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GERMAIN AUDEBERT

VENETIAE, ROMA, PARTHENOPÈ

Résumés


RÉSUMÉS PRIS DANS
– G. Baguenault de Viéville, « Germain Audebert, le Virgile orléanais », dans Mémoires de la Société d'Agricuture, Sciences, Belles-Lettres et Arts d'Orléans, t. V, 1860, p. 56-82.
– L. Chadourne, "Un humaniste français en Italie au XVIe siècle, les poèmes de Germain Audebert", dans Bulletin franco-italien, IV, 1912, p. 60-64. 


VENETIAE


VENETIAE, RÉSUMÉ PAR G. BAGUENAULT

Le poète, après avoir exposé son sujet, raconte, dans une sorte d'avant‑propos, qu'il se livrait au sommeil, rêvant à quelques chants légers ou amoureux, quand Minerve lui apparut : « Que sert, lui dit‑elle, de chanter Philis ou Nœnia ; laisse à la jeunesse les vers folâtres ; l'âge mûr réclame des sujets plus graves ; abandonne ces vaines frivolités, répare l'erreur du temps passé et, plus soigneux de ta gloire, choisis des sujets plus dignes et plus nobles. Si Athènes, qui m'était chère autrefois, est déchue aujourd'hui et indigne de tes soins, il est une ville nouvelle que j'ai prise sous ma protection, qui règne florissante aux bords de l'Adriatique, que tu as visitée et admirée dans ta jeunesse ; consacre lui tes chants, je serai près de toi, tu peux compter sur mon assistance. »
Sur cette promesse le poète se réveille plein d'une généreuse ardeur et d'une sainte confiance ; il voit surgir Venise dans toute sa splendeur et sa grâce et, rentrant dans son sujet par une nouvelle fiction, il nous montre tous les dieux assemblés qui viennent un jour se plaindre à Jupiter de ce que les villes les plus célèbres, Troie, Athènes, Carthage, Rome, ont été détruites avec leurs monuments et les temples où ils étaient honorés ; de ce que leurs autels, sont renversés partout, au gré du caprice et de l'ingratitude des hommes ; ils le prient de réparer l'injure faite à leur dignité, et de leur donner une ville nouvelle qui soit à l'abri des entreprises des mortels.
Jupiter entend leur plainte et leur promet une ville magnifique, éternelle, contre laquelle échoueront toutes les tentatives de la force ou de la ruse, et la colère même des dieux, puisque lui-même la protégera ; elle sera établie au sein même de la mer et dans la position la plus favorable. Il engage Neptune à lui faire un rempart de ses ondes, Apollon à lui donner les beaux-arts, Minerve, la science et la sagesse, Junon, les richesses, et Mars, le coeur intrépide des anciens Romains. Plus tard, s'il faut en croire les révélations de Phœbus lui‑même, chacun des autres dieux se plaira à la doter de ses attributs particuliers ; Mercure lui donnera le commerce., source première de son opulence et de sa gloire ; Vulcain ses immenses, fourneaux, pour forger des armes pour sa défense ; Cérès, ses riches moissons ; Bacchus son doux nectar ; Thémis lui inspirera l'amour de la justice, pendant que Vénus accordera à ses filles la grâce et la beauté.
Bientôt viendront se joindre à son territoire et se ranger sous sa protection un grand nombre de villes importantes : et Corcyre et la Crête, la ville d'Udine, Padoue fondée par Antenor, Vérone qu'arrose l'Adige et qui donna le jour à Catulle ; Brescia aux vertes campagnes, Vicence aux treilles fécondes, Bergame, Côme avec son lac transparent et ses riants rivages.
Et pour attribut elle aura non point une tête de cheval, non point la figure de la Gorgone, mais le lion, emblème de sa force et de son courage.
Le poète continue à dévoiler sous les inspirations de la muse les hautes destinées de la ville ; il montre son premier établissement, les obstacles qu'elle aura à vaincre, plus grands que ceux qu'eurent à surmonter les villes les plus fameuses ; sa fondation au sein même de la mer, confiant son salut à l'instabilité des eaux, et bravant ainsi et le fer d'Attila et les flammes des barbares ; c'est de cet humble berceau qu'elle sortira arbitre des empires et souche de héros auxquels l'antiquité n'a rien à comparer, toujours prêts à donner leur vie au premier appel de la patrie.
