LE PREMIER LIVRE DE LA MUSE FOLASTRE
recherchée des plus beaux esprits de ce temps
de nouveau revue, corrigée et augmentée
Lyon, Barthélémy Ancelin, imprimeur ordinaire du Roy
MDCXI
LIBRAIRE AU LECTEUR. Diverses considerations (amy Lecteur) m'ont retenu une longue espacede temps avant que me resoudre à faire voir le jour à ce petit recueil, que j'eusse encore volontiers retenu en son silence sans l'importunité de mes amis. Je te prie le prendre en bonne part, et le croire estre sorty des plus beaux esprits de ce temps. Si je cognoy que ce coup d'essay te soit agreable, je te promets dans peu de jours de te le rendre amplifié de beaucoup. Adieu.
LES PROVERBES D'AMOUR.
A MADAME DE R.
Madame, on ne voit point, en l'amoureuse affaire,
Femme qui vous surpasse en traits d'agilité ;
Mesprise qui voudra ceste dextérité :
Reprendre est bien aisé : mal aisé de mieux faire.
Si je suis trop lourdaut en ceste mesme affaire,
Excusez, s'il vous plaist, mon imbecilité ;
Car je ne manque point de bonne volonté,
Mais il est mal aisé pouvoir à tous complaire.
Mon plaisir dure autant comme ma force dure ;
Quand on l'a faict un coup, voulez-vous que tout las
Sans prendre son haleine on retourne aux combats?
Il ne faut pas d'un sac tirer double mouture.
Vous avez beau dresser, pour avoir plus de joye,
La teste à mon courtaut, quand il l'a contre bas ;
Il a faict ce qu'il peut, madame, il ne faut pas
Ainsi du cuir d'autruy faire large courroye.
Ne me blasmez d'avoir petite marchandise.
En prenant le plus court, le chemin se faict mieux :
Souvent les petits os se trouvent plus moüelleux
Et les petits morceaux ont plus de friandise.
Le petit homme abat bien souvent un grand chesne,
D'un petit esguillon grande asnesse l'on poind.
Puis vous l'avez petit, cela vient bien à poinct,
Il faut que le cousteau se raporte à la guaisne.
A un petit mercier il faut petite balle,
Un bon chartier sçait bien tourner en petit lieu,
Dans un petit fourneau souvent l'on fait grand feu,
Tout va mieux quand du pied la chaussure est esgale.
Mais c'est trop faict l'amour, il faut faire ouverture
Des preceptes d'aimer aux autres maintenant.
Ce n'est rien d'estre riche et cacher son talent,
Il faict bon joindre l'art avecques la nature.
Il ne faut en aimant du premier jour pretendre
D'arriver au doux poinct qui guerit nostre feu.
Pour venir à ce poinct il faut attendre un peu,
Car on dit que tout vient à poinct qui peut attendre.
Quiconque veut aimer et desire qu'on l'aime
Faut qu'il s'aime premier, s'il est aimable à luy ;
Après il se pourra rendre aimable à autruy :
Il faut que charité commence par soy-mesme.
Si vous vous mesprisez, la femme vous mesprise ;
Prisez-vous, au contraire, elle vous prisera :
Tout homme glorieux des femmes jouira.
Aussi dit-on tousjours: Qui est fol qui se prise.
Il vous faut en amour peu parler et bien faire:
Les femmes n'aiment pas les plus grands deviseurs ;
Ceux qui parlent beaucoup sont les moindres faiseurs,
Et les moindres parleurs despeschent plus d'affaire.
Il ne faut qu'un amant du premier coup descoche
Sa demande si tost: ce n'est pas estre fin
De vouloir commencer son amour par la fin ;
Avant que de combattre il faut faire l'approche.
Si ne pouvez fléchir par prière une amie,
Vos larmes la vaincront: la femme est comme un vent,
Les pleurs comme une pluye ; on a veu bien souvent
De grands vents abatus d'une petite pluye.
Mais si vous rencontrez une humeur trop contraire
Au délice d'amour, ne vous arrestez pas
A prendre tant de peine à l'attraire en vos lacs :
Car on a beau prescher qui n'a soin de bien faire.
Si elle vous escoute, esperez bonne yssue :
Il ne faut qu'un peu d'eau pour esteindre un grand feu.
La parole en amour comme ailleurs faict le jeu :
Ville qui parlemente est à demy rendue.
Faut avec vos devis la rendre amadoüée
Par folastres baisers et par doux maniment,
Du toucher on parvient au surplus aisément :
Dame touchée, aussi dit-on, dame jouée ;
Et si en la baisant elle ne vous resiste,
Gaignez tout aussi tost faveur en autre lieu,
Et pource en devalant tirez droict au milieu :
C'est toujours au mitan que la vertu consiste.
Pour vous mettre en humeur, il faut emplir la pance ;
Sans Ceres et Bacchus, Venus est sans pouvoir,
Un ventre bien guidé est plus prompt au devoir.
Après la pance, aussi ce dit on, vient la dance.
Encor que le plaisir du seul homme procede
Li peut-il estre aussi de la femme augmenté ;
Je veux bien que l'homme ait le droict de son costé,
Mais aussi le bon droict a souvent besoin d'aide ;
Si vous avez du mal en la première attainte
Ne perdez pas le cœur: d'un dur commencement
Vient une heureuse fin ; nul plaisir sans tourment ;
Tousjours cher en amour est la première pointe.
Mais avant que jouer au beau jeu desirable,
Il est bon quelquefois, pour fuir le hazard,
De visiter les lieux, car il serait trop tard,
Les poulains estans pris, de fermer son estable.
Il n'y a point de mousse auprès de la caverne.
Luy disoit un quidam en rembourrant son bas.
Je vous diray, dit-elle, aussi bien n'est il pas
Grand besoin de bouchon à commune taverne.
J'ay autrefois ouy d'une autre bonne rosse
Que l'on n'a des chastrez aucun contentement,
Alleguant pour raison ce qu'ordinairement
On dit que le poisson ne vaut rien sans la sausse.
La femme pour tomber souvent à la renverse
N'est pas plus à blasmęr en matière d'amours:
Le sexe a de nature ainsi les talons courts,
Il n'est si bon chartier qui quelquefois ne verse.
ESTREINES DU POIL.
Cest unique flambeau, le bel astre du monde,
Qui d'un cours mesuré nous compasse les ans,
Rameine la saison où l'on faict ces presens,
Où s'espand de beaux dons une source féconde.
Mais que vous donneray je, hélas ! vostre mérite
Passe tous les presens ; mais, ainsi que les dieux
Se contentent de peu, tout estant moindre qu'eux,
Aussi vostre grandeur d'une estreine petite.
Or cherchant à part moy quelque chose excellente
Propre à vous estrener, je n'ay rien rencontré
Plus digne d'estre offert que ce beau poil doré :
Permettez que mon vers sa louange vous chante.
Vous surtout qui prisez une chose jolie,
Si vous voulez sçavoir que ce don est joly,
Tournez le mot de poil, vous trouverez poly ;
Et qu'est-il plus joly qu'une chose polie?
Ce grand Dieu Jupiter, qui pour sa providence
L'ame de l'univers est nommé de Platon,
Fut jadis appelé le Barbu (ce dit-on),
Pour monstrer sa grandeur, sa vertu, sa puissance.
Apollon, dont les rais esclairent tout le monde,
Ce dieu qui dans le ciel conduisant son beau cours
Donne vie à nostre ame, et le jour à nos jours,
Est surtout renommé pour sa perruque blonde.
Et vous dont les soleils donnent l'ame à nostre ame,
Et les jours à nos jours, vous dont le poil doré
Par dessusApollon mérite estre adoré,
Vous qui bruslez nos cœurs d'une si douce flamme,
Que j'aime votre poil, ô ma belle Cyprine,
Que j'aime ces liens, et vos gentils cheveux !
Amour pour m'enlasser s'est voulu servir d'eux
Comme dieu qu'il estoit d'une chose divine ;
Des astres par le poil la puissance est cogneuë,
Car les signes au ciel n'estans mis sans raison,
L'on craint bien leur effect, mais en toute saison,
L'on redoute surtout l'estoile cheveluë.
Ceux dont jadis estoit la memoire honnorée
Entre plusieurs loyers digne de grand renom,
Avoient une statue érigée en leur nom,
A laquelle on faisait une barbe dorée.
Le philosophe aussi, pour marque de prudence,
Portoit la barbe longue, ainsi qu'en nostre temps
On a veu les rois seuls et les princes plus grands
Porter les longs cheveux et longue barbe en France.
Nature cognoissant vostre sexe, mesdames,
Estre en perfection des hommes surmonté,
Pour un signe évident de vostre infirmité,
Nous a garny de poil beaucoup plus que les femmes.
Nous lisons que jadis celuy qui dans Athènes
Osa raser sa barbe et son pòil le premier,
De là fut appellé en risée Barbier,
Bien qu'il eust merité beaucoup plus grandes peines.
Les délices, dit-on, des femmes de Turquie
Sont de faire tomber leur perruque d'embas :
Barbare nation, tu ne merites pas
Estre des ornements de nature embellie.
A Rhodes, ceste loy fut trouvée très-belle,
Qu'aucun n'ostast son poil : Alexis, ce dit-on,
Voyant quelqu'un n'avoir point de barbe au menton,
Disoit celuy veut faire un acte indigne d'elle.
Les serfs n'osoyent porter la perruque honorable
Qui rendoit des Romains le beau chef redouté :
On ne pouvoit marquer, ô belle liberté !
D'un plus digne ornement ton prix inestimable.
Celuy qui nous défend la luxure execrable
Permet que le poil tombe aux gens plus desbauchez,
Afin de reprimer ces énormes pechez
Par la honte de perdre une marque honorable.
Jadis quand on vouloit sçavoir l'aage complette,
On cognoissoit au poil l'aage de puberté,
Et jugeoit à bon droict, ô sage antiquité !
Le parfait jugement d'une marque parfaicte.
On guerit bien plustot, c'est une reigle vraye,
Quand on est près du poil quelquefois offensé ;
Femmes qui quelquefois vostre honneur est blessé,
Consolez-vous, le poil est auprès de la playe.
Quand quelqu'un est mordu la guerison plus preste
Est de prendre (dit-on) du poil de l'animal,
Aussi quand vostre amour a causé nostre mal,
Nous cherchons la santé par le poil de la beste.
Pour monstrer que du poil l'essence étoit divine,
Nature au plus haut terme en honorable lieu
Elle en a mis aussi environ le milieu,
D'autant que c'est la place où la vertu domine.
On voit des corps humains la fragile nature
Estre subjecte à mort et à corruption ;
Le poil resiste mieux à ceste passion,
Et comme plus divin dompte la pourriture ;
C'est pourquoi justement, ô déesse immortelle !
Je consacre aux autels de vostre déité
Un don semblable à vous, en grandeur, en beauté,
En nature divine où vous paraissez telle.
IRRESOLUTION FEMININE.
Je ne l'ay dit qu'en moy et si je me défie
Que moy mesme vers moy face tour d'ennemie,
Déclarant un secret que j'ay pris sur ma foy.
Je ne le diray point, mais le pourrois-je taire ?
Si, si, je le diray: ce pourroit-il bien faire
Que je vueille trahir et mon penser et moy?
Or sus, je le diray: non feray. Ah ! je pense
Que ne le disant point je perdrois patience.
Si je le dis aussi, j'y auray grand regret.
Si je ne le dis point, je seray en grand peine :
Mais quoi ! si je le dis, je suis toute certaine
De ne pouvoir jamais rappeler mon secret.
Je ne le diray point, j'ay peur de me desdire ;
Il faut que je le die: hé bien ! que peut-il nuire?
Je ne le diray point, j'ai peur de m'en fascher.
Je le diray pourtant, qu'est-ce que j'en doy craindre ?
Je ne le diray point, il faut apprendre à feindre,
Un secret perd son nom qui ne le peut cacher !
L'ANATOMIE DU MANTEAU DE COUR.
Manteau des manteaux le plus mince,
A jamais exempt de la pince,
Pour ta cruelle pauvreté
En ton espèce incomparable ;
Manteau neantmoins venerable
Pour ton extrême antiquité,
Encor que la tigne te mange
Si veux je chanter ta loüange,
Et qu'on sçache par l'univers
Que ta capacité petite
Faict que ton vieil haillon merite
D'avoir quelque place en mes vers.
Déesse au visage effroyable,
Par toute la terre habitable
Des humains la peur et l'effroy,
Qui règne dessus la misère,
En ton geste triste et austère,
Maigre déesse, inspire moy.
Ce manteau qui n'eut onc au monde
De vestement qui le seconde,
Fut jadis d'un drap assez fin ;
Maintenant on ne peut cognoistre
Si c'est sarge, drap ou limestre,
Car le pauvret tire à la fin.
Il fut d'une façon honneste:
Premierementmanteau de feste
Garny d'un colet de velours,
Et d'une doubleure de frize ;
Puis tost après, changeant de guize,
Devint manteau de tous les jours.
Il eut un compagnon fidèle
Qui dura jusqu'à la ficelle,
Bien qu'il fust debile et fluet,
Manteau qui fit durant sa vie
Comme le roy devant Pavie,
Tirant jusqu'au dernier filet.
Après le temps de son service,
Cestuy-cy succède à l'office,
Servant luy sert pour tous les deux :
Mais une chose l'importune,
Car il se plaint de la fortune
Qui le rend le manteau d'un gueux.
Il n'y a ny façon ny sorte
Dont un habillement se porte
Que le pauvret n'ait practiqué.
Il a esté robbe sans manche
Changeant de visage au dimanche
A tous usages apliqué.
Maintefois durant la froidure
Il a servi de couverture
Contre l'injure de la nuict,
Et d'une façon differente
De rideaux de ciel et de pante,
De fonds et de tour à son lict.
Il fut aussi mis pour sa trousse,
Et mesme après servit de housse
Sur quelque cheval emprunté ;
Le valet allant en message,
Qui n'eut onc practique ny gage,
Souvent l'a sur son dos porté.
Ce manteau (ce sont choses seures)
A usé dix et sept doubleures,
Etplusieurs fois changé de teint ;
Comme un cameleon estrange
Qui en mille façons se change,
Ainsi luy se teint ou deteint.
Le gris fut sa couleur première ;
Mais depuis d'une autre manière
Le vert gay lui fut ordonné ;
Puis changeant en quelque autre sorte,
Il fut après de feuille-morte,
Puis on le teignit en tanné.
Il fut en dernière teinture
Teint de noir, couleur la plus seure,
Gratté, retrait et retourné ;
Et depuis en ce muable estre
Pour l'indigence de son maistre
A en cest état sejourné.
Ainsi sur la fin de son aage
Il remporte cest advantage,
Par un accident peu commun,
Qu'à voir ses dents mises en ordre
L'on diroit qu'il est prest à mordre,
Monstrant ses griffes à chacun.
Il est tesmoin, bien que sans l'estre,
Des coups de baston que son maistre
A reçeus et non pas donné,
Et à voir de façon nouvelle
Veu ses reins au pied d'une eschelle
De coups de pierre cotonné.
Il va suivant sans intervalle
Son maistre, en quelque part qu'il aille ;
Il est dans les prisons cogneu,
Dans l'Hostel Dieu, dans la taverne,
D'où souvent il sort sans lenterne,
Et la plus-part du temps tout nu.
Il a d'incroyable manière
Et de grace particulière
La proprieté du serpent ;
Car autant de fois que l'usure
Luy donne quelque decoupure,
Autant de fois il s'en reprend.
Ce manteau se rend si traictable
Qu'il est le tapis de la table,
Qui ne servit oncq à manger ;
Une chose le reconforte,
C'est que jamais on ne le porte
Aux batailles ni au danger.
Mais après tant de bons services,
Il endure mille supplices
Parla cruauté d'un valet,
Qu'à la fin d'espargner sa peine,
Le decrotant, ronge sa leine
Et le rend petit mantelet.
Son maistre le faict par malice,
Car comme son bien s'appetisse
Il veut qu'il diminue aussi,
Afin que de mesme cadance,
En voyant périr sa chevance,
Son mantelet soit raccourcy.
Il veut qu'on le reserve encore,
Tant ce vestement il honore.
Pour son ensevelissement:
Mais comment se pourroit-il faire,
Veu qu'il ne sçauroit satisfaire
Pour sa teste tant seulement ?
Manteau, bien que ta vieille corde
Semble crier miséricorde
Au secours d'un autre manteau,
Et qui justement devrois estre
Las du service de ton maistre
En repos dans quelque tableau ;
Puis, appendu pour recompense
Dans le temple de l'indigence
Comme relique precieux,
Où, las d'un zèle charitable,
Vers la déesse miserable
Seroit le triomphe des gueux.
LA COURTISANE REPENTIE.
du latin de P. Gillebert
Retirez-vous, amoureuses pensées,
Des faux plaisirs de Venus offensées,
Et toy, qui es le père de soucy,
Cruel enfant, retire-toy aussi.
Retirez-vous, ourdisseurs de finesse,
Propos flatteurs qui gastez la jeunesse.
Larmes, soupirs, nostre plus grand sçavoir,
Subtils appas pour les fols decevoir ;
Retirez-vous, petites mignardises,
Et vous, du lict folastres gaillardises,
Et tout cela que par art feminin
Amour destrempe au miel de son venin.
Adieu, adieu, vous qui m'avez aimée,
Et qui m'avez surmonté desarmée ;
Adieu, troupeau affronteur bien instruit,
Troupeau romain, qui la grand' louve suit.
Un long adieu ; adieu donc, mes complices,
Qui vieillissez au bourbier de vos vices,
Qui maintenant, sur la fleur de vos ans,
De toutes parts ceintes de courtisans,
Vous amassez, par leur sotte largesse
Injustement une fausse richesse,
Ou qui gaignez, ô misérable gain
A tous venans nuict et jour vostre pain.
Je ne veux plus, pour tels loyers acquerre,
Gaigner la solde en l'amoureuse guerre ;
Je ne veux plus ses finesses brasser,
Je ne veux plus les amans enlasser,
Par tels appas, de promesses frivoles,
Ny pour l'argent donner telles paroles.
Par la cité, portant dessus le front
Le feint martel, je n'iray comme vont,
Quand la fureur les a faict plus malades,
Du dieu Bacchus les vineuses menades ;
Je laisse là tous ces sifflets menus,
Sifflets tant bien des amoureux cogneus ;
Je ne veux plus me promener en coche,
Marque jadis des dames sans reproche,
Signe aujourd'huy des vices effrontez,
Qui ont rendu nos honneurs eshontez.
Rome, qui as veu de tes sept montaignes
Tout l'univers ployé sous tes enseignes,
Tu ne vois plus, pour ton plus grand bon-heur,
Qu'un grand troupeau de filles sans honneur.
T'a point laissé Ilia la vestale
De tant de maux la semence fatale?
Ou si tu tiens ces desirs vicieux
De celle-là qui, mise entre les dieux ;
Pour celebrer ses festes impudiques,
Fait despoüiller celles qui sont pudiques?
