Vous fait bien trouver telle,
Que vous feriez rougir
Un mulet tout en vie.
D'autre part on m'a dit
Que toute vostre vie
Vous estes delectée
A faire ce mestier.
Je crois vous estimez
L'entrée de vostre ton
Estre plus honnorable
Que celle de Macon.
Mais vous vous trompez bien,
Car c'est un trou punais,
Trou qui fait que plusieurs
S'empoignent par le nez
Pour éviter senteur
De telle punaisie !
O trou remply d'ordure,
Trou plein d'infection,
Trou qui fait que plusieurs
Vont en perdition,
Trou qui est plus vilain
Qu'un trou d'une latrine,
Trou qui fait que plusieurs
Courent à la ruine,
Trou qui est tout remply
De chancre et chancrillons,
Trou tout environné
De bave et morpions,
Trou qui est plus vilain
Que trou qui soit au monde,
Trou qui fait que plusieurs
Jour et nuict se confonde.


LA PERONNELLE,
OU LES BONNES GENS DU TEMPS PASSÉ.
Ballade estropiée.

Au temps des guerres d'outre mer
On enleva la Peronnelle ;
Ses parens, sans la diffamer,
Dans le camp furent après elle :
Comm' un page ils trouvent la belle
Dansant le cotillon troussé ;
Mais cela ne mit en cervelle
Les bonnes gens du temps passé.

Quand ils vindrent la reclamer,
Elle nia la parentelle,
En fit un combat allumer
Dont la fin eust esté mortelle.
Si tout soudain la jouvencelle
N'eust son mary bien rembrassé,
Car lors cesserent leur querelle
Les bonnes gens du temps passé.

La raison, c'est qu'au jeu d'amour
L'homme encor n'avoit (à cautelle)
Imposé loy pour renfermer
La liberté de la femmelle,
Si bien que ceste damoiselle
Ne pouvoit avoir offensé
(Par ceste raison mutuelle)
Les bonnes gens du temps passé.


SUITES D'EPIGRAMMES.

Dans leurs esprits fermes et sains,
Elle n'estoit moins estimée
D'avoir passé par plusieurs mains
Que les ducats par une armée :
Se fondans sur la renommée
D'Helene, qui ayant laissé
Menelas, n'en fut diffamée
Des bonnes gens du temps passé.

Aussi comme ils pouvoient blasmer
Celuy qui eust jetté sans saine
Le blé destiné pour semer,
Ils composoient une grand peine
A quiconque jettoit sa graine
Ailleurs qu'au terroir engraissé
Où besoignoient chaque sepmaine
Les bonnes gens du temps passé.


LES LUNATIQUES.

La lune estoit en Capricorne
Quand dessus terre je nasquis,
Car sur mon front j'ay double corne
Mise par mes amis acquis.
Chacun la voy fors que moy mesme,
Et si, quand je la verrois bien,
Je suis en bonté si extresme
Qu'aussi bien je n'en croirois rien.

Je voudrois bien qu'un Nostradame
M'eust appris où la lune estoit
En la naissance de ma femme,
Et quelle planette l'assistoit ;
Car elle est tousjours bien vestue,
Et si ne luy baille de quoy.
Si j'en parle, on se rit de moy,
Et si je crains qu'on ne me tuë.

Mercure estoit avec la lune
Chez Mars en ma nativité,
Car j'aime à tirer la pecune
Par dol, force ou subtilité ;
Jamais qu'à profit je ne jure,
Et trompe un chacun, si je puis ;
Je contrefais toute escriture
Et frappe en coin toutes les nuicts.

J'ay une lune qui me fait
Mettre en prison en mon buffet
Autant d'argent que j'en attrappe :
Il n'est rien sur quoy je ne drappe,
A toute maltoste j'ay part,
Heureux qui de ma main eschappe
Sans payer pour sold qu'un liart.

Par ma lune j'aime la guerre,
Car sans elle je meurs de faim,
Tout mon clinquant tombe par terre
Et suis contraint rompre mon train.
D'un crotté laquais je me passe,
Et si faut, pour n'avoir de quoy,
Que bien souvent il se pourchasse
Chez mes amis ainsi que moy.

Ma lune est de faire grand chere,
Passer tout le jour au tripot,
Jouer aux dez, voir la commere,
Carresser le verre et le pot,
Gosser, masquer, mener la danse.
Mais je crains bien que ma despense
Me face enfin faire le sot.


L'AUTHEUR A L'ENVIEUX.

Si un petit sot s'ose prendre
A mes nombres pour les reprendre,
Je ne luy diray pas un mot.
Mais si babillard il s'en fronce,
Alors il aura pour response
Qu'il ne faut respondre à un sot.


SONNET
CONTRE UN MÉDISANT.