Il fait comparaître ensuite les doges les plus célèbres qui doivent la gouverner : les Zannuti, Orseolo, Dandolo, Contarini, Loredan, Pisani, Mocenigo, Barbadigo, Foscari, Nicolas d'Aponte, chef suprême au moment où le poète écrivait, auquel il a dédié ce présent livre, et dont il vante les vertus et la profonde sagesse, et ceux même qui doivent lui succéder dans les siècles à venir.
Il nous expose enfin qu'après que Jupiter eut ainsi tenu vis‑à-vis des dieux la promesse qu'il leur avait faite en favorisant l'élévation de cette ville, Neptune plein de joie et d'orgueil de voir surgir dans son empire une cité aussi majestueuse, appelle Triton et lui ordonne de rassembler tous les dieux marins et tout le peuple des eaux, pour admirer cette merveillle et venir lui rendre hommage. Aussitôt accourent au son de la trompe marine Glaucus et Protée, Thétis et Palémon, et toutes les Néréides, Doris, Cydippe, Mélite et Cymodocé, Climène, Beroë et Xantho, toutes les nymphes de l'Adriatique et celles même de l'océan que Virgile donne pour compagnes à la mère d'Aristée ; tous les tritons, les syrènes, les monstres marins de toutes formes et les habitants divers de l'onde salée, dont il fait une description particulière fort détaillée, très poétique, depuis les énormes baleines jusqu'aux plus humbles mollusques.
Le Dieu qui les conduit leur montre le spectacle nouveau de la cité naissante, leur annonce ses glorieux destins et la place sous leur protection ; ce vaste cortège se range autour des murailles de la ville, admire les édifices, la masse imposante qui s'élève dans les airs, les salue de ses acclamations, et le rivage retentit au loin de ses transports et de ses applaudissements.
Au chant II, après avoir invoqué Neptune et imploré la faveur de Pibrac, le poète nous dit sa première entrée dans Venise sous le doge Landus, le jour même de la fête du saint patron de la ville ; il nous fait voir les colonnes en marbre de Ténare, qui se montrent d'abord autour du temple de la justice, les splendides palais, la multitude de ponts qui réunissent les îlots sur lesquels la ville est bâtie, les gondoles qui glissent sur les flots qui la baignent, la place de Saint‑Marc et les monuments qui la décorent ; le temple du commerce où brillent sur des parquets de mosaïque les richesses du monde entier ; les quatre chevaux d'airain fondus à Corinthe, amenés par la conquête à Constantinople, enlevés à cette ville par le doge Dandolo, qui ornent aujourd'hui le portail de Saint‑Marc, et dont il nous donne une magnifique description ; les eaux du Médoac (aujourd'hui la Brenta), détournées de leur cours, circulant de rue en rue et distribuant dans tous les palais une eau douce et potable ; les manufactures de glaces et de cristaux et les vases d'argent ornés de pierres précieuses, enrichis des ciselures des plus habiles artistes.
Il décrit ensuite dans son ordre et dans toute sa pompe la céré­monie des fiançailles du doge avec la mer Adriatique sur le Bucentaure, et la remise de l'anneau d'or, gage symbolique de cette union dont il rappelle l'origine. Il nous montre le cortège imposant du souverain, et la mer disparaissant sous les barques nombreuses et sous l'écume des rameurs qui forment son escorte ; il redit le retour triomphant dans le palais ducal, et dans cette vaste salle où revivent en portraits tous les anciens doges, parmi lesquels se remarque la place vide de Faliero, traître à la répu­blique. Il retrace les fêtes qui suivent cette cérémonie, la musique, les spectacles, les réjouissances de toutes sortes, et l'ouverture de ce bazar célèbre où sont exposées pendant huit jours les richesses commerciales de tout l'univers.