Tiendrois-tu point, ô romaine cité,
De ton autheur ton impudicité,
Qui enleva par publiques rapines
Impudemment les craintives Sabines?
Mars te donna un esprit belliqueur,
Tu tiens d'Ilie à ceste heure le cœur :
Les anciens ont adoré le père,
Et maintenant nous adorons la mère.
Voilà le poinct de toute ma douleur,
Voilà l'object de mon premier malheur ;
La liberté trop librement permise
Qu'impudemment tes vices ont acquise.
Adieu donc fards dont mon visage est peint,
Boistes où sont les couleurs de mon teint,
Eaux et empoix dont la face on déguise,
Croye et ceruse, et biacque de Venise ;
Je prends de vous congé pour tout jamais,
Je ne veux plus me peindre desormais ;
Ains dès icy j'abandonne l'usage
Du fard menteur qui gaste le visage ;
De la beauté je veux me contenter
Que m'a voulu nature presenter ;
Et ne veux plus, pour me faire plus belle,
Changer par art ma forme naturelle.
Plus de pincette et de miroir ne veux ;
Adieu le soin de friser les cheveux,
Eaux et unguents par lesquels on efface
Taches, rougeurs et rosseurs de la face,
Ce qui deride et plus estroictement
Serre la peau dessous le vestement,
Ce qui les dents convertit en yvoire,
Et des sourcils la vouste rend plus noire,
Ce qui les doigts crassus et mal polis,
Change en couleur de rosée et de lis ;
Adieu vous dy, ô vous herbes encore !
Par qui le chef de jaune se colore ;
Drogues, adieu, et adieu tout cela
Par qui revint mon poil qui s'en alla ;
Adieu encor la caute médecine
Qui m'a gardé de reclamer Lucine.
Adieu par qui s'eschauffe la froideur,
Adieu par qui se corrige l'odeur ;
Eaux de senteurs, musq, et civette, et ambre,
Parfums du licť et parfums de la chambre,
Le luth, le bal et tout ce qui plaist mieux,
Soit du Pétrarque, ou soit du Furieux ;
Adieu, liens, enchantemens et charmes,
Qui de nostre art sont les dernières armes
Adieu, fenestre et porte, où trop souvent
J'ay amusé l'amoureux poursuivant ;
Porte cent fois d'une main courroucée,
Des fols amans en colère poussée,
Adieu, sifflets et petits bruits legers,
Signes qui sont mutuels messagers,
Et tous les arts, dont la vieille rusée
Sçait appaster la jeunesse abusée.
O bon advis, si tu es quelque Dieu,
Je prends franchise en ton plus sacré lieu,
Te présentant la despouille du vice
Comme nonnain voüée à ton service,
J'apporte icy la cendre des plaisirs,
Qui ont bruslé mes plus jeunes désirs.
Et quant à vous, ô robes tyriennes,
Robes de soye et perles indiennes,
Petits anneaux par l'oreille passez
Riches carcans en mon col enlasséz ;
Pompeux habits, dont la molle richesse
Fut le loyer de ma folle jeunesse,
Ou soyez vous par la flamme abolis,
Ou au plus creux de l'onde ensevelis :
Rien n'en demeure et ne soit, moy bruslee,
Flamesche aucune à mes cendres meslée.
LA CONTRE REPENTIE
du même Gillebert
Si mon esprit qui peut sortir dehors
De ce qui n'est que prison de son corps,
Suivant tousjours sa trace coustumière
Recherche encor la liberté première,
Si le sejour d'un travail ocieux,
Nourrissement des desirs vicieux,
Reveille en moy la flamme accoustumée.
Plus que devant en mon cœur allumée,
Pourquoy, helas ! d'un nœud si rigoureux
Ay-je lié mes ans plus vigoureux,
Et pourquoy s'est la douleur de ma vie
Dessous un joug si pesant asservie?
Folle, pourquoy en lieu si reserré
Dedans mon corps s'est mon cœur enterré,
Si, en moy-mesme estant ensevelie,
Je suis encor de la flamme assaillie?
Or, adieu donc, vaine pudicité,
Qui serve tient nostre captivité,
Pudicitésous miserable feinte
D'un soin forcé honteusement contrainte.
Mère d'amour, suivant mes premiers vœux,
Dessous tes loix remettre je me veux,
Dont je voudrois n'estre jamais sortie,
Et me repens de m'estre repentie ;
Car veu le soin, les travaux et dangers,
Dont et par terre et par flots estrangers,
Nous sommes ceints, veu la folie humaine,
Ambitieuseaux causes de sa peine,
Oses-tu bien, ô rigoureux censeur,
De nos plaisirs corrompre la douceur?
Oses-tu bien l'amour nous interdire,
Qui de nos maux le seul bien se peut dire?
Reposez donc aux champs Elysiens,
Reposez vous, esprit des anciens,
Et tousjours soient de roses rougissantes
Et de beaux lis vos urnes florissantes,
Pour à bon droit avoir deifié
Ce sainct troupeau à Venus dedié,
Ce sainct troupeau de filles plus humaines,
Tant reveré des matrones romaines.
Cypris ainsi, source de nostre sang,
Entre les dieux jadis trouva son rang,
Et sçavez-vous qui l'a faicte si grande?
Cypris la belle estoit de notre bande.
Si Flore n'eust faict le peuple héritier
De tant de biens gaignez à ce mestier,
Le peuple n'eust, pour la memoire d'elle,
Par tant d'honneurs rendu Flore immortelle :
Et toy, qui es nostre premier honneur,
Romaine Ilie, à ce mesme bon-heur
T'appelle encor la martiale Rome,
Qui de son sang l'origine te nomme.
Helas ! pourquoy allons-nous donc courant
Après l'advis du sot peuple ignorant?
Pourquoy defend la loy mal equitable
Cela qui est sainctement imitable ?
Pourquoy sont tant nos desirs ennemis
De ce qu'aux dieux les hommes ont permis?
Pourquoy nous a la liberté ravie,
Ce faux honneur, tyran de nostre vie?
Rome, faignons qu'on nous chasse d'icy,
Soudainement tu te verras aussi
Abandonner, et ceste seule perte
Pourra suffire à te rendre deserte ;
Soudain de toy l'estranger s'enfuira,
D'y demeurer le moine s'ennuîra,
Et de tes meurs se rendra fugitive
Des courtisans la grand' trouppe lascive.
Des monuments par les temps devorez
Nous sommes seuls ornemens demeurez,
Seuls ornemens de l'antique memoire,
Et de ce lieu la renaissante gloire.
Rome, qui sceus tout le monde dompter,
Tu le peux bien encore surmonter
Par le moyen des armes cypriennes,
Et regaigner tes palmes anciennes.
Desormais donc à mon col soit permis
Jetter le joug où je l'avais soubmis,
Et desormais retourne la franchise
De père en fils en nostre sang acquise:
Franchise las ! que fort mal j'entendy
Lors qu'en ce lieu serve je me rendy ;
Mais qui fera desormais sa demeure
Avecques moy jusqu'à tant que je meure?
Devotes sœurs, qui estes sur la fleur
De vos beaux jours, je plains vostre malheur ;
Je plains le soin qui vous ronge sans cesse,
Je plains le temps, je plains vostre jeunesse.
Las ! vous sechez, et les flambeaux ardans
De vos desirs vous bruslent au dedans,
Comme du bled les forests jaunissantes,
Ardans parmy les flammes ravissantes,
Comme le feu en la fournaise estraint
Va forcenant, le vostre ainsi contraint
Secrettement vous ard jusqu'aux mouëlles ;
Et en bruslant acquiert forces nouvelles.
Vous languissez, et, voyant tout autour
Vos corps serrez d'un effroyable tour,
Vous efforcez, avecques mains craintives,
Rompre les lacs qui vous tiennent captives.
Ainsi l'oyseau en la cage enfermé
Recherche en vain son bois accoustumé ;
Ainsi en vain la beste prisonnière
Veut retourner en sa vieille tasniere,
Et vous ainsi voulez sortir de là.
Mais les destins s'opposent à cela,
Vous enserrant plus fort que la noire onde,
Qui court là bas en neuf tours vagabonde ;
Peu à peu donc vos corps se brusleront,
Et toussechez en cendres tomberont:
Mais quant à moy, libre je m'en desporte,
Et de bonne heure esloigne vostre porte.
Adieu, verroux, adieu, portaux ferrez,
Les petits trous des huis tousjours serrez,
Les lieux devots, les chambrettes petites,
L'enroüé son des chansons tant redites,
Le long silence et le tombeau des corps,
Devant leur mort mis au nombre des morts,
Les neufves nuicts et l'esguillon qui touche
Les tendres cœurs en leur deserte couche.
Cherchez, cherchez, qui d'un teinct paslissant
Trompe l'ardeur de son feu languissant,
Ou qui par art un mary se façonne,
Et son plaisir elle mesme se donne,
Ou qui si fort l'imagine en veillant
Qu'elle le sent encore en sommeillant ;
Ou qui avec quelque compagne sienne
Voise imitant la docte Lesbienne.
Je ne veux plus nature decevoir,
Parce qu'on peut en dormant concevoir ;
Je ne veux plus d'un demon estre femme ;
Je ne veux plus contr'imiter la flamme
De ces jumens qui, pleines bien souvent,
Pour leur mary n'ont autre que le vent,
Quand le printemps (miracle de l'Espagne)
Les espoinçonne à travers la campagne.
Je laisse là ces plaisirs contrefaicts ;
Je veux sentir les naturels effets,
Et m'en retourne aux tentes plus heureuses
Gaigner la solde aux guerres amoureuses.
Et quant à vous, armes de chasteté,
Habits tesmoins de nostre honnesteté,
Le vermoulu et les teignes encore,
Et le reclus desormais vous devore ;
Je vous laisse, et promets de ne sentir
D'oresnavant un autre repentir.
COMPLAINTE DES SATYRES AUX NYMPHES.
Imité du Bembe
Dites, nymphes, pourquoy tousjours
Vous allez fuyant nos amours?
Ont les satyres quelque enseigne
Qui merite qu'on les desdaigne?
Si nous avons le front cornu,
Bacchus aux cornes est cognu,
Et la pucelle Candienne
Ne desdaigne point d'estre sienne
Si nostre teinct est rougissant,
Phœbus ne l'a pas blanchissant ;
Et Clymène, qui le fit père,
Par luy n'a honte d'estre mère.
Si nous portons barbe au menton,
Tel encor Hercule voit-on,
Et toutesfois Dejanire
De luy sa bouche ne retire.
Si nostre estomach est velu,
Mars, comme nous, l'avait pelu ;
Pourtant n'en faisoit point de plainte
Ilia, qui en fut enceinte.
Si nos pieds vous semblent honteux,
Est il rien plus laid qu'un boiteux ?
Toutesfois, & Cypris la belle,
Un boiteux sa femme t'appelle.
Bref, si nature nous a faicts
En quelques choses imparfaicts,
Ce sont tels vices excusables,
Puis qu'au ciel ils ont leurs semblables.
Mais vous qui n'aimez que pour l'or
(Comme toutes femmes encor)
Nous dedaignez et n'êtes chiches
A ceux là qui sont les plus riches.
EPITAPHE D'UN PETIT CHIEN.
Dessous ceste motte verte
De lis et roses couverte,
Gist le petit Peloton,
De qui le poil foleton
Frisoit d'une toison blanche
Le dos, le ventre et la hanche.
Son nez camard, ses gros yeux
Qui n'estoient point chassieux,
Sa longue oreille veluë
D'une soye crespeluë,
Sa queue au petit floquet
Semblant un petit bouquet,
Sa jambe gresle, et sa patte,
Plus mignarde qu'une chatte
Avec ses petits chattons,
Ses quatre petits tetons,
Ses dentelettes d'yvoire
Et la barbelette noire
De son musequin friand.
Bref, tout son maintien riant,
Des pieds jusques à la teste,
Digne d'une telle beste,
Méritoit qu'un chien si beau
Eust un plus riche tombeau.
Son exercice ordinaire
Estoit de japper et braire,
Courir en haut et en bas,
Et faire cent mille esbats
Tous estranges et farouches,
Et n'avoit guerre qu'aux mouches
Qui luy faisoient maint tourment ;
Mais Peloton dextrement
Leur rendoit bien la pareille,
Car se couchant sur l'oreille
Finement il aiguignoit
Quand quelqu'une le poignoit :
Lors d'une habile soupplesse
Happant la mouche traistresse,
La serroit bien fort dedans
Faisant accorder ses dents
Au tintin de sa sonnette
Comme un clavier d'espinette.
Peloton ne caressoit
Sinon ceux qu'il cognoissoit,
Et n'eust pas voulu repaistre
D'autre main que de son maistre,
Qu'il alloit tousjours suivant,
Quelquesfois marchoit devant,
Faisant ne sçay quelle feste
D'un gay branslement de teste.
Peloton tousjours veilloit
Quand son maistre sommeilloit,
Et ne souilloit point sa couche
Du ventre ny de la bouche,
Car sans cesse il gratignoit
Quand ce desir le poignoit:
Tant fut la petite beste
Entoutes choses honneste.
Le plus grand mal, ce dit-on,
Que fit nostre Peloton
(Si mal appelé doit estre),
C'estoit d'esveiller son maistre,
Jappant quelquesfois la nuict,
Quand il sentoit quelque bruit ;
Ou bien, le voyant escrire
Sauter, pour le faire rire,
Sur la table et trespigner,
Folastrer et gratigner,
Et faire tomber sa plume,
Comme il avoit de coustume.
Mais quoy ! nature ne faict
En ce monde rien parfaict,
Et n'y a chose si belle,
Qui n'ait quelque vice en elle.
Peloton ne mangeoit pas
De la chair à son repas ;
Ses viandes plus prisées,
C'estoient miettes brisées,
Que celuy qui le paissoit
De ses doigts amolissoit :
Aussi sa bouche estoit pleine
Tousjours d'une douce haleine.
Mon Dieu, quel plaisir c'estoit,
Quand Peloton se grattoit,
Faisant tinter sa sonnette,
Avec sa teste folette ;
Quel plaisir, quand Peloton
Cheminoit sur un baston,
Ou, coiffé d'un petit linge,
Assis comme un petit singe
Se tenoit mignardelet
D'un maintien damoiselet ;
Ou sur les pieds de derriere,
Portant la picque guerriere,
Marchoit d'un front asseuré,
Avec un pas mesuré ;
Ou couché dessus l'eschine
Avec ne sçay quelle mine
Il contrefaisoit le mort ;
Ou quand il couroit si fort,
Qu'il tournoit comme une boule,
Ou un peloton qui roule?
Bref, le petit Peloton
Sembloit un petit mouton,
Et ne fut onc creature
De si benigne nature.
Mais, las ! ce doux-passetemps
Ne nous dura pas longtemps ;
Car la mort ayant envie
Sur l'aise de nostre vie,
Envoya devers Pluton
Nostre petit Peloton,
Qui maintenant se pourmeine
Parmy ceste ombreuse plaine
Dont nul ne revient vers nous.
Que maudites soyez-vous,
Filandières de la vie,
D'avoir ainsi par envie
Envoyé devers Pluton
Nostre petit Peloton.
Peloton qui estoit digne
D'estre au ciel un nouveau signe,
Tempérant le chien cruel
D'un printemps perpetuel.
EPITAPHE D'UN CHAT.
Maintenant le vivre me fasche
Et à fin, Magny, que tu sçache
Pourquoy je suis tant esperdu,
Ce n'est pas pour avoir perdu
Mes anneaux, mon argent, ma bourse.
– Et pourquoy est-ce doncques? – Pource
Que j'ay perdu depuis trois jours
Mon bien, mon plaisir, mes amours !
Et quoy ! ô souvénance griefve !
A peu que le cœur ne me creve,
Quand j'en parle ou quand j'en escris :
C'est Belaud, mon petit chat gris,
Belaud, qui fut par adventure,
Le plus bel œuvre que nature
Fit onc en matière de chats :
C'estoit Belaud la mort aux rats,
Belaud, dont la beauté fut telle,
Qu'elle est digne d'estre immortelle.
Doncques Belaud premièrement
Ne fut pas gris entièrement,
Ny tel qu'en France on les voit naistre
Mais tel qu'à Rome on les voit estre,
Couvert d'un poil gris argentin,
Ras et poly comme satin,
Couché par onde sur l'eschine,
Et blanc dessous comme un ermine:
Petit museau, petites dents,
Yeux qui n'estoient pas trop ardents,
Mais desquels la prunelle perse
Imitoit la couleur diverse
Qu'on voit en cest arc pluvieux
Qui se courbe au travers des cieux
La teste à la taille pareille,
Le col grosset, courte l'oreille,
Et dessous un nez ebenin
Un petit mufle lyonnin,
Autour duquel estoit plantée
Une barbelette argentée,
Armant d'un petit poil folet,
Son musequin damoiselet,
Jambe gresle, petite patte
Plus qu'une moufle délicate,
Sinon alors qu'il desgaignoit
Cela dont il esgratignoit ;
La gorge douillette et mignonne,
La queue longue à la guenonne,
Mouchetée diversement
D'un naturel bigarrement ;
Le flanc haussé, le ventre large,
Bien retroussé dessous la charge,
Et le dos moyennement long,
Vray souriant s'il en fut onc:
Tel fut Belaud la gente beste,
Qui des pieds jusques à la tesle
De telle beauté fut pourveu,
Que son pareil on n'a point veu :
O quel malheur ! ô quelle perte,
Qui ne peut estre recouverte !
O quel dueil mon âme en reçoit !
Vrayment la mort, bien qu'elle soit
Plus fière qu'une ourse inhumaine,
Si de voir elle eut pris la peine
Un tel chat, son cœur endurcy
En eust eu, ce croy-je, mercy,
Et maintenant ma triste vie
Ne hairoit de vivre l'envie.
Mais la cruelle n'avoit pas
Gousté les folastres esbats
De mon Belaud, ny la soupplesse
De sa gaillarde gentillesse :
Soit qu'il sautast, soit qu'il gratast,
Soit qu'il tournast, ou voltigeast
D'un tour de chat, ou soit encores
Qu'il print un rat, et or et ores,
Le relaschant pour quelque temps,
S'en donnast mille passetemps ;
Soit que d'une façon gaillarde,
Avec sa patte fretillarde,
Il se frotast le musequin,
Ou soit que ce petit coquin
Privé sautelast sur ma couche,
Ou soit qu'il ravist de ma bouche
La viande sans m'outrager,
Alors qu'il me voyoit manger,
Soit qu'il fist en divers esguises
Mille autres telles mignardıses,
Mon Dieu, quel passetemps c'estoit
Quand ce Belaud vire-voltoit
Folastre autour d'une pelotte,
Quel plaisir quand sa teste sotte,
Suivant sa queue en mille tours,
D'une roue imitoit le cours,
Ou quand, assis sur le derrière,
Il s'en faisoit une jartière
Et, monstrant l'estomach velu
De panne blanche crespelu,
Sembloit, tant sa trongne estoit bonne,
Quelque docteur de la Sorbonne,
Ou quand alors qu'on l'animoit
A coups de patte il escrimoit,
Et puis appaisoit sa chotère
Tout soudain qu'on luy faisoit chere !
