LES CHASTEIGNER AU CHÂTEAU DE TOUFFOU À BONNES-SUR-VIENNE
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1 et 2- Donjons jumelé (XIe-XVe) avec polychromie héraldique du XIIIe s. dans la salle du second étage.
3- Tour de la Chapelle (avec cachots, salle de justice et chapelle avec un Christ du XIIIe siècle).
4- Tour Saint-Jean (avec salle dite "des Saisons" décorée de peintures du début XVIIe d'après Bassano.
5- Tour de l'Hostellerie (refaite en 1939) et cuisine. 6- Tour Saint-Georges.
7- Logis Renaissance. 8- Terrasse. 9- Douves. 10. Cour d'Honneur.
Un tel site, dominant la vallée de la Vienne, avant-poste de Chauvigny, dans une région frontière entre le domaine des Capétiens et celui des Plantagenêts, ne pouvait que séduire les bâtisseurs. On y construisit un donjon au XIe-XIIe siècle.
Le château appartenait à la famille de Montléon. En 1519, Claude de Montléon épousa Jean Chasteigner de La Roche-Posay qui devint ainsi seigneur de Touffou et fit construire une aile dans le style Renaissance.
Au XVIe siècle, les Chasteigner furent de valeureux soldats au service de la monarchie, mais aussi des poètes et des humanistes. Le château devait rester dans la famille des Chasteigner jusqu'en 1821 ou 1825.
JEAN CHASTEIGNER, maître d'hôtel de François 1er puis d'Henri II, fut blessé à la jambe d'un coup de mousquet au siège de Pavie en 1525. Il demeura infirme et Rabelais, dans le chapitre XV du Quart-Livre, évoque son infirmité: "Un des escuyers, chopant et boitant, contrefaisait le bon et noble seigneur de la Roche Posay" (Pléiade, p. 604). Homme de guerre lettré, il forma ses fils à l'humanisme. Son épitaphe fut composée par Joseph Scaliger.
ROCH CHASTEIGNER (1527-1562), fils de Jean, a laissé un recueil de vers français et espagnols composés pendant trois années de captivité en Italie; à sa mort, Ronsard fit un poème en son honneur dans lequel il rappelle tous ses exploits militaires. (Pléiade, II, 496)
Épitaphe de feu Roch Chasteigner seigneur de La Roche de Posé
Si jamais âme et belle et généreuse
Alla trouver sous la forêt ombreuse
Les grands héros qui encore là-bas
Vont exerçant le métier des combats,
Cette belle âme, ici jadis hôtesse
D'un si beau corps, paraît entre la presse
De ces grands preux, et se sied au milieu,
Etant assise entre eux ainsi qu'un dieu.
Quant à son corps, il fut de telle race
Qu'en noble sang personne ne le passe. [...]
Il eut le coeur si chaud et généreux
Que dès enfance il fut chevaleureux,
Etant si preux que Mars en eut envie,
Voulant cent fois lui dérober la vie. [...]
Et Ronsard rappelle qu'il combattit sous François Ier, puis sous Henri II. Il raconte ses exploits et les multiples blessures qu'il reçut. Il raconte comment il fut capturé et emprisonné à Naples puis à Milan; comment, après trois ans de captivité, il put s'enfuir et revenir auprès des siens. Puis vinrent les guerres de Religion:
Après, étant choisi entre cent mille,
Pour lieutenant du duc de Longueville,
Lors que le trouble en notre région
S'émut si chaud pour la Religion,
Ce chevalier, honneur de sa province,
Suivant la part de Charles Roi son Prince,
Comme il poussait les canons près le mur
De Bourges, las! d'un plomb fatal et dur
Il eut cervelle et tête écrabouillée,
Perdant sa vie et sa jeunesse ailée, [...]
Servant d'exemple et de publique loi
Qu'un bon sujet doit mourir pour son Roi.