De là il nous entraîne sur le port, explique sa position, ses moyens de protection et de défense ; il nous fait voir les arsenaux et les chantiers de la marine, les vastes ateliers où se fabriquent les voiles, les cordages et tous les agrès des vaisseaux, ceux où se forgent les armes, se forent les canons, se fondent les projectiles ; les tours isolées où se garde la poudre ; il nous enseigne de quels ingrédients elle se compose, dans quelle proportion on les mêle, son emploi judicieux et le rapport calculé de son poids avec celui du boulet ; le bruit épouvantable qui accompagne l'explosion ; l'effet de l'artillerie dans un siège et les brèches qu'elle pratique : ses effets, plus affreux encore dans une bataille rangée dont il nous fait un tableau d'une effroyable vérité.
Entrant alors dans un nouvel ordre d'idées, il nous explique la force imprimée à la poudre par la dilatation de l'air et de la vapeur, et appuie son système sur une théorie de la physique du globe, et sur de nombreuses analogies avec des faits qui nous sont familiers ; émule de Lucrèce dont il invoque le génie et dont il cherche à s'approprier le style dans cette digression sur la phi­losophie naturelle, il dévoile les phénomènes du tonnerre, des aérolithes, les causes qui les produisent, et tout en combattant les idées du poète romain, il nous donne ses propres idées que n'admettra pas davantage une physique plus avancée : il termine ce livre en s'excusant de cette excursion sur le domaine de la science, et avec la promesse de ne plus s'occuper que de Venise.
Au chant III, il expose la constitution, les rouages du gouvernement et le système politique de la république Vénitienne, sujet ingrat, dit‑il, mais qui a son utilité. Il parle du doge, de son pouvoir souverain mais tempéré par la raison et par la loi ; des honneurs qui lui sont rendus, de l'étendue et des bornes de ses prérogatives. Il parle des assesseurs du doge, du conseil des dix, du sénat, du grand conseil et des attributions respectives de ces corps ; des modes d'élection, des conditions d'éligibilité, des titres d'admission, des incapacités, des votes par scrutin, des sanctions populaires, de la pondération des pouvoirs. Tous détails conformes à l'histoire, paraissant étrangers à la poésie, mais qui sont habilement et poétiquement exprimés.
Il nous montre le nouveau doge, paré de vêtements magnifiques, reconnu et acclamé par le peuple, salué par les grands, venant jurer par saint Marc, protecteur et patron de la ville, de se vouer au salut et à la gloire de la république, puis porté par les matelots en signe de sa domination sur les mers, et jetant à la foule des monnaies frappées en son nom et à son effigie.
Il nous fait connaître encore tous les magistrats revêtus des diverses fonctions civiles et ceux chargés de l'exécution de la justice ; la loi égale pour tous, favorable à tous, protectrice des faibles contre les puissants ; l'appui que trouvent à toute heure les accusés, les droits de chaque citoyen garantis, et l'oppression et l'iniquité devenues impossibles.
Il vante l'union de tous ces divers pouvoirs, le désintéressement et le concours de tous au bien public dans une constitution bien supérieure à celle que révèrent Platon dans sa République et Thomas Morus dans son Utopie. C'est par cette union que l'État a su maintenir sa prépondérance, et est parvenu à un degré de puissance qui le fait respecter de tous les peuples.
C'est par là qu'il a su résister à toutes les entreprises des conquérants, aux assauts des nombreuses armées de la Turquie, qu'il en a préservé l'Europe par son habileté, et sauvé la chrétienté par sa valeur à la bataille de Lépante.
Il nous montre enfin le peuple vénitien d'origine phrygienne ou gauloise toujours digne de ses aïeux, et leur ville si riche en grands citoyens, non moins féconde en hommes illustres dans les lettres. Il cite Bembo, Naugerius, Bapt. Egnatius dans la poésie ; Contarini et Venerius dans la philosophie ; les Alde Manuce dans l'imprimerie et dans les langues anciennes. « Ah! dit‑il en terminant, si l'amour de ma patrie ne l'emportait dans mon cœur, que j'aimerais à passer dans cette ville si glorieuse les jours que me réservent encore les dieux, dans cette ville qui surpasse en beauté toutes les autres, et que ceux qui la visitent trouvent encore supérieure à sa renommée. »