Voilà, Magny, le passetemps
Où Belaud employoit son temps ;
N'est-il pas bien à plaindre doncques ?
Au demeurant, tu ne vis oncques
Chat plus adroit ny mieux appris
A combatre rats et souris.
Belaud sçavoit mille manières
De les surprendre en leurs tasnières,
Et lors leur falloit bien trouver
Plus d'un pertuis pour se sauver ;
Car oncques rat, tant fust-il viste,
Ne se vist sauver à la fuite
Devant Belaud ; au demeurant
Belaud n'estoit pas ignorant :
Il sçavoit bien, tant fut traictable,
Prendre la chair dessus la table,
J'entens quand on luy presentoit,
Car autrement il vous gratoit,
Et avec sa patte friande
De loin muguettoit la viande.
Belaud n'estoit point mal plaisant,
Belaud n'estoit point mal faisant,
Et ne fit onc plus grand dommage
Que de manger un vieux fromage,
Une linotte et un pinçon
Qui le faschoient de leur chanson.
Mais quoy ! Magny, nous mesmes hommes,
Parfaicts de tous poincts nous ne sommes !
Belaud n'estoit point de ces chats
Qui nuict et jour vont au pourchas,
N'ayant soucy que de leur panse :
Il ne faisoit si grand despence,
Mais estoit sobre à son repas,
Et ne mangeoit que par compas.
Aussi n'étoit-ce sa nature
De faire partout son ordure,
Comme un tas de chats qui ne font
Que gaster partout où ils vont ;
Car Belaud, la gentille beste,
Si de quelque acte moins qu'honneste,
Contrainct possible il eust esté,
Avoit bien ceste honnesteté
De cacher dessous de la cendre
Ce qu'il estoit contrainct de réndre.
Belaud me servoit de jouet,
Belaud ne filoit au roüet
Grommelant une letanie
De longue et fascheuse harmonie,
Ains se plaignoit mignardement
D'un enfantin miaulement.
Belaud (que j'aye souvenance)
Ne me fit onc plus grande offence
Que de me reveiller la nuict,
Quand il entr'oyoit quelque bruict
De rats qui rongeoient ma paillasse,
Car lors il leur donnoit la chasse,
Et si dextrement les happoit,
Que jamais un n'en eschappoit.
Mais, las ! depuis que ceste fière
Tua de sa dextre meurtrière
La seure garde de mon corps,
Plus en seureté je ne dors ;
Et or, ô douleurs nompareilles !
Les rats me mangent les oreilles ;
Mesme tous les vers que j'escris
Sont rongez de rats et souris.
Vrayment les dieux sont pitoyables
Aux pauvres humains miserables,
Tousjours leur annonçant leurs maux,
Soit par la mort des animaux,
Ou soit par quelque autre presage,
Des cieux le plus certain message.
Le jour que la sœur de Cloton
Ravit mon petit Peloton,
Je dis, j'en ay bien souvenance,
Que quelque maligne influance
Menaçoit mon chef de là haut :
C'estoit de la mort de Belaud,
Car quelle plus grande tempeste
Me pouvoit foudroyer la teste?
Belaud estoit mon cher mignon,
Belaud estoit mon compagnon
En la chambre, au lit, à la table ;
Belaud estoit plus accointable
Que n'est un petit chien friand,
Et de nuict n'alloit point criant,
Comme ces gros maroux terribles,
En longs miaulements horribles ;
Aussi le petit mitouard
N'entra jamais en matouard ;
Ains en Belaud, quelle disgrâce !
De Belaud s'est perdu la race ;
Que pleust à Dieu, petit Belon,
Que j'eusse l'esprit assez bon
De pouvoir en quelque beau stille
Blasonner ta grace gentille
D'un vers aussi mignard que toy,
Belaud, je te promets ma foy
Que tu vivrois tant que sur terre
Les chats aux rats feront la guerre !
STANCES SUR LES PASLES COULEURS.
Par le sieur Bouterouë.
J'ay veu de vos beautés les graces plus naïfves
Esclater à mes yeux comme des flammes vives,
Des roses et des lys, les deux plus belles fleurs ;
Vos roses maintenant se sont esvanouyes,
Les blancheurs de vos lys deviennent plus ternies,
Et vostre teinct se change en de pasles couleurs.
Quand la cerise est rouge et que la prune est noire,
Que l'abricot se dore et se jaunit la poire,
On juge qu'il est temps de les faire cueillir ;
Quand une fille est pasle et se mélancolie,
C'est signe qu'elle est meure et veut estre cueillie,
Et qu'elle ne veut plus en fillage vieillir.
Si sa parole osoit descouvrir sa pensée,
Elle diroit bientost où elle est offensée,
Elle-mesme elle iroit le medecin prier :
Mais si sa bouche n'ose ouvrir sa maladie,
Sa couleur le déclare et semble qu'elle die :
Qui me voudra guerir, il me faut marier.
Par mille inventions elle se faict malade,
Se corrompt l'estomach pour avoir le teinct fade,
Favorisant son mal presque jusqu'au mourir :
Desirez-vous sçavoir d'où ce desir procède?
Elle cherche le mal pour trouver le remède :
Le mal n'est si fascheux que doux est le guerir.
En deust-elle mourir, il faut qu'elle languisse
De ses pasles langueurs, afin qu'elle en guerisse,
Il faut tout hazarder pour un subject si beau :
Elle achepte ce bien au danger de sa vie,
Car son plus cher desir et sa plus douce envie,
C'est d'un lict nuptial ou d'un triste tombeau.
Elle se faict mourir, c'est afin qu'elle meure
De ceste douce mort qui dure moins qu'une heure,
Ou de ceste autre mort qui durera tousjours :
Le mirthe ou le cyprès sera sa recompense,
Et les pasles couleurs, par son experience,
Seront couleurs des morts, ou les couleurs d'amours.
Quand la lune paslit, selon l'astrologie,
C'est un presage d'eaux, et qu'à force de pluye
Les fleuves s'enfleront jusques par dessus leurs bords ;
Mais quand on voit paslir la face d'une dame,
Ce n'est pas signe d'eau: mais c'est signe de flamme,
C'est tout feu par dedans et cendre par dehors.
Au surplus ces vieillards qui portent la grand' barbe
Avec leurs recipez de casse et de rubarbe
Ne les sçauroient guerir, leur conseil n'est que vent ;
Car ceste maladie est aux autres contraire,
Le medecin plus jeune y est plus necessaire,
Et tant moins il practique, il y est plus sçavant.
Les cytrons, le gayac, l'antimoine, l'esquine,
Le corail mis en poudre et puis le vin d'aluine,
Sont tous remèdes vains qui ne servent de rien :
Un autre ingredient ce fascheux mal desire,
Mais la fille est honteuse, elle ne l'ose dire,
On void bien toutefois qu'elle le voudroit bien.
Pour le moins vostre sexe a sur nous l'advantage
Qu'aussitost que l'amour esmeut vostre corsage,
Par vos pasles couleurs on cognoist vos douleurs :
Nostre feu se cognoist seulement par sa cendre,
Nostre mort seulement nostre amour fait entendre,
Nos tombeaux, nos cercueils, sont nos pasles couleurs.
STANCES DU TRIQUE-TRAC.
Du mesme.
Qui veut passer le temps et tromper la tristesse
En despit de l'envie et malgré les ennuis,
Qu'il passe au trique-trac et les jours et les nuicts,
Au moins s'il est encor en sa verte jeunesse.
Il faut estre à l'escart et ne jouer que deux,
Il n'est pas si plaisant quand on est davantage ;
Si on est trois ou quatre, il faut faire partage,
Et jouer tour à tour, mais il est hazardeux :
Je veux dedans ces vers un bon joueur parfaire,
Et descrire le jeu sans y rien oublier.
Il faut premièrement renverser le tablier,
Car s'il n'estoit ouvert, on ne pourroit rien faire.
Il faut qu'un des joueurs soit bien fourny de dez
Pour les dames du jeu tout doucement abattre ;
Si vous avez des dez qui marquent trois pour quatre,
Vos coups ne valent rien, et souvent vous perdez.
Tout le jeu se poursuit, ainsy que le démonstre
Le joueur d'aujourd'hui : pour jouer seurement,
Faut tousjours quelque Jean, mais ordinairement,
Il y a tant de Jans qu'on fait jan de rencontre.
Le joueur bien appris se tient tousjours couvert,
Et jamais, tant soit peu, sa dame ne descouvre ;
Ou si, par son plaisir, tout son jeu ne se couvre,
C'est d'une marion l'entre-deux descouvert.
Qui n'y sçait bien jouer, son entreprise est folle.
Il le faut bien entendre ou ne s'en mesler point ;
Car si tant seulement il s'oublie d'un poinct
Pour le r'apprendre mieux, on l'envoye à l'escolle.
Sçaches donc, apprenty, qu'il faut soudainement
Se mettre dans le coin, si on y peut atteindre ;
Sinon du premier coup il n'a de quoy se plaindre,
Mais que son compagnon n'y soit premierement,
Qui ne faict que deux as, son jeu guères n'avance,
On faict bien deux fois six, mais ce n'est pas souvent ;
Les ternes sont meilleurs ; car qui va trop avant
Est en danger de perdre, ou il est bien en chance.
Il y a du hazard, n'y joue qui ne veut ;
S'il y a quelque gain, il y a plus de pertes ;
Surtout quand trop souvent les dames sont couvertes,
On est en grand danger d'estre à Jan qui ne peut.
Quand le bois est dressé, vous le voyez abattre
Sitôt qu'on a joué deux ou trois coups de dez,
Mais il vous fasche trop alors que vous perdez
De ne pouvoir lever et de tousjours combattre.
Quant aux dames du jeu, il n'y a point de choix,
De couleur blanche ou noire, ou grosses ou menues,
On se doit contenter des premières venues :
Leur teint est différent, ce n'est qu'un mesme boix.
Qui n'a de quoy payer et n'a la bourse pleine,
Au jeu de trique-trac ne se doit amuser,
Ce serait pour neant des dames abuser,
Et au lieu de plaisir, n'auroit que de la peine.
En ce jeu de hazard, comme ordinairement,
La fortune se monstre inconstante et volage,
Car on void à la fin celuy perdre courage
Qui avoit le dessus tout au commencement.
LES ESCHETS.
Ca joüons aux eschets et donnez-moi la dame.
Catherine, mon cœur, doy-je pas justement
La recevoir de vous, vous qui incessamment
D'un mot inévitable emprisonnez mon ame?
Cupidon, vostre roy, que sans fin je réclame,
De ses traicts, vos pions, m'attaque finement:
Si je pense fuir, vos deux yeux vistement,
Comme bons chevaliers m'arrestent de leur lame !
Dedans vostre beau sein se pommellent deux tours,
Qui, d'un autre costé, m'empeschent mes destours,
Et vos bras, deux archers, me font d'autres finesses :
Bref, vos perfections sçavent si bien matter
Que je n'espère plus vostre mal éviter :
Donnez-moy donc la dame, ou l'une de vos pièces,
LE PALLEMAIL.
par Beroalde de Verville.
Nous sommes trois passans qui demandons logis,
Au moins pour une nuict, chez vous mesdamoiselles,
Et quand nous nous serons quelque peu rafraischis
Du lieu d'où nous venons vous dirons des nouvelles.
Nous venons d'un pays où nous avons appris
Du jeu de pallemail l'exercice agreable,
Dans les beaux promenoirs de la belle Cypris,
Environnez de fleurs et tous couvers de sable.
Logez-nous, s'il vous plaist, nous vous dirons les loix
Qu'on pratique en ce jeu, l'allée et la manière
Comme le mail doit estre, et de quel roide bois
La boule peut durer plus longuement entière.
L'allée doit avoir une juste longueur,
Des bords aux deux costez pour garder que la boule
Ne se glisse dehors poussée de roideur,
Mais prenne le milieu cependant qu'elle roule.
Qu'elle soit ferme et seiche, et dressée uniment
Car si elle estoit molle, elle seroit fascheuse,
On n'y pourroit mener la boule plaisamment,
Telle incommodité la rendroit ennuyeuse.
Que les bords soient tondus, car s'ils se ralongeoient
Lorsque la boule court, ils luy nuiroient à tendre
Au chemin du milieu, et si la retiendroient
Si bien qu'on ne pourroit aisément la reprendre.
Il faut pour bien jouer avoir un mail bien fait,
Bien ferme par devant, bien juste en l'emmancheure,
Autrement il seroit à defaire subjet,
Et donner bien souvent des coups à l'advanture.
Il le faut assez gros et non pas trop aussi,
Ayant le manche fort et roide de nature,
Le trop long n'est pas bon, ny le trop racourcy,
Mais tousjours le moyen sait frapper de mesure.
Pour la boule, il faut prendre un bois ny sec ny vert,
De la racine vive, il faut qu'on le choisisse,
Et le faire durcir en quelque lieu couvert,
Pour estre fort et ferme et en tirer service.
Quand on sera fourny de tout esgalement,
D'un mail bien amanché, d'une boule bien forte,
Il faudra se dresser pour frapper justement,
Et debuter du haut d'une petite motte.
Si on ne frappe droit on ne faict gueres bien,
Et si l'on sort dehors, on a beaucoup de peine
A se remettre en jeu, et si on ne faict rien,
Après qu'on est sorty si sur l'herbe on se traisne.
Il se faut en touchant tenir ferme en son lieu,
Et pousser roide et droit d'une force animée ;
En s'exerçant tousjours de prendre le milieu,
Pour faire sans tourment en moins de coups l'allée ;
Quand on a faict devoir de tirer de grands coups :
Il faut prendre la boule en la leve creusée,
Et visant à l'archet la mettre droit dessous,
Car l'on n'achève point qu'elle n'y soit passée,
C'est le plus grand plaisir que jouant deux à deux,
Joindre le gentil-homme avec la damoiselle ;
Mais faut que l'homme soit si adroit et heureux,
Que donnant advantage il soit aussi fort qu'elle ;
Et faut pour cest effet qu'elle pousse souvent,
Conduisant à l'esgal tousjours son advantage,
Toutesfois il est bon qu'elle n'ait le devant
S'elle veut du plaisir à l'heure du passage.
Qui veut à ce beau jeu joüer à son desir
Ne hante lieux publics, mais les maisons honnestes,
Aux lieux par trop communs n'y a pas grand plaisir:
Car on est empesché des passans ou des bestes.
Nous vous avons tout dit, s'il vous plaist essayer
Ce que nous en sçavons, prestez nous vos allées.
Nous fournirons du reste, et nous verrez frapper
Assez dispostement dix ou douze passées.
Et cependant sçachez qu'ainsi que de vos mains
Le mail chasse à son but ceste boule arrondie,
Aussi vos volontez forcent à leurs destins
Les plus heureux desirs qu'ayons en ceste vie.
Et vous y exerçant voyez comme en rondeur
La boule se tournant, est la certaine image
De ceste affection dont l'éternelle ardeur
Il fait que nous ayons tousjours dans le courage.
L'ALCHIMISTE.
Du mesme.
On dit qu'en ce pays les dames ont envie
D'entendre les secrets de la philosophie,
Afin de s'en donner quelques fois joye au cœur ;
Pource que je le sçay et je ne veux complaire
Qu'aux dames seulement, je leur diray l'affaire.
Leur monstrant par effect de l'œuvre la douceur.
En infinis endroits la matière peut estre
Qu'il faut diligemment en facultez cognoistre ;
Car animale elle est, vegetant doucement,
Aussi pour subsister la force metalique,
Par quoy triple par toy sa vertu harmonique,
Faict une liaison d'un juste assemblement.
Ceste matière encor est et masle et femelle,
Et si n'est rien de doux: mais comme naturelle
Aux deux sexes elle est avecques son vaisseau,
Son alembic aussi en est une partie,
Sa cucurbite est l'autre, et le ciment qui lie
Pour rien n'évaporer par le col le vaisseau.
Pour le bien préparer par une flamme douce,
Naturelle de soy, il faut qu'elle se pousse
Pour son autre chercher, comme le fer l'aimant ;
Les pareils naturels il faut conjoindre ensemble
Par un lien d'amour qui les choses assemble,
De nature excitant le formel mouvement.
Il n'en faut rien oster de peur de la destruire :
Mais faut pour s'en aider par un bon sens l'eslire :
Et la nourrir en soy sans en rien l'altérer
Si ce n'est pour donner vertu à sa substance,
Qui dans soy tient de soy par esgale balance
Ce qu'il luy faut par elle en soy-mesme adjouster.
Qu'elle soit animale, il est tres-necessaire
Mesme de l'animal pour à l'animal plaire,
Qu'elle soit vegetable, il faut pour la nourrir,
Et metalique aussi, afin que sa durée
Ne puisse en agissant estre trop terminée,
Si elle n'a ces trois, on ne s'en peut servir.
Ce qu'elle a dedans soy qui tousjours se vegette,
Est la force qui rend nostre essence parfaite,
Et l'esprit de ce corps qui la matière tient,
Ceste matière en nous est liée et cachée,
Mais par une sensible elle en est arrachée,
Et en ce vegetant hors du corps l'esprit vient.
Elle n'est pour neant d'animale nature,
Car ainsi que vivante en soy mesme elle endure
Et monstre ses effects par agitation,
Ainsi que le metail elle est ferme et conjointe,
Et quand de son semblable elle se sent attainte
Elle affermit son tout par son émotion.
A part elle se tient existant à part elle,
Mais seule et séparée elle n'est naturelle,
Comme quand elle est une en sa conjonction,
Car alors le secret de nature se monstre,
Et par leur naturel qui force leur rencontre,
Se fait reverberant la dissolution.
On joint premièrement les qualitéz ensemble,
Et l'esprit attractif esgalement assemble,
Pour ne faire qu'un seul ce qui se séparoit.
Lors un feu naturel que la matière excite,
Par un doux mouvement les qualitez incite
Pour allier en un ce qui se desiroit.
Lors pour recalciner les corps on rarifie,
Et mettant au plus chaud la plus douce partie
On les fait sublimer au naturel vaisseau,
Puis naturalisant tandis qu'on reverbere,
Par inclination l'esprit vient à s'extraire
Duquel au long du filtre il faut distiler l'eau.
Ce faisant il convient resserrer les parties
Qui en se sublimant se rendroient affaiblies
Si on ne les pressoit en la conjonction,
Qui en les unissant doucement les entame
Tant que dessous l'effect de sa derniere flamme
Soit cogneu le plaisir de la projection.
Pour ces œuvres divers ne faut tant d'artifice
Que pense le commun, mais fortune propice ;
A ceux qui ont desir d'un tel bien en leurs jours:
Ne faut plusieurs vaisseaux, fourneaux distillatoires,
Retortes, alembics, enfers sublimatoires,
Charbon, ny marc, ny bois ; mais le doux feu d'amours.
C'est assez, voilà tout, hormis l'experience.