Je n'ay, comme tu dis, demeuré cazanier
Dans un antre sauvage où le jour ne rayonne,
J'ay l'esprit trop gaillard, la volonté trop bonne,
Et trop ambitieux, je ne le puis nier.

J'avois dix huit ans, malheureux prisonnier,
Prisonnier malheureux d'une douce felonne,
Quand l'onde de Gironde et l'onde de Garonne
Furent tesmoins secrets de mon amour premier.

Je suis simple pasteur quand il me plaist de l'estre,
Je suis poëte aussi s'il me plaist de paroistre,
Ore bas, ore haut, selon ma volonté.

Tu desgorges en vain contre moy ta furie,
Car ta jeunesse m'oste et la haine et l'envie,
Et tes meschants escrits le cœur et la fierté.


AUTRE.

Je suis bien envieux de ceux dont l'eloquence
Remplit toute la terre et grimpe dans les cieux ;
Mais, petit effronté, je ne suis envieux
De ceux qui ont au cœur la gloire et l'ignorance.

Si je n'ay de bien faire et l'art et la science,
Je suis bien asseuré que tu ne fais pas mieux ;
Les erreurs que je trouve en mille et mille lieux
Servent de foy au monde, à moy d'experience.

Certes, tu es trop jeune, ayant tant de discours,
Car s'il m'en ressouvient, il n'y a que trois jours,
Qu'habillé simplement, tu allois à l'escolle.

Et or, en me blasmant, tu pense avoir du bruit,
Et comme un champignon, tu crois en une nuict,
Ayant pour tout espoir une arrogance folle.


CHANSON.

Au gay printemps, dessous l'ombrage
Des arbrisseaux,
J'oy volontiers le doux ramage
Des bons oiseaux.

Mais quand je puis ouyr m'amie
Chanter parfois,
Je desprise toute harmonie
Auprès sa voix.

Mon Dieu, mon Dieu, quelle kalendre,
O quel plaisir
De la pouvoir une heure entendre
A son desir !

Je m'esjouys voyant encore,
Au gay printemps,
Le vermeil esmail qui decore
Les prez et champs.

Mais dessus les levres decloses
Pourdeviser,
De ma dame j'y voy les roses
Plus à priser.

Quand je voy son teint et son lustre,
Sa grand blancheur,
Je desdaigne le blanc ligustre
Et sa couleur.

Quand je flaire sa douce haleine,
Lors je la sens
Plus douce que la marjolaine,
Myrrhe et encens.

Mais si Dieu veut que je la baise
Un de ces jours,
J'auray cent mille fois plus d'aise
En mes amours.


AUTRE.

La douce accordante voix
Si j'avois
Du rossignolet sauvage,
Ou bien la faconde encor
De Nestor,
Ou de Cesar le langage.

Comme ayant tiré des cieux
Tout leur mieux,
Et n'ayant point de semblable,
Je ne pourrois nullement
Dignement
Chanter vostre los aymable.

Si je vay au bord des eaux,
Des ruisseaux,
J'apperçois mille nayades,
Et si j'entre quelquefois
Dans les bois,
Un million de dryades.

Toutes fois auprès du bien
Ce n'est rien
Qu'en vous, ma belle, on esprouve ;
Car si contempler je veux
Vos cheveux,
Du plus fin or je les trouve.

Alors que vos deux sourcils,
Beaux, gentils,
Je voy deux voûtes d'ebeine:
Et alors que vos deux yeux
Gracieux
Une lumiere sereine.

Vostre bouche quand je voy
J'apperçoy
Du corail, comme il me semble,
Et des perles d'Orient
Qu'en vos dents
Pareillement je contemple.

Vostre haleine quand je sens
Je resens
Du musc et de l'ambre encore ;
Vostre gorge est la blancheur
Et lueur
De la neige qui l'honore.

Et vostre col si bien fait,
C'est du laict ;
Vos mammelles sont albastre :
Le reste de vostre corps,
Ce n'est fors
Que le blanc papier et plastre.

Ainsi le ciel fait pleuvoir
Etfait voir
Sur vous sa grande largesse,
Et m'a fait tant enflammer
A aimer
Une si belle deesse.


AUTRE.
Quel heur, quelle liesse
Sens je dans mes esprits,
Combien grande allegresse,
Ma mignonne Cypris,
Ores que je te voy
Aussi saine que moy !

Ta fievre estoit la mienne
Quand elle te tenoit ;
Ma santé de la tienne,
Madame, se conçoit,
Ores que je te voy
Aussi saine que moy.

Les souspirs en ma bouche
Croissans à tous momens,
S'en vont ; rien ne me touche
Que joye et passe temps,
Ores que je te voy
Aussi saine que moy.