VENETIAE–RÉSUMÉ PAR L. CHADOURNE

L'auteur demande aux poètes italiens de lui permettre de venir cueillir quelques lauriers dans leur patrie, et il les invite en retour à chanter les « Gallica Regna » ; ainsi que firent Arioste et Angelo da Barga.
Puis avec les ornements mythologiques d'usage il fait l'historique de Venise.
Venise sort des flots. Sa situation lui a épargné les outrages des Goths et des Vandales dont Rome a eu à souffrir. Jupiter lui a donné un climat doux ; Neptune et autres dieux la comblent de bienfaits ; Vénus l'a peuplée de ses images.
Le poète retrace rapidement les premières conquêtes des Vénitiens
Puis il rappelle l'origine des grandes familles : Zeno, Gradenigo, Delfin, Cornaro, etc. Il annonce leur grandeur future, ainsi que la venue d'Henri III.
Au livre II, après les invocations classiques, le poète raconte sa première découverte de Venise
Il arrive le jour de St. Marc, lors de l'avènement du doge Pietro Lando. Du navire, son regard est frappé d'abord par le Môle et les hautes colonnes qui l'ornent , puis, par les palais qui s'élèvent des flots jusqu'au ciel ; tout de suite il note la présence des gondoles (phaseli).
Débarqué à la Piazzetta, le campanile dont le toit est revêtu d'or l'éblouit.
Puis, il découvre la magnificence orientale du Dôme, où sans doute, dit-il, tous les trésors de Crête, d'Arabie, et de Phrygie ont été réunis. Des mosaïques il passe à l'art de la verrerie ; en effet la profusion des objets de verre le frappe, comme ces petites cornes de verre filé qui guérissent des poisons ; et il fait l'éloge des ouvriers de Murano. Il s'extasie alors devant les chevaux et les taureaux de St. Marc.
Il décrit ensuite les machines hydrauliques qui apportent l'eau douce à la ville.
Venise n'a pas été ingrate envers le condottiere Bartolomeo Colleoni puisqu'elle lui a donné une statue magnifique, le Colleone, toute revêtue d'or, dont le cheval est particulièrement admirable.
Audebert est arrivé à Venise un jour particulièrement favorable pour contempler la magnificence vénitienne : on va célébrer le mariage du Doge avec la mer , le « sposalizio del Doge ». Tout le monde se rend au Lido. Alors les prêtres en longues théories vont chantant, accompagnés de trompes; les enseignes blanches, pourpres, violettes, précèdent le Doge ; puis sont présentées les dons du pape : la selle, le coussin, l'épée et le dais. Le Doge, revêtu d'un ample manteau, le front ceint d'un voile, s'avance parmi les Orateurs des nations. Les étoffes de soie, aux multiples dessins, éclatent. Sans retard, le cortège monte sur des gondoles qui vont rejoindre le Bucentaure. L'eau bleue s'argente sous les rames. A peine le temps de le raconter et le cortège est déjà dans le navire. Le poète y pénètre lui aussi, grâce à l'ambassadeur du roi, Pellicier. Le navire est maintenu à l'ancre : alors le Doge debout sur la poupe montre la gemme magnifique, montée en or, qui luit à son doigt, et dit : « In signum imperii veri atque perennis Hac gemma aeternum Te despondeo, Dori ». Alors il laisse tomber l'anneau, et une foule de nageurs se précipite et plonge. Ils livrent une vraie bataille sous les flots pour saisir la bague.
Un festin est ensuite servi au palais ducal. Le vin de Crète est servi dans des coupes de cristal. Les serviteurs versent de légers filets d'eau sur les mains. Des flûtes résonnent. Les plats sont apportés en longues théories. On découpe devant les convives. Et pendant quatre ou cinq jours la fête continue avec bal et comédie. La foule est immense, venue de tous les points du monde.
Enfn le poète raconte une flânerie à travers la ville, dont il admire surtout l'activité industrielle : les uns tissent des cordes, des voiles ; d'autres construisent des vaisseaux ; d'autres nettoient des armes. On entend des bruits d'enclumes . Dans des forges ardentes, on trempe des épées ; on rive des armures. Ailleurs, on fabrique de la poudre, ce qui permet au poète de donner une explication fantaisiste d'une explosion.