Mais si par ces raisons on ne sçait la science,
Et que quelqu'une vueille en sçavoir jusqu'au bout,
Luy plaise que traictions ensemble la matière :
Avec un seul vaisseau nous ferons l'œuvre entière,
Et par un instrument nous parferons le tout.
LE JEU DU VOLANT,
OU GRUAU.
Du mesme.
Dans les secrets destours où l'amour nous promei-
Tandis que nous serons aux dames deplaisir, [ne,
On trouve mille jeux respondans au desir
Des courages pressez de l'amoureuse peine.
Il n'est plaisir aucun, qui doucement s'ordonne,
Que celuy qu'on a deux, cause mesme douceur ;
Il n'y a si beau jeu qu'estant d'esgale humeur,
Donner contentement à l'autre qui en donne.
Amour qui le sçait bien a voulu que les dames,
Seul bien heureux sujet de tout contentement,
Jouassent au volant, à fin qu'incessamment
Sur les aisles d'amour s'eslevassent nos âmes ;
Et qu'à ce beau plaisir, où le plaisir se trouve,
Sans amener despit, perte, soing ne regret,
Auquel quand on y faut aisement on refait,
D'un mutuel vouloir un à une on s'esprouve.
Pour jouer à ce jeu où les âmes plus fermes
Volent Jes cœurs soubmis à leurs intentions,
Faut d'un si doux sujet voir en proportions
Ce qu'on doit observer de mesures et termes.
Il faut que du volant les aisles radoucies
S'approchent doucement, sans trop se reculer,
Se reculent un pas sans trop s'en approcher,
Estant mignardement esgales et unies.
Si d'adventure un peu quelque plume legere
Qui repassoit l'honneur de leur proportion,
La faudroit retrancher aux bords de l'union
Des cotez radoucis pour leur mesure entière.
Les aisles qui le blond pour ornement rencontrent,
Se disposent fort bien près de l'obscurité,
Et celles qui de noir accoustrent leur beauté,
Au plus vif du soleil plus vivement se monstrent.
Celles qui ont l'honneur de blancheur naturelle,
Pourveu que ce ne soit pour la cause des ans,
Ont les bords plus mignons et plus estincellans,
Et passent dans les airs d'une grâce plus belle.
Pour avoir un volant, dont les aisles bessonnes
Le facent souslever avec agilité,
Il le convient choisir dedans l'égalité
Des tendrets aislerons des plumes plus mignonnes.
Mais pour ce que tout croist au monde par l'usage,
Et que par l'exercice on faict de mieux en mieux,
On adjouste le tiers qui avecques les deux,
Si on le veut ainsi, l'accomplit davantage.
Il faut que dans un joint ces aisles se finissent,
Ayant d'un petit creux leur terme destiné,
Ou se joignans plus près, dans le poinct assigné,
Ainsi que n'estant qu'un double uniment s'unissent.
Leur fin soit dans le poinct tiré de ceste plante
Dont en pressant le fruict on tire la liqueur,
Qui coulant doucement et le sang et le cœur
Des hommes et des dieux, doux folement enchante.
Dames, ce n'est pas tout qu'un volant de mesure ;
Il faut une palette, et s'en sçavoir servir,
Autrement inutile et sans donner plaisir,
Vous jetterez en l'air pour choir à l'adventure.
D'un bois ferme et uny choisissez la palette.
Qu'elle soit assez longue et non pas trop aussi ;
Qu'elle ait le manche ferme et assez radoucy,
Et soit en sa largeur plus qu'en longueur estroicte.
Belles de qui despend de ce beau jeu la gloire,
Ne pressez pas trop fort, ny aussi dilatez
Le manche delicat dont vous vous esbatez,
Lorsque vous le tenez dedans vos mains d'yvoire.
Qu'il soit follettement en vostre main à l'aise
Lorsqu'il faudra plus loing le petit coup donner,
Ou pour le r'aprocher, quand il faut ordonner
Une feinte à propos qui doucement vous plaise.
Mais sur tout en frappant que l'on ait souvenance
De tendre le milieu, et toucher bas et fort,
Et qu'on se garde bien de rencontrer le bord,
Car en frappant en vain, on romproit la cadence.
Il faut sans se lasser les volées atteindre,
Car le volant tombé ne se peut redresser,
Aussi pour le plaisir faut un peu se presser ;
Et de coups contre coups vivement se contraindre.
Ne poussez pas si haut et qu'on ne se tourmente
A donner de grands coups, cela vous lasseroit ;
Un ferme petit coup joliment se reçoit,
Mais frapper loin à loin, l'ame et le corps tourmente.
Vous, belles, qui sçavez de bien faire l'adresse,
S'il vous plaist avec nous esbatre vos volans,
La palette dressée, on nous verra vaillans
Chacun mettre au milieu de celle à sa maistresse.
STANCES
DE LA CHASSE AUX DAMES.
I
Nous sommes six chasseurs de la belle Cypris,
Nourris, en ces forests de Paphos et d'Eryce,
Entre les jeux mignards, où nous avons appris
De nature et d'amour ce plaisant exercice,
Qui, par divers sentiers et par lieux incognus,
En chassant jour et nuict sommes icy venus
Bien fournis de cousteaux, de limiers et de toiles,
Pour chasser aux forests des jeunes damoiselles.
II
On dit que leurs taillis sont assez frequentez
Et que tout ce terroir est fort propre à la chasse.
Les picqueurs seulement ne sont pas bien montez,
Leurs cousteaux et les chiens sont de mauvaise race ;
Ils n'ont jamais appris comme l'on doit chasser,
Faire enceinte ès devans, rembuscher et lancer,
Requester, redresser, mettre bien sa brisée ;
Mais souvent redresser, c'est chose mal aisée.
III
Ce n'est pas peu de cas de chasser comme il faut,
A la perfection mainte chose est requise ;
Les picqueurs bien rusez souvent sont en defaut,
Et sans plus redresser laissent leur entreprise ;
Pour estre bon chasseur, il faut premièrement
Estre ferme et bien roide, et picquer vivement,
Garder l'ordre et le temps, et l'art et la mesure,
Etnoncomme les fols courir à l'adventure.
IV
Il faut un bon limier, pénible et poursuivant,
Nerveux, le rable gros et la narine ouverte,
Qui roidisse la queüe et s'allonge en avant,
Sitost qu'il sent la beste ou qu'il l'a descouverte :
Et lors c'est le plaisir quand un veneur parfaict
Le sçait tenir de court ou luy lascher le traict,
L'arrester, l'échauffer comme il a cognoissance,
Ou que la beste ruse ou bien qu'elle s'avance.
V
Tous endroits pour courir ne sont pas approuvez,
Et chascune forest n'est duisante à la chasse ;
Les champs marescageux qui sont trop abreuvez
Bien souvent à nos chiens ont faict perdre la trace ;
Les lieux d'autre costé raboteux et pierreux
Sont fascheux à picquer et sont fort dangereux :
Qui veut que sans danger le plaisir l'accompagne
Iln'est que de chasser en la plaine campagne.
VI
Ces costaux verdissans en gazons relevez
Qui commencent encor à pousser un herbage,
Des chasseurs bien experts les meilleurs sont trouvez ;
Mais ils veulent des chiens qui soient de grand courage.
Un chien foible de reins se rompt soudainement ;
On a beau fort huer et sonner hautement,
Quand il a faict un cours, sa force diminuë,
Et sans plus requester, il va branlant la queuë.
VII
Nos chiens ne sont pas tels, mais tousjours vigoureux,
Eschauffez du plaisir vont supportant la peine ;
Ils ne craignent l'hyver ny l'esté chaleureux,
Un cry les resjoüyt et les met en haleine,
Et sans estre en deffaut, legers comme le vent,
Tousjours bien ameutez, le droit ils vont suivant,
Et n'y a lieu si fort ne si serré boccage
Qu'ils n'y mettent la teste et n'y trouvent passage.
VIII
Quel plaisir pensez vous qu'un chasseur doit avoır,
Poursuivant finement une beste rusée,
Qui tournoye en son fort pensant le decevoir,
Ou qui donne le change et faict sa reposée,
Quand après grand travail il la voit commencer
A se feindre le corps et sa teste baisser,
Chanceler coup sur coup, à la fin renversée,
Tomber à sa mercy toute molle et lassée ?
IX
Dames, qui par vos yeux amoureusement doux,
Rendez comme il vous plaist une ame assujettie,
Sans perdre ainsi le temps, chassez avecques nous,
Et la chasse en commun vous sera départie.
Prestez - nous seulement vos bois et vos forests,
Nous fournirons de chiens, de courtaux et de rets,
Et bien que sur nous seuls la peine soit remise,
Vous aurez le plaisir et le fruit de la prise.
L'AMOUR MERCENAIRE
La vertu d'un personnage
Ny le printemps de son aage,
Sa beauté ny son parler,
Ne servent que de risée
A la femelle rusée
Qui nous veut desmanteler.
C'est peu que faire des carmes,
Il faut avec autres charmes
Tenter l'amoureux guerdon :
Qui veut emporter la rose
Des dames, qu'il se propose
Leur faire quelque beau don.
Jadis Amour pour maistresse
Choisit madame Richesse,
Ayant les pasles couleurs,
Et jura, dès l'heure mesme,
Qu'à jamais il seroit blesme
Et l'amant plein de pasleurs.
Lors, il quitta les aubades,
La dance, les mascarades,
La musique et les festins,
Et plus luy plut une bource
Que la murmurante source
Des ruisselets argentins.
Depuis, il apprit la cure
De jaunir sa chevelure,
Son arc, son aisle et ses traicts ;
Mesme, Venus l'adorée
Fut de l'or enamourée,
Changeant à l'or ses attraicts.
Jupiter, qui se transforme
En mainte joyeuse forme,
Ne pouvoit avoir credit
Au giron d'une pucelle ;
Mais, pour jouir de la belle,
En pluye d'or, il se fondit.
Ayant donc ample notice
Que l'Amour et l'Avarice
Ont ensemble conjuré,.
Sous la faveur de fortune,
Je fis sonner la pecune,
Tendant au but désiré.
Comme soudain les avettes
Se viennent sur les branchettes
Poserau bruict de l'airain,
Aussitôt et plus encore,
L'impiteuse que j'adore
Arresta son oeil serein.
Elle qui couroit despite,
Plus que la tempeste viste,
Se tint ferme près de moy,
En feu se tourna sa glace,
Sa rigueur en humble grace,
Me tirant de tout esmoy.
Et desjà ceste mignonne,
Ainsi que l'or me resonne
Dans le poing, sans me mocquer,
Entendant un si doux signe
Me fit cognoistre à sa mine
Qu'elle eust bien voulu chocquer.
Jamais un cheval d'Espagne
Ne frappa mieux la campagne,
Des quatre pieds bondissant,
Quand son oreille guerrière
Ouit l'annonce première
Du clairon retentissant.
Je la vis, toute saisie
D'ardeur et de frenesie,
Sauter après ce métal ;
Puis rouge, puis halletante,
Puis doucement langu ssante,
Monstrer son sein de chrystal.
Je la vis saine et malade,
Je vis, dedans son œillade,
Flamboyer une liqueur,
Comme la lumière blonde
Qui fretille dessus l'onde
Quand la mer est en douceur
Je la vis à demy folle
Perdre l'ame et la parole,
Souspirant entre les draps ;
Ses belles mains me flattèrent,
Ses deux lèvres me soufflèrent
Et la vie et le trespas.
Point ne fallut de vinaigre
Pour me rendre plus allegre,
Plus refaict ou diligent :
Je soulay ma convoitise ;
Je pris de la marchandise
Pour le prix de mon argent.
Mais, las ! un nocher avare,
Courant à l'Inde barbare,
Quelquefois se trompe fort,
Et charge tant son navire,
Qu'il ne le sçauroit conduire
Et s'abisme dans le port.
O volonté trop gouluë,
O passion dissolue,
O desordonné flambeau !
Plus l'hydropique met peine
De succer une fontaine,
Plus il creuse son tombeau.
Qui sont ces hommes fidelles
Qui jurent aux damoiselles
De se porter chastement,
Et n'osent venir aux prises
Quand elles sont en chemises
Pour ne rompre leur serment?
Hommes de race benite,
Race de Dieu favorite,
Vous meritez paradis ;
Si j'eusse faict de la sorte,
Ma peau ne fust ainsi morte,
Ny mes pieds tant engourdis.
J'ay perdu ma force vive,
Personne chez moyn'arrive
Qui ne me donne frisson ;
Ainsi privé de courage,
Se cache le cerf sauvage
Sans cornes dans le buisson.
Il y a grand difference
Entre Mars le porte-lance
Et Cupidon l'amoureux :
Mars enrichit son gendarme,
Cupidon le sien desarme
De son argent precieux.
Elle chante, la mauvaise
Et je languis en mal-aise,
M'approchant du pas dernier ;
Elle rid, je me consomme,
Elle a si bien faict en somme
Que je n'ay plus un deuier.
N'est-ce pas grande misère
Qu'une beste passagère
N'est point, sans comparaison,
Si digne de mener paistre
Que l'homme, qui se dit maistre
Des animaux sans raison?
La jument dans la prairie
Au prompt cheval se marie.
D'un amour symbolisant ;
La vache parmy la trouppe
Au taureau donne sa crouppe
Sans avoir aucun présent.
Mais la femme, plus rebelle,
De langueur et de cautelle
Son amoureux entretient,
Et vend, si dire je l'ose,
Dix mille fois une chose
Que tousjours elle retient.
C'est une chose cognuë
Que jamais ne diminuë
Pour le prendre ou le taster :
Toutesfois la femme sotte
Puis nous vend et puis nous oste
Ce qu'on luy peut augmenter.
Quelle justice commande
D'acheter à somme grande
Le baiser qu'elle depart,
Puisque la femme baisée
D'une douceur divisée
Reçoit la meilleure part?
Or, sçais tu quoy, ma mignonne,
Ton œil azuré me donne
Quelque rayon escarté,
Secourant ma maladie,
Et me rends, je te supplie,
Mon argent ou ma santé.
CHANSON EN DIALOGUE.
L'AMANT.
Ma guerrière, il faut à ce coup
Ou mourir ou que tu te rende.
LA DAME.
Cruel, vous menacez beaucoup,
C'est de peur que je me défende.
L'AMANT.
Helas ! rends toy, c'est trop tenu,
Voicy le canon à la porte.
LA DAME.
Vos pièces battent bien menu,
Et ma barricade est bien forte.
L'AMANT.
Pauvrette, l'haleine te faut,
Et la bresche est bien raisonnable.
LA DAME.
J'ay de quoy rembarrer l'assaut,
Mon retranchement est tenable.
L'AMANT.
Or voicy l'ennemy dedans
Qui partout court et partout fouille.
LA DAME.
Il a beau fourrager ceans,
J'en auray enfin la despouille.
L'AMANT.
Meurs donc de ces tant cruels coups,
Puisque tu as tant de vaillance.
LA DAME.
Ah ! que ce beau mourir m'est doux,
Voyant dans tes yeux ma vengeance !
CHANSON D'UNE BERGÈRE.
Si mon père ne me marie,
Je sçay bien ce que je feray,
Je jure, bergère, ma mie,
Que sans luy je me marieray.
Eh quoy ! je suis desjà si grande
Que mes deux beaux tetins haussez
Devroient, comme je le demande,
D'un enfant estre jà pressez.
Que je suis bonne mesnagère
Il va disant de jour en jour ;
Mais il cuide qu'estant bergère
Il puisse m'exempter d'amour.
Encor si j'avais esperance
De l'estre en deux ou en trois mois,
Quand j'en aurois la souvenance
Quelque peu me consolerois.
Tant de garçons en ce village
Sont, qui pourchassent de m'avoir,
Mais le vieillard, pour tout potage,
Faict semblant de n'en rien sçavoir.
Au fond d'une verde coudrette
D'où n'approche le pastoreau,
Souvent je me trouve seulette
Avec un jeune garçonneau.
Qui, folastre, sous ma chemise,
Met la main pour me chastouiller,
Mais, si mon père ne s'advise,
Au trou je le lairray fouiller.
MASCARADE DES BUCHERONS.
Nous sommes bûcherons, expers et entendus
A fendre et bien percer bois vert de toute sorte,
Et n'y a nœud si dur, ny buche tant soit forte
Que ne fendions soudain quand nos coins sont dessus.
Les chesnes et fousteaux de nature bossus,
Nous fendons tout soudain, mais si l'on nous apporte,
Quelque vieil bois pourry, ou buche qui soit morte,
Nous quittons la besongne et ne travaillons plus ;
Pource qu'en ce pays l'on nous a faict entendre
Qu'il y a quantité de jeune bois à fendre.
A cause de l'hyver sommes icy venus,
Et de loingtain pays, en très grandes journées,
Pour vous offrir nos coins, nos corps et nos coignées,
Jusques à travailler en chemise tout nuds.
FOLASTRIES DE PIERRE DE RONSARD
NON IMPRIMÉES EN SES OEUVRES.
Une jeune pucellette,
Pucellette grasselette,
Qu'esperdument j'aime mieux
Que mon cœur ny que mes yeux,
A la moitié de ma vie
Esperdument asservie
De son grasset embonpoint.
Mais fasché je ne suis point
D'estre serf pour l'amour d'elle :
Pour l'embonpoint de la belle,
Qu'esperdument j'ayme mieux
Qué mon cœur, ny que mes yeux.
Las ! une autre pucellette,
Pucellette maigrelette,
Qu'esperdument j'aime mieux
Que mon cœur ny que mes yeux,
Esperdument a ravie
L'autre moitié de ma vie
De son maigret embonpoint ;
Mais fasché je ne suis point
D'estre serf pour l'amour d'elle :
Pour la maigreur de la belle
Qu'esperdument j'ayme mieux
Que mon cœur, ny que mes yeux.
Autant me plaist la maigrette
Comme me plaist la grassette,
Et l'une, à son tour, autant
Que l'autre me rend content.
Je puisse mourir, grassette,
Je puisse mourir, maigrette
Si je ne vous ayme mieux,
Toutes deux, que mes deux yeux ;
Ny qu'une jeune pucelle
N'ayme un nid de tourterelle,
Ou son petit chien mignon,
Du passereau compagnon,
Qui ores, l'un en grondant,
Ou en tirant, ou mordant
La vasquine de la belle,
Et or, l'autre de son aisle,
Voletant dedans son sein,
Ou s'empressant sur sa main,
Luy font mille singeries,
Mille douces fascheries,
L'un derrier', l'autre devant,
Lorsque panchée en avant,
D'estomach et de visage
Diligente son ouvrage :
Pour aller se reposer
Ou pour aller reposer
(Sous la brunette vesprée
Au plus secret d'une prée),
Quelque beau bouton rosin,
Prèsd'un ruisselet voisin
Que soigneuse elle baignotte
D'une ondelette mignotte,
Pour en faire un chapelet
A son beau chef crespelet.
Et si je mens, grasselette,
Et si je mens, maigrelette,
Si je mens, Amour archer,
Dans mon cœur puisse cacher
Ses fleches d'or barbelées
Et dans vous les plombelées,
Si je ne vous aime mieux
Toutes deux que mes deux yeux.
