DEUX EXTRAITS DU JOURNAL DE NICOLAS AUDEBERT : PALAIS DE FLORENCE ET MURAILLES DE ROME
DESCRIPTION DE FLORENCE (ff. 193-196 du manuscrit)
dans Pierre de Nolhac, "Nicolas Audebert archéologue orléanais", dans Revue archéologique du 1er juillet 1887, p. 323-324
Le Palais est fort grand et superbe par dedans et digne d'une telle Republique comme celle à qui il estoit. Il y a belles salles; chambres, garderobbes, cabinetz et montées de pierre de taille fort larges et par estages, qui destournent en quarré de vingt en vingt marches, et par ce moyen reste de vuide au milieu, la largeur d'une chambre sur quoy se continue le bastiment et faict une tour. quarrée extresmement haulte, de laquelle se descouvre toute la ville et hors icelle fort a plain tant que les montaignes prochaines permettent à la veue de s'estendre. En ceste tour est la grosse orloge de la ville, les contrepois de laquelle descendent dans ceste vacuité qui est entre la montée; ce qui m'a semblé, estre digne de consideration pour l'architecture estant tres commode au milieu du Palais, ce qui sembleroit plus tost empescher. Il y a entre aultres une fort grande et belle sale toute peinte des pourtraicts des victoires du grand Cosme, ou les chefs et principaux d'une part et de l'aultre sont tirez au vif.
Pres de ceste sale est une grande chambre dans laquelle se veoit une chose si rare que par adventure (et comme chascun dict) il ny en a une aultre au monde, qui est une Chimere de bronse [1] que l'on dict avoir esté trouvée soubs terre à Arezzo, laquelle est telle que l'on la trouve descripte par les anciens sçavoir est un. gros lyon ayant pour sa queue un serpent, et de sur son col sort une teste de bouc avec grandes cornes et demy pied de col qui est comme enté sur le chignon au col du lyon : sur la jambe droicte sont gravez ces charactaires [Suit un fac-similé de l'inscription étrusque]. Le vers grec par lequel est descript cest animal est : πρόσθε λέων ὄπιθεν τε δράκων, μέσση τε χίμαιρα [2].
En ce mesme Palais se veoient, dans la garderobbe du Grand Duc, les Pandectes Florentines qui sont escriptes sur vellin. [3]
Dedans la place a un coin dudit Palais est, a costé droict sortant la porte d'iceluy, la fontaine qui est très belle et magnifique et bien large, estant au. milieu du bassin (qui est quarré) un grand Neptune de marbre blanc avec son trident, et sur un char tiré par quattre chevaux marins tres naifuement faicts et comme sortans de l'eau plus que à demy, le tout pareillement de marbre blanc. Au tour du bassin sont sur le bord plusieurs Nymphes marines avec des cruches jectantes l'eau, et ce faict tout de bronse [4]
A costé gaulche de la porte dudit Palais y a un petit portique ou gallerie par bas [5], sur le guardefol et appuy de laquelle sont quelques statues, et entre aultres une de Perseus tenant en la droicte un coutelas et en la gaulche la teste de la Gorgonne, le tout de bronse et les cheveux tous dorez. Au surplus, en ceste grande place se faict en la presence du Duc la solennité de la feste sainct Jehan-Baptiste.
Est puis à veoir le Palais de Pithi fort grand et ample, mais non encores achevé, dedans lequel y a plusieurs belles salles et chambres toutes garnyes, où se voient plusieurs excellentes tables, tableaux, statues antiques de marbre et aultres choses rares et belle marquetterie, et en la cour est dressée une statue de marbre d'un Hercules, et a costé est le pourtraict au vif de la mulle de Pithi, laquelle se veoit encores en une estable tout auprès, et sert à l'édification de ce Palais, tant aux voictures des pierres, bois, comme aultres choses nécessaires, ayant premièrement servi à porter la lictière de …… par un long temps à cause de quoy, pour tant de bons services qu'elles a faicts et faict encores tous les jours (encores qu'elle soit aagee de 35 ans) luy a esté faict pour memoire au dessoubz de son pourtraict ce petit distique : Lecticam, lapides et marmora, ligna, columnas / Vexit, conduxit, traxit et ista tulit. [6]
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[1] La Chimère est aujourd'hui au Musée archéologique de Florence.
[2] Iliade, VI, 181 : "lion par devant, serpent par derrière, chèvre par le milieu".
[3] Suit une description et des extraits du début des Pandectes, aujourd'hui à la Bibliothèque Laurentienne.
[4] C'est la fontaine de Bartolommeo Ammonati, alors de construction toute récente.
[5] La Loggia dei Lanzi, où est le Persée de Cellini.
[6] Litière, pierres, marbres, bois, colonnes, tout cela elle l'a mené, transporté, tiré et porté.
LES MURAILLES ET LES PORTES DE ROME
Fol. 229-273 du manuscrit du British Museum (fonds Lansdowne, n° 720)
Transcription de M. Jeayes, attaché au Manuscript Room du British Museum, citée dans Eugène Müntz, Les Antiquités de la ville de Rome aux XIVe, XVe et XVIe siècles, Paris, 1886, pages 73 à 128.
https://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k65534359/f150.item.texteImage
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Le tour des murailles et circuit de Rome, mesuré aux pas, dont les deux font la toyse.
La ville de Rome estant divisée en deux par le fleuve du Tybre qui passe à travers, je commenceray par le costé qui est le moindre, dont une partye appellée « il Borgo » comprend tout le Vatican, et l'aultre partye, nommée « il Trastevere » contient depuis le Tybre jusques au pied du Janicule, avec une grande part du mont : comme en l'aultre costé de delà le Tybre sont comprises les sept montagnes de l'antienne Rome.
Premièrement le tour, circuit, et mesure de Borgo.
Affin de ne rien obmettre de ce que l'on peult désirer oultre la mesure du circuit de Rome, je remarqueray par mesme moyen la forme des murailles, la matière dont elles sont bastyes, les inscriptions qui y sont gravées, les endroits où y a fossez, les boulevards, esperons, et armoyries de ceux qui les ont faict faire et tout ce qui s'y peult remarquer, tant pour la diligence de ce qui est de mérite et considération, que pour la curiosité et observation plus exacte, soit de l'antiquité, ou des choses modernes : et principalement la forme et structure de chascune porte de ville, et diversité des noms anciens, et nouveaux.
Estant passé de la ville par batteau delà le Tybre vis à vis du chasteau Sainct-Ange, on y trouve un gros boullevart de pierre Tyburtine dépendant dudit chasteau, et regardant sur le Tybre, contre lequel est gravée ceste inscription soubz les armoyries de Pio IV :
PIVS IIII MEDICES
MEDIOL. PONT. MAX.
AN. SAL. M.D.LXII
Commençant à conter dès le pied de ce premier boullevart, on en trouve d'aultres semblables qui suivent, avec un bon fossé, et fortes murailles que Pie V a faict bastir (fol. 230). Depuis le premier boullevart ayant cheminé sur le bord du fossé 1000 pas, on se trouve à la PORTA NVOVA aultrement appellée « Porta di Sant Angelo », et aussy « Porta del Castello » : laquelle est bastye en archade de pierre Tyburtine ; et aux deux costéz d'icelle sont eslevées les armoyries de Pie 4 et au dessoubs sont gravées en tables de marbre blanc ces deux inscriptions :
| PIVS IIII PONT. MAX. PORTAL NOVAM ET MŒNIA A FUNDAM. EREXIT |
PIVS IIII PONT. MAX. VIAM MATAM ET RECTAM AD ANGELICAM DUXIT |
A ceste porte y a un pont leviz traversant le fossé, et vis a vis d'icelle est une pierre eslevée pour borne sur un grand chemin droict qui va traversant plusieurs belles prairies, et conduit à une maison de plaisance appellée la « vigna di Madama » laquelle est a présent en dispute pour la propriété entre la Royne, mère du Roy, et la Duchesse de Parme, mère du Duc qui est à présent. En icelle borne y a une inscription de mesmes mots qu'il s'en veoit une aultre en une semblable pierre plantée pour borne vis à vis du premier boullevart, où j'ay commencé à conter, esquelles est ainsy escrit :
OBSERVATO
FINES
PIVS IIII
PONT. MAX.
ANNO SAL.
MDLXV
Continuant de cheminer le long du fossé, on trouve 620 pas plus loing PORTA ANGELICA aultrement dicte « Porta del Palazzo » ou bien « Porta di San Pietro ». Laquelle est bastye en archade de pierre Tyburtine ainsy que la précédente, et aux deux costés d'icelle y a deux Anges eslevez en marbre blanc, soubz lesquelz sont gravéz ces mots :
PIVS III. PONT MAX
PIVS III. PONT. MAX.
Depuis ceste porte se va encores continuant une bonne et forte muraille bastye par Pie IV, et à 350 pas y a un fort gros boullevart, qui a esté basty du temps de Paule 3, comme il se congnoist par ses armoyries que l'on veoit au hault du coin dudit boullevart faict en esperon, à costé desquelles il y a aussy deux aultres armoyries de quelques particuliers qui avoient lors quelque charge en la ville, et au dessoubz est ceste inscription (fol. 231) :
PAVLVS III
PONT. MAX.
ANNO VIII
100 pas plus loing recommence une continuation de muraille bastye du temps de Pio 4 estant ses armoyries eslevées contre le mur, avec ces mots au dessoubz :
PIVS IIII MEDICES
MEDIOL. PONT. MAX.
ANN. SAL. M.D.LXIIII
400 pas plus avant se trouve une entrelassure de bastiment de Pie V, avec ses armoyries dans le mur au dessus de ceste inscription :
PIVS V. PONT. MAX.
AN. SAL. M.DLXVIII
PONTIFIC. SVI ANNO III
200 pas après recommence le bastiment de Pie 4, avec ses armoyries, et ces mots au dessoubz gravéz en une petite table de marbre blanc enclavée dedans la muraille :
PIVS IIII MEDICES
MEDIOL. PONT. MAX.
ANNO SAL. M.D. LXV
420 pas suivant le mesme chemin on retrouve du bastiment de Pie V où sont aussy ses armes avec l'inscription suivante :
PIVS V PONT. MAX.
ANNO SAL. MD.LXVIII
PONTIFIC. SVI ANNO III
95 pas plus loing recommence encore le bastiment de Pie IV, où est ainsy écrit en une table de marbre :
PIVS IIII. MEDICES
MEDIOL. PONT. MAX.
ANN. SAL. MDLXIII
Ceste muraille continuant elle dure encores 380 pas jusques à la PORTA PERTUSA. Laquelle est aultrement appelée « Porta del Vaticano » : comme estant la principale du Vatican située en lieu fort hault et éminent. Ceste porte est bastye en archade de pierre Tyburtine, mais non encores achevée, et au dedans d'icelle ces mots sont gravéz en une pierre en bas (fol. 232) :
PIVS III. PONT. MAX.
Entrant par ceste porte au dedans de la ville on trouve encores a passer une aultre petite porte quarrée entre les vieilles murailles que feit bastir Leon 4 autour du Vatican ; desquelles murailles se voyent dans la ville plusieurs restes et pents à forme de carneaux qui durent jusques au chasteau Sainct Ange.
Or continuant le tour et circuit depuis ladite porte, on trouve un autre entrelaz de muraille à 155 pas plus loing qui est du bastiment de Pie 5, avec ces lettres qui suivent :
PIVS V PONT. MAX.
AN. SAL. M.D. LXVIII
PONT. SVI ANNO III
160 pas plus avant recommence le bastiment de Pie 4, auquel sont eslevées ses armoyries et ceste inscription gravée :
PIVS IIII. MEDICES
MEDIOL. PONT. MAX.
AN. SAL. M.D.LXV
160 pas plus bas se voyent encores les armoyries de Pie 4, avec ces mots gravéz :
PIVS IIII. MEDICES
220 pas plus oultre se retrouvent encores en un aultre pent de muraille les mesmes armes avec ceste inscription semblable aux précédentes :
PIVS IIII. MEDICES
MEDIOL. PONT. MAX.
AN. SAL. M.D.LXV
70 pas au delà se trouve dedans ledit pent de muraille de Pie 4 une petite porte appelée PORTA DI FORNACIERI et aultrement « Porticha di Cavalli ligieri », laquelle n'a esté faicte que pour la commodité de ceux qui demeurent au palais de Sainct Pierre et pour les jardins du Vatican. Ceste porte est quarrée, bastye de pierre Tyburtine et y a seulement un petit pont de boys pour passer le fossé.
Après ceste petite porte suit une muraille construicte par Pie V contre laquelle on veoit à 30 pas plus loing ses armoyries eslevées avec ceste inscription gravée au dessoubz :
PIVS V. PONT. MAX.
AN. SAL. MDLXVIII
PONTIF. SVI ANNO III
Depuis ceste inscription y a une continuation de murailles qui paroissent bien anciennes, bastyes de pierre quarrée qui peult estre du temps de Léon 4 ainsy que je juge par comparaison d'aultres semblables que nous verrons après, où sont appliquées ses armoyries ; laquelle suitte de muraille, qui dure 260 pas, se va joindre à la PORTA DI TORRIONE qui est autrement appellée « Porta grande di Cavalli ligieri » et fut ancienement nommée « Posterula », comme disant qu'elle est située in posteriore parte urbis : ou bien, selon que disent auscuns pour ce qu'il y demeuroit un Saxon nommé Posterulus.
Ceste porte est bastye en archade de pareilles pierres quarrées que la precedente muraille, qui semble si antique que sans une inscription qu'on y veoit on la jugeroit de bien plus longtemps : Et encores y a doubte si l'inscription se doibt entendre pour la muraille d'aultant que au dessoubs d'icelle y a par bas une longue cuve de pierre proche de la porte comme pour servir d'abbrevoir, a quoy ces mots se peuvent rapporter :
PIVS IIII. PONT. MAX.
VTILITATI PUBLICAE ET
COMMODITATI EQVITUM
CVSTODIAE. PONT. ANNO
SAL. M.D.LXV
Au dessus de ceste inscription sont eslevées les armes de Pie 4. A costé droict d'icelle les armes d'un cardinal, et a gaulche celles de la ville et République de Rome.
Depuis la porte di Torrione y a un continu bastiment de Pie V, d'une forte muraille qui n'est toutesfoys que de menue pierre, et dure 630 pas, y ayant plusieurs fois, et en divers endroicts, ceste mesme inscription :
PIVS V. PONT. MAX.