ROMA

ROMA – RÉSUMÉ PAR G. BAGUENAULT

Le poète s'adresse au cardinal Alexandre Farnèse à qui il a dédié son livre, et possesseur d'une partie des merveilles qu'il veut célébrer ; il s'adresse an Souverain‑Pontife lui‑même, Grégoire XIII, dont il avait suivi les leçons de jurisprudence à Bologne dans le temps qu'il rivalisait avec le célèbre Alciat. Il les prie de lui ouvrir les palais, les temples, les jardins qui renferment tous les objets d'art qu'il vient admirer et qu'il veut décrire.
Il appelle son fils Nicolas Audebert, qui parcourt l'Italie au moment même où écrit son père ; son, fils captivé alors par les leçons de Charles Sigonius, de Pompilius Amazée, digne héritier de Romulus, de Pierre Victorius, le cygne de Florence, de Jacques Corbinelli, l'honneur de la Toscane, de Fulvius Ursinus, philosophe érudit, d'Hippolyte Salvionus, savant médecin, poète et naturaliste, et surtout de Pierre Angelo Bargœus, favori des muses.
Il indique à son fils, d'abord, dans le Vatican, le groupe de Laocoon que chanta Sadolet, émule de Virgile, et que lui‑même, Audebert, décrit en poète inspiré et en véritable artiste. La Cléopâtre de laquelle il fait un admirable récit, et qu'ont déjà immortalisée les vers de Balthazar Castiglione ; la statue de l'empereur Commode, l'Antinoüs, le combat d'Hercule et d'Anthée, la Vénus pudique et la Vénus lascive ; l'Enfant pêcheur, les blocs immenses du Nil et de l'Océan ; l'Obélisque de Jules César, dont les cendres sont, dit‑on, renfermées dans la boule d'or qui le surmonte, témoignage de l'étroit espace qu'occupent les restes d'un grand homme ; les images de Rome triomphante et de la Dacie soumise, et les deux rois captifs, triste exemple des caprices de la Fortune.
Il fait admirer au Capitole la statue équestre de Marc‑Aurèle, la statue moderne que Rome, reconnaissante vient d'élever à LéonX, l'Hercule, la louve qui allaite Romulus et Rémus, l'enfant à l'épine, Marcus Brutus.
Dans le palais Farnèse, dont il nous donne une riche description, il signale le célèbre taureau et le groupe qui l'entoure ; le pasteur dont la pose tranquille offre un doux contraste avec le sujet précédent ; la statue de la nature, l'Esculape, l'Hermaphrodite, l'Hercule Farnèse du statuaire Glycon, la Bellone, le Bacchus et une foule d'autres divinités qui respirent sous le marbre. Il ne quitte pas ces lieux sans parler de la famille Farnèse et du pape Paul III dont il exalte les vertus et la haute prudence, si nécessaire aux temps d'agitation où il vivait.
Enfin il nous montre encore dans la villa d'Adrien et dans d'autres palais, l'Adonis, les trois Grâces, le Pyrrhus, le Marsyas, etc.
Après les statues viennent les monuments, après l'intérieur des palais, les rues et les places publiques ; le Colysée, le Panthéon et son portique, les fontaines et les lions sculptés qui reposent à leur base, le grand Cirque, le mont Palatin, le Temple de la Paix, le théâtre de Marcellus, le môle d'Adrien.
Le souvenir des faux dieux le ramène à l'éloge des pontifes du Dieu véritable, qui font l'honneur de la Rome moderne, les cardinaux Pellevé, Rimbolleto, Abennius, Burgius, François Joyeuse. Il admire le palais du cardinal d'Este, les jardins de Tibur, et une foule d'autres jardins que décore un nouveau peuple de statues : enfin il nous décrit les fontaines de toute sorte et de tout nom qui ornent la ville et les jardins des grands.
Il termine son poème en s'adressant de nouveau au cardinal Farnèse, et lui faisant hommage de ces vers inspirés par la reconnaissance, et dont le sort et le succès, dit‑il, dépendent de son approbation.