Bien est-il vray, grasselette,
Bien est-il vray, maigrelette,
Que l'appast trop doucereux
De l'hameçon amoureux,
Dont vous me sçavez attraire,
Est l'un à l'autre contraire :
L'une, d'un sein grasselet
Et d'un bel œil brunelet,
Dans ses beautez tient ma vie
Esperdument asservie
Or' luy tastonnant le flanc,
Or' le bel yvoire blanc
De sa cuisse rondelette,
Or' sa grosse mottelette,
Où les deux troupeaux aislez
Des freres enquarquelez
Dix mille fleches decochent
Aux muguets qui s'en approchent ;
Mais, par dessus tout m'espoint
Un grasselet embonpoint,
Une fesse rebondie,
Une poictrine arrondie
En deux montelets bossus,
Où l'on dormiroit dessus,
Comme entre cent fleurs decloses
Ou dessus un lict de roses.
Puis avecques tout cela,
Encor d'avantage ell' a
Je ne sçay quelle feintise,
Ne sçay quelle mignotise
Qui faict que je l'aime mieux
Que mon cœur ny que mes yeux.
L'autre, maigre pucellette,
A voir n'est pas si bellette ;
Elle a les yeux verdelets,
Et les tetins maigrelets ;
Son flanc, sa cuisse, sa hanche
N'ont pas la neige si blanche
Comme à l'autre, et si ondez
Ne sont ses cheveux blondez ;
Le rempart de sa fossette
N'a l'enflure si grossette,
Ny son ventrelet n'est pas
Si rebondy ne si gras :
Si bien que, quand je la perse,
Je sens les dents d'une herse,
J'entend mill' ossets cornus
Qui me blessent les flancs nus:
Mais en lieu de beautez telles,
Elle en a bien de plus belles,
Un chant qui ravit mon cœur,
Et qui dedans moy vainqueur
Toutes mes veines attise,
Une douce mignardise,
Un doux languir de ses yeux,
Un doux souspir gracieux,
Quand sa douce main manie
La douceur d'une harmonie.
Nulle mieux qu'elle au dancer
Ne sçait ses pas devancer
Ou retarder par mesure ;
Nulle mieux ne me conjure,
Par les traicts de Cupidon,
Par son arc, par son brandon,
Si j'en aime une autre qu'elle ;
Nulle mieux ne m'emmielle
La bouche, quand son baiser
Vient mes levres arroser,
Begayant d'un doux langage.
Que diray-je davantage?
D'un si plaisant maniment
Soulager nostre uniment,
Lorsque toute elle tremousse,
Qu'une inconstance si douce
A fait que je l'aime mieux
Que mon cœur ny que mes yeux.
Jamais las ! je ne m'en fasche
Pour ne les servir à tasche,
Car quand je suis my-lassé
Du premier plaisir passé,
Dès le jour je laisse celle
Qui m'a fasché dessus elle,
Et m'en vais prendre un petit,
Dessus l'autre, d'appetit,
Afin qu'après la dernière,
Je retourne à la première.
Pour n'estre recreu d'amours
Aussi n'est-il bon tousjours
De gouster d'une viande :
Car tant soit elle friande
Sans quelquefois l'eschanger
On se fasche d'en manger.
Mais d'où vient cela, grassette,
Mais d'où vient cela, maigrette,
Que despuis deux ou trois mois
Je n'embrassay qu'une fois
(Encor ce fut à l'emblée
Et d'une joie troublée)
Vostre estomach grasselet,
Et vostre sein maigrelet?
Av'ous peur d'estre nommées
Pucelles mal renommées?
Av'ous peur qu'un blasonneur
Caquette de vostre honneur,
Et qu'il die: Ces deux belles,
Qui font le jour les rebelles,
Toute nuict d'un bras mignon
Eschauffent un compagnon
Qui les paye en chansonnettes
En rimes et en sornettes?
Las ! mignardes, je sçay bien
Qui vous empesche et combien
Le tyran de ce village
Vous soüille de son langage,
Mesdisant de vostre nom
Qui plus que le sien est bon.
Ah ! à grand tort, grasselette,
Ah ! à grand tort, maigrelette,
Ah ! à grand tort, cest ennuy
Nous procède de celuy
Qui me deust servir de père,
De sœur, de frère et de mère.
Mais luy voyant que je suis
Vostre cœur, et que je puis
Davantage entre les dames,
Il farcist vos noms de blasmes,
D'un mesdire trop amer,
Pour vous engarder d'aimer
Celuy qui vous aime mieux
Que son cœur ny que ses yeux.
Bien, bien, laissez le mesdire,
Deust-il tout vif crever d'ire,
Et forcené se manger,
Il ne sçauroit estranger
L'amitié que je vous porte,
Tant elle est constante et forte.
Ny le temps, ny son effort,
Ny violence de mort,
Ny les mutines injures,
Ny les mesdisans parjures,
Ny les trop sales broquards
De vos voisins babillards,
Ny la trop soigneuse garde
D'une cousine bavarde,
Ny le soupçon des passans,
Ny les maris menaçans,
Ny les audaces des frères,
Ny les preschemens des mères,
Ny les oncles sourcilleux,
Ny les dangers périlleux
Qui l'amour peuvent deffaire,
N'auront puissance de faire
Que tousjours je n'aime mieux
Que mon cœur ny que mes yeux,
L'une et l'autre pucellette,
Grasselette et maigrelette.
FOLASTRIE II.
J'ay vescu deux ou trois mois,
Mieux fortuné que les rois
De la plus fertile Asie,
Quand ma main tenait saisie
Celle qui tient dans ses yeux
Je ne sçay quoy qui vaut mieux
Que les perles indiennes, Ou les masses midiennes.
Mais depuis que deux guerriers,
Deux soldats avanturiers,
Par une tresve mauvaise
Sont venus corrompre l'aise
De mon plaisir amoureux,
J'ay vescu plus malheureux
Qu'un empereur de l'Asie,
De qui la terre est saisie,
Fait esclave sous les mains
Des plus bellıqueux Romains.
Las ! si quelque hardiesse
Enflame vostre jeunesse,
-Si l'amour de vostre Mars
Tient vos cœurs, allez, soldars,
Allez bien-heureux gendarmes,
Allez et vestez les armes,
Secourez la fleur de lis:
Ainsi le vineux Denis,
Le bon Bacchus porte-lance
Soit tousjours vostre defence.
Et quoy, ne vaut-il pas mieux,
Braves soldars furieux,
De coups esclaircir les foulles,
Qu'ainsi effroyer les poulles
De vos sayons bigarrez?
Allez et vous reparez
De vos belles cottes d'armes,
Allezbien-heureux gendarmes,
Secourez la fleur de lis :
Ainsi le vineux Denis,
Le bon Bacchus porte-lance
Soit tousjours vostre defence.
Il ne faut pas que l'hyver
Vous engarde d'arriver
Où la bataille se donne,
Où le roy même en personne
Plein d'audace et de terreur
Espouvante l'empereur,
Tout blanc de crainte poureuse,
Dessus les bords de la Meuse.
A ce bel œuvre, guerriers,
Ne serez vous des premiers?
Ah ! que vous aurez de honte,
Si un autre vous raconte
Combien le roy print de forts,
Combien de gens seront morts
A telle ou telle entreprise,
Et quelle ville fust prise
Par eschelle ou par assaut,
Combien le pillage vaut.
En quel lieu l'infanterie,
En quel la gendarmerie
Heureusementfirent voir
Les exploits de leur devoir,
Nobles de mille conquestes ;
Lors vous baisserez les testes
Et de honte aurez le teint
Tout vergogneusement teint ;
Las ! fraudez de telle gloire,
N'oserez manger ny boire
A l'escot des taverniers,
Ny jurer comme sauniers
Entre les gens du village,
Mais, pourtant bas le visage
Etmal asseurez du cœur,
Tousjours vous mourrez de peur
Qu'un bón guerrier ne brocarde
Vostre lascheté coüarde.
Donc, si quelque honneur vous poind,
Soldars, ne cagnardez point,
Suivez le train de vos pères,
Et rapportez à vos mères
Double honneur et double bien ;
Sans vous je garderay bien
Vos sœurs ; allez donc, gendarmes,
Allez et vestez les armes,
Secourez la fleur de lis:
Ainsi le vineux Denis,
Le bon Bacchus porte-lance
Soittousjours vostre défence.
FOLASTRIE III.
En cependant que la jeunesse
D'une tremoussante souplesse
Et de manimens fretillars
Agitoit les roignons paillars
De Catin à gauche et à dextre,
Jamais, ny à clerc ny à prestre,
Moine, chanoine ou cordelier
N'a refusé son hastelier ;
Car le mestier de l'un sur l'autre,
Où l'un dessus l'autre se veautre,
Luy plaisoit tant qu'en remuant,
En haletant et en suant,
Tel bouc sortoit de ses escelles,
Et tel parfum de ses mammelles,
Qu'un mont Liban ensafranné
En eust esté bien embrené,
Ceste Catin, en sa jeunesse,
Fust si naïve de simplesse
Qu'autant le pauvre luy plaisoit
Comme le riche, et ne faisoit
Le soubre-saut pour l'avarice,
Elle disoit que c'estoit vice
De prendre ou chaisne ou diamant
De pauvre ny de riche amant,
Pourveu qu'il servist bien en chambre
Et qu'il eust plus d'un pied de membre.
Autant le beau comme le laid,
Et le maistre que le valet,
Estoient receus de la doucette
A la luitte de la fossette,
Et si bien elle les ressecouoit,
Les repoussoit et remouvoit,
De mainte paillarde venuë,
Qu'après la fièvre continuë
Ne failloit point de les saisir,
Pour paîment d'avoir fait plaisir
A Catin, non jamais saoulée
De tuer pour estre foulée,
Et qui de tourdions a mis
Au tumbeau ses plus grands amis.
Mais quoy? il n'est rien que l'année
Ne change en une matinée,
Catin, qui le berlam tenoit
Au premier joueur qui venoit,
Or se voyant descolorée
Comme une image dedorée,
Se voyant dehors et dedans
Chancreuses et noires les dents,
Se voyant rider la mammelle
Comme un escouillé de Cybelle,
Se voyant grisons les cheveux,
L'œil chassieux, le nez morveux,
Et par ses deux conduits souflante
A bas une haleine puante ;
Elle changea de volonté
Et son premier train effronté
Par ne sçay quelle frenaisie
A couvert d'une hypocrisie.
Maintenant, dès le plus matin,
Le secretain ouvre à Catin
Le petit guichet de l'église,
Et, pour mieux voiler sa feintise,
Dedans un coing va marmotant,
Rebarbotant, rebigotant
Jusqu'au soir que le curé sonne
Le couvre-feu ; puis cette bonne,
Bonne putain, va pas à pas,
Piteusement, le nez tout bas,
Triste et pensive, et solitaire
Entre les croix du cimetière,
Et là, se veautrant sur les corps,
Appelle les ombres des morts.
Ores s'eslevant toute droicte,
Ores sur une fosse estroicte
Se tapissant comme un foüin,
Contrefaict quelque mitoüin ;
D'un drap mortuaire voilée,
Tant qu'elle et la nuict estoilée
Ayent faict peur au plus hardy
Qui, passant là le mercredy,
Vient de la Chartre ou de la foire
De l'Averdin ou de Montoire
Catin a mille inventions
De mille bigottations:
Quand la terre est la plus esprise
De froidure, elle en sa chemise
Masquant son nez de toile blanche,
D'un gros cailloux se bat la hanche,
L'estomac, les yeux et le front,
Ainsi comme l'on dit que font
Ceux qui sont maris de leur mere
Ou ceux qui meurdrissent leur pere,
Expiantl'horrible forfaict
Qu'innocemment ils avoient faict.
Et, toutesfois, ceste insensée
Ayant banny de sa pensée
Le souvenir d'avoir esté
L'exemple de meschanceté,
Ose bien prescher ma pucelle
Pour la convertir ainsi qu'elle
A mille bigottations
Dont elle a mille inventions?
Et quoy (dit-elle) ! ma mignonne,
Ce n'est pas une chose bonne
D'aimer ainsi les jouvanceaux ;
Amour est un gouffre de maux ;
Amour affolle le plus sage ;
Amour n'est sinon qu'une rage ;
Amour aveugle les raisons ;
Amour renverse les maisons ;
Amour honnist la renommée ;
Amour n'est rien qu'une fumée
Qui par l'air en vent se respand ;
Toujours d'aymer on se repent.
Fuyez les banquets et les dances,
Les chaisnes d'or, les grands bombances,
Les bagues et les grands atours.
Pour avoir suivy les amours,
Les saincts n'ont pas sauvé leur ame ;
Ainsi Catin la bonne dame
(Maintenant miroir de tout bien)
Prescha dernièrement si bien
La jeune raison de m'amie
Qu'en bigotte l'a convertie.
Si qu'or', quand baiser je la veux,
Elle me tire les cheveux ;
Si je veux taster sa cuissette
Ou fesser sa fesse grassette,
Ou si je mets ma main dedans
Ses tetins, elle à coups de dents
Me dechire tout le visage,
Comme un singe esmeu contre un page ;
Puis, elle me dit en courroux:
Si autres fois avecques vous
M'abandonnant j'ay faict la fole,
Je ne veux plus que l'on m'accole ;
Pource, ostez vostre main d'abas.
Catin m'a dit qu'il ne faut pas
Que charnellement on me touche.
Halà ! ma cousine, il me couche !
Ha ! ha ! laissez ! laissez ! laissez !
Bran ! pour neant vous me pressez !
Bran ! j'aymerois mieux estre morte
Que vous m'eussiez de telle sorte.
Ostez vous doncques' ; aussi bien,
Mercý Dieu, vous ne gaignez rien ;
Ma cuisse, en biez accoustrée,
Vous deffendra toujours l'entrée,
Et plus les bras vous m'entorsez,
Etplus en vain vous efforcez.
Ainsi, depuis une semaine
La longue roideur de ma veine,
Pour neant rouge et bien en poinct,
Bat ma chemise et mon pourpoinct !
Qu'à cent diables soit la prestresse
Qui a bigotté ma maistresse !
Sus done ! pour venger mon esmoy,
Sus ! iambes, secourez moy !
Venez, iambes, sur la teste
De ce luiton, de ceste beste,
Qui ores femme n'estant plus,
Mais ombre d'un tumbeau reclus,
Miserablement porte envie
Au doux passetemps de ma vie
Qui Dieu me faisoient devenir ;
Et si ne veut se souvenir
Qu'en cependant que la jeunesse
D'une tremoussante souplesse
Et de manimens fretillars
Agitoit ses roignons paillars,
Ores à gauche, ores à dextre,
Jamais ny à clerc ny à prestre,
Moine, chanoine ou cordelier
N'a refusé son hastelier.
FOLASTRIE IV.
Jaquet aime mieux sa Robine
Qu'une pucelle sa pupine ;
Robine aime autant son Jaquet
Qu'un amoureux faict son bouquet.
O amourettes doucelettes !
O doucelettes amourettes !
O couple d'amis bien heureux,
Ensemble aimez et amoureux !
O Robine bien fortunée
De s'estre au bon Jaquet donnée !
O bon Jaquet bien fortuné
De s'estre à Robine donné !
Que ny les cottes violettes,
Les rubans ny les ceinturettes,
Les brasselets, les chaperons,
Les devanteaux, les mancherons,
N'ont eu la puissance d'espoindre
Par macreaux ensemble les joindre.
Mais les rivages babillards,
L'oisiveté des prez mignards,
Les fontaines argentelettes
Qui attrainent leurs ondelettes
Par un petit trac mousselet
Du creux d'un antre verdelet,
Les grands forests renouvellées,
Le solitaire des vallées
Closes d'effroy tout à l'entour,
Furent cause de telle amour.
En la saison que l'hyver dure,
Tous deux, pour tromper la froidure,
Au pied d'un chêne my mangé,
De main tremblante ont arrangé
Des chenevotes, des fougères,
Des feuilles de tremble légères,
Des buschettes et des brochards
Et, soufflant le feu des deux parts,
Chauffoient à fesses accrouppies
Le cler degout de leurs roupies
Après qu'ils furent un petit
Desangourdis, un appetit
Se vint ruer dans la poictrine.
Et de Jaquet et de Robine.
Robine tira de son sein
Un gros guignon buret et de pain,
Qu'elle avoit fait de pure aveine
Pour toutle temps de sa sepmaine,
Et le trempant au just des eaux,
Et dans le brouët des pourreaux,
De l'autre costé reculee,
Mangeoit à part son esculee.
D'autre costé, Jaquet, espris
D'une faim merveilleuse, a pris,
Du ventre de sa pannettiere,
Une galette toute entière,
Cuitte sur les charbons du four,
Et blanche de sel tout autour,
Que Guillemine, sa marreine,
Luy avoit donné pour estreine
Comme il repaissoit, il a veu
Guignant par le travers du feu
De sa Robine recoursée,
La grosse motte retroussée,
Et son petit cas barbelu
D'un or jaunement crespelu,
Dont le fond sembloit une rose,
Non encor à demy declose.
Robine aussi d'une autre part,
De Jaquet guignoit le tribart,
Qui luy pendoit entre les jambes
Plus rouge que les rouges flambe,
Qu'elle attisoit soigneusement.
Après avoir veu longuement
Ce membre gros et renfrongné,
Robine ne l'a desdaigné ;
Mais, en levant un peu la teste,
A Jaquet fit ceste requeste:
Jacquet (dit-ell'), que j'aime mieux
Ny que mon cœur, ny que mes yeux,
Si tu n'aimes mieux ta galette
Que ta mignarde Robinette,
Je te pry, Jaquet, jauche moy,
Et mets le grand pan que je voy
Dedans le rond de ma fossette.
Hélas ! dit Jaquet, ma doucette,
Si plus cher ne t'est ton grignon
Que moy, Jaquinot, ton mignon,
Approche toy, mignardelette,
Doucelette, paillardelette,
Mon pain, ma faim, mon appetit,
Pour mieux te chouser un petit.
A peine eut dit, qu'elle s'approche,
Et le bon Jaquet qui l'embroche
Fit trepigner tous les sylvains
Du dru maniment de ses reins ;
Les boucs barbus qui l'aguetterent,
Paillards sur les chievres montèrent,
Et ce Jaquet contr'aguignant,
Alloient à l'envy trepignant.
O bien heureuses amourettes !
O amourettes doucelettes !
O couples d'amans bien heureux,
Ensemble aimez et amoureux !
O Robine bien fortunée
De s'estre au bon Jaquet donnée !
O bon Jaquet bien fortuné
De s'estre à Robine donné !
O doucelettes amourettes,
O amourettes doucelettes !
FOLASTRIE V.