AN. SAL. M.D.LXVIII
PONTIF. SVI ANNO III
Après cela on veoit un changement de muraille plus ancienne que la précédente, au commencement de laquelle y a une petite pierre vers le bas, ou sont engravez ces mots :
PIVS IIII. MED.
MEDIOL. PONT.
MAX. ANNO
SAL. M.D.LXV
70 pas plus avant commence le boullevart de la porte de San Spirito, lequel respond droict sur la rue Septiminale, et contre iceluy est encores gravée ceste mesme inscription :
PIVS IIII. MEDICES
MEDIOL. PONT. MAX.
AN. SAL. M.D.LXIIII
Peu au delà de ce boullevart est la PORTA DI SAN SPIRITO laquelle prend son nom d'un hospital et Eglise qui en est proche qui se nomme « hospitale di San Spirito ».
Cette porte est assise en lieu hault eslevé, et est bastye de nouveau, mais non encores parachevée, estant toute de pierre Tyburtine, de pareille forme et structure que le boullevart précédent, ce que l'on tient avoir esté bastye par Paule III, encores qu'il n'y ait en l'un ny en l'aultre aulcune remarques d'armoyries ou inscription. Depuis la porte la muraille va continuant jusques au Tybre toute semblable, et de mesme matière, que la porte, et le boullevart : laquelle jusques au bord de l'eau dure 140 pas de long. Aultres disent que c'est oeuvre d'Alexandre 6.
Au bout de ceste muraille on veoit encores sur le bord du Tybre les ruines antiques d'une des portes de Rome qui estoit appellée « Porta Vaticana », laquelle aulcuns antiquaires disent estre aussy celle qui fut premièrement nommée « Porta Triumphalis », et aussy on veoit encores vis à vis plusieurs restes de ruines du Pont Triomphal, lesquelles paroissent au mylieu du Tybre, mais la plus grande part de ceux qui ont escrit de la Porte Triomphale tiennent que c'estoit celle de Sainct Sébastien, de laquelle je parleray en son lieu cy après.
Depuis le susdiz bout de muraille joignant le bord du Tybre (affin d'accomplir le total circuit de Borgo) peult avoir à veue d'oeil environ 300 pas jusques au pont et chasteau Sainct Ange qui est aussy sur la rive, du mesme costé. Et durant ceste longueur de 300 pas on bastit à présent des murailles près du Tybre qui continueront jusques audit chasteau Sainct Ange, affin de rendre tout le Vatican cloz et fermé de murs : lequel ancienement n'avoit jamais esté cloz. Le premier qui y feit faire des murailles fut le Pape Léon 4 qui estoit Romain, et luy donna son nom, tellement que toute la closture du Vatican, que nous appellons maintenant Borgo, fut par lui nommée Cita Leonina : Et parce que c'estoit un lieu vague, et peu habité, il y logea premièrement des Corses qui estoyent fuitifs de leur pays d'où ilz avoient tous esté chasséz par les Sarrasins, et s'estoyent refugiéz à Rome. Et dès lors ledit Pape Léon 4 y feist faire les six portes cy devant mentionnées.
Depuis le lieu où j'ay commencé a circuir, il y a partout des fossez au pied de la muraille, ce que jeremarque icy particulièrement, d'aultant que en la plus part de ce qui reste, il n'y a point de fosséz à Rome, ains seulement un chemin plat et uny au pied des murs, lequel en plusieurs lieux est serré d'un costé de hayes qui ne sont que à troys toyses loing des murs : Aussy aujourd'huy toute la force de Rome c'est le Borgo où est la demeure des Papes, et l'église Sainct Pierre à un bout, et le chasteau Sainct-Ange à l'aultre bout : lesquels sont fort eslongnez l'un de l'aultre : toutesfois pour la commodité du Palais Sainct Pierre, et seureté des Papes, il y a une muraille fort haulte, et espesse sur laquelle il y a un petit chemin en forme de gallerie qui conduit à couvert depuis le palais Sainct Pierre où demeure le pape jusques audict chasteau, affin de s'y pouvoir retirer promptement et secrettement sans estre veu lors que besoing seroit, laquelle gallerie fut bastye par Alexandre 6. Et à cause de la demeure des Papes qui a esté transférée de Sainct Jean de Latran, où ils demeuroyent anciennement pour venir habiter au Vatican, à ceste occasion il se trouve à présent plus de peuple que en aulcun lieu de Rome, y ayant une très belle, longue et large rue droicte, et bien bastye, laquelle respond du Chasteau Sainct-Ange en la grande place qui est devant le Palais et Eglise Sainct Pierre. Ceste rue ayant aussy esté dressée par Alexandre 6, il luy donna le nom de Strada Alexandrina, et encores à présent il y a un Gouverneur particulier pour ce qui est de deça le Tybre, lequel est appellé Governator del Borgo, qui est une belle dignité à Rome.
Le Borgo pour toute supputation sommaire du tour et circuit des murailles se trouve avoir 5760 pas.
Le tour, circuit, et mesure du Trastevere.
Sortant de Borgo par la susdiz porte de San Spirito on trouve une très belle, longue, large et droicte rue, ornée des deux costéz de plusieurs riches et superbes édifices, laquelle s'estend tout le long du Tybre et fut ainsy dressée à la ligne par le Pape Jule 2. Et est sur le pied du mont Janicule, entre icelui du costé droict, et la rivière, du costé gaulche ; ceste rue mesurée a 1200 pas de longueur, et n'est point enfermée dedans Rome, ny clause d'aulcuns murs, mais elle sert pour joindre le Borgo au Trastevere, lequel commence au bout d'icelle où se trouve la PORTA SEPTIMIANA qui fut ainsy appellée du nom de l'Empereur Septimius Severus ainsy que tesmoigne Spartianus par ces mots : « Opera ejus publica exstant. Septizonium et Thermae Septimianae, in transtyberina regione ad portam nominis sui ubi Janus Septimianus, et ara Septimiana. » Aulcuns ont eu opinion de tirer ce nom d'ailleurs, disant : « Porta suptus Janum », comme estant soubz le mont de Janus, dont Janiculus est un diminutif. Elle a aussy esté appellée Fontinalis comme estant consacrée aux Déesses des fontaines.
Ceste porte n'est point l'antien bastiment, mais est bien en la mesme place, ayant esté toute refaicte de nouveau par le Pape Alexandre 6 en forme d'archade de pierre quarrée, ainsi qu'on la veoit à présent. Et au lieu de l'inscription de Septimius ceste cy y est maintenant :
ALEXANDER VI. PON.
MAX. OB UTILITATEM
PVBLICAM
CVRIAE P.Q.R.A
FVNDAMENTIS RESTITVIT.
[Voir Forcella, Le Iscrizioni, t. XIII, p. 30, et Fulvio, Antiquaria, fol. XVI.]
Icy commence le quartier de ville appellé « il Trastevere » et d'aultant que le dehors des murs appartient à des particuliers, tellement qu'il n'y a point de chemin ny espace pour en approcher : il fault prendre par dedans la ville, et tourner à main droicte en la première rue montant le long des anciennes murailles qui conduisent sur le hault du mont Janicule, et sont fort ruinées : lequel chemin faisant on trouve après 600 pas un pent de la muraille réparé par Pie IV avec ses armoyries, et ces lettres :
PIVS IIII. P. M.
Après avoir passé ce petit pent de muraille réparé, on retrouve encores les vieilles et antiques à 20 pas plus hault, sur lesquelles ayant monté 12 pas, on se trouve au sommet du Janicule où est assise la PORTA DI SAN PANCRATIO (fol. 237) de laquelle le nom ancien estoit Porta Aurelia et aussy Porta Janiculensis : cestuy cy à cause du nom de la montagne où elle est. L'aultre à cause d'un consul nommé Aurelius comme aulscuns ont voulu dire, ou plus tost de l'Empereur Aurelius : dont la première opinion a néantmoins apparence d'aultant que chascune porte ayant ancienement de grands chemins pavez qui retenoyent les noms de ceux qui les avoyent dresséz il est certain que de ceste porte sortoit [la] VIA AVRELIA qui est des plus antiennes, laquelle sans doubte fut dressée et pavée par un consul nommé Aurelius, comme tesmoigne Cicéron. Et depuis fut aussy appellée TRAIANA à cause de l'Empereur Trajan qui l'a feit réparer. Ce grant chemin descendoit vers la mer, et passant par toute la Toscane en infinyz lieux marescageux il y avoit des chaussées en plusieurs endroicts qui se trouvoyent trop bas, et des ponts où les eaux estoyent trop haultes, et ainsy continuoit tout du long jusques vers Pize, et encores à ceste porte on veoit beaucoup de l'ancien pavé.
Quant aux précédentes portes dont j'ay desja parlé (qui sont les six de Borgo) d'aultant qu'elles sont toutes modernes, aussy ny ayant eu aulcuns grands chemins anciens je n'y en ay point faict de mention, comme je feray cy après à chascune, parceque toutes les aultres ont cela d'ornement particulièrement remarquable.
Or pour retourner au propos de la porte de san Pancratio où je suis demeuré, fault savoir que ce nom moderne luy est donné à cause d'une église qui en est voysine hors d'icelle, appellée SAN PANCRATIO, qui fut bastye par Simmachus Pape natif de Sardaigne : Et encores que ceste porte fust assez congneue par ses noms latins et anciens dont j'ay cy dessus faict mention, ce néantmoins quand Procopius en parle, il la nomme Portam Pancratianam.
Ceste porte a deux portaux en archade dont le premier estant du costé de dedans est tout de brique, et basty par le pape Paule 3, comme se voit par ses armes qui y sont eslevées et ces mots gravéz soubz icelles :
PAPA PAVLO III
L'aultre portail de dehors est fort antique, basty de grosse pierre de taille : joignant lequel il y a plusieurs vieilles inscriptions qui pour leur ancieneté sont tellement minées et effacées par le temps, qu'il ne s'en peult lire qu'une partye et encores bien malaisement.
Depuis ceste porte ayant repris le chemin et circuit hors la ville on va costoyant les vieux murs, qui n'ont aulcun fossé, et sont d'une grosse massonnerie fort antique qui continue jusques à 860 pas où se trouve un petit pent de muraille rebasty du temps de Jule 2. duquel on veoit les armoyries eslevées contre le mur, et ces lettres au dessoubz :
JVLIVS PP. II
MD.XII
Après ce pent rebasty, les vieux murs recommencent comme devant, lesquels durent encores 620 pas, descendant tousjours depuis la susdiz porte de San Pancratio jusques à la PORTA PORTVENSE autrement appellée Porta della Ripa et ancienement Porta Navalis, et aussy Portuensis, près de laquelle il y a un très beau jardin d'un gentilhomme Romain.
A la sortye de ceste porte commençoit un grand chemin pavé, comme le précédent lequel fut ancienement nommé : VIA PORTVENSIS (fol. 238) qui conduisoit au Port d'Ostia, d'où ce grand chemin et aussy la porte ont pris leur noms. Ceste porte est assise entre le Janicule et le Tybre, bastye de deux archades en front, et à costé l'une de l'autre, qui sont de grosse pierre de taille fort antique, l'une desquelles est bouchée et au dessus d'icelle y a une inscription, telle qui suit, laquelle toutesfoys on list fort malaisément :
S. P. Q. R.
IMPP. CAES. DDNN. INVICTISSIMIS PRINCIPIBVS AR :
CADIO ET HONORIO VICTORIBVS AC TRIŪMPHATORIB' SEMPER AVGG.
OB INSTAURATOS VRBI AETERNAE MVROS PORTAS AC TVRRES EGES
TIS IMMENSIS RVDERIBVS EX SUGGESTIONE V. C. ET INLVSTRIS.
MILITIS ET MAGISTRI VTRIVSQVe MILITIAE FL. STILICHONIS AD PER :
: PETVITATEM NOMINIS EORUM SIMVLACHRA CONSTITVUIT.
CVRANTE FL. MACROBIO LONGIANO V. C. PRAEF=
= VRBIS D. N. M. Q. EORVM
S(enatus) P(opulus) Q(ue) R(omanus)
IMPP CAESS DD NN INVICTISSIMIS PRINCIPIBVS
ARCADIO ET HONORIO VICTORIBVS AC TRIVMFATORIBVS SEMPER AVGG [augustis]
OB INSTAVRATOS VRBI(s) AETERNAE MVROS PORTAS AC TVRRES
EGESTIS INMENSIS RVDERIBVS
EX SVGGESTIONE V(iri) C(larissimi) ET INLVSTRIS [COMI]TIS ET MAGISTRI VTRIVSQ(ue) MILITIAE [STILICHONIS]
AD PERPETVITATEM NOMINIS EORVM SIMVLACRA CONSTITVIT
CVRANTE [FL(avio) MACROBIO LONGINIANO V(iro) C(larissimo)
PRAEF(ecto) VRBIS] D(evotus) N(umini) M(aiestati)Q(ue) EORVM
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Le Sénat et le Peuple romain,
– pour les empereurs, les Césars, nos maîtres [dominis nostris] et souverains invincibles, Arcadius et Honorius, victorieux et triomphants, éternelles Majestés [augustis],
–pour [célébrer] la restauration des murailles, des portes et des tours de la Ville éternelle, après l'enlèvement d'immenses quantités de décombres,
– sur la suggestion du distingué et illustre compagnon et commandant des deux armées Stilicon,
– pour qu'on se souvienne éternellement de leur nom,
a fait ériger leurs statues.
A supervisé les travaux Flavius Macrobius Longinianus, homme distingué, préfet de la ville, dévoué à leur divinité et à leur majesté.
[Voy. Corpus inscriptionum latinarum, t. VI, nos 1188, 1189, 1190.]
Depuis ceste porte, les vieux murs continuent jusques au bord du Tybre où y a une tour bastye par Léon 4, jusques à laquelle la distance est de 100 pas que dure la muraille : et icy fault passer la rivière par batteau ; tellement que le Trastevere a d'un costé le Tybre pour closture, et au reste est cloz de murailles, et n'y a que troys portes.
Le TRASTEVERE, pour toute supputation sommaire du circuit des murailles, se trouve avoir 2212 pas : et comprenant la longueur de la rue qui joinct ensemble le Borgo et le Transtevere il y a 3412, tellement que tout ce costé de ville séparé par le Tybre contient en somme 9172 pas.