ROMA – RÉSUMÉ PAR L. CHADOURNE

Après la dédicace à Alexandre Farnèse, Audebert s'adresse à son fils, alors en Italie, et énumère les savants de lui connus que le jeune homme peut à son tour entendre et approcher : Sigonio, Laureto, Pomp. Amaseo, P. Vettori, I. Corbinelli, F. Orsini, Muret (dont il déplore l'absence de la France ). Suit une apostrophe à Grégoire XIII (Buoncompagni) dont il a suivi l'enseignement à Bologne.
Commence alors une sorte de catalogue en vers des antiquités romaines.
Le Vatican (le Cortile du Belvedère et les jardins, où Jules II et Léon X avaient fait transporter les principales statues) :  Le Laocoon, Cléopâtre, Commode, Antinoos, Vénus lasciva, Vénus modesta, Puer piscans, Le Nil, L'Océan, Rome triomphant entre deux captifs.
La Sixtine l'intéresse peu : il lui consacre seulement trois vers.
Le Capitole : la statue équestre de Marc-Aurèle, Léon X, La Louve, La Cava-Spina, Le Nil et Le Tigre, Brutus, Un Esclave, Castor et Pollux.
Le palais Farnese : Zeus, Amphion, Dircé, Antiope et le Taureau, Pastor, Natura, Esculape, Vestale, Hermaphrodite, Flora, Mercure, Gladiateur, Hercules Colosseus, Bellone, Captif, Dauphin, Triton, Bacchus, Silene, Terme ; sans compter les statues entières ou mutilées qui jonchent le sol du palais : Muses, Faunes, Sylvains, Lédas, Sabines, géants.
La Villa Farnesine : quelques vers sur la précieuse villa des Farnèse au toit doré, aux portiques de marbres colorés, d'un luxe éblouissant.
Avant de continuer, Audebert fait l'éloge de Paul III, des Cardinaux Sirleto, Bembo, des évêques Manzoli, Martelli.
Le Palais Adriani : Adonis : trois charites de marbre blanc.
Le Palais Massimi : Pyrrhus
Le Palais Valle : Marsyas, Satyres.
Pour finir, description de quelques monuments romains, le Colysée, le Panthéon, le Septizonium de Sévère.