Au vieil temps que l'enfant de Rhée
N'avoit la terre dedorée
Les heroes ne dedaignoient
Les chiens qui les accompagnoient,
Fidelles gardes de leur trace ;
Mais toy chien de meschante race,
En lieu d'estre bon gardien
Du trac de ma mie et du mien,
Tu as comblé moy et m'amie
De deshonneur et d'infamie ;
Car toy, par ne sçay quel destin,
Desloyal et traistre mastin
Jappant à la porte fermée
De la chambre où ma mieux aimée
Me dorlottoit entre ses bras,
Counillant de jour dans les draps:
Tu donnas soupçon aux voisines,
Aux sœurs, aux frères, aux cousines.
T'oyans plaindre à l'huis lentement
Sans entrer, que secrettement
Tout seul je faisois la chosette
Avec elle dans sa couchette.
Et si bien le bruit de cela
Courut par le bourg çà et là,
Qu'au rapport de telle nouvelle
Sa vieille mère plus cruelle
Qu'une louve, ardant' de courroux,
Sa fille diffama de coups :
Luy escrivant de vergelettes
L'yvoire de ses costelettes.
Ainsi, traistre, ton aboyer,
Traistre, m'a rendu le loyer
De t'aimer plus cher qu'une mère
N'aime sa fille la plus chère ;
Si tu ne m'eusses esté tel
Je t'eusse faict chien immortel,
Et t'eusse mis parmy les signes.
Entre les astres plus insignes,
Compagnon du chien d'Orion,
Ou de celuy que le Lyon
Abaye quand la vierge Astrée
Se voit du soleil rencontrée.
Car certes ton corps n'est pas laid,
Et ta peau plus blanche que laict,
De mille frisons houpeluë,
Et ta basse oreille veluë,
Ton nez camard et tes gros yeux
Meritoient bien de luire aux cieux ;
Mais, en lieu d'une gloire telle
Une demangeante gratelle,
Une fourmilliere de poux,
Un camp de puces et de loups,
La rage, le farcin, la taigne :
Un daugue affamé de Bretaigne,
Jusqu'aux os te puissent manger
Sur quelque fumier estranger,
Meschant mastin, pour loyer d'estre
Si traistre à ton fidelle maistre !
FOLASTRIE VI.
Enfant quartannier, combien
Ta petitesse a de bien ;
Combien en a ton enfance
Si elle avoit cognoissance
De l'heur que je dois avoir
Et qu'elle a sans le sçavoir.
Mais quand la bague blandice
De ta raillarde nourrice,
Dès le poinct du jour te dict:
Mignon, vous couchez au lict,
Voire ès bras de la pucelle,
Qui de ses beautéz encelle
La rose, et de ses beaux yeux
Cela qui treluit aux cieux,
A l'heure, de honte, à l'heure
Mignon, ton petit œil pleure
Et te cachant dans les draps
Ou petillant de tes bras,
Despuis tu gimbes contre elle
Et luy dis: Meman, ma belle,
Mon gasteau, mon sucre doux,
Et pourquoy me dites vous
Que je couche avec Janette?
Puis ell' te baille sa tette,
Et t'appaisant d'un joüet,
D'une clef ou d'un roüet,
De pois ou de pirouettes,
Essuye tes larmelettes.
Ha, pauvret ! tu ne sçay pas,
Celle qui dedans ses bras
Toute nuict te paupeline,
C'est, mignon, ceste maligne,
Las ! mignon, c'est ceste là
Qui de ses yeux me brusla.
Que pleust à Dieu que je peusse
Pour un soir devenir puce,
Ou que les arts Medeans
Eussent rajeuny mes ans,
Ou converty ma jeunesse
En ta peu caute simplesse,
Me faisant semblable à toy ;
Sans soupçon je coucheroy
Entre tes bras, ma cruelle,
Entre tes bras, ma rebelle,
Ores te baisant les yeux,
Ores le sein precieux
D'où les amours qui m'aguettent
Mille flesches me sagettent.
Lors certes, je ne voudroy
Estre faict un nouveau roy
Pourainsi laisser m'amie
Toute seulette endormie.
Et peut estre qu'au resveil,
Ou quand plus le doux sommeil
Luy enfleroit la mammelle,
Qu'en glissant plat dessus elle,
Jeluy feroys si grand bien
Qu'elle, après, quitteroit bien
Toy, ses frères et son père,
Qui plus est, sa douce mère
Pour me suivre à l'abandon,
Comme Venus son Adon
Suivoit par toute contrée,
Fust que la nuict accoustrée
D'astres tombast dans les eaux,
Fust que les flammeux naseaux,
Soufflassent d'une halenée
Hors des eaux la matinée.
FOLASTRIE VII.
Assez vrayment on ne revere
Les divines bourdes d'Homere,
Qui dit que l'on ne peut avoir
Si grand plaisir que de se voir
Entre tous ses amis à table,
Quand un menestrier delectable
Paist l'oreille d'une chanson,
Et quand l'oste-soif échanson,
Faict aller en rond par la troupe
De main en main la pleine coupe.
Je te salue, heureux boiveur,
Des meilleurs le meilleur resveur,
Je te salue, ombre d'Homère,
Tes vers cachent quelque mystère :
Je me plais de voir si ce vin
M'ouvrira leur secret divin.
Yo, je l'entens, chere troupe,
La seule odeur de ceste coupe
M'a faict un rapsode gaillard
Pourbien juger de ce vieillard.
Tu voulois dire, bon Homère,
Que l'on doit faire bonne chère
Tandis que l'aage et la saison
Et la peu maistresse raison,
Permettent à nostre jeunesse
Les libertés de la liesse,
Sans avoir soin du lendemain:
Mais d'un hanap de main en main,
D'une trépignante cadance,
D'un roüer autour de la dance ;
De meutes de chiens par les bois,
De luts mariez à la voix,
D'un flux, d'un dé, d'une premiere,
D'une belle fleur printanière,
D'une pucelle de quinze ans,
Et de mille autres jeux plaisans,
Exercez la douce practique
De la vertu sybaritique.
Moy donc, oysif maintenant,
Que la froidure est detenant
D'une clere bride glacée,
L'humeur des fleuves amassée,
Ores que les vents indomptez
Tonnent par l'air de tous costez,
Ores que les douces gorgettes
Des Dauliennes sont muettes,
Ores qu'au soir on ne void plus
Dancer par les antres reclus
Les pans avec les driades,
Ny sur les rives les nayades,
Que feray-je en telle saison,
Sinon oiseux à la maison?
En suivant l'oracle d'Homère,
Près d'un feu faire bonne chère,
Et souvent baigner son cerveau
Dans la liqueur d'un vin nouveau,
Qui tousjours traine pour compagne
Ou la routie, ou la chastaigne.
En ceste grande coupe d'or,
Verse, page, et reverse encor,
Il me plaist de noyer ma peine
Au fond de ceste tasse pleine,
Et d'estrangler avec le vin
Mon soucy qui n'a point de fin,
Non plus que l'entraille immortelle,
Que l'aigle horriblement bourrelle,
Tant les attraits d'un œil vainqueur
Se font renaistre dans mon cœur.
Çà, page, donne ce Catulle,
Donne ce Tibulle et Marulle,
Donne ma lyre et mon archet,
Depen-la tost de ce crochet ;
Viste doncque, à fin que je chante
Et que je charme et que j'enchante
Le soin que l'Amour trop cruel
Faict mon hoste perpetuel.
O ! père, ô Baccus ! je te prie,
Que ta saincte fureur me lie
Dessous ton thirse à ceste fin ;
O père que j'erre sans fin
Par tes montaignes reculées,
Et par l'horreur de tes vallées,
Ce n'est pas moy, las ! ce n'est pas
Qui dedaigne suivre tes pas,
Et couvertde lierre, je brère
Par la Tharce Evan pour mon père.
Hélas ! pourveu, père, pourveu
Que ta flamme esloigne le feu
Qu'Amour de ses rouges tenailles,
Me tournoye dans les entrailles.
FOLASTRIE VIII.
LE NUAGE OU L'YVROGNE.
Un soir, le jour de sainct Martin,
Thenot, au milieu du festin,
Ayant des-jà mille verrées
D'un gousier large devorées,
Ayant gloutement avalé
Sans macher maint jambon salé,
Ayant rongé mille saucisses,
Mille pastez tout pleins d'espices,
Ayant maint flacon rehumé
Et mangé maint brezil fumé,
Hors des mains luy coula sa coupe :
Puis, begayant devers la troupe,
Et d'un geste tout furieux
Tournant la prunelle des yeux,
Pour mieux digerer son vinage.
Sur le banc pancha son visage,
Et jà commençoit à ronfler,
A narriner, à renifler,
Quand deux flacons cheus contre terre,
Pesle-mesle avecques un verre,
Vindrent reveiller à demy
Thenot sur le banc endormy.
Thenot donc, qui demy s'eveille,
Frottant son front et son oreille,
Et s'alongeant deux ou trois fois,
En sursaut jetta ceste voix :
Il est jour, dit l'aloüette.
Non est non, dit la fillette.
Ha ! la, la, la, la, la, la, la,
Je voy de çà, je voy de là,
Je voy mille bestes cornues,
Mille marmots dedans les nües,
De l'une sort un grand taureau,
Sur l'autre sautelle un chevreau,
L'une a les cornes d'un satyre,
Et du ventre de l'autre tire
Un cocodrille en mille tours.
Je voy des villes et des tours,
J'en voy de rouges et de vertes,
Voy-les là, je les voy couvertes
De sucre, et de pois confits ;
J'en voy de morts, j'en voy de vifs,
J'en voy, voyez-les donc, qui semblent
Aux bleds qui sous la bise tremblent ;
J'avise un camp de nains armez,
J'en voy qui ne sont point formez,
Troncez de cuisses et de jambes,
Et si ont les yeux comme flambes,
Aux creux de l'estomac assis,
J'en voy cinquante, j'en voy six,
Qui sont sans ventre, et si ont teste,
Effroyables d'une grande creste,
Voicy deux nuages tous plains
De Mores qui n'ont point de mains,
Ny de corps, et ont les visages
Semblables à des chats sauvages ;
Les uns portent des pieds de chèvre,
Et les autres n'ont qu'une lèvre
Qui seule barbotte, et dedans
Ils n'ont ny maschoire ny dents.
J'en voy de barbus comme hermites,
Je voy les combats des Lapythes,
J'en voy tous herissez de peaux,
J'entravise mille troupeaux
De singes qui, d'un tour de joüe,
D'en haut aux hommes font la moüe ;
Je voy, je voy parmy les flots
D'une baleine le grand dos
Et ses espines qui paroissent
Comme en l'eau deux roches qui croissent,
Un y galoppe un grand destrier
Sans bride, selle, ny estrier ;
L'un talonne à peine une vache,
L'autre dessus un asne tasche
De vouloir jallir d'un plein saut
Sus un qui manie un crapaut ;
L'un va tardif, l'autre galoppe,
L'un s'eslance dessus la croppe
D'un centaure tout debridé,
Et l'autre, d'un geant guidé,
Portant au front une sonnette,
Par l'air chevauche à la genette ;
L'un sur le dos se charge un veau,
L'autre en sa main tient un marteau ;
L'un, d'une mine refrongnée,
Arme son poing d'une coignée ;
L'un porte un dard, l'autre un trident,
Et l'autre un tison tout ardent.
Les uns sont montez sur des grües,
Et les autres, sur des tortües,
Vont à la chasse avec les dieux ;
Je voy le bon pere joyeux
Qui se transforme en cent nouvelles ;
J'en voy qui n'ont point de cervelles
Et font un amas nompareil
Pour vouloir battre le soleil,
Etpour l'enclorre en la caverne
Ou de sainct Patrice ou d'Averne ;
Je voy sa sœur qui le defend,
Je voy tout le ciel qui se fend,
Et la terre qui se crevace,
Et le chaos qui les menace.
Je voy cent mille satyreaux,
Ayant les ergots de chevreaux,
Faire peur à mille naïades ;
Je voy la dance des driades
Parmy les forests trepigner,
Et maintenant se repeigner
Au fond des plus tiedes valées,
Ores a tresses avalées,
Ores gentement en un rond,
Ores à flocons sur le front,
Puis se baigner dans les fontaines.
Las ! ces nues de gresles pleines
Me predisent que Jupiter
Se veut contre moy despiter.
Bré, bré, bré, bré, voici la foudre,
Craq, craq, craq, n'osez vous decoudre
Le ventre d'un nuau, j'ay veu,
J'ay veu, craq, craq, j'ay veu le feu,
J'ay veu l'orage et le tonnerre,
Tout mort me briser contre terre.
A tant cest yvrogne Thenot,
De peur qu'il eust, ne dy plus mot,
Pensant vrayment que la tempeste
Luy avoit foudroyé la teste.
SONNET MASCULIN.
Lance au bout d'or qui sçais et poindre et oindre,
De qui jamais la roideur ne defaut,
Quand en camp clos bras à bras il me faut
Toutes les nuicts au doux combat me joindre ;
Lance vrayment qui ne fus jamais moindre
A ton dernier qu'à ton premier assaut,
De qui le bout, bravement dressé haut,
Est tousjours prest de choquer et de poindre ;
Sans toy, le monde un chaos se feroit,
Nature manque inhabile seroit
Sans tes combats d'accomplir ses offices.
Donc, si tu es l'instrument de bon heur
Par qui l'on vit, combien, à ton honneur,
Doit on des vœux, combien de sacrifices !
SONNET FOEMININ.
Je te saluë, ô vermeillette fente,
Qui vivement entre ces flancs reluis ;
Je te saluë, ô bien heuré pertuis
Qui rends ma vie heureusement contente.
C'est toy qui fais que plus ne me tourmente
L'archer volant qui causoit mes ennuis,
T'ayant tenu seulement quatre nuicts,
Je sens sa force en moy desjà plus lente.
O petit trou, trou mignard, trou velu,
D'un poil folet mollement crespelu,
Qui à ton gré domptes les plus rebelles,
Tous verds-galant devroient pour t'honorer
A beaux genoux te venir adorer,
Tenant au poing leurs flambantes chandelles.
SONNETS.
I
Peripapetisant en pantelante extase,
J'androfiois les corps democrititieux,
Quand le chevre-porté Eurimede des cieux
M'anathematisa d'une antiperistase.
J'omiotelephté qu'au terr' orgueil Caucase,
Le cœlinolle feu paissoit prodigieux,
L'oiseau cardiofage, alors présagieux,
J'antithesé mes sens d'une eclyptique frase.
Ma daphnifage voix en oraclifiant,
Fatidique, et ma main phebumusifiant,
Frontispicerent l'art de ma philanthrop' ame.
Si qu'en cantastrophant l'ancicliosité,
Avec l'antipathie et l'hermaphrodité,
J'androgine mon front d'un double epithalame.
II
Alors que du Medois l'escrit hieroglifique
Combattit doctement les braves mammelus.
Les brillans citadins du tres altier Momus,
L'horoscope ascendant prevint en theorique.
Le bourdon signe ciel de ceste grand fabrique
Ne permet qu'autrement les metaux soient cognus,
Pour l'opprobre receu par ces dieux trop cornus,
Grimpans comme démons au globe fantastique.
L'aspect de la comete joignant à l'opposite
Du dragon veneneux contre luy se despite,
Tant qu'un feu violant en forme de grenouille
Il jette par le nez, grondant et murmurant,
Puis boursouflé d'orgueil se tournant et virant,
Luy fit enfin du jeu le nez comme une andouille.
III
Je suis un orloge en amoureuse ardeur ;
Mes fureurs, mes desirs, mes secrètes blessures
Sont les roües de fer, les marques de mes heures,
Ce sont mes yeux ternis et ma blesme couleur.
Mes vers servent de cloche, amour est l'orlogeur
Qui, bigearre et quinteux, fait de longues demeures,
Sur un lieu quelquefois, puis hastant ses mesures,
Faict tourner sans compas les ressors de mon cœur.
Madame pourroit bien de quelque chastiment
Punir ce fantastic et regler justement
Mes cordes, mon compas, mon poids et ma rencontre.
Mais elle qui se plaist de me voir desbauché,
Ne voudroit seulement du doigt n'avoir touché
Pour dresser à son poinct l'esguille de ma montre.
FOLASTRIE.
Je ne sçaurois, maistresse. vous haïr:
Vous embrasser, c'est le bien où j'aspire ;
Mais je voudrois, vous embrassant, joüir ;
Vous delaisser, j'y trouverois du-pire.
Coupez ces vers en deux, vous y trouverez le contraire.
Je ne sçaurois |
Maistresse, vous haïr, |
D'UN QUI DEMANDOIT ADVIS S'IL DEVOIT ESTRE MARIÉ.
Prenez-la, ne la prenez pas ;
Si vous la prenez, c'est bien faict ;
Si vous la laissez, en effect,
Ce sera ouvrer ses compas ;
Gallopez, allez l'entrepas,
Differez, entrez-y de faict
Desirez sa vie ou trespas.
Prenez-la, ne, etc.
Jeusnez, prenez double repas,
Refaictes ce qui est defaict,
Defaictes ce qui est refaict
Desirez sa vie ou trespas.
Prenez-la, ne, etc.
ADVIS
TOUCHANT LE MARIAGE.
La femme est une mer, et le mari nocher
Qui va mille perils sur les ondes chercher ;
Et celuy qui deux fois se plonge en mariage
Endure par deux fois le peril de naufrage.
Cent tempestes il faut à toute heure endurer,
Dont la mort seulement peut l'homme retirer.
Si tost qu'en mariage une femme on a prise,
On est si bien lié qu'on perd toute franchise:
L'homme ne peut plus rien faire à sa volonté.
La riche avec l'orgueil gesne sa liberté,
La pauvre rend du tout sa vie miserable,
Car pour un il convient en mettre deux à table.
Celuy qui laide femme a dedans sa maison,
N'a plaisir avec elle en aucune saison ;
La belle au seul mary à peine aussi peut estre ;
Les voisins comme luy taschent à la cognoistre
Elle passe le jour à se peindre et farder ;
Son occupation n'est qu'à se regarder
Au cristal d'un miroir, conseiller de sa grace,
Despite si quelqu'autre en beauté la surpasse ;
Semblable est leur beau teint à ces bastons à feu,
Qui n'estans poinct fourbis se rouillent peu à peu.
Si le pauvre mary leur manque de caresse,
On l'accuse soudain d'avoir autre maistresse.
La femme trouble un lict de cent mille debats,
Si son desir ardent ne tente les combats,
Et si l'homme souvent en son champ ne s'exerce,
Labourant et semant d'une peine diverse.
La mer, le feu, la femme, avec nécessité
Sont les trois plus grands maux de ce monde habité.
Le feu bientost s'esteinct ; mais le feu de la femme
Soudain brusle, et ardant n'esteinct jamais sa flamme.
CONSOLATION POUR LES COCUS.
Vous souvient-il, mon compère,
Lorsqu'estiez en si grand' colère,
Quand vous me tinstes un propos,
Disant que jamais en repos
N'aviez l'esprit, le corps, ny l'ame,
Tant vous craignez que vostre femme
Despuis qu'ensemble avez vescu
Ne vous ait fait souvent cocu?
Et que chascun qui vous saluë
Vous monstre au doigt parmy la ruë,
Dont le soucy vous cuit si fort
Que ne souhaictez que la mort ;
Mesme, qu'en toute compagnie,
Ne servez que de mocquerie?