Le circuit et mesure de l'aultre costé de Rome qui comprend les sept monts (fol. 239).
Ayant passé le Tybre par batteau on trouve de l'aultre costé, vis à vis ladite porte Portuense, le commencement des anciens murs qui sont fort ruinez, bastys de grosse pierre, et sont si proches de l'eau que, entre le bord et iceux, il n'y a qu'un petit sentier estroict par lequel on passe en quelque endroicts difficilement, et ainsy cheminant entre les deux, suivant le cours et fil de l'eau, il se trouve que ceste muraille a mille deux cents pas de longueur et continue droict jusques à un boullevart, et tours de pareille fabrique, faisant le coin et angle de ce costé de Rome.
Et d'aultant que le Tybre qui baigne le pied de ce boullevart empesche le passage par dehors, il fault en cest endroict passer dedans la ville, et entrer par un trou qui respond et conduit dedans les voustes des murailles, estant icelles bastyes de telle structure que l'on pouvoit ancienement, auparavant l'encombrement des ruines, aller deux de front à couvert tout au tour desdiz murailles et dedans icelles, y ayant des allées et galleries voustées, avec des ouvertures par le costé de dedans et au travers des tours, qui y sont bastyes de cinquante en cinquante pas.
Depuis le coin et angle cydevant mentionné ayant encores suivy ce chemin par dedans jusques à cinq cents pas on se trouve proche et à costé d'une haulte motte, et amas de potterie appellée Monte Testacio.
MONTE TESTACCIO estant si voysin des murs de la ville il ne sera mal a propos d'en parler en ce lieu. Ce quartier ou plus tost coin de ville est fort vaste et deshabité, et en cest endroit y a une grande estendue de place faisant un pré fort long, large et spatieux : où se jouoyent ancienement les jeux olympiques. Au mylieu duquel est eslevé ce petit mont, ou plus tost motte qui n'est qu'un amas de tays de pots cassez qui y sont en telle quantité que cela est esmerveillable, qui est cause que par curiosité j'ai voulu le mesurer et ay trouvé qu'il a cent quatre vingt pas de haulteur, et cent vingt pas de largeur à l'endroict le plus estendu (fol. 240).
Les opinions sont diverses d'où est provenu un si grand amas de poterie, les uns disent que ceste matière estoit ancienement tellement en usage que les tributs qu'on envoyoit au peuple Romain, de la part de toutes les provinces, estoyent en des vaisseaux de terre cuitte qu'on jettoit tous en un tas après avoir serré ce qui estoit dedans : qui est chose avec peu d'apparence. Les autres disent que toutes les provinces subjuguées par le peuple Romain debvoyent tous les ans, pour recognoissance de seigneurie et submission, envoyer un vaisseau plein de terre de leur pays ; remarquant par là que leur terre estoit subjecte, et appartenoit à l'empire romain. Et que ayant tous payé ce debvoir on faisoit gloire, voire comme trophée d'eslever ensemble un si grand amas de vaisseaux remplys de tant de sortes de terre estrangère, en souvenance de leur conquestes, et pour tesmoignage de leur grandeur et puissance, ce qui ayant continué par longues années, il se seroit enfin accumulé une telle quantité de pots, que ceste petite montagne en auroit esté faicte. Mais la plus commune opinion parmy les doctes c'est que en ce lieu se faisoyent ancienement toutes les poteries de Rome, estant ce quartier destiné pour cest effect, soit à cause de la commodité du lieu pour ce mestier ou pour eslongner les artisans du coeur de la ville, à quoy les anciens avoyent quelque esgard, et mesmes avoyent destiné tout le Transtybre (duquel je viens de parler, et qui n'est eslongné ny séparé de ce lieu que par la rivière) pour l'habitation et demeure des gens de plus vile condition, et pour les mestiers plus salles, et portant plus d'incommodité, et empeschement, ce qui est remarqué par Martial. Toutesfoys encores que tels artisans soyent personnes abjectes, et le mestier vile et peu propre, si a il esté en grande estime entre les anciens lesquels n'ayant la congnoissance et invention de la vaisselle d'or, d'argent ny d'estain, usoyent seulement de terre cuitte, ne trouvant aultre matière plus propre et commode pour la netteté requise aux vivres de l'homme, et mesmes pour l'eau et le vin que la poterie, dont ils se servoyent à infinyes aultres choses et mesmes pour les urnes où on mettoit les cendres des morts, pour les canaux et conduictz des fontaines, et aultres ouvrages de poterie que nous faisons maintenant de verre, ce que Pline a remarqué lib. XXXV cap. XII où il dict : « Quae rota fiunt et fictilibus doliis ad vina excogitatis et ad aquas propter quae Numa Rex Septimum collegium figulorum instituit. Quin et defunctos sese multi fictilibus doliis condi maluerunt, majorque pars hominum terrenis utitur vasis. » Bref on usoit si communement pour toutes choses de ceste matière que mesmes on en faisoit les dieux des anciens pour mettre dans les temples comme on remarque par ce vers de Properce : Fictilibus crevere deis haec aurea templa et Ovide au premier livre des Fastes. Inque Jovis dextra fictile fulmen erat et aussy Juvénal. Fictilis et nullo violatus Juppiter aevo ou bien auro.
Tellement que ceste matière ayant esté si fréquente en usage, il s'en faisoit telle quantité pour une si grande ville que Rome, qu'il est vraysemblable que tous les artisans de ce mestier estans reduicts en mesme lieu, il s'est peu faire par longues années un tel amas de tays de leurs pots casséz et vaisselle de terre, ou aultre poterie qu'il s'en est ensuivy et faict une petite montagne comme nous voyons : parmy laquelle j'ay pris garde qu'il y a peu de terre meslée qui face liaison, ains sont les pièces l'une sur l'autre entassées, qui me faict juger que si la seconde opinion estoit véritable, on y verroit davantage de terre meslée, voyre plus de terre que de poterie, si les vaisseaux y avoyent esté apportéz pleins de terre. Quoy que ce soit toute ceste montagne n'est que de pièces de potterie semblable a celle que nous disons en France pots de Beauvais, estant fort nette, polye, et de couleur jaulnastre ou tant soit peu rougeastre selon la diversité des terres, mais il ne s'y en veoit aulcune qui ait de la plomberie, dont l'invention estoit incongneue aux anciens, laquelle apporte beaucoup de parfection à cest ouvrage, mesmement pour retenir les liqueurs plus transpersantes et empescher que les plus âcres et mordantes ne se puissent attacher aux vaisseaux, lesquels par ce moyen résistent aussy plus aisément aux injures du temps. Toutesfois on peult remarquer par toutes les pièces de poterie que l'on veoit icy amassées depuis un si grand nombre d'années, qu'il semble que ce soit ouvrage tout récent à quoy il se juge que ceste matière et invention peult estre mise ainsy que l'or et le crystal ou diament au nombre de celles qui sont de plus grande durée et font plus longue résistence au temps et années, ayant les mesmes effects et vertus que les précédens, pouvant résister à la terre, à l'eau et à l'air et ceddant difficilement au feu, qui luy a donné le principal de son essence, ainsy comme au verre, n'ayant aultre deffault que la fragilité dont ils sont guarantyz estant en lieu de repoz, et sans estre hurtez. Aussy voyons nous que les édifices de Rome qui ont plus résisté au temps et principalement au feu, sont ceux qui estoyent bastys de bricque, dont la matière et la façon approchent de ceste invention de poterie, laquelle a esté trouvée par un Athénien nommé Choroebus, selon que rapporte Pline au LVIe chap. du XXVIIe livre.
Pour retourner au chemin, et continuer le mesurage on commence par dedans la ville, il y a encore 640 pas allant tout le long des murailles antiques jusques au sépulchre de Cestius.
Puis plus avant 30 pas est la PORTA DI SAN PAOLO. Premièrement je parleray du sépulchre de Cestius qui est une grosse pyramide toute de grosse pierre quarrée depuis le pied jusques à la pointe, basty en cube et forme quadrangulaire et egalle de chascun costé, ayant… (sic) de quarré en face, et … (sic) de haulteur jusques au sommet, laquelle forme de bastyment et structure a esté par les anciens appelée Meta. Ceste pyramide est tellement enclavée et comprise dedans les vieux murs, que la moytié d'icelle paroist au dedans de la ville, et l'aultre moytié par le dehors : estant les deux aultres costéz joinctz aux murailles, qui ne sont de beaucoup si espesses que la pyramide, dont elles ne couvrent que quelque partye. Il y a une inscription par dedans et dehors la ville, mais par le dedans elle ne se peult lire que demy, à cause de la quantité d'herbes, arbrisseaux et ronses qui ont pris racine aux joinctures des pierres et de la mousse qui s'y est accuillye tout au tour : mais du costé qui est hors ville, il y a double inscription, savoir une haulte en lettres grandes d'un pied ou plus chascune ; l'aultre plus basse au dessoubz et en moindres charactaires ; dont la première est telle qui suict :
C. CESTIVS L. F. POB. EPVLO. PR. TR. PL.
VII . VIR . EPVLONVM
Et plus bas est escrit en plus menues lettres :
OPVS ABSOLVTVM EX TESTAMENTO DIEBUS CCCXXX
ARBITRATV
PONTI. P. F. CLAMELAE HAEREDIS ET PONTHI . L.
Après ceste pyramide on trouve 30 pas plus loing ladite porte de San Paolo, qui a ce nom à cause de l'Eglise Sainct Paul à laquelle on va par ceste porte, dont elle est eslongnée de plus d'un mil, et assise sur le grand chemin d'Ostia, d'où vient que ceste porte fut premièrement nommée Porta Ostiensis et depuis Porta Trigemina, à cause que par icelle sortirent les troys Horaces quand ilz allèrent combattre les troys Curiatiens : combien que pour lors la porte n'estoit pas en ce mesme lieu, ains plus avant dedans la ville entre le Tybre, et le mont Aventin, touchant à un coing d'iceluy. Quelques uns ont tenu que ceste porte a esté appellée Capena y ayant en ses environs et hors icelle, une bourgade portant le mesme nom.
A la sortye de ceste porte commencoit un grand chemin pavé appellé VIA OSTIENSIS qui duroit dix mil, conduisant droict à la mer jusques à Ostia : et encores à présent y a un beau pavé ; mais qui est moderne, et bien entretenu l'espace de troys mil.
La structure de ceste porte est composée de deux archades de pierre assez vieille, soubz l'une desquelles sont gravées ces quattre lettres.
N. PP. V.
[Nicolaus Papa Quintus.]
A ceste porte, commençant à reprendre le chemin par dehors la ville costoyant le pied des murailles, lesquelles n'ont aulcun fossé, ny toutes les précédentes depuis le Tybre, on suit à main gaulche un petit pent de muraille réparée où on veoit des bricques advençant hors le mur, lesquelles joinctes ensemble représentent quattre lettres pour signifier que Nicolas Pape V a faict rebastir cest endroit. Les bricques sont ainsy disposées :
N P P V
Après ce pent de murailles les vieux murs recommencent et continuent jusques à une tour qui est eslongnée de ladicte Porte de Saint-Paul de 640 pas, et contre icelie cecy est gravé en une pierre (fol. 243 v°) :
IVLIVS
III
Le chemin allant un peu en montant on trouve encores une aultre tour qui est plus loing de 280 pas, contre laquelle est aussy escrit :
IVLIVS III
PONT. MAX.
310 pas plus avant, en montant tousjours, on veoit contre le mur les armes de Pie IV avec ces mots :
PIVS . IIII . PONT
MAX. A. M.D.LXII.
50 pas en descendant on veoit contre le mur les armes d'un Pape avec deux clefs entrecroysées qui doibvent estre de Nicolas V, car au dessoubz d'icelles sont ces quattre lettres de brique comme devant
N P P V
20 pas après est escrit contre une tour en une pierre :
IVLIVS III
PONT. MAX.
Icy est la reprise des vieilles murailles, et allant 240 pas plus loing se trouve un beau et fort boullevart revestu de pierre de taille, et environné d'un bon fossé. Au hault d'iceluy sont eslevées les armes de Paul III, mais n'y a aulcune inscription.
Ce pape avoit dessein de retrencher de ce costé une grande partye des champs et lieux inhabitéz de Rome, ayant à ceste fin faict dresser et bastir un aultre boullevart de pareille fabrique qui se voit près les Sallines) au dedans de la ville, lequel oeuvre a esté délaissé.
Depuis ce boullevart continuent les murailles et bastiment de Paul III, qui dure encores 360 pas loing, lesquelles ont en tout 480 pas de long.
Puis après recommencent les anciens murs lesquels (non plus que les précédents), n'ont point de fossé, tellement que l'on va tousjours près du pied d'iceux et en montant, où se trouve une petite porte bouschée, qui doibt avoir esté un GUISCHET de la ville.
De là on va jusques à une grosse tour qui est à 100 pas plus loing, contre laquelle est escrit en une pierre :
IVLIVS III.
PONT. MAX.
Après laquelle recommencent les murailles antiques et ayant cheminé le long d'icelles y a, à 60 pas loing, un recoing où se veoit l'archade d'une belle et grande PORTE ANTIQUE laquelle (ayant esgard à la fabrique) semble avoir esté murée du temps de Jule III, tellement que faulte d'avoir esté fréquentée le nom s'en est perdu aussy bien que l'usage. Mais selon que nous pouvons conjecturer par les anciens livres, ce debvoit estre ou l'antienne Porta Noevia, dont le nom a depuis esté donné à la Porta maggior, de laquelle nous parlerons cy après : ou Porta Rauduscula, ou Lavernalis, à cause de la Déesse Laverna qui avoit là un temple où elle estoit adorée : et tenoit les larrons soubz sa tutele et protection, lesquels à ceste occasion ont esté appelléz Laverniones, comme disant Lavenae cultores. Ce qui doibt faire croire que ceste porte avoit l'un de ces trois noms, c'est que les autheurs parlant de Porta Noevia, Raduscula et Lavernalis, ils les mettent entre le Tybre, et la porte Capena, qui est à présent celle de Sainct-Sébastien.