Bien que la nuict retire
Son voile sur nos yeux,
Je pense tousjours luire
Le soleil gracieux,
Ores que je te voy
Aussi saine que moy.

Ma très chere Androgine,
Tout mon heur, tout mon bien
Reçoit, prend origine
Tant seulement du tien,
Ores que je te voy
Aussi saine que moy.

Aime moy, chere amie,
De mesme amour tousjours,
Attendant qu'on bénie
Nos sacrées amours,
Ores que je te voy
Aussi saine que moy.


AUTRE.

Cognoissant ta constance,
Ta grande loyauté,
De prendre autre alliance,
Je n'auray volonté :
Ne te suis je pas cœur constant,
Ne te suis je pas vray amant?

Une amitié fidelle
Ne veut autre guerdon
Qu'amitié mutuelle
Et un cœur aussi bon.
Ne te suis je pas cœur constant,
Ne te suis je pas vray amant?

Tout ce qui se propose
De l'amoureux bien,
Ce n'est que peu de chose
Pour l'esgaler au mien.
Ne te suis je pas cœur constant,
Ne te suis je pas vray amant?

Les amitiez bien nées
Venant d'un bon vouloir,
Le temps et les années
N'ont sur elles pouvoir.
Ne te suis je pas cœur constant,
Ne te suis je pas vray amant?

Poursuis doncques, ma bonne,
Ton zele commencé,
Puis qu'il est, ma mignonne,
D'autre recompensé.
Ne te suis je pas cœur constant,
Ne te suis je pas vray amant?

Plustost la mort cruelle
Vienne accourcir nos jours,
Que nostre foy chancelle
En nos fermes amours.
Ne te suis je pas cœur constant,
Ne te suis je pas vray amant?


EPITAPHE
DU BON HOSTELIER TIGNAN ET DE SA FEMME.

Voyant que le dieu Bacchus
De ses dons faisoit refus
Quatre vingt douze en l'année,
Que la liqueur Thionée
Defailloit pour ceste fin
A ceux quiaiment le vin,
Craignant un destin semblable
Pour l'an suivant (lamentable)
De douleur qui l'offençoit,
De grand regret qu'il avoit,
Tignan s'offre de luy mesme
De bon cœur à la mort blesme.
Voyant faillir son support,
Son recours est à la mort:
Le vin seul estoit sa vie,
Le vin, son ame demie,
Le vin, son sang et son cœur,
Le vin, son plus grand bonheur.
Quand Phœbe chassoit son frere
Par son succès ordinaire,
Quand la nuict suivoit le jour
D'un alternatif retour,
Pour souverain dormitoire
Tignan se prenoit à boire.
Si queiques fois il songeoit,
Tignan pensoit qu'il beuvoit ;
S'il s'eveilloit d'avanture,
Il n'avoit ce soin et cure ;
Car alors à bonescient
Il beuvoit incontinent ;
Lorsque les cieux recolore
Au matin la belle Aurore
De son pourpre radieux,
Il beuvoit encore mieux ;
Il ne faut d'un Alexandre
Au prix de cestuy espandre
La louange, ny le nom
D'un Philoxene ou Milon :
Quelque chose qui soit creuë
N'affectoit un col de gruë,
Comme Philoxene a fin
De mieux savourer le vin ;
Car certes j'oseroy dire
Que seul il pouvoit suffire
De faire aussi bien carrous
De boire tout seul à tous,
Comme Pictes, Heraclide,
Ou ainsi comme un Lacyde,
Et mesmes qu'il eust plus d'heur
Que n'eust ce dernier beuveur,
Lequel termina sa vie
Par une paralisie
Qui luy vint d'avoir trop beu,
Si l'historien est creu :
Et oppressé de la sorte,
Longuement son tourment porte,
Ou cestuy certainement
Deceda fort promptement
Pour voir une seule année
Manquer de bonne vinée,
Tant ce bon homme trouvoit
Que le vin le delectoit.
Si le mariage assemble
Deux pareils humeurs ensemble,
Tignan et sa femme aussi
N'ont eu qu'un mesme soucy:
Si l'un ne voulut du pire,
C'estoit à l'autre un martyre
De n'en boire d'aussi bon
Que beuvoit son compagnon.
Des instrumens la concorde
Si doucement ne s'accorde
Que ceux cy faisoient entr'eux
A bien boire tous les deux.
Vray est que l'on m'a fait croire
Quand la femme osoit tout boire
Quelque vin un peu friant
Que Tignan n'estoit contant,
Et que lors (sans tant debatre)
Il se prenoit à la batre ;
Mais onc n'eurent question
Que pour ceste occasion,
Car mesme desir et ame
Tignan et sa bonne femme.
(S'il est vray ce qu'on m'a dit)
Quand ce venoit à la nuit,
Pour ne desseicher leurs bouches,
Ils mettoient dessus leurs couches
Un pot qui ne tenoit moins
Que six peintes: neantmoins
Le premier, gloire immortelle,
Qui secouoit son oreille,
Le premier qui s'esveilloit,
Plus qu'à demy le beuvoit !
Mais heure bien malheureuse,
Heure tres malencontreuse,
Que ceste pauvrette icy,
D'un sommeil trop accourcy
Voulut, comme à l'ordinaire,
Afin de sa soif distraire,
Prendre son pot qui estoit
Plein de vin comme il souloit ;
Car de fortune perverse,
Son pot à bas ell' renverse,
Puis ce desastre et malheur,
La pauvrette n'eust au cœur
Aucun soulas, aucun aise,
Mais est morte de mal-aise.
Après deux jours seulement
De ce piteux accident,
Pour une si grande perte,
Qu'il cherit, plaint et regrette,
Qu'il aimoit autant que luy,
De sa femme son appuy,
Tignan se trouvant delivre
Ne luy a pas peu survivre
Par après que peu de jours ;
Car ils ont fini leurs cours,
Tous deux en la mesme année
De ceste pauvre vinée,
Pauvre autant que nos nepveux
Verront jamais de leurs yeux.
Vous beuveurs, et vous, beuvantes,
Trouppes encore vivantes,
Vous sur tout qui le portez
Et tellement regrettez
Son despart et son absence,
Que vous n'avez cognoissance
De chemin et de sentier
Trouvant quelque destourbier,
Tousjours quelque chose en voye
Qui du chemin vous devoye
Tant vous allez chancelans
De çà, de là, la portans
Tout ainsi que les Bacchantes
Estoient jadis chancelantes,
Engravez sur son tombeau
Ce lamentable escriteau :
Helas ! l'honneur de bien boire
A ravy la parque noire,
Ennous ravissant Tignan,
Tignan plus docte et sçavant,
En ceste leçon profonde,
Qui fut jamais en ce monde.
Et de fait nous le voyons
Quand à present nous trouvons
Par un destin en sa fosse
Une bouteille fort grosse,
Plaine d'un aussi bon vin
Que le Massique ou Nardin.
Noubliez aussi Marie,
Sa femme, sa chère amie,
Sa Marie qui beuvoit
Tant qu'une goutte en trouvoit :
Adjoutez ce mot pour elle :
Digne de gloire eternelle,
Que la vigne n'estraint mieux
De l'ormeau le corps brancheux
Que l'ormeau n'aime la vigne
D'une amitié plus insigne,
Que Tignan estoit conjoint
A sa femme de tout point,
Et au bon Tignan encore
Qu'elle aime, respecte, honnore
Sa femme, car vrayement
Elle beuvoit bien autant.
Au moins si de leur lignée
Nous avions par destinée
Quelques jeunes enfançons,
De ces braves biberons,
Nous aurions esperance
D'en trouver de tels en France ;
Mais jamais, o sort piteux !
Nous n'en verrons de tels qu'eux !


