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ERMITAGES ET THÉBAÏDES

AUX LISIÈRES DE PARIS

Fiches de géographie littéraire

Paris est pour le riche un pays de cocagne:
Sans sortir de la ville, il trouve la campagne;
Il peut, dans son jardin tout peuplé d'arbres verts,
Receler le printemps au milieu des hivers,
Et, foulant le parfum de ses plantes fleuries,
Aller entretenir ses douces rêveries.

(Boileau, fin de la Satire VI.)

Boileau avait beau dire, même les "riches" trouvaient que la vie parisienne était lassante, et les lisières sud et ouest de Paris ont souvent servi de refuge à ceux qui étaient condamnés à vivre soit à la Cour, soit dans la Société parisienne. Beaucoup, comme l'Alceste de Molière, ont cherché, près de Paris, un "désert", un "endroit écarté", pour s'y aménager une demeure "loin du monde et du bruit".

Ce sont les Jansénistes qui avaient donné l'exemple en s'installant à Port-Royal, dans une solitude propice au recueillement qui frappa l'esprit de Mme de Sévigné: «Ce Port-Royal est une Thébaïde, c'est un paradis, c'est un désert... Je vous avoue que j'ai été ravie de voir cette divine solitude... propre à inspirer le goût de faire son salut» (lettre à Mme de Grignan, 26 janvier 1674).

Saint-Simon nous dit que Louis XIV, "lassé à la fin du beau et de la foule, se persuada qu'il voulait quelquefois du petit et de la solitude" ; c'est pourquoi, dans "un vallon étroit, profond, entouré de collines de toutes parts", il se fit faire un "hermitage" : ce fut le domaine de Marly.

Boileau lui-même acheta à Auteuil, rue des Garennes, une petite maison de campagne, avec un grand jardin, simple maisonnette d'un étage, tapissée de vignes: "Un toit que l'on voit s'incliner / avec son ardoise en biseau / bleue ainsi qu'une aile d'oiseau". Il s’y réfugia régulièrement entre 1685 et 1709, loin de la Cité et du Palais. Selon Racine, ce fut pour lui "un lieu de retraite dont il fut enchanté, mais qui le jeta, les premières années, dans la dépense; il l'embellit et y tint table ouverte". Il aimait à se promener dans ses allées, au milieu de ses melons et de ses pêchers, dans le silence et le loisir. Il y recevait ses amis. Brossette a raconté sa visite à Auteuil un dimanche de 1702: quand il arrive, Boileau est à la messe; en l'attendant, il bavarde avec le jardinier Antoine; puis le maître de maison arrive et la conversation s'engage; pendant le déjeuner, on parle de théâtre; puis on prend le café sous la tonnelle... L'abbé Legendre y vint aussi; il trouva le jardin "agréable", mais l'intérieur de la maison "d'un négligé cynique" (Mémoires, éd. 1863, p. 172). Racine y venait avec sa femme et ses enfants ; l’Epître XI a conservé le souvenir du jardinier Antoine:

Antoine, gouverneur de mon jardin d'Auteuil,
Qui diriges chez moi l'if et le chèvrefeuil,
Et sur mes espaliers, industrieux génie,
Sais si bien exercer l'art de la Quintinie [...]
Chez moi poussant la bêche ou portant l'arrosoir,
Tu fais d'un sable aride une terre fertile
Et rends tout mon jardin à tes lois si docile…

Quant au poète lui-même, on le voit "rêveur capricieux, / Tantôt baissant le front, tantôt levant les yeux, / De paroles dans l'air par élans envolées / Effrayer les oiseaux perchés dans les allées".

 

Aménager un parc était un des agréments que l'on cherchait dans ces demeures à l'écart de la ville. La mode en était venue d'Italie où l'on avait remarqué la cour du Belvédère dans le palais du Vatican et surtout le jardin de la villa d'Este à Tivoli. En France, c'est le jardinier Le Nôtre qui inventa un style faisant la synthèse entre des éléments français traditionnels (comme, par exemple, au château de Blois) et des éléments italiens: Vaux-le-Vicomte lui servit d'exercice avant la grande entreprise de Versailles.

Au XVIIIe siècle, un nouveau style vint d'Angleterre où l'art s'efforçait de copier la nature, avec vallons artificiellement modelés, chemins sinueux, rivières "serpentines", bouquets d'arbres entre lesquels s'élevaient des fabbriche à la mode italienne. Dès 1738, Voltaire adhérait à cette nouvelle mode (lettre au Prince royal de Prusse, 18 octobre 1738) :

Jardins plantés en symétrie,
Arbres nains, tirés au cordeau,
Celui qui vous met au niveau
En vain s'applaudit, se récrie
En voyant ce petit morceau.
Jardins, il faut que je vous fuie,
Trop d'art me révolte et m'ennuie.
J'aime mieux les vastes forêts,
Et la nature plus hardie,
Irrégulière dans ses traits,
S'accorde avec ma fantaisie.