Pour confirmation que ceste porte qui est maintenant bouschée estoit ancienement une des principales, on veoit encores dedans une vigne et jardin vis à vis d'icelle les marques et restes d'un ancien chemin pavé à l'antique qui debvoit estre VIA LAVRENTINA suivant l'opinion de quelques antiquaires, laquelle conduisoit à Laurentum, ville fort ancienne proche de Lavinium : les aultres disent que ce debvoit estre plus tost (fol. 245) VIA ARDEATINA qui conduisoit a Ardea : Quoy que soit et l'une et l'autre estoyent jadis entre la Via Ostiensis (dont j'ay faict mention à la dernière porte) et la Via Appia, qui suivra cy après ; la première selon que remarque Onuphrius en sa Rome au titre De viis Asinaria et Ardeatina et De Via Laurentina : comme aussy le tient Lucius Flavius en ses Antiquitéz de Rome, au premier livre, ch. XVII et XXV.
200 pas long de ladite porte bouschée se trouve entre les murs antiques un grand pent de muraille rebasty par Alexandre VI dessoubz les armoyryes duquel sont ces mots :
ALEXANDER VI
PONT. MAX.
Après ce pent de muraille se reprenent les murs antiques que l'on va suivant en descendant par un chemin qui va le long du pied d'iceux, et à 300 pas loing on trouve la PORTA DI SAN SEBASTIANO qui fut jadis Porta Capenapar laquelle on alloit à l'ancienne ville nommée Capena près de Rome vers la fontaine d'AEgeria et aussy fut dicte Porta Camoena : et depuis Porta Fontinalis à cause de la grande quantité d'aqueducts et abondance de fontaines qui y estoyent, tellement que comme par allusion au lieu de Fontinalis, elle fut mesme par aulcuns appelée Porta madida : et aussy Porta Triumphalis, parceque la plus grande part des triomphes passoyent par icelle, arrivant par la Via Appia, dont aulcuns l'ont aussy nomméePortaAppia. Elle est aussy remarquée pour estre celle par laquelle rentra dedans Rome celuy des troys Horaces bessons, qui retournant victorieux trouva sa seur soubz icelle porte, laquelle il tua en ce mesme lieu parce qu'elle pleuroit la mort d'un des Curiatiens auquel elle estoit mariée, et duquel elle voyoit son frère rapporter les despoilles comme vinqueur.
Ceste porte fut une des plus célèbres de Rome près de laquelle estoyent les plus beaux temples tant dedans que dehors la ville, et entre aultres AEdes Camaenarumqui donna son nom à la porte, Area Apollinis, AEdes Spei, Minervae, Honoris et Virtutis, dont Tite-Live parle en ces mots : AEdem Virtutis ad portam Capenam Marcellus secundo Punico bello antea votam dedicavit : et sainct Augustin, en son livre de la Cité de Dieu dict aussy : Nemo Honoris templum ingrediebatur, nisi prius Virtutis aedem ingrederetur (fol. 246).
Il y avoit aussy un très beau et magnifique temple de Mars proche de ceste porte ; et hors icelle, que Sylla estant AEdile avoit consacré, lequel estoit soustenu de cent coulomnes et assis sur la Via Appia, dont Ovide faict mention au VIe livre des Fastes par ce distique : Lux eadem Marti festa est quem prospicit extra / Appositum rectae porta Capaena viae.
Et a voulu dénotter qu'il entendoit parler de celuy qui estoit appellé Extramuraneum, pour différence d'un aultre temple de Mars qui estoit de ce mesme costé à quattre mil de la ville sur la via Appia ayant esté ainsy eslongné pour monstrer que les espritz des citoyens doibvent aussy estre eslongnez du désir de guerre, et demeurer pacifiques jusques à ce qu'ilz fussent contraincts au contraire, ayant un Mars voysin pour la conservation de la paix de la ville et des citoyens, lequel estoit appellé Mars le Paisible : et l'aultre plus eslongné Mars le Guerrier, où les Romains donnoyent audience, et entrée aux Ambassadeurs des ennemyz, qu'ilz ne vouloyent recevoir en ville, ainsi que Servius remarque par ces mots : Duo ejus templa in urbe, unum Quirini intra urbem quasi custodis, et tranquilli : Alterum in Appia via extra urbem prope portam quasi bellatoris et gradivi, in quo dabatur olim senatus legatis hostium qui intra urbem non admittebantur. Et par ces mots on veoit qu'il y en avoit aussy un au dedans de la ville, qui pour ceste occasion fut appellé Quirinus, auquel les chevalliers Romains alloyent tous les ans en pompe avec leurs habits de chevalliers, tenant chascun une branche d'olivier en leur main, et de là alloyent aussi au temple de Castor et Pollux, ce qui se faisoit le VIIe jour de juillet en mémoire et célébration d'une heureuse journée qu'ilz gaingnèrent une bataille contre les Latins.
Davantage près de ceste porte et joignant le temple de Mars estoit Lapis manalis, laquelle toutes et quantes foys que le temps estoit trop sec on apportoit en la ville et soudain il tomboit de la pluye, ainsy que rapporte Festus disant ainsy : Eumque quod aquis manaret manalem lapidem dixere.
Depuis le Capitole jusques à ceste porte il y avoit une grande rue droicte à la ligne, toute pavée de grand quarreaux de pierre unye, comme tesmoigne Tite-Live, de laquelle on ne voit plus de remarques : mais à la sortye de la porte est encore l'ancien pavé de la VIA APPIA laquelle fut dressée et pavée par Appius Claudius durant qu'il estoit censeur, et luy donna telle largeur que deux chariots se rencontrant pouvoyent passer fort à l'aise à costé l'un de l'aultre sans sortir de sur le pavé, lequel il feit continuer jusques à Capua, qui sont cinq grandes journées de cheval. Et depuis estant endommagée et mal entretenue Caesar estant dictateur la répara et remist en bon estat, ainsy que rapporte Plutarque disant : Commissa dehinc illi Appiae viae cura, ingentes projecit pecunias. Enfin l'Empereur Trajan ne se contenta pas de la faire pareillement réparer, mais oultre cela il la continua semblable et feit paver jusques à Bronduse, qui sont encores sept journées plus loing, et pour en venir à bout il feit dessecher infinyz marais, trencher les montagnes, faire des levées dans les vallées, et des murailles des deux costés pour les soustenir, y adjoustant plusieurs ponts magnifiquement bastyz tant sur les rivières, que aux vallons et lieux marescageux pour escouler les eaux, et ainsy il rendit douze journées de chemin, beau, uny et pavé, qui auparavant estoit mal plaisant, fascheux et incommode, comme il est rapporté par Dion : tellement que pour ceste occasion ou bien pour ce que la plus part des triomphes passoyent par la Via Appia elle fut appellée Regina viarum, comme estant la principale, de laquelle Papinus dict ainsy : Appia cunctarum fertur regina viarum.
Et encores aujourd'hui est demeurée plus entière que nulle aultre, y ayant entre Rome et Naples infinyz fragmentz d'icelle, mesme qu'il s'en trouve qui durent plus d'un mil, puis estant interrompuz se reprenent tost après à aultres qui suivent ; mesme qu'une partye est plus encombrée et couverte de terre, que ruinée ou aultrement gastée : d'aultant que chascun pavé est aultant poisant, voire plus qu'un homme ne scauroit soubzlever de terre.
Or, pour rentrer à la suite de nostre description et circuit des murailles, je reviendray à parler de la porte Sainct-Sébastien, laquelle consiste en une très belle et haulte archade toute de marbre assez antique, dont le portail est fort enrichy de corniches et graveures, et y a mesmes parmy, quelques peintures, que l'on ne peult plus recongnoîstre.
Et au dedans de ceste porte, du costé de la ville, il y a un aultre grand portail ancien tout de marbre blanc, et pareil à un arc triomphal, ce que l'on dict avoir esté basty par Trajan : ainsy que récite Andreas Fulvius lib. IV Antiq. cap. VIII où il dict parlant de Trajan et des arcs de Rome. « Fuit et alter in honorem ejus Arcus in Regione portae Capenae, isque esse creditur cujus vestigia extant intra portam ipsam Capenam, in proximo aquaeductu, argumento quod Trajanus viam Appiam quae ab eo loco auspicatur magnifice restituit ac stravit. »
Au dedans du premier portail qui est par dehors, on veoit contre la muraille au dessoubz de la vouste une inscription de vieilles lettres faisant mention que l'an… (sic) il entra dedans Rome une gent estrangère qui soudain fut dontée, laquelle inscription sera icy insérée…
Continuant par dehors la ville le circuit des murailles, on veoit tout proche de ceste porte un portail de pierre, qui est à présent bousché, par lequel fut donné entrée à Charles le Quint lorsqu'il vint à Rome, et pour sa réception et plus grand honneur fut faicte ouverture au mur pour luy donner passage expressément destiné pour luy en cest endroit.
Depuis la porte allant tout le long des vieux murs, qui sont sans aulcun fossé au pied, on trouve une réparation de muraille qui est plus loing à 200 pas, contre laquelle est escrit :
IVLIVS III
PONT. MAX.
Ayant cheminé plus avant on trouve encore à 120 pas de là, une petite PORTE bouschée qui paroist fort antique : depuis laquelle les vieux murs recommencent, et continuent jusques à 100 aultres pas plus loin, où se trouveun aultre pentde muraille renouvellée, où sont les armoyryes de Pie IV, avec ceste inscription :
PIVS IIII MEDICES
MEDIOL. PON. MAX.
ANNO SAL. M.D.LXII
150 pas plus bas y a un aultre pent de muraille rebastye, et en trelacée parmy l'antienne et des armoyries avec ces lettres :
PIVS . PP II
60 pas plus loing on trouve la PORTA LATINA laquelle est des plus anciennes de Rome, ainsy mesmes que la structure du bastiment d'icelle le démonstre assez : néantmoins il ne se trouve aulcune mémoire d'icelle en tous les autheurs anciens, sinon qu'ilz l'ayent appellée par aultre nom qui empesche de la recongnoistre : et semble que ce peult estre celle qui jadys fut appellée Porta Ferentina (fol. 249), d'aultant que de ce costé estoit la ville de Ferentinum, dont parle Strabon au IVe livre, du nom de laquelle ont esté nomméz Ferentinates, qui est un peuple dedans le pays de Latium, dont Pline et TiteLive font mention en plusieurs lieux. Aussy à ceste porte commençoit la VIA LATINA ainsy dicte pource qu'elle conduisoit au pays Latin. Et pour monstrer que c'estoit ceste cy nous avons un passage de Strabo qui dict : « Praeclarissimae sunt viae Appia, Valeria, media inter has Latina est, ad Casinum oppidum jungitur Appiae, a Capua XIX distans stadiis. »
Ce que l'on remarque de plus mémorable de ce costé, dont il se trouve mention parmy les anciens autheurs, c'est une image de femme estant en un temple sur ce chemin, laquelle on disoit avoir parlé par deux foys, comme rapporte Valère Maxime par ces mots : « Muliebre simulachrum, quod est in via Latina ad quartum miliarium, eo tempore cum in aede sua consecratum calen. decembris quo Coriolanus ab excidio urbis maternae preces repulerunt, non semel, sed bis locutum constitit his verbis : Rite me vidistis. Rite me dedicastis. »
Ceste porte est assise en lieu hault et éminent et sur un bout du mont Celiolus, et est bastye en vouste faisant une seule arche de pierre Tyburtine fort vieille et antique.
Depuis ceste porte on ne trouve plus que toute muraille fort ancienne durant l'espace de 1,000 pas, jusques en un endroit où descend un petit ruisseau d'eau appellée AQVA CRABRA, aultrement AQUA MARRANA OU AQUA MARIANA, qui estoit auparavant conduitte par aqueductz depuis Frascato, ancienement appellé Tusculum, jusques dedans Rome et maintenant à cause de la rupture des aqueductz elle cousle par la terre, et en cest endroict entre dedans la ville de Rome par dessoubz les murailles d'icelle, au lieu où l'on veoit à présent une Porte de brique bouschée, qui (eu esgard à la fabrique) semble estre murée du temps de Jule III. Quoyque ce soit, en ce lieu estoit une PORTE ANTIQUE laquelle selon l'opinion de Faunus et de Andreas Fulvius doibt estre Porta Gabina, qui fut aussy dicte Porta Gabiusa, à cause que par icelle on alloit au pays de ceux qu'on nommoit Gabii. Elle fut aussy appellée Porta Metrodii, du nom de certaine espace et mesure de chemin où elle estoit assise : mais Onuphrius la met vers St-Laurent.
(Fol. 250). Le grand chemin qui estoit du costé de ceste sortye portoit aussy mesme nom que la porte, et pour mesme occasion : estant appellé VIA GABINA dont Tite-Live parle ainsy au livre : « P. Valerius T. Herminium cum modicis copiis ad secundum lapidem Gabina via occultum obsidere jubet. » Aujourd'huy il ne s'en veoit plus aulcune remarque, ny pareillement d'une aultre qui estoit des plus insignes et proche de ceste cy, que l'on nommoit Via Valeria : entre laquelle et la précédente nommée Via Latina est Praenestina qui conduisoit aussy ad Gabios, comme il se list dans Strabon lib. où il dict ainsy : « Sunt et Romanorum oppida ad sinistra Latinae, inter eam et Valeriam Gabii extant in Praenestina via. »
D'icy les vieux murs vont encores continuant 260 pas, où y a un peut de muraille rebasty, contre lequel est escrit en une pierre
IVLIVS III
PONT. MAX.
Depuis ceste inscription reprenant les vieux murs, on veoit en iceux une archade de brique à 240 pas plus avant, laquelle est murée de longue ancienneté, et paroist y avoir aultre foys une PORTE soit ancienne ou plus moderne : de laquelle je ne trouve aulcune mémoire, ny mention dans les autheurs.
200 pas plus loing entre les vieux murs y a un pent de muraille rebasty, auquel y a des armoyryes de pape, qui sont de Nicolas V comme se veoit par ces lettres :
N. PP. V.
Après cela se continuent encores les vieux murs tout le long desquelz on veoit un grand reng continu de haultes voustes et archades bastyes de brique, qui sont des restes d'aqueduct de Aqua Claudia qui estoit par iceux conduicte dedans Rome, dont je réserve à parler en son lieu plus à plein : et durent lesditz archadesjusques à un coin et angle de muraille qui est à 220 pas loing ; au hault de laquelle sont les armes de Paul III, avec ces mots au dessoubz :
PAVLVS III
PONT. MAX.
