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BOURBON-L'ARCHAMBAULT

et Mme de Sévigné

(Allier)

Fiches de géographie littéraire

 

SévignéEn mai 1676, souffrant de rhumatismes aux genoux, aux épaules et surtout aux mains, Mme de Sévigné décida de faire une cure, hésitant entre Vichy et Bourbon. La présence de Mme de Montespan à Bourbon et les conseils de la maréchale d’Estrées lui firent choisir Vichy, en dépit de la préférence de Charles de Lorme, son vieux médecin, pour Bourbon-l’Archambault. Elle se mit en route avec ses gens dans deux calèches à sept chevaux, un cheval de bât portant son lit, le tout escorté d’hommes à cheval. Elle prit logement à l'auberge du Cheval-Blanc.

La cure consistait, grosso modo, en une semaine de boisson, à raison de douze verres chaque matin, suivie d’une semaine de douches, une chaque matin, le tout se terminant par une autre semaine de boisson. Les après-midi étaient consacrés aux divertissement et aux promenades.

Mme de Sévigné écrivait régulièrement à sa fille pour la tenir au courant. Voici comment elle décrit une matinée de boisson :

"J'ai donc pris des eaux ce matin ; ah, qu'elles sont méchantes ! On va à six heures à la fontaine : tout le monde s’y trouve, on boit, et l’on fait une fort vilaine mine ; car imaginez-vous qu’elles sont bouillantes, et d’un goût de salpêtre fort désagréable. On tourne, on va, on vient, on se promène, on entend la messe, on rend les eaux, on parle confidemment de la manière qu’on les rend ; il n’est question que de cela jusqu’à midi. Enfin, on dîne ; après dîner, on va chez quelqu'un : c'était aujourd'hui chez moi. Il est venu des demoiselles du pays avec une flûte, qui ont dansé la bourrée dans la perfection. C'est ici où les bohémiennes poussent leurs agréments ; elle font des dégognades [danses plutôt relâchées] où les curés trouvent un peu à redire. Mais enfin, à cinq heures, on va se promener dans des pays délicieux ; à sept heures, on soupe légèrement ; on se couche à dix. […] Je me suis assez bien trouvée de mes eaux ; j'en ai bu douze verres: elles m'ont un peu purgée, c'est tout ce qu'on désire. Je prendrai la douche dans quelques jours." (lettre du 20 mai 1676)

Puis c’est, huit jours plus tard, l’expérience de la douche :

"J'ai commencé aujourd'hui la douche. C'est une assez bonne répétition du purgatoire. On est toute nue dans un petit lieu sous terre, où l'on trouve un tuyau de cette eau chaude, qu'une femme vous fait aller où vous voulez. Cet état, où l'on conserve à peine une feuille de figuier pour tout habillement, est une chose assez humiliante. J'avais voulu mes deux femmes de chambre, pour voir encore quelqu'un de connaissance. Derrière le rideau se met quelqu'un qui vous soutient le courage pendant une demi-heure ; c'était pour moi un médecin de Ganat. […] Il me parlait pendant que j'étais au supplice. Représentez-vous un jet d'eau contre quelqu'une de vos pauvres parties, toute la plus bouillante que vous puissiez vous imaginer. On met d'abord l'alarme partout, pour mettre en mouvement tous les esprits ; et puis on s'attache aux jointures qui ont été affligées ; mais quand on vient à la nuque du cou, c'est une sorte de feu et de surprise qui ne se peut comprendre ; cependant c'est là le nœud de l'affaire. Il faut tout souffrir, et l'on souffre tout, et l'on n'est point brûlée, et on se met ensuite dans un lit chaud, où l'on sue abondamment, et voilà ce qui guérit." (lettre du 28 mai 1676)

Après la douche, il s'agit de transpirer abondamment :

"J'en suis à la quatrième douche ; j'irai jusqu'à huit, et mes sueurs sont si extrêmes que je perce jusqu'à mes matelas; je pense que c'est toute l'eau que j'ai bue depuis que je suis au monde. Quand on entre dans le lit, il est vrai qu'on n'en peut plus: la tête et tout le corps sont en mouvement, tous les esprits en campagne, des battements partout. Je suis une heure sans ouvrir la bouche, pendant laquelle la sueur commence, et je continue pendant deux heures." (lettre du 1er juin 1676)