LE BOCCAGE DE SIMPHALIER,
DEDIÉ A MONSIEUR BERTRAND, ADVOCAT,
par Paul de l'Ecluse.

Sus, sus, debout, gentille trouppe !
Desjà le beau soleil galoppe,
Ses cheveux suant parmy l'air ;
Desja sa coche vagabonde
Plus prompte enlumine le monde
Qu'un oiseau n'est prompt au voler.

Quittez ceste couche ocieuse:
Vostre ame, par trop soucieuse,
Trouve en elle son aliment.
Faut il qu'une oisive paresse
Face languir vostre jeunesse,
L'esloignant de l'esbatement?

C'est une marque d'infamie,
Trouppe, de vous voir endormie
Sous les rais d'un soleil si beau :
C'est mal fait que tard on repose
Quand dès le soir on se dispose
D'accomplir un dessein nouveau.

Viste, page aux plantes isnelles,
Charge de flaccons tes aisselles,
De cervelas et de jambons:
Nous avons les dents assez dures
Il n'est besoin de confitures,
Que pour donner à des mignons.

Si je ne suis mauvais prophete,
L'apparence de la commette
Ne predit que de la chaleur :
Mais si la grand' torche etherée
Nous rend la poitrine alterée,
Nous l'esteindrons par la liqueur.

Partons donc, trouppe, partons ore
Que le soleil n'espand encore
Sur nous si chaudement ses rais :
Sans faire plus longue demeure,
Il vaut mieux partir à ceste heure
Cependant que le jour est frais.

Io que j'apperçoy des roses
Par le nouveau soleil escloses :
Icy le lys, et là l'œillet
Sert d'honneur à la verte plaine ;
D'autre costé la marjolaine,
Le glayeul et le serpolet,

Le soucy et les gantelées,
Les pasquerettes piolées,
La mente et le passe-velours,
Et ceste fleur tant estimée
Qui de son amour enflammée,
Noya le filet de ses jours.

