LES GROTTES DE CROUTELLES

ET LE CULTE CALVINISTE

 


 

De 1528 à 1533, Calvin faisait ses études de droit à l'Université d'Orléans; elles lui valurent le titre de docteur. Il fut surtout de ceux qui profitèrent de leur séjour a Orléans pour s'ouvrir à la connaissance de la littérature gréco-latine; c'est ainsi qu'il publia alors un Commentaire sur Sénèque.

C'est seulement en 1533 qu'il révéla publiquement sa rupture avec l'Eglise et qu'il commença à prêcher sa nouvelle doctrine. C'est ainsi qu'en 1534 on le vit à Poitiers. Nous avons quelques détails sur son séjour dans l'ouvrage de Florimond de Raemond, conseiller au Parlement de Bordeaux, Histoire de la naissance, progrès et décadence de l'hérésie de ce siècle (1605).

Calvin, de retour en France, prit sa retraite à Poitiers où il trouva moyen d'accoster des hommes de savoir qui avaient jà ouï parler de lui lorsqu'il séjournait dans Angoulême : la science tout ainsi que la vertu se fait bientôt aimer et chérir. […]
Calvin eut, en peu de temps, fait provision d'amis, mêmement du prieur des trois Moûtiers, nommé François Fouquet, qui le reçut chez lui, et de Charles de Sage, docteur-régent, natif de la même ville où Calvin avait pris sa naissance. […] Calvin, entretenant les hommes de lettres et se promenant ores avec les uns, puis avec les autres ès environs de Poitiers, leur parle de la Religion, mais au commencement à demi-mot, comme il avait fait à Angoulême. Et, peu après, leur découvre quelques secrets de sa nouvelle théologie sur les opinions du triumvirat Luther, Melanchton et Zingle. Enfin, conduisant aucuns d'entre eux dans les caves de Saint-Benoît et de Crotelles, il leur fait voir des livres et formes de prières dressées et écrites de sa main, leur en donne des copies et parfois, se jetant à genoux, les convie prier avec lui, ce qu'il faisait avec beaucoup de véhémence.
Mais ce n'était pas assez d'avoir ouvert la boîte devant ces gens d'école, il fallait pratiquer les personnes de qualité plus relevée, comme il fit peu après, ayant trouvé moyen de s'introduire en la maison de Renier, lieutenant-général au Siège. […] Etant un jour avec ce lieutenant en son jardin, accompagné de quelques autres hommes de Lettres de l'Université, ils entrent sur le propos de la Religion et des opinions de Luther et Zwingle. Car c'était déjà l'ordinaire entretien non seulement des gens de savoir, mais du commun peuple, voire des propos de table. […]
Comme nos premiers pères furent premièrement enchantés et déçus dans un jardin, aussi dans ce jardin du lieutenant à la rue des Basses-Treilles cette poignée d'hommes fut enjôlée et coiffée par Calvin. Car, encore qu'il n'eût pas cette grâce et facilité de bien dire co..e il avait à bien écrire, il faisait aisement br'che en l'Ame de ceux qui lui pr8taient l'oreille, apportant beaucoup de véhémence, quoi qu'à bâtons rompus, à ses discours. C'est là où le premier concile calviniste fut tenu, qui coûta depuis si cher à la France. […]
Cette petite troupe s'entrevit souvent depuis aux caves de Saint-Benoît, Crotelles et autres lieux secrets et cachés aux champs et en la ville. […] Dans ces lieux cachés, il firent la première Cène calviniste appelée la Manducation. […] Là Calvin faisait l'exhortation (ainsi appelait-on au commencement le prêche), invoquant le Saint-Esprit afin qu'il descendît sur ce petit troupeau assemblé en son nom. Il lisait quelque chapitre de l'Ecriture et, sur l'heure, on démêlait, ou plutôt embrouillait, les difficultés. Chacun en disait son avis, comme en une dispute privée: cela continua quelque temps…

C'est dans les grottes de Crotelle que le culte calviniste se célébra d'abord.

C'est dans les grottes de Crotelle que le culte calviniste se célébra d'abord: Dans les caves et lieux cachés, ils faisaient au commencement une forme de cène appelée manducation, cérémonie ou tradition qu'ils tenaient de Calvin qui conduisait les premiers illuminés aux caves de Crotelle. […] Celui de la compagnie qui était élu lisait tel passage des quatre évangélistes que bon lui semblait sur la matière du sacrement de l'eucharistie. Et, après avoir détesté la messe comme invention du diable et proféré plusieurs injures et blasphèmes contre l'Eglise, il leur disait: "Mes frères, mangeons le pain du Seigneur, en mémoire de sa mort et Passion". Lors ils s'asseyaient à table, puis il rompait le pain, en baillait à chacun un morceau et tous mangeaient ensemble sans mot dire, tenant chacun la meilleure mine qu'il pouvait. Le même faisaient-ils prenant le vin. Après ce, cet élu rendait grâces au Seigneur de ce qu'il leur avait fait cette faveur de connaître les abus du papisme et la grâce d'entendre la vérité. Ce fait, il disait, et les autres aussi, le Pater Noster et le Credo en latin, puis l'assemblée se levait. Avant partir, chacun faisait serment, jurait au Dieu vivant de tenir et garder le secret, à l'imitation de ces anciens hérétiques qui avaient pour leur commun jargon 'Je me parjure et ne découvre jamais le secret'.

En 1558-1559 se tint à Poitiers le premier synode réformé préparatoire au grand synode de Paris.

Je sais qu'au synode de Poitou, qui fut le second clandestin tenu l'an 1559 chez le sieur Beaussé , quelques-uns jà séparés de l'Eglise criaient le retour, accusaient le schisme, entre autres l'abbé de Valence en Poitou, de la maison de Vérac, qui faisait le ministre quoi qu'il portât l'habit de religieux. Celui-là, qui fut le premier abbé débauché par Calvin, fut aussi le premier qui cria contre le schisme. En cette assemblée, un avocat fameux nommé la Borderie, qui fut de cette première troupe que Calvin assembla à Poitiers, comme j'ai dit, leur fit entendre avec beaucoup de raisons qu'il fallait demeurer dans l'Eglise sans faire ainsi banqueroute.



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