O ! que c'est pour vous grand mal-heur
De ne cognoistre ce bon-heur
Qui arrive et tombe en partage
Aux cocus comme un heritage !
Car, voudriez vous un plus grand bien?
Appartient-il un si beau tiltre
De cocu à quelque belistre
Qui sera contrainct par la faim
Mendier tout le jour son pain?
Jamais n'advient ceste disgrace
A cocu de porter besace ;
Et beaucoup, pour n'estre cocus,
Par la pauvreté sont vaincus.
Bien peu de cocus ont souffrance ;
Cocus ont tousjours abondance ;
Cocusse trouvent à milliers
Du commun amis familliers,
Et se void en leur compagnie
Une multitude infinie
Des gens qu'on tient des plus heureux,
Si ce n'est quelque malheureux
Dont la femme, pour n'estre belle,
Ne peut estre que macquerelle.
Bref, compère, si les escus
Nous avions de tous les cocus,
Aux Turcs pourrions faire la guerre ;
Mais n'as tu pas, compère Pierre,
Grand regret d'avoir tant vescu
Sans cognoistre l'heur d'un cocu?
S'il a commis un acte infame,
Pourveu qu'il ait fort belle femme,
Il se peut faire en moins de rien
Qu'il sera fort homme de bien.
Tousjours un cocu, mon compère,
Sans aucun soin fait bonne chère ;
Car onc ne manque quelque sot
Qui faict chez luy boüillir le pot.
Vous avez argent en la bource ;
Car vostre femme en est la source
Qui fait son cas si gentiment
Qu'on fournit à l'appointement.
Jamais n'estes melancolique,
Car le plaisir de la musique
Que vous avez matin et soir
Vous fait cent plaisirs recevoir.
Vous allez en banquet et dances,
Vous faictes mille cognoissances,
Vous recevez tousjours honneurs
Des princes et des grands seigneurs,
Qui se rendent si accostables
Qu'ils vous font asseoir à leurs tables.
Mais vostre femme, à mon advis,
Doit estre size vis-à-vis,
Pour les caresser et pour dire
Tousjours le petit mot pour rire.
Seriez vous donc le bien venu
Si pour cocu n'estiez tenu?
Si vous avez quelque querelle,
Vous avez tost pour l'amour d'elle
Nombre d'amis qui auront soing
Mettre pour vous l'espée au poing.
Mais si vostre femme n'est bonne
Pour faire plaisir à personne,
On vous mettra sans nul regard
Comme un ladre bien loing à part
Et demeurerez miserable ;
Mais un cocu est admirable.
Ce nom est doux comme du miel,
Ce nom est escrit dans le ciel,
Ce nom de cocu vous honore,
Ce nom de cocu vous decore,
Et par ce nom on est contrainct
De vous adorer comme un sainct.
Mais advisez, si Dieu vous prise,
Qui vous faict semblable à Moyse ;
Car, quand les tables il receut,
Soudainement il s'apperceut,
Estant descendu de la nuë,
Qu'il avoit la teste cornuë ;
Qui me faict croire, en vérité,
Qu'en cornes a divinité ;
Bref, ceste corne est si divine
Que toutes les poisons domine,
Et pour ne celer leur honneur
Je veux parler de leur valeur :
Premierement, de la licorne
N'est pas excellente la corne?
Si excellent est son pouvoir
Que chascun en desire avoir.
Chascun sa grand' vertu admire.
Voilà pourquoy on la desire ;
Les uns l'enchassent dedans l'or,
D'autres l'estiment un thresor ;
Mais regardez en mainte histoire
Comme la corne est en memoire ;
Mesme voyez les sacrez lieux,
Là sont les saincts pourtraicts des dieux ;
Vous verrez en grand reverence
Tousjours la corne d'abondance
Qu'ils portent en leur saincte main
Comme un bien le plus souverain.
Or, l'ame qui est innocente
Aux enfers jamais ne lamente,
Car de Dieu il est approuvé
Que tout innocent est sauvé,
Et celuy qui aura vescu
Sçachant bien qu'il estoit cocu,
N'ayant pour telle experience
Qu'une penible patience,
Dieu luy est si doux et si bon
Que des esleus est compagnon,
Car sa vie est, pour le vray dire,
Pleine de peine et de martyre ;
Or, il est escrit en mainct lieu
Que tout martyr est près de Dieu.
Voilà donc comme Dieu retire
Ceux qui ont souffert le martyre,
Dont l'esprit doux et gracieux
Ne trouble onc le repos des cieux.
Respond moy doncques, mon compère,
As tu cause d'estre en cholère
De ce que ta femme t'a fait
Devenir cocu si parfait?
Repens, repens toy dans ton ame
D'avoir voulu mal à ta femme ;
Car, par sa grace et son moyen,
Cent amitiez elle t'a faites,
Te mettant au rang des prophètes,
Et là haut dedans les cieux
Tu seras mis au rang des dieux.
Doresnavant donc, mon compère,
Appaise un peu ceste cholère
Et t'esjouis d'avoir vescu
Jusques ici parfait cocu.
Voire que Dieu t'a fait la grace
D'estre d'une si noble race.
Adieu donc, compere, beaucoup,
C'est t'en dire trop pour un coup.
CONSEIL ET REMEDE POUR LES COCUS.
Amy cocu, veux tu que je te die,
Si tu m'en crois, ne dis ta maladie ;
Car, si ta femme un coup est descouverte,
Elle voudra le faire à porte ouverte.
Estre cocu n'est pas mauvaise chose
Si autre mal on ne luy présuppose ;
Ou si tu crois cocu estre une tache,
Garde toy bien du moins qu'on ne le sçache :
Le remède est, à qui les cornes porte,
De les planter ailleurs de mesme sorte.
COMPARAISON
DU VENEUR ET DE L'AMOUREUX.
Nagueres, en chassant un lièvre par la plaine,
Il me vint en plaisir mon amoureuse peine,
Ce qui fit qu'à l'instant je fis comparaison
Des veneurs et de ceux qui, privez de raison,
Suivent obstinement la prinse de nos dames.
L'un les lièvres poursuit, l'autre poursuit les femmes :
Le lièvre fuit tousjours, la femme fuit tousjours,
L'un tend des lacs coulans, l'autre des lacs d'amours,
L'un et l'autre souvent faillent leur entreprise,
L'un et l'autre souvent froidissent à la bise,
L'un et l'autre à leur dam entretiennent des chiens,
L'un et l'autre à leur dam despensent leurs moyens.
Un seul poinct seulement les met en difference,
C'est qu'un chasseur reçoit quelque resjouyssance
En la prise qu'il fait ; mais le pauvre amoureux
En prenant sa captive il se rend mal-heureux ;
Car sa proye, avec tant de travaux recherchée,
Luy oste la victoire estant sous luy couchée.
FOLASTRIE.
Lors qu'un jeune moine chousoit
Une nonne, elle luy disoit :
Helas ! mon amy, je me pasme,
Et je suis preste à rendre l'ame.
Le jeune moine, oyant cela,
Plus estroictement l'accola,
Et dedans sa rosine fente
Plus avant engaina sa tente,
Et coulant sa douce liqueur
Luy disant: Courage, mon cœur,
Courage, ma chère mignarde,
Courage, et seulement prends garde
De ne donner à ton cul vent ;
Car pour les deux trous de devant,
Je les estouperay, de sorte
Que je n'ay pas peur qu'il en sorte
Aucune chose ; et, par ainsi,
N'aye crainte, mon cher soucy,
N'aye crainte, ma chère dame,
De faire perte de ton ame.
RAILLERIE
SUR LA MORT D'UN CONNIN
Que chascun en larmes se bagne,
Que chascun de dueil accompagne
D'une dame à qui le cœur part
Pour avoir perdu son mignard,
Son petit connin domestique,
Par la dent cruelle et inique
D'un chat qui l'a cruellement
Faict dévaler au monument.
Vous, ses voisins, vous, ses voisines,
Vous, ses cousins, vous, ses cousines,
Vous, les plus grands et apparents
De ses affins et ses parents,
Fondez vous en pleurs et en larmes,
Donnez vous de tristes allarmes,
Plombez vous le flanc et le sein
D'une dure et cruelle main ;
Cassez vous contre les murailles,
D'ahan crevez vous les entrailles ;
Arrachez vous le poil du chef,
Ne soyez d'un an sans meschef ;
Nuict et jour, soyez aux goutières,
Aux greniers, aux huis, aux chattières ;
Armez de tripes de fagots
Pour tuer ce meschant magots ;
N'ayez d'aucun plaisir memoire,
Habillez vous de couleur noire,
Et comme insensez furieux
Roüllez gorgonnement les yeux ;
Ne donnez trefves à vos peines,
N'ayez sang, artères ny veines,
Moüelles, os, muscles ny pouls,
Nerfs, ny cartellages sur vous ;
Que vostre tristesse n'assaille,
Et ne leur livre la bataille.
Pour ainsi tristes et affreux,
Esplorez, pasles, les cheveux
Blesmes, mornes, espouvantables,
Transis, pasmez et miserables,
Ne monstrant que deuil et qu'effroy,
Vous assisterez au convoy
De ceste morte creature ;
De ce connin que la nature
Avait faict gentil entre tous,
Pour plaire à la belle aux yeux doux.
Ce connin estoit ses blandices,
Ce connin estoit ses delices,
Ce connin estoit ses plaisirs,
Ce connin estoit ses desirs,
Ce connin estoit ses liesses,
Ce connin estoit ses richesses,
Ce connin estoit son repos,
Ce connin estoit son propos,
Ce connin seul estoit sa vie,
Ce connin estoit son envie,
Ce connin estoit son bonheur,
Ce connin estoit son honneur,
Ce connin estoit sa pasture,
Son massepain, sa confiture,
Ce connin estoit son gouster,
Son aurore, sa matinée,
Son midy, son après dinée,
Ce connin estoit son repas,
Ce connin estoit ses cinq pas,
Ce connin estoit ses cadences,
Ce connin estoit ses avances,
Ce connin estoit ses destours,
Ce connin estoit ses retours,
Ce connin estoit sa gavotte,
Son espagnolette et sa volte,
Ses fleurettes, ses entrechats,
Ses feintes et ses entrelas.
Ce connin estoit ses aubades,
Ce connin estoit ses gambades,
Ce connin estoit son mignon,
Son petit-fils, son compagnon,
Ce connin estoit sa poupée,
Où tousjours vivoit occupée
L'emmaillottant de son mouchoüer,
Puis après le menoitjoüer ;
Ce connin estoit ses doreures,
Ce connin estoit ses parures,
Ce connin estoit son thresor,
Ce connin seul estoit son or,
Son argent, son ris, ses goguettes ;
Ce connin estoit ses grands festes,
Ses dimanches, ses tous les jours.
Ce connin estoit ses amours,
Ce connin estoit ses nig'ries,
Ce connin estoit ses joü'ries,
Ce connin estoit ses esbas,
Son terrabin, son tarrabas,
Son tonnebril, sa peronnette,
Son jeu et sa marionnette ;
Ce connin estoit son bouquet,
Ce connin estoit son caquet,
Ce connin estoit sa muscade,
Sa save, sa capilotade ;
Ce connin estoit sa douceur,
Ce connin estoit sa faveur,
Ce connin estoit sa porrée,
Sa vinette, sa chicorée,
Ses choux, ses jottes, ses naveaux,
Ses febves et ses pois nouveaux ;
Bref, ce connin estoit son pere,
Bref, ce connin estoit sa mere ;
Bref, ce deffunt petit connin
Estoit sa veste et un connin.
SONNET
SUR LA COMPARAISON DES DAMES ET D'UN VOLANT.
Petit volant, qu'en m'esbatant je loüe,
Que tu m'agrée en te voyant aller,
Haut par le vuide, et puis en devaller,
Pirouettant comme une onde qui roüe.
Petit volant, avec qui je me joüe,
Quand le printemps faict gayment estaller
Les belles fleurs dont il embasme l'air,
Et que Zephyre en folastrant secoüe ;
Lorsque je voy ton chef prompt et leger,
Et ton cul lourd, dont on ne peut tirer
Plaisir, sinon qu'à grands coups de palette,
Je t'accompare aux dames d'à present,
Qui ont le chef prompt et le cul pesant,
Et qui ne vont qu'à grands coups de braguette.
QUATRAIN
POUR UN PORTRAICT DES CATZE VOLANS.
Si ces gentils oiseaux couppoient l'air de leurs aisles,
Ce seroit tout l'esbat des jeunes damoiselles
De faire force rets et tendre force glus
Pour voir à qui pourroit en attraper le plus.
CONTRE UNE PRESOMPTUEUSE.
Je confesse que tu es belle
Et que tu es pucelle aussi ;
Mais, quand tu te vantes ainsi,
Tu n'es ny belle ny pucelle.
EN L'HONNEUR DE LA FEMME.
La femme est un animal
Qui ne s'adonne qu'à mal
Et n'est bonne seulement
Qu'au lict et qu'au monument.
POUR ELLE MESME.
Le ciel n'a point tant de flambeaux,
Ny tant de poissons n'ont les eaux
Qu'une malicieuse femme
A de cautelle dans son ame.
POUR ELLE MESME.
Après trois jours on s'ennuye
De femme, d'hoste et de pluye.
POUR UNE VIEILLE AMOUREUSE.
Quoy ! tu veux gratis besoigner,
Bien que tu sois vieille et hideuse?
Certes, la chose est merveilleuse,
Car tu veux avoir sans donner.
DE FRANCINE FILANT.
La belle et gentille Francine,
Qui si doucement m'assassine
D'une si douce cruauté,
Un soir, pour n'estre point oisive,
Filoit près d'une lampe vive,
Ayant sa quenouille au costé.
Mais mouillant dessus sa gencive
Son fil d'une blanche salive,
Amour, cauteleux et malin,
Dedans sa quenouille gentille
Fit saillir viste une scintille
Qui mit le feu dedans son lin.
LE NOYAU DE CERISE.
Ietit noyau, qui, au ventre aigre-doux
D'une aigre-douce et douce-aigre cerise,
As prins naissance ; hé ! Dieu ! que je te prise,
Et toutes fois de toy je suis jaloux.
Petit noyau, que j'estime entre tous,
Petit noyau, que Venus favorise
Autant que l'or de la fille d'Acrise,
Qui, dans son sein, tomboit à petits coups ;
Petit noyau, qui, trop heureux nagueres,
Touchoisl'honneur des ondoyantes spheres
De ce beau sein dont l'amour me rend fol ;
Petit noyau pour marque à ma memoire
De t'avoir pris sur ces boules d'yvoire,
Je te veux pendre à jamais à mon col.
PRIERE AUX RATS.
Rats, qui la nuict ne faictes que trotter
Par nos maisons, pardonnez à m'amie
Alors qu'elle est en son lict endormie,
Et n'allez plus à son chevet gratter.
Allez ailleurs chercher à banqueter,
Allez ailleurs mendier vostre vie
Que dans sa chambre, où rien ne vous convie
D'y aller tant toute nuict fureter.
Ainsi, bons rats, jamais ne vous attrape
Ny trebuchet, engin, ny chausse-trappe,
Ny traquenard, ny ratoire, ni chats !
Ainsi, tousjours puissiez vous sans envie
Ribler, quester et chercher vostre vie,
Et sans danger faire tous vos prochats !
COMPARAISON
DE L'AUTEUR ET DE SON CHARDONNERET.
Que le sort hazardeux
Nous conjoinct bien tous deux,
Chardonneret aimable,
« C'est en adversité
« Quelque félicité
« De trouver son semblable. »
Volant sur les ormeaux,
De rameaux en rameaux,
La glus te fit serville,
Et les gluaux d'Amour
Me prindrent l'autre jour,
Voyant mon Amarille.
Tu es, petit mignon,
Enclos sans compagnon
Dans ceste ronde cage,
Et moy, comblé d'ennuis,
Seulet icy je suis
Comme en un hermitage.
Tu ne fais que sauter,
Çà et là, pour t'oster
Du lieu qui t'asservie ;
Et moy, pauvret sans fin,
Je me tourmente afin
De liberer ma vie.
Ton plumage à mes yeux
Estalle en divers lieux
Mainte couleur diverse,
Se monstrant diapré
Ainsi que faict un pré
Qu'un ruisselet traverse.
Le rouge on y peut voir,
Aussipeut on le noir
Et le jaune un peu blesme ;
Mais comme dessus toy
On peut voir dessus moy
Un bigearrement mesme.
J'ay le poil brunissant
Et leteinct jaunissant
De deuil et d'amertume ;
Le lieu de ma douleur
Est ceint d'une couleur
De feu qui me consume.
En ta captivité
Tu plains ta liberté ;
Moy, chetif, à toute heure,
Enfermé nuict et jour
Dans la prison d'amour,
Ma liberté je pleure.
Tu flattes ton soucy
Par ton chant adouci,
Et je flatte ma peine
Par les accens divers
Des plus doucereux vers
Qu'on puise en Hipocrene.
Tu empruntes ton nom
D'un espineux chardon,
Et une fière espine
Qu'Amour ente en mon cœur
D'une extresme vigueur
Ulcere ma poictrine
Bref, petit mignonnet,
Petit chardonneret,
En tout je t'esquivalle ;
Fors que tu n'aimes point,
Et moy je suis espoint
D'amour sans intervalle.
COMPARAISON
DE L'HIRONDELLE ET DE L'AUTHEUR.
Nous nous semblons, Dolienne hirondelle,
Ton sein par tout est de blanc esmaillé ;
Mon sein, helas ! partout est soüillé
Du sang tiré de ma playe mortelle.
Dès que l'Aurore en Orient atelle
Les beaux coursiers de Phœbus esveillé,
Tu pleins Itil ; moy, de larmes mouillé,
Je me complains jour et nuict de ma belle.
Tu vas, tu viens, tu volles sans sejour
Où est ton nid, et j'erre tout le jour
Là où se tient celle qui me dedaigne.
Tu es encor plus heureuse que moy,
Car le printemps est tousjours avec toy,
Et le printemps jamais ne m'accompaigne.
POUR ELLE MESME.
Quoy ! jurer par sa foy de ne m'aimer jamais,
De ne me baiser plus, de plus me faire conte
De mon affection ! Ô ! ma belle Amathonte,
Est ce pas pour me faire angoisser desormais?
Entre deux cœurs amis il n'est si ferme paix
Qu'au bruict d'un tel serment le courroux ne surmonte ;
Il n'est amant si bon qu'une cholère prompte
Ne mutine soudain d'un serment si mauvais.
Donc, Francine, mon tout, pardonnez moy, de grace,
Si un petit courroux s'apparut en ma face
Vous oyant contre moy jurer de la façon.
Or, pour avoir commis envers vous telle offence,
Je m'en vay vous baiser cent fois pour penitence :
Sçaurois-je vous donner plus gentille rançon?
A LA LOUANGE DES CORNES.