Io que de plaisans ramages
Les oiseaux font par ces boccages !
Io que de douces chansons:
L'un se perd au haut de la nuë,
D'un autre l'aisle est soustenuë
Sur les épines des buissons.

Voyez la gente tourterelle,
Le passereau, la colombelle,
Et leur amoureux entrelas :
L'un se provoque, l'autre baise,
L'un s'irrite, l'autre s'appaise,
Voit on de plus plaisants combats?

Mais ja la cuisine allumée,
Fait ondoyer une fumée
Que le vent porte dans les ċieux ;
Et ja la table bien dressée
Ne demande qu'estre pressée
Des mets les plus delicieux.

Allons donc, trouppe, trouppe chere,
Nostre estomac, comme en colere,
Abbaye d'un fort appetit,
Et sa furie par trop grande,
Maintenant, compagnon, demande
Que nous nous bations un petit.

Que chacun son front environne
Du sainct atour d'une couronne
Faite de pampre chevelu ;
Car à ceux on deffend l'entrée
De ceste demeure sacrée
Qui ont le courage pollu.

Ja nous sommes à bonne heure
Arrivez dedans la demeure
Qui son nom de l'escume a pris ;
Qui porte l'escumière fille
Quand nageant dedans sa coquille
De Cythere vint en Cypris.

C'est toy, Simphalier, dont la gloire
Gravée au temple de memoire,
D'un outil dans Pinde lavé,
Ne sentira la main armée
Du faucheur qui ma renommée,
Abat, comme un marbre eslevé.

Qu'ore chacun se delibere
De rire et faire bonne chere
Sans concevoir quelque chagrin ;
Car la parque sage et rusée
A gravé de nostre fusée
L'arrest dans un feuillet d'airin.

Que sçait on si la destinée
Nous fera voir l'autre journée
Qui suit ceste cy pas à pas?
Platon mesme ne sçeut cognoistre
Si autre soleil devoit naistre
Après celuy du trespas.

Il ne faut icy qu'on se brave
De quelque discours haut et grave,
Chaque chose a son propre temps:
L'un veut que l'on s'enchesne au livre,
Et l'autre que l'on s'en delivre
Pour se livrer au passe temps.

Laissons au sage platonique
La soucieuse republique,
Et tout son fascheux maniment ;
Taisons nous d'estat et d'empire,
C'est le seul objet de martyre
ue de penser si hautement.

Mais sus, qu'on boive et que l'on chante
Et que doucement l'on enchante
Le soin qui nous ronge si fort.
L'homme mort nul soin n'environne :
Hé ! est il autre que l'yvrongne
Qui ressemble mieux à un mort?

Page, espans des fleurs par place,
Emply puis après ceste tasse,
Verse et reverse moy du vin :
Quand j'ay la cervelle saisie
Du goust d'une telle ambroisie,
Je presume estre tout divin.

Il me semble que tout se trouble,
Je pense voir un soleil double,
O Cuisse-né ! tant ta fureur,
Ainçois ta douleur me tourmente,
Tourmente, non, mais me contente
Et me donne joye au cœur.

Toute ma force s'est perduë,
Maintenant mon pied ne se ruë
Qu'où le conduit ta volonté ;
Ma teste, qui par toy sommeille,
Releve ma panchante oreille
Pour la pancher d'austre costé.

Du heurt que ta fureur me donne,
Je sens varier ma couronne,
Ore derriere, ore devant,
Et voy d'une riante mouë
Que tout autour de moy se jouë
Un peuple qui me va suivant.

Mais, ô bon père, je te prie,
Modere un peu ceste furie
Qui me traite si rudement ;
Donne, ô engeance de Semelle !
Une remise à ma cervelle,
De quelque plus doux traitement.

Ce n'est pas moy qui te mesprise,
Ny qui les fautes authorise
D'un peuple jaloux contre toy ;
Ny qui comme un malin Penthée
Vestit une ame despitée,
Du sainct mystère de ta loy.

Mais c'est moy, bon père, qui vante
La douce liqueur qui nous tente,
Digne present de ta grandeur ;
C'est moy qui te suis à la trace
Parmy les deserts de la Thrace
Dont tu fus jadis le vainqueur.

C'est moy, dis je, qui l'accompaigne,
Et à tes festes ne desdaigne
D'enfler le cornet enroüé.
C'est moy, c'est moy qu'on entend braire
Par son orgie triataire,
Et te nommer pere Evoé.

Escoute un peu, preste l'oreille
Aux vers pleins de rare merveille
Que Viges chante en ton honneur ;
Mon Dieu ! que sa chanson sacrée
D'un gay chatouillement recrée
Nos cœurs espris de ta fureur.