Passé ce coin, on retrouve tost après la continuation des anciennes murailles qui durent 500 pas et vont se joindre (fol. 251) à la PORTA DI SAN GIOVANNI qui estoit ancienement appellée Coelimontana parce qu'elle est assise in Coelio monte : et depuis fut dicte Porta Asinaria parce que c'est le chemin pour aller au Royaulme de Naples, d'où il vient grand nombre d'asnes qui arrivent par ceste porte, et à ceste occasion, on dict souvent à Rome par gausserie à un homme qu'il est arrivé de Naples, ou bien qu'il a passé par la porte Sainct Jean : qui est autant à dire que c'est un asne, ou une beste.
Par ceste porte les Gotz entrèrent à Rome, tant soubz le Roy Alaric que soubz Totile.
A la sortye d'icelle y a un beau grand chemin pavé qui estoit ancienement VIA CAMPANA parce que c'estoit pour aller au pays appellé Campania qui donne son nom au chemin : lequel proche de la porte se fourche et sépare en deux, puis à troys ou quatre mil pas, se rendent en un, et plus avant se joignent à la Via Latina.
Près de ceste porte à costé droict d'icelle fault passer un petit ruisseau en y arrivant, qui est Aqua Crabra dont j'ay cy devant parlé, lequel cousle par quelque espace le long de ce grand chemin.
Ceste porte est assise sur la pente du mont Coelius, du costé qui regarde l'Orient, et est bastye toute de neuf de pierre Tyburtine par Grégoire XIII à présent Pape ; laquelle a mesme changé de place, estant aujourd'huy environ 50 pas au dessus de l'antique qui fut condemnée et bouchée par Pie IV. Ceste nouvelle est fort magnifiquement construite, principalement pour la face du dehors, et à costé des archades y a des graveures et enrichissemens, puis au-dessus y a au mylieu des armes eslevées en marbre, qui sont dudiz pape de présent, et au dessoubs d'icelles, y a une table de marbre, où est gravée ceste inscription
GREGORIVS XIII. PONT. MAX.
PUBLICAE VTILITATIET VRBIS ORNAMENTO
VIAM CAMPANAM CONSTRAVIT
PORTAM EXTRVXIT
ANNO M.D.LXXIIII
PONT. III.
Près de ceste porte y a un boulevart revestu de pierre de taille, lequel Paule III a faict faire.
Continuant de cheminer (fol. 252) tout le long des murs, après la descente du pied du mont Coelius (sur lequel est aussy basty le boullevart) il y a à 300 pas loing une petite porte quarrée qui est murée de fort vieille massonnerie : près de laquelle est un aultre boullevart de terre.
300 pas plus loing on trouve l'amphithéatre de P Statilius Taurus qui est tout basty de briques disposées dans le mur en forme de petites archades et orné tout au tour d'une infinité de petites colonnes de briques rondes, cymentées l'une sur l'aultre : et est tellement joinct à la muraille des deux costés qu'il y en a la moytié dedans, et moytié hors la ville : dont l'hémicycle qui paroist par le dehors est encores fort beau et entier, et celuy de dedans beaucoup ruiné. Suétone en la Vie de Caligula en faict mention en ces termes : « Munera gladiatoria partim in Amphitheatro P. Statilii Tauri, partim in septis aliquot egit. » Cest Amphithéatre du costé de la ville est joignant l'église Sainte Croix en Hiérusalem, laquelle est remarquable aux histoires tant à cause de Constantin le Grand qui l'a feit bastir, que pour une chose qui advint a Sylvestre pape, qui y chanta sa dernière messe, ne se resouvenant d'une promesse par luy faicte à quand il auroit chanté messe en Hiérusalem.
Au tour de ce qui advance et paroist de cest ampithéatre par dehors la ville il y a encores un aultre gros boullevart qui a 100 pas de circuit.
Et au coin du boullevart ou ravelin y a un pent de muraille rebasty par Pie IV. Et au dessoubz de ses armes qui y sont eslevées est ceste inscription gravée :
PIVS IIII MEDICES
MEDIOL. PONT. MAX.
ANN. SAL. M.D.LXIIII
Après cecy recommencent les vieux murs, et à 140 pas plus loing on trouve l'endroict par lequel Aqua Claudia entroit dans la ville dont on veoit les fragments de l'Aqueduct interrompu, et l'une des archades qui en ce lieu enjambe par dessus la muraille, le hault de laquelle se veoit à jour au dessoubz de l'arche qui est plus haulte de demye toyse.
Incontinent après, suit un boullevart de terre que Paul IV a faict faire.
Les vieilles murailles continuant on veoit à 260 pas un pent rebasty du temps de Nicolas V contre lequel sont appliquées ses armoyries et soubz icelles sont ces lettres:
N. PP. V.
Delà se trouve un coin de muraille esperonné et couvert d'un aultre boullevart de terre à 100 pas, lequel regarde et descouvre sur les chemins appelléz Via Labicana et Via Praenestina dont il sera cy après parlé.
De ce coin on entre en un chemin droict qui conduist à la Porta Maggiore, laissant les murs de la ville un peu eslongnez à costé gaulche, qui sont de fort ancienne fabrique et joignant iceux les acqueductz de Aqua Claudia, ou bien de Anio paroissent au dedans de la ville avec plusieurs haultes archades surpassant les carneaux des murailles.
Puis revenant à joindre ladite muraille à 400 pas, on trouve un gros boullevart de terre, ayant 100 pas de circuit, lequel deffend la PORTA MAGGIORE aultrement appellée Porta di santa Croce in Hierusalem à cause de l'Eglise de ce nom qui en est proche, et jadis Porta Noevia selon Andreas Fulvius, mais contre l'opinion de Onuphrius qui veult prouver que c'estoit Porta Exquilina, laquelle fut aussy nommée Porta Labicana et Porta Praenestina à cause des deux chemins ainsy appelléz qui se rencontroyent ensemble et passoyent par icelle, comme je diray après, en son lieu. Mais l'opinion de Andreas Fulvius est que Porta Exquilina debvoit estre ès environs de ceste cy, et bien proche : laquelle ayant depuis esté bouchée, les deux grands chemins qui passoyent par icelle, se sont venuz rendre en ceste cy.
Premier que parler de ces deux chemins issans de ceste porte, il sera icy plus à propos de la descrire, pour y remarquer ce qui les concerne,
Ceste porte est non seulement la plus belle de Rome, mais aussy la plus superbe et magnifiquement bastye qui se voye ailleurs : laquelle ainsy que tiennent tous les antiquaires estoit anciennement un Arc triomphal : où l'on veoit un fort beau et hault frontispice,ayant de front troys portaux hault eslevez en archade, dont l'un est muré : et entre les deux y a soubz la vouste une porte quarrée ; estant le tout basty moytié de marbre poly et moytié de pierre Tyburtine, entremeslez ensemble par rengs et ceintures dont la pierre Tyburtine advance en dehors plus que le marbre, et est toute martellée, au lieu que le marbre est uny et luysant, ce qui donne grande grâce l'un à l'aultre par ceste variété entremeslée.
(Fol. 254.) Ceux qui tiennent que ceste porte estoit Exquilina disent que de ces deux portaux anciennement issoyent les deux chemins qui encores à présent sont à la sortye de ceste porte ; scavoir que par la bouschée qui tire du costé de Valmonte passoit à main droicte VIA LABICANA ainsy appellée parceque Valmonte estoit jadys une contrée de peuple dont le nom ancien estoit Labici et tout le quartier Labicanum, et sur ce chemin estoit Templum Quietis.
Et par l'aultre portail tirant vers Cavi qui estoyent anciennement Gabii, du costé de main gaulche passoit VIA PRAENESTINA qui menoit à Praeneste, ville antique de Latium, à present nommée Pilastrina. Et maintenant ces deux chemins prenant leur commencement en deux divers lieux dans la ville, le premier au Collisée, l'aultre à Saincte Lucie, se viennent à joindre et ainsy les deux en un passent soubz ceste dernière porte ; puis estant hors ville se séparent de rechef, comme j'ay dict, l'une à droict, l'aultre à gaulche.
Ces deux portes sont de pareille façon, et mesme fabrique et ont esté réparées par Honorius et Arcadius empereurs, comme démonstre l'inscription qui est au dessuz de la vouste bouschée laquelle est semblable à celle qui se list sur la porte Portuense, fors un mot qui est comitis au lieu de militis.
S. P. Q. R.
IMPP. CAESS. DD. NN. INVICTISSIMIS PRINCIPIBVS =
= ARCADIO, ET HONORIO VICTORIBUS AC TRIVMPHATORIBVS =
= SEMPER AVGG.
OB INSTAURATOS URBI AETERNAE MVROS, PORTAS, AC TVRRES
= EGESTIS IMMENSIS RUDERIBUS EX SUGGESTIONE V. C.
ET INLVSTRIS. COM. ET MAG. VTRIVQUe MILITIAE FL =
= STILICONIS AD PERPETVITATEM NOMINIS EORVM
SIMVLACRA CONSTITVUIT
CVRANTE FL. MACROBIO LONGIANO V. C. =
= PRAEF. VRBIS D. N. M. Q. EORUM.
Près de ceste porte bouschée y a une fort belle et haulte archade de brique qui est aussy murée, laquelle est un reste d'aqueduct de aqua Claudia (fol. 255), comme il se veoit par les inscriptions de troys empereurs, savoir de Claudius, de Vespasian et de son filz Titus, lesquelles sont au hault du frontispice au dessus de l'archade, dont la structure est de marbre blanc, avec quattre rangs et ceintures en forme de corniches, dont les pierres advancent en dehors faisant séparation en troys espaces où sont gravées de costé et d'aultre ces treze lignes de la longueur du bastiment, et en grosses lettres chascune longue de deux pieds pour paroistre de hault.
TI. CLAUDIVS DRUSI F. CAESAR AUGVSTVS GERMANICUS PONTIF. MAX.
TRIBVNICIA POTESTATE XII. COS. V. IMPERATOR XXII PATER PATRIAE
AQVAS CLAVDIAM EX FŌTIBVS QVI VOCABĀTVR CAERVLEVS ET CVRTIVS A MILLIARIO XXXXV
ITEM ANIENEM NOVAM A MILLIARIO LXII. SVA IMPENSA IN VRBEM PERDUCĒDAS CVRAVIT
—————————————————————————
IMP. T. CAESAR VESPASIANVS AVGVST. PONTIF. MAX. TRIB. POT. II IMP. VI. COS. III DESIG. III P. P.
AQVAS CVRTIAM ET CAERVLEAM PERDVCTAS A. DIVO CLAVDIO ET POSTEA INTERMISSAS DILAPSASQVE
PER ANNOS NOVEM SVA IMPENSA VRBI RESTITVIT
______________________________________
IMP. T. CAESAR DIVI F. VESPASIANVS AVGVSTVS PONTIFEX MAXIMVS TRIBVNIC.
POTESTATE X. IMPERATOR XVII. PATER PATRIAE CENSOR COS. VIII
AQVAS CVRTIAM ET CAERVLEAM PERDVCTAS A DIVO CLAVDIO ET POSTEA
A DIVO VESPASIANO PATRE SVO VRBI RESTITVTAS
CVM A CAPITE AQVARVM A SOLO VETVSTATE DILAPSAE ESSENT
NOVA FORMA REDVCENDAS SVA IMPENSA CVRAVIT
[Voy. Corpus Inscr. Lat., t. VI, nos 1256, 1257, 1258.]
Suétone parlant de cest aqueduct dict que c'est un des plus grands ouvrages qui ayent esté faicts par l'Empereur Claudius, et semble en lisant ce qu'il en dict, qu'il ait tout pris sur ceste mesme inscription, usant de ces mots : « Opera magna potius quam necessaria quammulta perfecit, sed vel praecipue aquaeductum a Caio inchoatum, aquae Claudiae gelidos et veteres fontes, quorum alteri Caeruleo, alteri Curtio, et Albudino nomen, simulqz rivum Anienis novo, lapideoq. opere perduxit divisitq. in plurimos et ornatissimos lacus. » Et Pline au chap. du XXXVIe livre, descrit la structure de cest aqueduct (duquel cest endroit n'est qu'un petit reste et fragment) comme estant un grand et excellent oeuvre, et admirable pour sa haulteur et dict ainsy : « Vicit antecedentes aquarum ductus novissimum impendiumoperis inchoati a C. Caesare et peracti à Claudio, quippe a lapide quadragesimo ad eam excelsitatem ut in omnes urbis montes levarentur, influxere Curtius, atque Caeruleusfontes. Erogatumin id opus sestertiûm ter millies ». Ceste grande haulteur est la cause pourquoy les lettres de l'inscription sont si grandes, comme j'ay dict cydevant, car aultrement on ne les eust peu lire de si loing estant à bas : car combien que les ruines des environs ayent remply et comblé le bas, ce qui empesche que la haulteur ne paroisse telle qu'elle estoit anciennement, néantmoins encores à présent les lettres ne se monstrent que de la grandeur de la quattriesme partye qu'elles sont.
Or pour continuer le circuit de la ville, depuis ceste porte on va costoyant les vieux murs cheminant au pied d'iceux (fol. 256), dedans lequelz on trouve à 600 pas loing de la précédente porte les remarques et vestiges d'une PORTE ANTIQUE murée de fort vieille massonerie, laquelle selon l'opinion de Andreas Fulvius peult estre celle qui jadis fut appellée Exquilina, qui du temps de Strabon estoit desjà clause, comme luy mesme le remarque par ces mots : « In campo Exquilino duae portae urbis Exquilina, quae clausa est, altera Tyburtina. » Prenant donc ceste cy pour Exquilina et celle de Saint-Laurent (qui suivra après) pour la Tyburtina, c'est suivant la commune opinion des antiquaires : toutes foys L. Faunus (lib. I. cap. XII) prend cestecy pour Tyburtina, et celle de Sainct Laurent pour Exquilina.