Vient enfin le bilan :

"Je crois qu'en huit jours il est sorti de mon pauvre corps plus de vingt pintes d'eau. Je suis persuadée que rien ne me peut faire plus de bien ; je me crois à couvert des rhumatismes pour le reste de ma vie. La douche et la sueur sont assurément des états pénibles ; mais il y a une certaine demie heure où l'on se trouve à sec et fraîchement, et où l'on boit de l'eau de poulet fraîche ; je ne mets point ce temps au rang des plaisirs médiocres. […] Je n’ai plus les mains enflées, mais je ne les ferme pas ; et comme j’ai toujours espéré que le chaud les remettrait, j’avais fondé mon voyage de Vichy sur cette lessive dont je vous ai parlé, et sur les sueurs de la douche, pour m’ôter à jamais les craintes du rhumatisme : voilà ce que je voulais, et ce que j’ai trouvé."

L’année suivante, en septembre, elle fit une nouvelle cure à Vichy. Elle but pendant seize jours, mais ne prit que deux douches et deux bains chauds.

Dix ans après, en septembre 1687, elle alla cette fois à Bourbon, que Boileau venait de quitter. Elle fut, elle aussi, prise en charge par M. Amyot, qui lui annonça que tous ses maux venaient de la rate et que les eaux de Bourbon étaient spécifiques pour cela. Il conseilla à la malade la boisson, les bains, mais déconseilla les douches.

Et Mme de Sévigné écrit à sa fille :

"Il y a deux jours que je prends des eaux. Elles sont douces et gracieuses et fondantes ; elles ne pèsent point. J’en fus étonnée et gonflée le premier jour, mais aujourd’hui je suis gaillarde. On les rend de tous les côtés ; point d’assoupissement, point de vapeur. […] C’est une opinion toute commune que ces eaux, quand on n’a point beaucoup d’humeurs, sont douces et fondantes et consolantes, et qu’elles se distribuent dans toutes les parties avec une onction admirable. […] J’ai pris dans l’intervalle de la poudre de M. Delorme, qui m’a fait des merveilles. Je n’ai pas eu la moindre vapeur. J’ai un très bon visage. J’ai pris en arrivant une médecine ordinaire ; j’en prendrai encore une en partant. Les eaux me purgent tous les jours sans violence, et les bains que je prends sont doux et tempérés. Si la douche m’était nécessaire, Amyot ne l’épargnerait pas. […] Ces bains sont admirables, et pour les néphrétiques et pour mille autres maux. Je suis parfaitement contente de mon voyage."

Le grand débat était de savoir si les eaux de Bourbon valaient les eaux de Vichy. Par prudence, la duchesse de Chaulnes faisait venir de l’eau de Vichy, que l’on réchauffait dans les "puits bouillants" de Bourbon. Et Mme de Sévigné put combiner les eaux des deux villes :

"Les eaux de Vichy ne sont plus pour moi aussi nécessaires qu’elles m’ont été. J’en ai fait tout l’usage que je pouvais désirer en les faisant venir et en les tempérant par celles-ci. Elles m’ont purgée autant qu’il le fallait, et celles de Bourbon, douces et fondantes, ont achevé un véritable état de perfection. J’ai pris du crocus, parce que je sais que, quand il ne trouve guère d’humeurs, il ne fait point de mal à son hôte ; c’est le bon pain, comme disait Delorme. Il ne m’a point fait vomir, et m’a purgée doucement ; c’est à cause que je ne suis point accablée d’humeurs qu’on ne m’a point donné d’émétique. Je suis dans les bains balsamiques et charmants. Je bois le matin, je n’ai aucune sorte d’incommodité. J’ai fait tous ces remèdes avec une règle et une mesure dont j’eusse été incapable sans Mme de Chaulnes. Elle ne songe point à rien précipiter. Nous partons lundi après trois semaines et un jour de séjour : seize jours de boisson, neuf bains, trois médecines, deux jours de repos ; rien ne peut être mieux compassé que tout cela.