PARTHENOPÈ

PARTHENOPÈ– RÉSUMÉ PAR G. BAGUENAULT

Le poète annonce qu'il va chanter cette ville fondée par les colonies Eubéennes, son port, ses citadelles que baigne la mer, ses jardins où se plaisaient les rois, le Pausylipe et sa grotte fameuse, le Vésuve, les villes de Pompéi et d'Herculanum, englouties sous les cendres du Volcan, les plaines fertiles de la Campanie, le cap Mysène, les îles d'Ischia et de Procida, le lac Averne et l'antre prophétique de la sybille de Cumes.
Il invoque la prêtresse inspirée d'Apollon, et s'adresse à Philippe Hurault de Chiverny, chancelier de France et gouverneur alors de l'Orléanais, qu'il appelle son Mécène et à qui il dédie ce nouveau poème. Le père de ce chancelier était mort au siège de Naples dans la guerre de 1528, compagnon de Lautrec, et le poète en plusieurs endroits fait allusion à cet événement.
Il appelle encore son fils Nicolas Audebert ; il ne doute pas qu'il ne soit curieux de connaître ce beau pays, et le conjure de braver toutes les fatigues pour voir la ville de Naples et le tombeau de Virgile, le prince des poètes : il lui prescrit le chemin qu'il doit suivre, lui indique le mont Pausylipe et le passage souterrain à la sortie duquel se déploie Naples, ses temples, ses palais et ses villas délicieuses où venaient méditer et écrire loin du bruit de Rome tous les génies célèbres de l'ancienne Italie : Cicéron, Virgile, Horace, Tite‑Live, Silius Italicus, Claudien, Stace, où chantèrent plus tard Pétrarque, Sannazar et Pontanus. Il vante les jardins de Delius, montre de loin le Vésuve et fait de ses éruptions une description que n'eût désavouée aucun des poètes qu'il vient de nommer. Il gémit sur le sort des villes d'Herculanum et de Pompéia, et sur la mort de Pline, avertissement des dieux à ceux qui osent sonder des mystères impénétrables aux mortels.
Il décrit le château de l'Oeuf, l'antre de Sérapis, le lac Agnano, les champs phlégéens, les ruines de l'Amphithéâtre, Pouzzoles et le golfe pittoresque au bord duquel elle est assise ; le temple de Jupiter, le pont de Caligula, le lac Averne, Baies et ses bains dont l'effet était si salutaire ; le tombeau d'Agrippine qui donne lieu au récit pathétique du parricide de Néron ; la piscine de Lucullus, le cap Mysène où chanta Corinne, les îles d'Ischia et de Procida, Linterne où se voit le tombeau de Scipion, la Campanie heureuse et les terres dites de labour, les plus fertiles en blé, en vin et en oliviers. Il signale Casilinum, célèbre par le stratagème d'Annibal, qui, pour effrayer les soldats de Fabius, chassa devant eux des bœufs dont la tête était chargée de sarments embrasés. Les villes de Sessa, ancienne capitale des Volsques, Fundi, Formies, où se plaisait Cicéron et près de laquelle il fut lâchement assassiné ; Terracine et Velletri, et la voie Appia par laquelle on rentre à Rome.
Ici le poète s'arrête un moment, puis dans un chaleureux épilogue, revenant sur tous les souvenirs d'une jeunesse passée sur cette terre sacrée, il nous rappelle qu'il était encore imberbe lorsqu'il traversa les Alpes, plein du désir de voir des villes inconnues, et d'étudier des mœurs nouvelles. C'était, dit‑il, au moment où François Ier, le roi au cœur généreux, à l'esprit chevaleresque, laissait, plein de confiance, le César autrichien, son ennemi, traverser le royaume de France pour aller châtier des sujets rebelles, que lui poète, descendant chez les Insubres, s'arrêtait à Bologne, la mère des fortes études, et y passait trois années à se nourrir des leçons grecques et latines de Romulus Amazée, et des doctrines du grand Alciat, le phénix des jurisconsultes, en société de deux jeunes compatriotes bien chers à son cœur, Pierre de Villars et Pierre de Lamoignon, de Mathœus Curtius, célèbre depuis dans la médecine, et d'une foule de jeunes gens qui étudiaient la philosophie, les arts et la jurisprudence.
Il redit combien ils étaient heureux dans leurs gaies promenades du printemps, quand la terre était tapissée de fleurs, d'aller entendre le chant du rossignol dont il donne une longue et poétique description ; quelle fut leur joie après avoir traversé l'Eridan, de voir apparaître Ferrare aux abords gracieux, Ferrare, où régnait alors Renée de France, la fille du bon roi Louis XII, qu'habitait Olympia Morata, Lélio et Cynthio Giraldi, les poètes célèbres, et Cœlius Calcagninus ; de visiter Padoue, la patrie de Tite‑Live, de Lazare Bonamicus et de Montanus ; de côtoyer les monts Euganéens couverts de riches moissons, de treilles succulentes, de nombreux troupeaux ; de franchir la Brenta, le médoac des anciens, et d'entrer enfin dans Venise, but de ce premier voyage, sujet de ses premiers chants.
C'est là qu'ils voyaient accourir une foule de jeunes étudiants de toutes les parties du globe : Sarmates, Gélons, Arméniens, Ibères, qui venaient puiser à ces sources de science ; et les Français de toutes les provinces, ceux qui boivent les eaux du Rhône, de la Garonne, de la Seine, et ceux qui résident aux rives de la Loire, de cette Loire qui baigne les murs d'Orléans aux tours nombreuses, d'Orléans, terre privilégiée par sa position et son climat salutaire, cœur et siège d'un grand royaume, ville toujours présente à l'affection de ses enfants, qui ne le cède qu'à l'Olympe pour son doux nectar et sa pure ambroisie. Terre à qui Cérès prodigue ses trésors, que Bacchus comble de ses dons les plus précieux, et dont les fruits du cognassier exprimés fournissent un aliment digne des dieux, et un suc plus doux que celui que nous envoie le roseau des Indes.
Parlerai‑je, ajoute-t-il, des portes de la cité si nombreuses et si fortes ? De ce pavé solide qui garnit ses rues et s'étend au loin dans les faubourgs, tel que n'en posséda jamais Rome dans ses voies Appienne, Flaminienne, Emilienne ou autres que les siècles ont fait disparaître ? Parlerai‑je des hommes distingués dans tous les genres auxquels elle a donné le jour, ou de ceux que Paris lui envoie pour concourir à son illustration ? Nommerai-je Alleaume, l'amour et l'orgueil des neuf sœurs, magistrat plein de bienveillance, et de l'intégrité la plus haute, dont le savoir ne le dispute qu'à la prudence, et dont la bonté se révèle sur tous les traits du visage. Viole, dont l'esprit plein de distinction et de candeur, semblable à un lis choisi dans un parterre, exhale en tous lieux la suave odeur que sa main répand sur les autels dans le ministère sacré qu'il exerce ? Philippe Hurault, enfin, issu de race armoricaine, l'un des soutiens du royaume, à l'esprit pénétrant, à la parole pleine de charme, choisi pour son mérite éminent par le roi Henri III, pour gouverner une ville chérie, un des plus précieux joyaux de sa couronne. »
Après ce mouvement patriotique auquel il mêle un éloge de Catherine de Médicis, le poète, craignant d'aller trop loin s'il se laisse emporter par l'amour de sa ville natale, suspend ses chants et dit adieu à sa muse.