Sur ceste diversité d'opinions nous ne pouvons faire jugement asseuré par ce qui se trouve dans les anciens autheurs, parce qu'ilz n'ont faict mention que des noms des portes, et non du reng de leur situation, comme elles estoyent disposées et seulement pour quelques-unes nous en tirons de la conséquence pour esclaircissement.Ce que nous avons de plus exprès pour la congnoissance et remarque de toutes les portes circonvoysines de ce costé, c'est un passage du second livre de Tite-Live en la description d'une embuscade faicte par les Romains lors du siège du roy Porsena, où néantmoins il n'est faict aulcune mention de porta Tyburtina : le texte de l'autheur est tel : « Itaque Cos. Valerius, ut eliceret praedatores, edicit suis postera die fréquentes porta Exquilina quae aversissima ab hoste erat, educerent pecus, scituros id hostes ratus, quod in obsidione et fame servitia infida transfugerent. T. Herminium cum modicis copiis ad secundum lapidem Gabina via occultum considéré jubet. Sp. Largium cum expeditajuventute ad portam Collinam stare donec hostis praetereat. Deinde se objicere hosti, ne sit ad flumen reditus.Consulum alter, Lucretius porta Naevia cum aliquot manipulis militum egressus. Ipse Valerius Coelimontana dilectas cohortes educit, hiq. primi apparuere hosti. Herminius ubi tumultum sensit concurrit ex insidiis, versisque in Lucretium Hetruscis terga caedit, dextra laevaque, hinc a porta Collina, illinc a Naevia redditus clamor, ita caesi, in medio praedatores, neque ad pugnam viribus pares et ad fugam septis omnibus viis, finisq3 ille tam effuse vagandi Hetruscis fuit. »
De ceste porte à présent bouschée qui debvoit estre anciennement Exquilina, dont le nom a esté transporté à la porta Maggiore, il sortoit deux grands chemins, savoir Via Labicana et Praenestina qui servent aujourd'huy à ladiz Porta Maggiorcomme j'ay dict cy devant.
(Fol. 257) 10 pas plus avant que ceste porte murée, il y a un petit pent de mur rebasty, où est gravé dedans une pierre ce qui suit:
IVLIVS III
PONT. MAX.
Après cela recommencent les vieux murs qui continuent jusques à un aultre pent rebasty à 200 pas de là, contre lequel est escrit
IVLIO II. P. M.
M.D.XII
Puis on reprend encores les vieux murs qui se continuent comme devant et durent jusques à 200 pas, allant se joindre à la PORTA DI SAN LORENZO jadis appellée porta Tyburtina selon l'opinion de plusieurs antiquaires, et porta Exquilina suivant l'advis de quelques aultres, contre l'opinion desquelz Onuphrius tient que c'estoit l'antique Gabina ou porta Gabiusa : quoy que soit tous sont d'accordqu'elle fut aussy nomméeporta Taurina à cause de deux testes de Taureau eslevées contre le frontispice au plus hault de l'archade où elles se voyent encores aujourd'huy en leur entier, l'une du costé de dedans, et l'aultre par dehors et audessus est gravée ceste inscription tant de part que d'aultre, en lettres grandes d'un pied
IMP. CAESAR DIVI IVLI F. AVGVSTVS
PONTIFEX MAXIMVS COS . XII
TRIBVNIC. POTESTAT. XIX. IMP. XIIII
RIVOS AQVARVM OMNIVM REFECIT
[Voir Corpus Inscr. Lat., t. VI, nos 1244-1246]
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IMP. CAES. M. AVRELIVS ANTONINVS PIVS FELIX AVG. PARTH.
MAX. BRIT. MAXIMVS PONTIFEX MAXI.
AQVAM MARCIAM VARIIS KASIBVS IMPEDITAM PVRGATO FONTE, EXCISIS ET
PERFORATIS MONTIBVS, RESTITVTA FORMA, ADQVISITO ETIAM FONTE NOVO ANTONINIANO
IN SACRAM VRBEM SVAM PERDVCENDAM CVRAVIT
—————————————————————————
IMP. TITVS CAESAR DIVI F. VESPASIANVS AVG. PONTIF. MAX.
TRIBVNICIAE POTESTAT. IX IMP. XV . CENS. COS. VII DESIGN. VIII
RIVVM AQVAE MARCIAE VETVSTATE DILAPSVM REFECIT
ET AQVAM QUAE IN VSV ESSE DESIERAT REDVXIT
Par ceste inscription qui est de troys Empereurs, savoir de Augustus Caesar, de Aurelius Antoninus Pius et de Titus Vespasianus, on veoit que cest archarde (fol. 258) est un reste d'aqueduct ancien de aqua Marcia, qui estoit la meilleure eau qui entrast à Rome, où elle estoit conduicte par aqueduct depuis les monts et pays de Peligni qui sont à quattre ou cinq journées de là, et voyons aussy que Ovide au IVe livre Tristium, parlant de la ville de Sulmo dont il est natif, laquelle est dans le pays de Peligni, il rapporte que c'est une région fréquente en sources et fontaines fort froiddes distante de quattre vingts dix mil de Rome, comme on veoit par ce distique : Sulmo mihi patria est gelidis uberrimus undis / Millia qui novies distat ab urbe decem.
Aussy veoit on encores sur le chemin de Rome à Naples une grande et esmerveillable quantité de haultes archades de cest aqueduct dont l'eau a esté appellée aqua Martia du nom de celuy qui premier la feist venir à Rome, qui fut Ancus Martius quatriesme Roy, dont Pline parle ainsy au chap. IIIe du XXXIe livre: « Clarissima aquarum omnium toto orbe frigoris salubritatisque palma praeconio Martia est, inter reliqua Deum munera urbi tributa ; vocabatur haec quondam Aufeia, fons autem ipse Pitonia : oritur in ultimis montibus Pelignorum : transit Marsos et Fucinum lacum Romam non dubie petens : mox specu mersa in Tyburtina se aperit, novem passuum millium fornicibus perducta. Primus eam in urbem ducere auspicatus est Ancus Martius, unus ex Regibus : postea Q. Martius Rex in Praetura. » Elle a aussy esté appellée aqua Trajana, comme récite Frontinus à cause que de son temps, elle fut conduicte par Trajan jusques au mont Aventin, et dict que de toutes les eaux de Rome on usoit principalement de ceste cy pour boire, sans qu'elle servist à aultre chose.
Ceste porte de Sainct Laurent consiste en deux structures de bastiment, dont l'un est au dedans de la ville et fort antique, qui est celuy cy, où se list la susdite inscription : l'aultre est du costé dehors la ville qui consiste en un portail de pierre Tyburtine, basty par Arcadius et Honorius Empereurs lequel est apposé au devant du précédent : et au dessus d'iceluy est gravée par dehors la mesme inscription qui se veoit sur la Porta Portuense, et Porta maggior, laquelle est icy demye couverte, et offusquée d'une peinture d'armes Papales.
S. P. Q. R.
IMP. CAESS. DD. NN. INVICTISSIMIS PRINCIPIBVS
ARCADIO ET HONORIO VICTORIBVS AC TRIŪPHATORIBVS
SEMPER AVGG. et caet. ut supra fol… et fol…
[C. I. L., t. VI, n° 1189]
On peult veoir le reste de ceste inscription aux deux portes cy dessus, ou à Portuense, ou à Porta maggior. (Fol. 259.) Le nom moderne de ceste porte luy a esté donné à cause de l'Eglise Sainct Laurent qui est hors la ville, à un mil près, laquelle est une des sept de Rome, et fut fondée par Constantin le Grand, et est fort magnifiquement construicte et toute enrichye de marbre par dedans, et d'un beau lambryz tout doré. On la trouve à main droicte du chemin sortant de ceste porte qui est l'antienne VIA TIBURTINA qui retient encores aujourd'huy ce mesme nom, lequel luy vient de ce que c'est le chemin qui va à Tivoly, que les Latins appelloyent Tybur.
Continuant le circuit des murailles que l'on va costoyant tout près du pied, on ne trouve que tous anciens murs qui continuent jusques à 360 pas, où y a une tour rebastye de nouveau, contre laquelle ces mots sont gravéz en un marbre
IVLIVS III
PONT. MAX.
D'icy continuent encores les vieux murs, où se trouve une aultre tour rebastye qui est à 100 pas loing de la précédente, et y a pareilles lettres.
Après cela se reprenent les vieux murs et à 90 pas y a encores une aultre pareille tour aussy rebastye par Jule III, y ayant toute pareille inscription que aux deux dernières.
De ce lieu en continuant le tour, on veoit à 20 pas loing les armoyries de Jule II (qui sont un chesne) eslevées en marbre, et enclavées dedans un petit pent de muraille reparée, où est ainsy escrit au dessoubz d'icelles.
IVLIO II P. M.
Puis on trouve encores une aultre tour à 120 pas, rebastye comme les précédentes, où est aussy gravée ceste mesme inscription :
IVLIVS III
PONT. MAX.
Ce qui suit en la continuation des vieilles murailles est tout entremeslé de nouvelles réparations, parmy lesquelles on remarque estant à 70 pas une petite porte voustée de brique, laquelle est bouchée dès jadis.
Et continuant lesdis réparations parmy les anciens murs, après avoir encores cheminé à 220 pas plus loing on list contre un mur rebasty :
IVLIO . II . PONT. MAX.
M.D.XII
(Fol. 260) 40 pas plus loing on veoit tout en un recoing une PORTE ANTIQUE bastye d'une haulte archade de pierre Tyburtine, laquelle paroist semblable tant par dedans que dehors la ville, et est murée de fort vieille massonnerie et située sur un hault, et tertre dépendant du mont Viminalis ; toutesfoys elle paroist peu estant en un recoing, et en lieu peu fréquenté pour le jourd'huy.
Ceste porte fut jadis nommée porta Querquetulana, et Querquetularia à cause d'un petit boys voysin qui estoit une chesnaye appellée en latin Quercetum. Et fut aussy nommée porta inter Aggeres parce qu'elle estoit bastye in campo Viminali inter aggeres Tarquinii.
Tout joignant icelle commence une grande estendue du costé de la ville laquelle est aujourd'huy appellée il Vivario, et estoit ancienement Campus Viminalis : où on ne veoit maintenant que des vignes et jardinages, où y a en quelques endroicts des cavernes soubz terre, bastyes avec voustes, que l'on dict qui servoyent pour retirer les bestes saulvages et que le nom de Vivario vient de ce que ancienement ce lieu estoit destiné pour y nourrir les bestes saulvages, et aultres que l'on gardoit, dont le mot latin « vivarium » comprend et signifie ce que nous appelions un parc pour les bestes saulvages, un vivier pour les poissons, et une vollière pour les oyseaux : dont tous les troys estoyent en ce parc, lequel Pline au LIIe chap. du VIIIe livre appelle Vivarium Tarquiniense.
Hors la ville y a au devant de ceste porte une grande place quarrée, autour de laquelle on veoit encores les murailles ruinées que l'on tient avoir jadis esté Castrum custodiae, aultrement Castrum Praetorium Diocletiani, qui est l'opinion de Faunus, de Fulvius et aultres, à quoy il y a grande apparence, mais Lucius Maurus et Onuphrius disent que « Vivarium » dont j'ai parlé estoit « Castrum Praetorium », au milieu duquel (soit icy ou là) debvoit y avoir un bastiment qui estoit AEdes Augustorum ; où se rendoyent aussy quelques tuyaux et conduictsde Aqua Martia pour la première opinion, les cavernes qui se voyent encores dans la ville donnent jugement que c'estoit le lieu où on retiroit les bestes, aussy qu'il est plus vraisemblable que le lieu où on retenoit les soldats fust hors la ville que dedans, ainsy que nous voyons qu'estoit Circus Castrensis avec un bastiment pour loger tous les soldats, affin de leur oster la fréquente communication, et délices de la ville, qui les pourroyent rendre trop efféminéz. Ce qui semble debvoir soustenir l'aultre opinion contraire, c'est un passage de Procopius où il dict (fol. 261) : « E regione Vivarii forinsecus veteres Romani alterum brevem murum modico intervallo adjecerunt, non ad tutelam sed ad delicias, ut leones eo loco, et alias bestias servarent, unde et vivarium is locus dictus est ; » mais en disant « é regione vivarii » cela monstre bien que c'estoit hors le pavé ; comme pourroit estre que hors la ville on nourrissoit les lions.
A la sortye de ceste porte y avoit ancienementun grand chemin pavé duquel on veoit encores les restes et vestyges, mais je n'en trouve point le nom.
Près de ce chemin et tout joignant ce Castrum Praetorium, ancienement y avoit un lieu appellé Ornithon, aultrement, Aviarium Marci Varronis, où cousloit à travers un ruisseau de Aqua Martia.
Premier que continuer le circuit des murs, je remarquerayque la closture de Castrum Praetorium commence joignant ladite porte bouschée et verrons cy après où elle finissait affin de mesurer la grandeur de son estendue.
Allant au long des murailles le chemin est tout montueux et va presque tousjours haussant jusques à un petit pent de muraille neuf estant à 300 pas, où se list
IVLIO . II . P M.
et au dessus sont les armoyries d'iceluy Jule II.
Puis plus bas, soubz deux aultres armoyries est ceste inscription
BERNARDINVS MILTIVS
PROSPER. MVTVS . MOENIVM
CVRATORES DICAVERVNT
MVRIS ALIBI INSTAVRATIS
ALIBI RESARTIS
ANNO M.D.XII
90 pas plus loing se list contre un aultre pent de muraille:
IVLIVS III.
PONT. MAX.
Après cela on trouve une tour fort antique à 230 pas faisant un coin de ceste grande espace qui souloit estre Castrum Praetorium, contre laquelle est escrit de fort vieille lettre gravée en une pierre minée d'antiquité, ce qui suit :
CM MEGNATIAE . TRY .
Vis à vis de ceste tour y a grande quantité de ruines, parmy lesquelles on veoit encores plusieurs restes de voustes des bastiments de Castrum Praetorium, lequel continue encores plus avant, suivant tousjours les murs antiques, contre lesquels (fol. 262), on veoit en un pent réparé, qui est loing de 130 pas, ces armoyries de Jule II qui portent un chesne et soubz icelles sont ces mots
IVLIVS PAPA . II M.D.XII.
150 pas plus loing, sont les armoyries de Florence et Medici contre un aultre pent de mur rebasty, soubz lesquelles y a escrit
CLEM. VII . P. M.
280 pas au delà commence un petit chemin qui mène tout le long des anciennes murailles jusques à l'aultre bout et angle dudit Castrum Praetorium qui dure jusques à un recoing que l'on trouve à 480 pas, où se voyent aux deux costéz d'une vieille tour, deux petites PORTES de brique, qui sont bouschées, et paroissent estre fort antiques.