Vingt ans plus tard, un texte de Rousseau, dans sa Nouvelle Héloïse, contribua à la diffusion de cette nouvelle manière. Il s'agit de la lettre IV, 11, où on lit, par exemple: «Que fera l'homme de goût qui vit pour vivre, qui sait jouir de lui-même, qui cherche les plaisirs vrais et simples, et qui veut se faire une promenade à la porte de sa maison? Il la fera si commode et si agréable qu'il s'y puisse plaire à toutes les heures de la journée, et pourtant si simple et si naturelle qu'il semble n'avoir rien fait. Il rassemblera l'eau, la verdure, l'ombre et la fraîcheur... car la nature aussi rassemble toutes ces choses. Il ne donnera à rien de la symétrie; elle est ennemie de la nature et de la variété; et toutes les allées d'un jardin ordinaire se ressemblent si fort qu'on croit être toujours dans la même: il élaguera le terrain pour s'y promener commodément, mais les deux côtés de ses allées ne seront point toujours exactement parallèles; la direction n'en sera pas toujours en ligne droite, elle aura je ne sais quoi de vague comme la démarche d'un homme oisif qui erre en se promenant. [...] Certainement tout homme qui n'aimera pas à passer les beaux jours dans un lieu si simple et si agréable n'a pas le goût pur ni l'âme saine.»

Le goût pour ces jardins et ces parcs était conforté par l'idée que leur aménagement était un art digne des meilleurs esprits. Hirschfeld, au tome IV de son gros ouvrage Théorie de l'art des jardins (1779), avait écrit: «Le jardinier ne doit plus être ravalé à la classe des manoeuvres ou des journaliers. Il doit avoir de l'intelligence, de la sensibilité. Il peut être pris dans les états les plus relevés de la société. A l'aide d'une bonne compagnie, il faut lui inspirer l'amour de moeurs plus délicates et le sentiment de la décence. Il faut le former aux langues, à la connaissance des beaux-arts et des chefs-d'oeuvre; le rendre habile à la botanique. Familiarisez-le avec les premiers principes de la peinture, de la perspective, de la belle architecture. Accoutumez-le à observer assidûment toutes les variétés de la nature, à en remarquer l'impression sur le coeur humain, à suivre la marche des passions...»

En 1782, l'abbé Jacques Delille, au chant I de son long poème Les Jardins (vers 75 à 87) énuméra les principales réalisations en matière de parcs paysagers à la fin de l'ancien régime:

Voyez aussi les lieux qu'un goût savant décore:
Dans ces tableaux choisis vous choisirez encore.
Dans sa pompe élégante admirez Chantilli,
De héros en héros, d'âge en âge embelli.
Beloeil, tout à la fois magnifique et champêtre,
Chanteloup, fier encore de l'exil de son maître,
Nous plairont tour à tour. Tel que ce frais bouton
Timide avant-coureur de la belle saison,
L'aimable Tivoli d'une forme nouvelle
Fit le premier en France entrevoir le modèle.
Les grâces en riant dessinèrent Montreuil.
Maupertuis, Le Désert, Rincy, Limours, Auteuil,

Que dans vos frais sentiers doucement on s'égare !

  • Chantilly est à 40 km au nord de Paris. C'est le connétable Anne de Montmorency qui, au XVIe siècle, fit élever deux châteaux. C'est le Grand Condé qui fit aménager le parc par Le Nôtre et La Quintinie, avant d'y recevoir Louis XIV en 1671. Puis Mansart remplaça le Grand Château par un édifice de style classique. En 1774, pour suivre la mode, furent aménagés un Hameau et un jardin anglais.

  • Beloeil, à 50 km au sud-ouest de Bruxelles, appartenait depuis le XIVe siècle à la famille des princes de Ligne et, à l'époque de l'abbé Delille, au maréchal Charles-Joseph de Ligne (1735-1814) qui décrivit le château et les jardins dans un ouvrage Coup d'oeil sur Beloeil. Le parc, dessiné au XVllIe s. par le prince Claude Lamoral II dans le style de Le Nôtre, fut augmenté d'un jardin anglais par le prince de Ligne.

  • Chanteloup. Contraint de s'exiler sur un domaine qu'il avait acquis à Amboise en 1761, le duc de Choiseul en fit une des plus somptueuses résidences d'Europe. Sur l'axe principal du parc, il fit élever une "pagode" (achevée en 1778), sorte de temple à l'Amitié.

  • Tivoli. Vers 1730, le maréchal-duc de Richelieu s'était fait construire à Paris, rue de Clichy, une "folie" qu'il abandonna trente ans plus tard. C'est le financier Simon-Charles Boutin qui a donné le nom de "Tivoli" à la folie qu'il s'est fait construire au 76-78 rue Saint-Lazare et 27 rue de Clichy et qui a été achevée en 1771. La "folie Boutin" fut célèbre par l'originalité de son jardin et la spendeur des fêtes qui y étaient données. Après la Révolution, son Tivoli devint un parc d'attractions. Puis le “Casino de Paris” a occupé l’emplacement.