Si du docte coupeau le front audacieux
D'une corne jumelle avoisine les cieux ;
Si du volant destrier la corne talonniere
Fit saillir du rocher la source qui premiere
Abreuva les neuf sœurs de ses prophetes eaux,
Et si des lauriers vers cornus sont les rameaux ;
Si encore souvent les mieux disantes muses
Soufflent dans les cornets, enflent les cornemeuses,
Voire si tous les lieux d'où se puisent les vers
Sont des cornes issus ou de cornès couvers,
Estant vray que l'effect à sa cause retire,
Que puis-je faire mieux que des cornes escrire?
Avant que l'Eternel separast le chaos,
Logeast l'air soubs le feu, sur la terre les flots,
Le monde n'estoit rien qu'une masse cornue,
Forme que tout parfaict il a bien retenüe,
Car les feux de la haut en signes ordonnez
Ont leurs corps plus luisans de cornes façonnez :
Ainsi l'astre doré voulant choquer la borne
De sens renouvellez, monstre une double corne.
Le taureau qui le suit en a le front cornu,
Le nom du capricorne est des cornes venu,
Mesme du blond soleil les flammes brillonnantes
Ne sont vrayment rayons, ains cornes rayonnantes.
Et si dans le milieu gist la perfection,
Comme au plus esloigné de toute passion,
Je dis que le cornu, bien qu'il semble difforme
Aux yeux de nos camards, est la plus belle forme.
La lune faict pour moy, dont le globe argenté
Reçoit dans son gennain deux cornes de clarté,
Non quand sur un zenit leurs faces sont posées,
Ou que nous les voyons l'une à l'autre opposées,
Mais bien lors que leurs feux, distans esgalement,
Tiennent du voisinage et de l'esloignement.
J'oseroys dire plus, si ta frilleuse crainte
Sur le timide front de ma jeunesse peinte
N'adoroit Aristote, et si le grand Platon
Barbu ne retenoit mon imbarbu menton,
Me riant du Lycée et de l'Academie,
Je voudroys dessiller leur paupiere endormie,
Et d'un hardy project faire toucher au doigt
Que l'essence du ciel, tout telle qu'on la voit,
Ne tient rien de la terre, et que l'air, ne la flame,
Ny l'eau n'ont peu ourdir une si belle trame.
Moins encore faut- il croire legerement
Que son rond soit basti d'un cinquieme element ;
Nostre oeil en sera juge, il n'est besoing de preuve
Où le sens plus aigu si clairement se treuve :
Nous le voyons de corne, il est corne partout,
Corne parfaicte en soy, corne qui n'a de bout.
Aussi ne pouvoit- il avoir autre matiere
Que le corps transparant d'une corne legere,
D'autant qu'en ce palais le pere Jupiter
Comme ami de la corne y devoit habiter :
Jupiter, qui fust mort mille fois de famine
Si le tendre coral de sa levre enfantine
N'eust trouvé secourable au malheur de ses ans
Une chevre cornue ès antres Dicteans.
Despuis l'heure tousjours les cornes il a prises,
Les cornes despuis l'heure aident ses entreprises,
Des cornes de Diane il trompa Calyston,
Il prit pour son Bacchus les cornes d'un mouton,
Les cornes d'un taureau pour enlever Europe,
Les cornes d'un satyre amoureux d'Antiope,
Sur la corne il vesquit, sous la corne il aima,
D'un double cornichon sa maistresse il arma ;
Aimant mieux les baisers d'une vache cornüe
Que les embrassemens d'une pucélle nüe.
O corne ! qui des dieux vas eslevant le front,
D'où vient le peu d'honneur que les hommes te font?
D'où vient, corne, d'où vient que ta pointe honorée,
Au Libyque desert chez Ammon adorée,
Est blasmable entre nous, et que le moindre hommet
Se sent deshonnoré, te portant pour armet ?
Belle corne, est- ce pas nostre foible nature
Qui ne peut supporter la divine encorneure
D'une chose si rare ? Ainsi le chassieux
Se fasche du soleil qui luy touche les yeux ;
Ainsi le degouté rejette la viande,
Ainsi le cerveau creux s'ennuie de la bande
Des mignons de Phoebus, quand d'une masle voix
Ils marient un vers au vent de leur haubois.
Ignares trop grossiers, qui ne sçavent l'hommage
Que la corne reçoit au Memphien rivage,
Et que, sans ceste corne, Isis n'eust point esté
Capable comme elle est de la divinité ;
Et son cher Osiris, mortel comme nous sommes,
S'il n'eust esté cornu, seroit au rang des hommes.
Sans les cornes, Apis n'auroit point tant d'autels,
Les Faunes ny Bacchus ne seroient immortels ;
Nous ne cognoistrions plus les folastres Mænades,
Les satyres bouquins, ny les Amadryades.
Celle qui en chassant chasse l'oisiveté,
Diane a elle pas des cornes sa beauté ?
Ne voyons nous aussi d'une corne croissante
Son front estre bossé, sa face blanchissante ?
Ses temples sont cornus où l'on offre en tous voeux
Et des cornes de cerf et des cornes de boeufs ;
Son arc faict de cornes, et sa fleche encornée
Par le bout où elle est triplement empennée.
L'Amour aime la corne, et le docte Apollon
En a corné l'archet de son beau violon.
Neptun se fit taureau pour porter ce panache,
Le Semelide boue, la Saturnide vache,
Et le jeune Acteon, voyant Diane à nu,
En signe de bon-heur fut tout soudain cornu ;
Car où les cornes sont, là regne la puissance,
Là se loge l'honneur, là se voit l'abondance :
Les cornes de Cippus le firent nommer Roy,
L'Hebrieu estoit cornu quand il donna la loy :
Hercule nous ouvrit, Jupiter a plantée
La corne d'Achelois, la cornée d'Amaltée.
Tout retient du cornu, la corne est tout en tout,
Les nochers en ont faict des antennes le bout,
Les bataillons rengez ont des cornes guerrieres,
Des cornes les autels, les villes des cornieres ;
Nos vignes en nos champs sont de cornes bornez,
Des cornes nos cousteaux ont les manches tournez,
Dans la corne jadis nos pères souloient boire,
La lyre estoit montée à deux cornes d'yvoire,
Et l'antique Pharos du sommet de sa tour
Monstroit aux mariniers sa corne donne -jour.
Virgile faict qu'Æné son Pallante deplore
Aux accors d'un cornet, et maintenant encore,
Nous cornons dans la corne, ou soit que le debat
De deux rois ennemis nous appelle au combat,
Ou soit que nous suivions, en allant à la chasse,
Et la piste d'un cerf et d'un sanglier la trace,
Ou que pour entonner nos debiles chansons,
Nous soufflions dans son creux l'ame de quelques sons.
Mais en vain je m'enroüe, en vain, Muse, tu cornes
Et à cor et à cry la loüange des cornes ;
Ma belle, ce subject, plus loüable de soy
Que tu n'as d'eloquence, est trop riche pour toy ;
Si tu le veux loüer, il faut loüer le monde.
Les cornes sont au feu, en la terre et en l'onde,
Le feu se point en corne, en cornes toutes eaux,
Les fontaines, la mer, les fleuves, les ruisseaux,
En ont les bras cornus, la terre en est chargée,
Elle en a dans le sein, elle en est ombragée,
Ses tertres sont cornus, cornus sont les costaux,
Cornus sont ses rochers, cornus ses monts plus hauts,
Ses rognons sont de corne, au moins la cornaline,
Dont la rouge couleur empesche l'androgine,
Pierre que je presente aux fantasques esprits,
Qui, haineux de la corne, hayront ces escrits,
Afin que sa froideur, attiedissant les flames
Et les boüillants desirs de leurs peu chastes femmes,
Leur serve d'alumette à deffendre leur front
Du bouquet blasonneur que les cornes y font.
Je n'aurois jamais faict si je voulois escrire
La moitié du subject où la corne m'attire,
Il faudroit que ma plume ourdist autant de vers
Qu'il y a de rameaux au plan de l'univers.
Tous arbres sont cornus, cornües toutes plantes,
Le pavot est chargé de cornes jaunissantes,
Le coral y a pris sa forme et son renom,
Etla corne de cerf en a tiré son nom.
Si nous craignons la mort, la corne est ennemie
Du miel empoisonné et de l'epidemie ;
Elle seiche l'humeur et chasse loing de nous
Des serpens riolez le venimeux courroux.
L'estain plus affiné nous vient de Cornoüaille,
La cornette nous guide au champ de la bataille,
Les animaux en sont et plus beaux et plus forts,
D'une corne pointüe ils deffendent leurs corps.
Le daim, le cerf, le bouc, le belier, la licorne,
Le taureau, le cheval et l'asne ont de la corne ;
Les oiseaux l'ont au bec, au chef les limaçons,
A la queue Progné, sur le dos les poissons.
Vous mesme, pauvres gens, qui blesmissez de crainte,
Qui, voyans une corne, en redoutez l'attainte,
Arrestez vous icy, ne fuyez plus, humains,
Vous en avez és pieds, vous en avez és mains ;
Vous avez dans les yeux une double cornée,
D'en avoir sur le front c'est vostre destinée ;
Les Parques l'ont voulu ; leur vueil est un arrest
Dont l'on n'appelle point : il aura son effect.
Croyez le, mes amis, je n'escris point de fables,
Mes vers loüans la corne en sont plus veritables ;
Vous y devez donner aussi ferme credit
Comme si les trepieds de Delphes l'avoyent dit,
Puisque la verité, haineuse des mensonges,
Par la porte de corne authorise nos songes.
Que si vous vous faschez d'avoir pour compagnons
En ce beau cornouage un millier de demons,
Sçachez que ces esprits, signes de la nature,
Veulent estre honorez sur toute creature,
Et que, voyant les dieux et les hommes cornus,
Pour les imaginer ils le sont devenus.
O puissance admirable ! ô forces incognuës !
D'ouïr, de voir, d'avoir tant de choses cornuës,
O rares escrivains, peintres ingenieux !
Que d'un traict bien couvert vous ouvrez à mes yeux,
Et la nature, et l'air de la mesme nature,
Que vous nous figurez une docte figure,
Quand sous le nom de Pan, quand sous le nom de tout,
Vous la faictes cornuë et cornu le grand tout.
SONGE
FAICT PAR UNE JEUNE DAME DE LYON.
Dieux ! que je suis heureux : je ne l'eusse peu croire
Que mon peu de merite eust acquis tant de gloire ;
Celle là que mon œil ne recognoist jamais,
Sinon pour admirer la beauté de ses traicts,
Celle vers qui le feu de mon adolescence
N'osoit pousser le vol de sa foible esperance,
Celle à qui mon amour ne s'est point descouvert,
Celle à qui mon devoir ne s'est jamais offert,
Elle a songé en moy ; d'où peut venir ce songe?
Sçauray-je point tirer le vray de ce mensonge?
Elle dormoit (dit-elle) au poinct que le soleil
Voulant chasser la nuict rend plus doux le sommeil,
Quand soudain elle vit au calme de ce somme
Entrer secrettement dans sa chambre un jeune homme
Dont le premier abord, ne monstrant que douceur,
Fit qu'elle l'advisa sans se troubler de peur ;
Sa taille estoit moyenne, et les traicts de sa face
Faisoient cognoistre en luy plus de feu que de glace ;
Sous un front tout couvert, un petit poil folet
Commençoit de border son menton blondelet ;
Un souris entr'ouvroit sa bouche, plus friande
De ravir un baiser qu'en faire la demande ;
Il avoit dans les yeux un petit cercle gris,
Qu'il prenoit aussi tost qu'il pouvoit estre pris ;
Sur ses cheveux chastins une riche bonnette
D'un velours à trois plis de couleur violette ;
Sa chausse estoit pareille, ayant de tout costé
Pour mieux parer sa soye un clinquant argenté,
Et, pour tout autre habit, une chemise fine
De ses replis froncez luy couvroit la poitrine ;
Le rabbat estoit lis, roidy d'un peu d'empois,
Tout tel que si Pallas l'eust tissu de ses doigts,
Et mains cordons houppez d'une filasse blanche
Nouoient ce lin subtil au col et à la hanche.
Comme il se remuoit, un zephyre d'odeurs
Halenoit le logis d'un doux air de senteurs :
Il s'approche du lit, et, d'une main folastre
Soulevant l'un des draps, toucha le sein d'albastre
De celle qui songeoit, voire, glissant plus bas,
Il vouloit caresser ce qu'on ne nomme pas,
S'estant jà de prim saut eslancé sur la couche
Pour prendre accortement un baiser de sa bouche.
Elle, qui ne croyoit et ne pouvoit penser
Que cest hoste nouveau fust là pour l'offenser,
Rioit de ses efforts, mais, se sentant pressée,
Elle luy dit ces mots d'une voix courroucée :
Avez vous bien osé, petit audacieux,
Importuner ainsi le repos de mes yeux ?
Qui vous faict si hardy d'approcher de ma couche,
De tastonner mon sein, de sucçotter ma bouche ?
Retirez vous d'icy, allez ! allez ailleurs
Sur quelque autre que moy descharger vos chaleurs.
Madame, dit l'amant, choisissant les paroles
Les plus douces qu'Amour ait dedans ses escholes,
Las ! comment ai-je peu aigrir vostre courroux?
Je suis né pour servir les dames comme vous ;
Je suis né pour leur plaire, et toutes mes pensées
Se sont à leur vouloir de tout temps balancées ;
C'est le plus grand bonheur que je puis concevoir,
C'est le plus grand honneur que je puis recevoir,
Quand une belle dame, accorte et gracieuse,
Se monstre favorable à mon offre amoureuse,
Pour cela seulement au monde je nasquis,
Pour cela j'estudie, et pour cela je vis,
Et peut estre qu'un jour les bonnes Destinées
Borneront pour cela mes dernières journées.
Que s'il est arresté par le ciel ou le sort
Que je doive mourir d'une si belle mort,
Voicy le lieu, Madame, où toute ma puissance
Se veut or' s'immoler à vostre obeyssance.
Finissant ces propos, il la voulut baiser,
Elle tourne sa face et l'ose refuser,
Il se sert de sa force, elle use de la sienne,
Il la met en contrainte, elle le met en peine,
Quand parmy ce debat la dame s'esveilla
Et loing de ses beaux yeux le songe s'envola.
Belle, puisque le ciel d'une douce influence
Veut bien heurer les ans de ma verte jouvence,
Vous inspirant un songe et faisant que la nuict
Vous me voyez venir auprès de vostre lict,
Asseurez vous de moy que ce n'est une fable
Et qu'il ne tient qu'à vous qu'il ne soit veritable.
CHANSON
PAR G. N.
Je ne veux plus aymer ces filles
Qui disent: Ne touchez point là,
Et qui picquent de leurs esguilles
Quand on leur veut faire cela.
Si je puis tenir la brunette
Qui si fort picque en repoussant,
Si je puis la tenir seulette,
Je la picqueray jusqu'au sang.
Je luy feray une picqueure,
Non à la main ne sur les doigts,
Mais en un lieu où son enfleure
Paroistra plus de quatre mois.
Et si la finette se pasme,
Entre mes bras en la picquant,
Par la vertu d'un certain basme
Je la gueriray quant et quant.
A UNE DAME
QUI NE SE CONTENTOIT DE L'ORDINAIRE,
par le mesme.
Ce que l'amour en vous allume
N'est qu'un fer rouge sur l'enclume
Que maint forgeron va battant,
Mais qui tout aussi tost s'enroüille
Si estant chaud on ne le moüille
Pour estre rallumé d'autant.
Plus on le bat en ceste sorte,
Sa durté devient si très forte,
Et repousse si loing le coup,
Que, bandé de nerf et de veine,
Un cycloppe y perdroit sa peine
Avant que d'en venir à bout.
C'est une pièce que nature
Vous a voulu rendre si dure
Qu'un seul outil ne suffit pas
Pour y continuer l'ouvrage,
Cår vous en avez davantage,
Et qui sont gros comme le bras.
Mais puis que chacun y besongne,
De bonne heure je m'en eslongne:
Je laisse faire à leurs marteaux ;
Car comme mon amour n'est qu'une,
Je n'aime une fille commune,
Comme une gaine a tous cousteaux.
LES BACCHUS.
SONNET.
Philostrate a failly de n'avoir qu'un Bacchus
Paint dedans ses tableaux : il en est davantage,
Car le vin seulement n'eschauffe le courage ;
Amour en fait autant, et en sommes vaincus.
Plusieurs sont enyvrez du desir des escus,
Plusieurs du sang humain, du butin, du carnage,
Le vin d'ambition à maints donne la rage,
Et du vin pour s'yvrer ont aussi les cocus.
Maint s'enyvre du vin que verse la vengeance
Et maint a son esprit yvre d'outrecuidance.
Le chaud vin de cholere à l'homme oste le sens,
Le faux zele encor plus et la ligue de mesme,
France, helas ! tu es encore toute blesme,
Et t'en vas au tombeau si ton mal tu ne sens.
TABLE DES MATIÈRES
DU PREMIER LIVRE DE LA MUSE FOLASTRE.
Le libraire au lecteur
Les Proverbes d'amour. A madame de R.
Estraines du Poil
Irrésolution feminine
L'Anatomie du manteau de cour
La Courtisane repentie, du latin de P. Gillebert
La Contre- repentie, du mesme Gillebert
Complainte des Satyres aux Nymphes, imité du Bembe
Épitaphe d'un petit chien
Épitaphe d'un chat
Stances sur les pasles couleurs, par le sieur Bouterouë
Stances du trique-traque, du mesme
Les Eschets
Le Pallemail, par Beroalde de Verville
L'Alchimiste, du mesme
Le Jeu du volant, ou Gruau, du mesme
Stances de la chasse, aux dames
L'Amour mercenaire
Chanson en dialogue : l'Amant et la Dame
Chanson d'une bergère : Si mon père ne me marie
Mascarade des Bucherons
Folastries de Pierre de Ronsar, non imprimées en ses oeuvres
Folastrie II
Folastrie III
Folastrie IV
Folastrie V
Folastrie VI
Folastrie VII
Folastrie VIII. Le Nuage, ou l'Yvrogne
Sonnet masculin
Sonnet foeminin
Sonnets
Folastrie. Je ne sçaurois, maistresse, vous haïr
D'un qui demandoit advis s'il devoit estre marié
Advis touchant le mariage
Consolation pour les cocus
Conseil et remède pour les cocus
Comparaison du veneur et de l'amoureux
Folastrie. Lorsqu'un jeune moine chousoit
Raillerie sur la mort d'un connin
Sonnet sur la comparaison des dames et du volant
Quatrain pour un portrait des catze volans
Contre une présomptueuse
En l'honneur de la femme
Pour elle mesme
Pour elle mesme
Pour une vieille amoureuse
De Francine filant
Le Noyau de cerise
Prière aux rats
Comparaison de l'autheur et de son chardonneret
Comparaison de l'hirondelle et de l'autheur
Pour elle mesme
A la louange des cornes
Songe faict par une jeune dame de Lyon
Chanson par G. N. Je ne veux plus aymer ces filles
A une dame qui ne se contentoit de l'ordinaire, par le mesme
Les Bacchus, sonnet