Depuis ce lieu continuant toujours de suivre les antiques murs par le pied d'iceux, on veoit à 80 pas plus avant les armes de Nicolas V avec ces lettres
N. PP. V.
Et fort proche desdiz armes, sont deux escussons avec celles de Pie II, qui y sont deux foys, et dessoubz est escrit
PIVS . PP. II
En un coin qui suit tost après, y a encores une aultre petite PORTE qui est à présent murée.
On trouve puis après parmy les vieux murs un pent rebasty de nouveau par Pie IV estant à 110 pas plus loing : auquel lieu on dict avoir esté jadis l'antienne porte de Sant Agnese, lors appellée Nomentana, dont il sera parlé cy après, de quoi il n'est demeuré aulcune remarque, ny apparence mais seulement a esté descouvert bien bas soubz terre un profond aqueduct tout proche de ceste muraille, contre laquelle ceste inscription est gravée en une pierre de marbre:
PIVS IIII . MEDICES
MEDIOL. PONT.
MAX. ANN. SAL.
M.D. LXIIII.
150 pas plus loing on trouve au mylieu des vieux murs la PORTA PIA laquelle a eu ce nom depuis peu de temps à cause de Pie IV, qui feit mettre bas l'antienne et rebastir celle de présent, faisant oultre cela dresser une rue à la ligne qui est merveilleusement longue, large, et belle (fol. 263), commençant depuis ladiz porte, et continuant sur tout le mont Quirinal jusques au lieu où sont les deux chevaux de marbre de Phidias et Praxitèles, qui se sont rencontréz droit au mylieu de ladite rue, laquelle passant oultre va jusques à l'église de Santa Maria maggior abboutissant en la grande place qui est devant icelle, tellement que ceste rue a près d'un mil de longueur, et est si bien dressée qu'on y va uniment sans monter ny descendre, combien qu'elle soit toute sur montagnes, laquelle rue il feit appeller Strada Pia, et la porte Porta Pia, ayant faict mettre à ceste fin une inscription du costé de dedans la ville, au dessus du portail basty magnifiquement de pierre tyburtine, où sont au plus hault du frontispice les armes dudit Pie IV portées par deux statues d'anges, le tout de marbre blanc ; au dessoubz desquelles y a une grande table aussy de marbre, en laquelle est gravée ladite inscription telle qui suit :
PIVS IIII . PONT. MAX.
PORTAM PIAM.
SVBLATA NOMENTANA EXTRVXIT
VIAM PIAM.
AEQUARA ALTA SEMITA DVXIT
Auparavant lequel changement de nom ceste porte estoit appelée (comme elle est encore de plusieurs) Porta di Santa Agnese, à cause de l'église de ce nom qui est hors la ville, de laquelle sera parlé cy après. Les noms anciens ont esté divers, savoir Porta Viminalis, parce qu'elle est assise sur un bout du mont Viminalis ou bien qu'elle estoit proche du temple de Juppiter Viminus. Et aussy Porta Figulensis d'aultant que près d'icelle estoit le lieu où se faisoit la poterie et vaisselle de terre, pour lequel ouvrage on donnoit un quartier des plus eslongnez du coeur de la ville, comme j'ay cy devant remarqué parlant du mont Testaceus qui fut destiné à cest effect, et créé des taiz et morceaux de pots casséz. Ceste porte fut aussy appelée Porta Nomentana, et le chemin qui en sortoit VIA NOMENTANA lequel nom lui est demeuréjusques aujourd'huy et luy fut anciennement donné parce que c'estoit le chemin pour aller à Nomentum, petite ville voisine de Rome, à présent nommée Lamentana. Ce chemin fut aussy dict VIA FIGVLENSIS comme nous apprenons de Tite Live au…[livre] où il dict : « Decem viri Nomentana, cui tune Figulensi nomen fuit, profecti castra in monte sacro locavere ». Et par ces mots on congnoist que le nom de Figulensis fut premier que Nomentana.
Sur ce chemin estoit ancienement dès la sortye de la porte un temple dédié à la déesse des chants lugubres des deffuncts, qui estoit dicte Noenia ainsy que rapporte Festus.
Et à un mil plus loin, à main gaulche et joignant ce chemin on veoit encores aujourd'huy un fort antique temple de Bacchus. basty en forme ronde, et par le dedans y a double reng de coulomnes tout à l'entour pour soustenir la vouste, qui est toute faicte d'ouvrage à la mosaique et le surplus du temple orné de diverses peintures, représentant (comme aussy faict la mosaique) tous les gestes et actes de Bacchus. Davantage on veoit encores dedans ce temple le Sépulchre de Bacchus y ayant une seule pierre de porphyre, longue de six pieds, large de troys, et haulte de plus de cinq, taillée par le hault en dos d'asne, et tout autour enrichie d'un ouvrage excellent, eslevé en dehors, où y a des branchages de vigne, avec force raisins, et de petits enfans nuds qui en cueillent, et pressurent des grappes en leurs mains, de petits oyseaux qui en mangent, et parmy tout cela y a des triomphes de fleurs suspenduz, qui est une des plus belles pièces, et plus exquises qui soyent à Rome : Et pour plus grand ornement on veoit encore les portes de ce temple qui sont de bronze. Enfin comme plusieurs temples des dieux des anciens payens ont esté consacréz et dédiéz pour le service de Dieu, cestuyci fut par sa dédication destiné par Alexandre IV pour Constantia, fille de l'empereur Constantin le Grand, laquelle est enterrée soubz ladicte pierre de porphyre, et fut sanctifiée après sa mort, estant décédée en ce lieu où elle avoit faict bastyr une église dédiée à sainte Agnèse, par les prières de laquelle elle disoit estre guarie de la lèpre, et ainsy demeura tout le reste de sa vie religieuse en ce lieu, où y a à présent un monastaire et religion. Ainsy l'ancien temple a esté appellé Santa Constanza et celuy qu'elle feit bastir Santa Agnesa. Depuis advint que le pape Paule II vénitien feit enlever ceste pierre pour la faire transporter en l'église Sainct Pierre voulant estre enterré soubz icelle, mais comme elle fut seulement à my chemin le pape décéda, et lors la pierre fut remise au lieu d'où on l'avoit enlevée et y est demeurée jusques aujourd'huy.
Revenant à la continuation du circuit de la ville, on veoit dedans les vieilles murailles, à 120 pas de Porta Pia, une petite PORTE de brique bouschée de jadys : Et plus avant y a un pent rebasty contre lequel sont les armoyries de Iule II à 140 pas, et ces lettres
IVLIVS II
PONT. MAX.
(Fol. 205). Après ce pent recommencent les vieux murs et à 150 pas loing se joignent à la PORTA SALARIA anciennement appellée Porta Collina, soit parce qu'elle estoit proche des collines, ou bien qu'elle estoit au pied de la colline dicte Quirinalis, et mesme fut nommée Porta Quirinalis parce que par icelle on alloit au mont Quirinal, ou bien parce que près d'icelle estoit Sacellum Quirini. Elle fut aussy nommée Porta AEgonalis et AEgonensis, comme dict Festus, d'aultant que auparavant que les Sabins fussent venuz habiter au mont Quirinal on le nommoit mons AEgon. Elle fut encores appellée Agonalis, et Agonensis à cause des jeux nomméz des anciens Agonalia, qu'on souloit jouer près de ceste porte quand le débordement du Tybre remplissoit Circus Maximus, où on avoit accoustumé de jouer, ce qui se remarque principalement par ce passage de Tite Live du livre : « Nam ita restagnavit Tyberis ut ludi Apollinares inundato circo, extra portam Collinam ad aedem ErycinaeVeneris peracti sint. »
Hors de ceste porte on veoit encores les ruines de ce temple de Venus Erycina, où les jeunes filles commençant d'approcher à l'âge de congnoissance et puberté, avoyent accoustumé de porter pour offrande leurs petites poupées dont elles ne tenoyent plus conte, ce que Perse entend dire par ces vers de la seconde Satyre. Dicite pontifices in sacris quid faciat (sic) aurum
Nempe hoc quod Veneri donatae a virgine pupae.
La dernière porte de l'ancienne Rome fut cestecy, après laquelle n'y en a plus esté adjousté sinon lors quelle a esté réédifiée ; et seulement de l'autre costé du Tybre au Vatican.
On remarque aussy que par ceste porte entrèrent les Françoys qu'on nommoit Senones, lesquelz saccagèrent la ville [de] Rome.
A la sortye de la porte commence VIA SALARIA laquelle a donné son nom à la porte, et a esté ainsy appellée parce qu'elle menoit au pays des Sabins d'où venoit tout le sel à Rome, ainsy que dict Festus : et aussy Pline lib. XXXI, cap. VII, usant de ces mots : « sicut apparet ex nomine Salariae viae quoniam illâ sal in Sabinos portari consueverat. »
De ce costé Annibal estoit campé pour assiéger Rome, et estoit logé à costé de ce chemin près de Anio à présent dict Teverone, en un lieu distant de troys mil de la ville, d'où estant party et le siège levé, les Romains pour mémoire et par dérision y édifièrent un temple qui fut nommé « Templum Ridiculi »(fol. 266).
Ceste porte est en archade de pierre Tyburtine fort ancienne, dont le dessus est seulement de brique qui semble à la fabrique estre du temps de Arcadius et Honorius Empereurs, eus (sic) esgard aux aultres bastimens par eux faicts, toutesfois il n'y a aulcune inscription.
120 pas loing de la porte on trouve entre les vieux murs un pent rebasty, auquel sont gravés ces mots soubs les armes de Jule III :
IVLIVS III
PONT. MAX.
Continuant les anciennes murailles on veoit à 430 pas plus loing une pierre de marbre en forme quarrée, qui monstre estre fort antique, laquelle est apposée dedans le mur, et en icelle se list cette inscription:
M. CALPVRNIO
MENIERO F.
CALPVRNIA M
RVFA
200 pas plus avant y a un aultre pent rebasty parmy les vieilles murailles contre lequel sont les armoyries dudit Jule III avec pareille inscription que dessus.
Ayant passé ce pent réparé on ne trouve plus que tous vieux murs que l'on va costoyant près le pied d'iceux, ny ayant fossé non plus que devant et ayant ainsy cheminé la longueur et espace de 360 pas on se trouve à la PORTA PINCIANA qui fut ainsy nommée parce qu'elle estoit voysine du palais de Princius sénateur Romain, qui y avoit mis tant de richesses, que lors qu'il fut ruiné par lez Ostrogothz, Théodoric leur Roy en feit serrer et enlever les marbres, et aultres démolitions qu'il transporta à Ravenne, ainsy qu'escrit Cassiodore en une Epistre. Elle fut aussy auparavant appellée Porta Collatina, et le chemin sortant d'icelle fut pareillement dict VIA COLLATINA servant pour aller à l'antienne ville de Collatina d'où print son nom Tarquinius Collatinus, mary de Lucrèce, lequel y faisoit la demeure.
Par ceste porte passoit anciennement l'Aqueduct de Aqua Virgo qui estoit conduicte par dessoubz terre, dont on veoit les voustes fort profondes par des souspiraux, et ouvertures qui sont en quelques endroictz hors la ville ; de quoy les Gothz s'estant voulu servir pour y faire passer des soldats dedans la ville (fol. 267) par dessoubz ceste porte, ils furent descouverts et repousséz.
Ceste fontaine fut amenée à Rome par un Consul nommé Agrippa, qui la print à huict mil de la ville où elle fut trouvée par des soldats, qui cherchant de l'eau, rencontrèrent une jeune fille, laquelle tenant une baguette en sa main leur en démonstra certaine source qu'ilz descouvrirent et suivirent la veine d'où elle procédoit ; laquelle estant ouverte, en sourditgrande quantité d'eau qui fut nommée Aqua Virgo à cause qu'une fille l'avoit premièrement descouverte.
Elle entre encores aujourdhuy dedans Rome par le conduict qui est fort bas en terre soubz ceste porte, d'où on la faict monter sur le mont voysin appellé Collis Hortulorum, où s'est trouvé en terre ceste inscription :
TI. CLAVDIVS DRVSI F. CAESAR
AVGVSTVS GERMANICVS PONTIF. MAX.
TRIB. POT. V . IMP. XI . PP. COSS. DESIGN. IIII.
ARCVS AQUAEDVCTVS VIRGINIS DISTVRBATOS
PER C. CAESAREM
A FVNDAMENTIS NOVOS FECIT AC RESTITVIT
[Corpus Inscr. Lat., t. VI, n° 1252]
Le bastiment de la porte Pinciana est composé d'une haulte archade de pierre Tyburtine qui paroist fort antique, et n'y a aulcune inscription, ny aultre marque sinon une croix sur le hault de la vouste, toutesfoys par comparaison d'aultres bastymens, il semble à la fabrique qu'elle soit du temps de l'empereur Justinian et de pareille matière et structure que le pont SaincteClaire ou Salarius basty par Narsès : aussy L. Faunus est d'opinion qu'elle a esté bastye par Bélissaire, lieutenant de Justinian.
Plus avant dedans la ville y a un aultre grand portail, et une vouste qui semblent estre plus modernes.
Continuant le chemin du tour de la ville on ne trouve que murs fort antiques jusques à 450 pas, qu'il y a un pent de muraille rebasty à un recoing où ceste inscrption se vepoit gravée en troys entroitz :
IVLIVS III
PONT. MAX.
A l'endroict de ce recoing y a au dedans de la ville un beau jardin où se veoit encore le sépulchre de la famille appelée Domitii, mais à présent fort ruiné.
Ceste réparation de muraille continuant fort longuement, on trouve encores dans icelle à 140 pas la même inscription de Jule III (fol. 268).
Puis on veoit contre une tour qui est de là à 30 pas un escusson d'armoyryes portant un lion traversé d'une barre par le mylieu, soubz lequel est escrit :
PAVLVS
VENETVS
PAPA II.
20 pas après est escrit contre la muraille
IVLIVS III
PONT. MAX.
25 pas plus loing on veoit encores les armoyryes d'un lion barré et ces mots au dessoubz
PAVLVS VENE
TVS PP. II.
De là à une tour réparée que l'on trouve à 60 pas, on veoit contre icelle ces mesmes mots :
JVLIVS III.
PONT. MAX.
50 pas plus loing contre une aultre tour rebastye se veoit encore ceste mesme précédente inscription et puis cestecy :
PAVLVS VENETUS
PAPA . II
jusques à laquelle, depuis la dernière non escrite y a 150 pas, qui sont presque toutes murailles neuves, un peu entremeslées de quelques ruines et vestiges de vieilles.