Ha ! que sa nombreuse musique,
Courante par le champ Attique,
Se promeine d'un grave pas ;
Et sa voix tellement est forte
Que si Euridice estoit morte,
Son vers flechiroit le trespas.

Mais, troupe, avant que la lumière
Du soleil borne sa carrière,
Se cachant au profond de l'eau,
Il faut marquer de bonne heure
Le plus rare de la demeure,
Le plus exquis et le plus beau.

Donc que Vesper, brunette estoille
Qui prepare le nuiteux voile
Qui nous desrobe la clarté,
Ne monstre point precipitée
Le jour de ta corne argentée,
Corne plaine d'obscurité.


AU BOCCAGE.

Je te saluë, heureux boccage,
Fidelle tesmoin de la rage
Que mon Bertrand souffre en amour ;
Alors que dedans ton sejour
Il esmeut de sa voix dolente,
La petite trouppe volante
Des oiseaux qui nichent chez toy
Et qui se plaignent de l'esmoy
Dont sa douce guerrière Europe
Nuict et jour son cœur enveloppe.
Je salue les dieux aussi
Qui ont ta demeure en soucy,
Pan, Faunes, Satyres, Dryades,
Napées et Hamadriades,
Que tu fais en toute saison
Amis de ta verte maison,
Leur permettant librement faire
Sous ton feuillage leur repaire.

Soit sur le midi que d'en haut,
La chienne nous darde le chaut,
Jamais pourtant, petit boccage,
Il ne penettre ton feuillage.
Bien il est vray que la rigueur
De l'hyver chasse ta verdeur,
Et tous les ans ta teste effeuille ;
Mais pour estre nud de ta feuille
Et pour elle qui tombe à bas
La froideur pourtant n'entre pas
Parmy ton espaisse ramée.
Si bien qu'avec sa bien-aimée
L'hyver ainsi comme l'esté
Y peut en toute seureté,
Rire et folastrer à son aise:
Cent fois il la baise et rebaise,
Cent fois lui succe le teton,
Le col, la jouë et le menton,
Sans, dis je, avoir peur que l'envie
Se renfrongne de telle vie,
Et qu'un envieux caqueteur
Soit de ceci faux rapporteur.

Allez, langue, langue maudite,
Tousjours une fureur despite,
Une megere et un serpent
Autour de vous voise rampant,
Puisque toute honte perduë,
Parmy la ville en chasque ruë,
D'un langage menteur et teint
Vous blasmez un poëte saint,
Poëte aymė de Calliope
Pour avoir veu que son Europe
Dedans ce boccage et dessus
Les berceaux des gazons moussus,
Et entre mille fleurs nouvelles
Soulage ses peines cruelles.

Mais qui les voudroit empescher
Tous deux de s'entre-rechercher,
Puis qu'elle est toute sa charite,
Son bouquet et sa marguerite,
Sa rose, son œillet, sa fleur ;
Etluy, puisqu'il est tout son cœur,
Son ame, ses poulmons, sa vie,
Tout son desir et son envie?

Or, boccage, pour les bienfaits
Que courtois à tous deux tu fais,
Cachant sous tes ombres secrettes
Les tesmoins de leurs amourettes,
Jamais la meurtriere main
D'un bucheron trop inhumain
N'empoigne la dure coignée,
A te couper embesongnée,
Ou bien s'il arrive autrement,
Face le ciel soudainement,
Tomber sur sa maudite teste
Le feu vengeur d'une tempeste ;
Ou qu'il s'efforce en son baston,
Ou que la faim qu'Erisicton
Sentit pour avoir, miserable,
Coupé le chesne venerable,
D'un appetit mal conseillant
(Tout autre mets luy deffaillant),
Sa propre chair soit devorée,
Estant soy mesme sa curée !

Jamais sur ton fueillage doux
Ne facent leurs nids les hiboux,
Ny les corbeaux, ny les choüettes,
Oyseaux qui sont mauvais prophetes,
Mais bien les rossignols gentils
Qui d'un amoureux sifletis,
Deslors que le soleil galloppe,
Chanteront pour l'amour d'Europe
Et le Bertrand qui l'aime mieux
Que l'un et l'autre de ses yeux.


AU FAUNE DU BOCCAGE.