ANTOINE CHASTEIGNER (1530-1553), autre fils de Jean Chasteigner, fut tué par les Espagnols au siège de Thérouanne (sur la Lys, dans le Pas-de-Calais), le 23 juin 1553; il avait 23 ans. Il laissait un manuscrit d'odes et de sonnets qui chantaient l'amour et les combats. Un manuscrit de ses poèmes (dont certains avaient été consacrés à Ronsard) fut déposé dans son cercueil. Ronsard lui consacra une élégie (Pléiade, II, 500)
Élégie en forme d'épitaphe d'Anthoine Chasteigner, frère de Roch Chasteigner,
seigneur de La Roche de Posé sur l'Inde*
*On peut s'étonner de cette erreur géographique:
La Roche-Posay n'est pas sur l'Indre (qui est à près de 40 kms) mais sur la Creuse.
Sépulchrale élégie, à cette heure lamente,
Et de grands coups ta poitrine tourmente. [...]
Ce sonneur de tes vers, ce Chateignier, ta gloire,
A passé mort outre la rive noire.
Ce docte Chateignier, qui d'un vers qui coulait
Plus doux que miel, louanger te soulait. [...]
Les vers tant seulement peuvent frauder la mort.
Hélas! ami, quel destin ou quel sort
Hélas! s'opposa tant à ta gloire première
Qu'avant mourir ne misses en lumière
Tes beaux vers amoureux qui chantaient à leur tour
Et l'amer fiel et le doux miel d'amour? [...]
Et toutefois, hélas! dans ton cercueil moisie
Gît avec toi ta belle Poésie.
Las! Parque, fallait-il trancher encore la trame,
Et d'un plombet par force chasser l'âme
De celui qui n'avait vingt ans encore atteint?
Et comme peut son estomac, enceint
De tant de feux d'amour, souffrir en sa poitrine
Un autre feu que celui de Cyprine ?
O Ciel cruel! je m'eshabis comment
Ce dur plombet ne fondit promptement
Et que de Chasteigner le sang amoureux blême
Ne le changea en flammes d'amour même.
Cruel Mars, est-ce ainsi, est -ce ainsi, cruel Mars,
Que tu chéris de Vénus les soldats? [...]
[Mais] toi, père vieillard de l'enfant que je pleure,
Réjouis-toi de ton fils à cette heure,
Car bien qu'il ne soit mort en plus mûre saison
Dessous le toit de ta propre maison,
Bien qu'il soit entombé d'une pierre étrangère
Et que la main de sa piteuse mère
A l'heure du trépas ne lui ait clos les yeux,
Et qu'en blâmant la cruauté des dieux
N'ait cueilli de sa lèvre à l'entour de sa bouche
L'âme fuyante, et que dessus sa couche
Ses soeurs aux crins épars et ses frères pleurant
N'aient versé des oeillets bien fleurants,
N'aient versé des lis avec des roses franches
Et du cyprès les mortuaires branches;
Pourtant, père vieillard, prends quelque réconfort
Et d'un vain pleur ne trempe point sa mort.
Celui ne meurt trop tôt, n'eût-il que vingt ans d'âge,
Qui meurt au flot du Martial orage,
Ainsi qu'a fait ton fils, pour son roi bataillant.
Telle mort convient à tout homme vaillant
Et non mourir au lit ou dans la maison, comme
Quelque pucelle ou quelque couard homme. [...]
Ton fils n'attendit point que le rempart fût pris,
Mais, et de gloire et de vaillance épris,
Dès le premier assaut occit un porte-enseigne;
Et, comme sa dépouille il levait pour enseigne,
De sa jeune vertu un coup de plomb, hélas!
Sur le rempart avança son trépas,
Outre-navrant sa gorge et, pour l'honneur de France,
Dessus la fleur de sa première enfance,
Mourut à Thérouanne et me laisse de lui
Au fond de l'âme un éternel ennui. […]
FRANÇOIS CHASTEIGNER (1532-1579) fut un humaniste parrain d'un enfant de Dorat.
LOUIS CHASTEIGNER (1535-1595) reçut en ses châteaux, en particulier à Touffou, le vieux Jules César de Lescale Scaliger (1484-1558) qui fut précepteur de ses enfants et qui fit son épitaphe; Florent Chrestien le chante dans des vers grecs, Scévole de SainteMarthe en latin.
© Association Guillaume-Budé, section d'Orléans