Après cela recommencent les murs antiques à 290 pas, lesquels sont fort remarquables tant pour la façon de la structure que pour la matière, et aussy qu'il est aisé à gager que ce sont les plus antiques qui se voyent en tout le circuit de Rome.
Ces murailles sont toutes de brique bastyes en archades qui s'entresuivent d'un grand reng, lesquelles sont remplyes de petits carreaux aussy de brique, disposéz en eschiquier, et fort justement sans aulcune interruption de leur ordre, n'ayant chascun que cinq poulces en quarré, et le surplus au dessus des voustes est de pareille matière, et la massonnerie si forte et bien liée, que en divers lieux où elle est ruinée, on ne peult qu'avec beaucoup de difficulté en arracher des carreaux : tellement que ceste forte liaison, la matière de la brique bien cuitte, et la forme de bastiment en arc, sont troys choses qui ont tant faict durer ceste muraille.
Continuant de cheminer tout le long de ces archades (fol. 269) de brique de la longueur et espace de 150 pas, on trouve un coin et angle d'un mur fort gros et espez lequel s'est tellement fendu et rejetté depuis le mylieu jusques au hault, que en ceste séparation il est demeuré une fort grande et large ouverture, d'aultant que un des costéz du mur s'est si fort advancé en dehors et l'aultre si fort rejetté en dedans que les deux costés au lieu de se rapporter l'un à l'aultre au niveau sont escartéz hors de ligne de plus d'une toyse par le hault, et est tout ce mur basty de mesmes petits carreaux que j'ay dict cy devant, et à cause de ce penchement est nommé « il muro torto » aultrement « il muro inchinato, » lequel est remarquable principalementde ce que dès le temps de l'Empire de Justinian il estoit desjà en ceste sorte, comme tesmoigne Procopius qui au mesme temps estoit secrétaire de Bélisaire, lieutenant de Justinian : remarquant que durant toutes les guerres et sièges de Rome des Barbares, Gothz, Vicegothz, et Ostrogothz, ilz ne se sont jamais adviséz d'attaquer la ville par cest endroict, duquel on disoit que l'Apostre St-Pierre avoit jadis pris la protection : et pour ceste occasion que cela fut tenu pour miracle, qui est causé que depuis nul n'a voulu entreprendre d'y faire aulcune réparation.
Vis à vis et tout près de ce mur penché y a deux beaux jardins, dont l'un appartient à un gentilhomme Florentin nommé il Sigr Cevolo, où il se veoit de belles statues et aultres antiquitéz. 70 pas plus loing on trouve une petite chapelle toute ruinée qui souloit estre appellée San Salvatore.
Près d'icelle est un recoin de muraille qui joinct celle de la ville servant de closture à un jardin qui d'un costé est renfermé de vieux murs de pareille façon et matière que les précédents : lequel jardin il fault circuir tout à l'entour, et a de longueur 330 pas jusques à la reprise desdiz murs, et archades de brique qui durent encores plus loing au delà 60 pas seulement.
Puis commence une aultre muraille moins antique, qui est faicte de pierre à petits carréz, et à 100 pas finist contre la PORTA DEL POPOLO qui estoit jadis appellée Porta Flumentana, à cause qu'elle estoit proche du fleuve du Tybre, et subjecte aux débordements: laquelle depuis changea et de place et de nom, estant nommée Porta Flaminia du nom de Flaminius Consul qui fit dresser et paver la VIA FLAMINIA qui fut la plus célèbre, et est encores la plus fréquentée de toutes celles de Rome, qui faict que le mesme nom est demeuré aussy à la porte (fol. 270). Et à cause de sa grande largeur et spatieuse estendue, elle fut aussy dicte Via Lata, comme estant en cela plus remarquable que les aultres. Quant à la longueur, elle estoit aussy fort grande, traversant dedans la Romagne par Narnia, Spoletum, Nuceria, Fanum, Fortunae, Pisaurum, et jusques à Ariminum ; qui sont… grandes journées : durant lesquelles il y a ... ponts de pierre et voustes pour passer les rivières où elles se rencontrent dont partye d'iceux sont encores demeuréz entiers, ou du moins en bon estat par le moyen des réparations qui y ont esté faictes. Nous voyons mesme que Suétone en la vie d'Auguste rapporte qu'il y eut des deniers destinéz et distribuéz pour la réfection et entretenementde tous les chemins, et que Auguste se réserva la charge de cestuy ci, ses mots sont : « Quo autem facilius undique urbs adiretur, desumpta sibi Flaminia via Arimino tenus minuenda [munienda], reliquas triumphalibus viris ex manubiali pecunia sternendas distribuit. »
Ceste porte estoit n'y a pas longtemps en forme d'Arc Triomphal, sur lequel elle avoit esté bastye se servant de l'archade qui se trouva en ce lieu ; qui fut, selon la commune opinion, du temps de Bélisaire que nous pouvons remarquer par ce qu'avons veu cy-devant, avoir esté fort curieux de rebastir les portes de la ville de Rome : Joinct aussy que les murs des deux costéz de ceste porte touchant à icelle, ont esté par luy bastyz, tels qu'on les veoit encores aujourd'huy fort entiers.
Ayant donc depuis esté rebastye, elle est maintenant d'une belle et haulte Archade de pierre Tyburtine, ornée de quattre grandes et riches colonnes de marbre poly, dont y en a deux de chascun costé par le dehors de la ville : Et au-dessus du portail y à une grande table de marbre entre deux cornes d'Abondance où est gravée ceste inscription
PIVS IIII . PONT. MAX.
PORTAM IN HANC AMPLITVDINEM
EXTVLIT
VIAM FLAMINIAM STRAVIT
ANNO III
qui tesmoigne que la porte a esté refaicte par le pape Pie IV. Et a pris le nom qu'elle a maintenant à cause d'une église qui est joignant icelle au dedans de la ville à costé gaulche en entrant, laquelle est appellée Santa-Maria del Popolo.
Le sépulcre de Néron, l'empereur estoit au mesme lieu où est à présent le maistre aultel de ceste église, mais le pape Pascal le feit déterrer et jetter dans le Tybre, et y feit bastir un aultel disant avoir eu révélation de ce faire, à quoy on adjouste que ce lieu estoit gardé par des Daymons et rendoit (fol. 271) une fort puante odeur laquelle cessa après que les os de Néron furent ostéz, et jettéz en la rivière : Et enfin il y fut faict une église que le pape Sixte IV feit édifier depuis les fondemens jusques à ce qui s'y veoit aujourd'hui.
En ceste église je remarquay un distique fort gentil qui est gravé en une pierre contre terre, pour Epitaphe d'un qui mourut de la morsure d'une chatte lequel est tel : Hospes disce novum mortis genus, improba feles / Dum trahitur, digitum mordet, et intereo.
[« Passant, apprends une nouvelle façon de mourir : alors que la méchante chatte est bien traitée (?), elle mord au doigt, et je meurs » – Rabelais en parle, Quart-Livre, XVII]
Tous cardinaux nouveaux,ou retournant de Légation, font leur entrée à Rome par la porte du Popolo : Et y arrivant mettent pied à terre devant ceste église, où ilz vont faire leurs prières à Dieu, et rendre grâces du bon succès de leur voyage : puis y demeurent à loger ce premier jour et envoyent vers le Pape pour l'advertir de leur venue, et le supplyer leur vouloir donner audience, laquelle n'est jamais dès le mesme jour, ains la remet ordinairement au landemin ; et cependant ne leur est loysible de loger ny aller ailleurs premier qu'avoir eu sa bénédiction.
Pour achever le reste du circuit de Rome, on va depuis la porte de Popolo descendant tousjours peu à peu tout le long des murs antiques bastyz par Bélisaire, lesquels sont tous de brique, et vont continuant jusques au Tybre sans qu'il y ait aulcun fossé, faisant la longueur de 430 pas : et de ce lieu on veoit de l'aultre costé du bord de l'eau, le lieu où j'ay commencé à mesurer le circuit des murailles de la ville.
LA VILLE DE ROME du costé de deça le Tybre, qui comprend les sept montaignes, se trouve avoir pour toute supputation sommaire du circuit des murailles depuis un bord de la rivière où elles commencent, jusque à l'aultre bord où elles finissent 17.585 pas.
SOMME que le supputation géneral de ce qui est déja que de la Tybre ROME, telle qu'elle est aujourd'huy a de tour et circuit mésuré 26,757 pas. Vingt-six mille, sept cent, cinquante-sept pas.
Les autheurs qui ont faict mention de la grandeur de Rome en ont parlé si diversement qu'il est malaisé d'y asseoir jugement : Pline au Ve chap. du IIIe livre dict, que du temps de Vespasian elle avoit seulement 13,200 pas de tour comprenant les sept montagnes, usant de ces mots : « Moenia ejus collegere ambitu Imperatoribus Censoribusque Vespasianis anno conditae D. CCC. VIII, pass. XIII. M. CC. Complexa montes septem ; » et plus bas au mesme chapitre il tient que c'estoit lors la plus grande ville du monde, disant ainsy : « Nulliusque urbis magnitudinem in toto orbe potuisse ei comparari : ce qui monstre bien que en ce temps là il n'y avoit pas de si grandes villes que nous en voyons aujourd'huy, et mesmes en Italie, comme sont Padoue et Milan, lesquelles approchent de la grandeur que Rome avoit lors, comme aussy faict la ville de Paris laquelle j'ay aussy mesurée, et trouvé que non compris les fauxbourgs elle a de circuit… pas, qui ne sont que. pas moins que ce que Pline en dict de Rome : Mais elle a depuis esté fort amplifiée, de sorte que aulcuns luy ont donné jusques à 2080[0] pas : et Flavius Vopiscus dict que elle fut tellement accreue par l'empereur Aurelianus qu'elle avoit 30,000 pas de circonférance.
Toutesfoys nous ne voyons pas aujourd'huy de remarques qu'elle puisse avoir eu telle estendue, si ce n'est qu'à la façon des jurisconsultes il faille aussy comprendre les fauxbourgs soubs le nom de la ville de Rome : mais pour l'entendre en ceste façon elle auroit bien eu davantage, car d'un seul costé (qui est le long de via Flaminia) le fauxbourg duroit jusques à Otricoli par le moyen d'une continuité d'édifices qui estoyent des deux costez du chemin jusques audit lieu, qui est à une journée de Rome où l'on conte… (sic) mil : tellement que les estrangers arrivant de ce costé là, après avoir longtemps cheminé pensoyent estre bien avant dans la ville qu'ilz n'estoyent pas encore à la sixiesme partye du fauxbourg : ce qui advint à l'Empereur Constantin lequel (ainsy que récite Marcellinus) n'ayant encore passé la moytié du fauxbourg, demanda où estoit la grande place de Rome, et fut estonné quand on luy respondit qu'il n'estoit encores à mychemin de la ville. A quoy il adjouste que à son arrivée passant soubz l'archade de la porte, qui estoit fort haulte il baissa néantmoins la teste en entrant, ce qui fut d'aultant plus remarqué parce qu'il estoit petit homme, et tourné si fort en risée qu'on disoit qu'il avoit bien faict l'oye en entrant. C'est donc pour monstrer combien il y avoit de bastimens hors la ville que l'on pouvoit appeller fauxbourgs pour le grand nombre des maisons qui s'entresuivoyent car tout en semblable de l'aultre costé de [la] ville à l'opposite y avoit aussy une continuité de maisons jusques à la mer.
Par le mesurage cy dessus je trouve que prenant seulement le tour et circuit des murailles qui environnent les sept montagnes que Pline a comprises dans la circonférence de la mesure qu'il rapporte, la ville de Rome estoit pour lors moindre que ce seul costé du Tybre de 4385 pas qu'elle doibt avoir esté accreue depuis son temps (fol. 273) non compris le Janicule qui est de l'aultre costé de l'eau, ny le Vatican qui depuis a esté adjousté à la ville, et renfermé de murailles par le Pape Léon IVe ainsi que j'ay cydevant remarqué plus amplement, parlant de la porte de San Spirito : tellement que maintenant Rome comprend en soy neuf collines, prenant le champ du Vatican pour une colline combien qu'elle soit peu eslevée ; et néantmoins avec cest accroissement qui est fort grand, la mesure de présent est moindre de 3243 pas que la grandeur que Vopiscus luy donne : De quoy la faulte peult provenir de ce que plusieurs prenent les milles selon qu'ilz les mesurent en leur esprit par la proportion et jugement qu'ilz font du temps qu'ils ont cheminé, ainsy que l'on a accoustumé allant par les champs : Mais en chose que l'on veult remarquer exactement il est besoing d'y adjouster la mesure des pas, comme je juge que Pline a faict ; et d'aultant que depuis ce qu'il en a escrit la ville a esté eslargie de beaucoup, c'est pourquoy le mesurage qu'il rapporte ne monte pas à ce que nous y trouvons à présent du seul costé du Tybre, qui comprend les sept montagnes contenues en ce qu'il a mesuré : Et en comprenant l'augmentation faicte de l'aultre costé de l'eau il se trouve que la grandeur rapportée par Pline, ne revient qu'à la moytié de ce que nous y voyons aujourd'huy.
Davantage pour monstrer que de ceux qui parlent des grandeurs des villes, il y en a aulcuns qui ne les mesurent que par advis de pays sans prendre la peine d'y apporter la diligence nécessaire pour le mesurage, j'en voy mesme quelques uns de ce temps qui en ont escrit récentement et ne donnent à Rome que 16 mil de tour, ce que si nous prenons pour 16000 pas, je congnoys par la mesure que j'en ay prise bien exactement qu'ilz se sont abbuséz presque de la moytié.
Quant au nombre des tours il y en a en tout 366 : desquelles je n'ay descrit les distances des unes aux aultres, ny leurs formes, grosseurs ny haulteurs, qui eust esté chose de grande longueur et superflue, comme pareillement des haulteurs des murailles, desquelles il me suffira de dire que en peu de lieux elles sont hors d'escallade, et n'ont ny fossé par le dehors en la plus grandepart, ny rempart aulcun par le dedans, estant mesmes occupées en beaucoup de lieux pour servir de closture d'un costé à des particuliers, sans qu'il y ait espace entre ces maisons ou jardins de la ville, et lesdits murs. De sorte que Rome, qui est une des plus grandes villes de l'Europe, est des moins fortes qui se voyent.