Faune, dieu qui preside icy,
Qui as ces nymphes en soucy
Et les deffens de telle sorte
Que nul medisant ne leur porte,
Tant soit il plain de faux propos,
Haine ou rancune à leur repos,
Deffend de tout malin outrage
Le sainct honneur de ce boccage,
Et n'endure que sous son frais
Un profane évite les rais
Qu'un chaut mal sain en terre darde.
Autheurs d'une fièvre hagarde,
Si doux sejour n'est pas duisant,
A soulager un mesdisant,
Ny pour la langue diffamée
D'une mauvaise renommée,
Mais il est propre seulement
A plaindre le cruel tourment
Qu'Amour conçoit parmy nos veines,
Blessant nos cœurs de mille peines,
Ou à ceux qui ont, bien heureux,
Le fruit de leur mal amoureux,
Pour dire combien de blandices,
Combien d'attraits et de delices,
Combien de miel et de douceurs
Venus verse dedans leurs cœurs
Quand bras sur bras, hanche sur hanche,
Parmy la violette franche,
Parmy la blancheur des beaux lys
Et les boutons tous frais cueillis,
Ils appaisent la douce flame
Qu'Amour allume dans leur ame.

Doncques, Faune, chasse d'icy
Tous autres que ces deux icy,
Qu'Amour fait vivre et qu'il saccage,
Car le maistre de ce boccage
Ne le cultive et n'en a soin
Nuict et jour que pour ce besoin,
Estimant sa peine perduë
D'y voir une troupe incognuë.
Ainsi arrive que tousjours
Tu jouysses de tes amours,
Et que les nymphes et les fées,
En vertugades degraphées,
Revenant le soir hors de l'eau,
Raclent la crace de ta peau.

Ainsi Diane forestiere
D'une sagette meurdriere,
Ne te face pisser le sang
Par l'ouverture de ton flanc,
Ou soit qu'amoureux tu galoppe
Après la dedaigneuse troppe
Qui l'accompagne pas à pas,
Ou soit que nue entre tes bras
(Encore qu'elle se mutine)
Ja tu luy presses la poictrine.


AUX NYMPHES DU BOCCAGE.

Voicy la saison qui rameine
Le bel ornement de la plaine,
Qui verse partout mille fleurs
De mille diverses couleurs :
La glace est cheute des montagnes
Enflant le ventre des campagnes,
Des fruits de toutes les façons.
L'on n'entend plus que des chansons
Que les jargons et les ramages
Des oiseaux de divers plumages,
Qui du bec comme de marteaux,
Dextrement creusent les berceaux,
Façonnez pour pondre et repaistre
Leur race qui doit bien tost naistre,
Ou dans un bled, ou sous un toict,
Dans un arbre ou quelqu'autre endroit,
Craignant que la dextre felonne
De quelque pucelle mignonne,
Un jour se levant trop matin,
Ne le face estre son butin.

Des fleurs s'esmaille le rivage
L'eau gazouille d'un doux langage,
Et au murmure de ses flots
Les bergers prennent le repos,
Ennuyez de voir parmy l'herbe
La colere jeune et superbe
Des taureaux dorez qui se font
Per à per guerre par le front.

Le bouton vermeil et la rose,
Au point du jour se voit esclose,
Empruntantson pourpre vermeil
Du lustre du nouveau soleil ;
L'œillet, le lys et l'hiacinthe,
Et la fleur qui d'Ajax est feinte,
S'ouvrent portant jusques aux cieux
L'odeur d'un flair delicieux ;
Bref, tout rit, horsmis vous qui estes
Encore en vos prisons secrettes.
Tout icy tressaute d'amour,
Horsmis vous, qui faites sejour,
Nymphes, craignans d'hyver la rage
Dans les arbres de ce boccage.
Mais, las ! quelle dure rigueur
Encore vous glace le cœur,
Et vous retient en ceste escorce?
Voulez vous point que l'on vous force
Et qu'on ravisse vos amours?
C'est pour les esprits qui sont lourds
Etqui ont l'ame difficile,
Et non pour vous, trouppe gentille,
Nymphes qui sçavez bien comment
L'on appaise le doux tourment
Dont Amour par ses douces flames
Bourrelle et tourmente nos ames.

Donc, quittez cet obscur sejour,
Puisqu'icytout parle d'amour,
Tout se soumet à sa puissance,
Tout luy rend humble obeyssance,
Tout s'estime trois fois heureux
D'estre sous l'empire amoureux,
Et que sa fleche le surmonte ;
Car vos fronts rougiront de honte,
Nymphes, comme ces filles font
Qui deviennent rouges au front
Alors que leur amant approche
Finement auprès de leur couche,
Et que de doux aigres propos
Ils rompent leurs oyseux repos ;
Ainsi, dis je, vostre visage
Rougira dedans ce boccage,
Quand cent pucelles dont les yeux
Blessent les hommes et les dieux,
Parmy vostre demeure esleuë
Jalliront la poudre menuë,
Frappant la terre par compas,
Sous le gay bransle de leurs pas ;
Entre lesquelles doit paroistre
La belle qu'aime vostre maistre,
Europe, son plus cher soucy,
Comme un cyprès sur un soucy.
Doncques, nymphes, nymphes gentilles,
Avancez vous plus que ces filles
A qui la nouvelle saison
Fait ores hair la maison ;
Monstrez vous telles que vous estes,
Engeance noble des celestes,
Faites descendre à vos talons
L'or prime de vos cheveux blons,
Et vous desseignans la poitrine,
Monstrez vostre gorge yvoirine,
Parez vos yeux de doux regards,
Dont au lieu de traits et de dards,
Amour se pert quand il veut faire
Quelqu'un à ses loix tributaire ;
Puis d'ordre esgal s'entre-suivant,
Poupines, venez au devant
De ceste brigade gentille
Qui d'une licence facile
Après la table et le repas
Se permet d'honnestes esbats.