PARTHENOPÈ– RÉSUMÉ PAR L. CHADOURNE

L'œuvre est dédiée à Philippe Hurault de Cheverny dont le père Rodolphe était mort à Capoue où il avait sa tombe. La description de Naples y est fort courte, et la plus grande partie est consacrée au récit de son voyage dans la campagne, parmi les ruines et de son retour par la Campanie, Ferrare et Bologne.
Pour parvenir à Naples on passe par le Pausilippe, roche creusée avec un art admirable. Dans le tunnel, deux quadriges peuvent passer de front. Les flancs de la montagne sont recouverts de moissons fertiles, de villas, de jardins parfumés.
Au sortir du tunnel apparaît Naples, ceinte de murailles. Toujours exposée à l'ennemi, des sentinelles veillent dans ses tours. Riche et peuplée, elle offre de nombreuses places publiques ornées de fontaines, d'églises et de merveilleux palais, ceux du roi surtout, et enfin un port immense sûr aux vaisseaux. Séjour de repos où vécurent Cicéron, Virgile, Horace, Pétrarque, Valla, Biondo, Sanazzaro, Pontano.
Au dehors et au-dedans de la ville sont de magnifiques jardins, aux cultures variées. Les jardins royaux (Horti Delioli) resplendissent de statues en marbre de Paros. Tous les produits de l'Afrique et de Chypre y croissent.
Au loin rougeoie le Vésuve, prétexte pour le poète de faire la description d'une éruption
Quittant Naples, il conseille de revenir par la route de Pompéi, par la route de la Margellina et regarder la mer bleue et la cime des montagnes qui se découpe sur le ciel.
Il faut voir le lac d'Agnano, les champs Phlégréens, et s'arrêter à Pouzzoles. De l'antique Dicearchia il ne reste que des ruines dominant la mer ; au milieu de la ville sur une roche on voit un ancien temple de Jupiter ; c'est là qu'on peut voir les ossements des géants foudroyés par Jupiter. Des piscines de Lucullus il ne reste que des piliers de pierre sur le bord de la mer. On voit aussi des piliers du pont que Caligula fit construire pour unir Pouzzoles à Baies. Pas très loin surgit un monticule formé en une nuit, du temps que Audebert étudiait à Bologne ; il recouvrit la « villa de Cicéron », retraite exquise qu'ornait un somptueux portique et un bois immense. Il n'en est resté qu'une fontaine dont l'eau guérit les yeux malades.
Baies, dont les eaux sont bonnes pour la goutte, l'estomac, les blessures etc., est dominée par une roche où l'on voit des ruines énormes. Près des bains, ruines du tombeau d'Agrippine et non loin la maison élevée par Alexandre Sévère à sa mère.
A Cumes, on voit encore l'autel d'Apollon construit de la main de Dédale.
Audebert poursuit son voyage à travers la Campania felice ; à Capoue il s'arrête sur la tombe de Rodolphe de Theverny. Puis c'est l'énumération des villes du Latium, Gaëte, Terracine, Sermoneta, Velletri.
Dans la deuxième partie du poème le poète évoque ses années d'étudiant à Bologne. Romolo Amaseo y enseignait le grec et le latin ; Alciat le droit : « maîtres illustres qu'écoutait respectueusement une foule de jeunes gens unis par un même amour des études et stimulés par leurs exemples ». Parmi ses compagnons français il avait Antoine Seneton et Pierre Villars qui tous deux furent recteurs, et Charles de Lamoignon.
Audebert raconte alors le trajet qu'il fit, avec des amis, pour aller de Bologne à Venise. Partis de nuit, il suivirent d'abord la vallée du Reno. Au lever du soleil, Ferrare apparut, ceinte de murs. « Un mont fait de la main des hommes » descendait mollement vers la ville. Une île au milieu du Pô, en forme de trirème, était pleine de végétations étranges. On y voyait aussi des palais et des bains.
Audebert évoque alors le souvenir de Renée de France, d'Olympia Morata, de Lelio Giraldi, d'Ercole Cato, de Caelio Caleagnini.
De là les jeunes gens passent quelques jours à Padoue, entourée elle aussi d'une triple enceinte de murs, de fossés et de vergers. C'était le temps où Lazzaro Bonamico étonnait son auditoire, où le médecin Montano faisait merveille, où Socino enseignait le droit.
Enfin, passant par les collines Euganéennes, fertiles en vignes et en troupeaux, Audebert prit la mer pour aborder enfin à Venise.


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