Ainsi, Diane la guerriere,
Chassant quelque lionne fiere,
D'une fleche, sans y penser,
Vostre flanc ne puisse blesser ;
Ainsi jamais quelque Satyre,
Contraint par l'amoureux martyre
De lamenter et de gemir,
N'interrompe vostre dormir,
Alors que vous serez lassées
Des flames du jour eslancées.


A BACCHUS,
POUR GARDER LA VIGNE VOISINE DU BOCCAGE.

Soit, ô enfançon de Semelle,
Que Thebes, qui de sa mammellé
Se vante t'avoir allaité,
Ou Nyse ou quelqu'autre cité,
Te retienne dans sa demeure,
Quitte ta Thebes à cette heure,
Quitte Nyse et tout autre lieu
Pour venir icy comme un Dieu,
Un Dieu propice et salutaire,
Habiter en ce frais repaire.

Ce n'est pas un lieu qui soit fait
Pour couvrir quelque acte mal fait,
Ny une demeure choisie
Pour commettre une vilenie ;
Mais bien un lieu où fait sejour,
La douce paix, mere d'amour,
Et d'amitié et de concorde.
Icy n'a place la discorde,
Icy sont morts les mesdisans,
Icy de nuls propos cuisans
N'est la personne diffamée,
Mais ains d'eux la troupe aymée
Des neuf Muses pucelles sœurs
Y fait entendre ses douceurs ;
Et maintenant dessus Parnasse,
Ni parmy les champs de la grace,
Dans Tempe tousjours verdissant,
Dans l'eau d'Eurote doux glissant,
Et dessus sa plaisante arene,
Apollon plus ne se promene,
Car d'eux il n'a plus de soucy,
Aimant mieux ce boccage icy.

De ce boccage, ton repaire,
Tu pourras bien, ô Thebain père !
O Thebain père, tu pourras
Sauver tes raisins des frimas ;
Tu les pourras sauver encore
De l'animal qui les devore,
Et de ceux qui courent la nuict
Trop gourmans de ton jeune fruict.
De tel bienfait en contre eschange,
Tu gaigneras une loüange
Immortelle par l'univers,
Et mon Bertrand, de qui les vers
Coulent plus doux que sur Hymette,
La douce liqueur d'une avette
Te loü'ra d'une forte voix,
Tournant la couppe autant de fois
A sa plus desirable troppe
Qui baiseroit de fois Europe.


TABLE DES MATIERES
DU TROISIÈME LIVRE DE LA MUSE FOLASTRE.

Baiser.
A une dame estant au lict malade d'une colique.
Stances
Les Proprietez des femmes
Response réciproque de l'homme à la femme
L'homme
Response de la dame
Chanson. L'on ne m'entendra plus chanter.
Chanson. Mon pere mariez moy, ou je feray
Chanson. O trop cruelle beauté.
Chanson. Approche toy, Clérice.
Mascarade. Sus, tonneliers, que l'on s'esveille
Aux dames. Dames, qui mettez la futaille
Mascarade. Belles vous deviez avoir soin.
Chanson. A Paris sur petit pont.
Chanson. Il estoit un homme qui des cuirs vendoit
Chanson. Dieu que j'ay consommé de jours
Chanson. Pourquoy veux je esperer secours
Chanson. Ha ! que c'est une belle chose
A une putain
La Peronnelle, ou les bonnes gens du temps passé. Ballade estropiée.
Suite d'Epigrammes.
Les lunatiques.
L'autheur à l'envieux
Sonnet contre un medisant
Autre. Je suis bien envieux de ceux dont l'éloquence
Chanson. Au gay printemps dessous l'ombrage.
Autre. La douce accordante voix
Autre. Quel heur, quelle liesse
Autre. Cognoissant que ta constance.
Epitaphe du bon hostellier Tignan et de sa femme.
Le Boccage de Simphalier, dédié à Monsieur Bertrand, advocat, par Paul de l'Ecluse
Au boccage
Au faune du boccage
Aux nymphes du boccage.
A Bacchus pour garder la vigne, voisine du boccage


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