  • Montreuil. Un peu à l'est du château de Versailles, sur l'avenue de Paris, ce château et son parc ont appartenu à Mme Elisabeth, soeur du roi.

  • Mauperthuis, près de Coulommiers, à 45 km à l'est de Paris. Au XVIIIe siècle, le marquis de Montesquiou y fit construire un château dans un parc aménagé selon le goût de l'époque. Il donna au jardin le nom d'Elysée, comme dans la Nouvelle Héloïse.

  • Le Désert de Retz, près de Saint-Germain-en-Laye, fut dessiné par M. de Monville.

  • Le Raincy est dans la banlieue nord-est de Paris. En 1641, l'intendant des Finances Bordier y fit construire par Louis Le Vau un château qui annonçait Vaux-le-Vicomte. Le domaine fut acheté en 1758 par le duc d'Orléans qui l'embellit d'un des premiers parcs paysagers tracés en France, dont des gouaches de Carmontelle ont conservé le souvenir.

  • Limours est à 30 km au sud-ouest de Paris. François Ier y fit construire pour la duchesse d'Etampes un château qui fut ensuite propriété de Richelieu. Un parc y fut aménagé par la comtesse de Brionne.

  • Auteuil. La villa de Montmorency, 12 rue Poussin à Auteuil, occupe l'emplacement d'une vaste propriété qui avait appartenu à la comtesse de Boufflers, maîtresse du prince de Conti. C'est là que fut établi un des premiers jardins anglais.
 

Du XVIIe au XIXe siècle, on a vu se multiplier ces "ermitages", ces "thébaïdes", ces "déserts", ces "folies".

  • C'est Mme de Sévigné qui, à propos de Port-Royal, introduisit le terme de "thébaïde", par allusion à la région près de Thèbes, en Egypte, où se retirèrent les premiers ascètes chrétiens ; le mot désigne un "lieu désert et solitaire".

  • Au XVIIe siècle, le mot "désert", lié d'abord à la notion de "retraite religieuse", s'appliqua à toute retraite solitaire loin du monde (l'Alceste de Molière veut "fuir dans un désert l'approche des humains").

  • Le mot "folie" désignait étymologiquement une "feuillée", un abri de feuillage; mais, à la fin du XVIIe siècle, on appella ainsi une riche maison de plaisance, qui représentait souvent pour son propriétaire une dépense extravagante.
 

Acheter une terre dans les solitudes proches de Paris, y créer un parc, y faire aménager une demeure selon son goût, y disposer d'une retraite (souvent un pavillon à l'écart dans le parc) pour la lecture et l'écriture, y recevoir des amis choisis dans un climat de liberté fut pour beaucoup une passion, souvent ruineuse.

C'est ainsi qu'en 1670 Colbert acheta un domaine, à SCEAUX, pour s'y faire construire une demeure avec, dans un parc conçu par Le Nôtre, un pavillon isolé, qu'on appela "pavillon de l'Aurore". Colbert avait acquis la terre de Sceaux pour pouvoir se tenir éloigné de Versailles et de la Cour. Il a fait du château la demeure dont il rêvait, un peu pour en jouir lui-même et beaucoup pour éblouir ses amis. Et il a pu y mener, loin du monde, la vie de travail tranquille qu'il affectionnait. Au siècle suivant, la duchesse du Maine en fit un lieu de divertissement et une véritable petite cour littéraire qui attirait les poètes et où Voltaire s'installa à deux reprises, d'abord en 1718 où il lut son Oedipe, puis en 1747 où il écrivit des Contes philosophiques.

En 1774, M. de Monville, originaire d'Alençon, avait dépassé la quarantaine lorsqu'il acheta des terres au village de RETZ, près de la forêt de Marly, pour y appliquer ses talents d'architecte-paysagiste. De 1774 à la Révolution, ce "philosophe" hédoniste créa un parc de quarante hectares agrémenté de "fabriques" qui devait attirer de nombreux visiteurs d'Europe ou même d'Amérique: serres, bosquets, grotte artificielle, pavillon chinois, glacière en forme de tombeau romain, "tente tartare", "temple du dieu Pan" témoignent de sa recherche de l'originalité. A sa demeure, il donna la fonne d'une énorme base de colonne tronquée, percée de fenêtres et de fausses lézardes, qui, comme le reste du parc, se voulait symbole. Il y recevait ses amis pour leur donner le plaisir de la nature, de la bonne chère, du théâtre et de la musique.

En 1807, Chateaubriand — que Napoléon avait invité fermement à se tenir éloigné de Paris — acheta quinze arpents de terre et une chaumière au "Val-des-Loups", près de Châtenay, pour y avoir son parc et sa maison. Aussitôt, aidé de son épouse Céleste, il mit les ouvriers dans la maison pour transformer cette « VALLÉE-AUX-LOUPS » conformément à ses goûts, qui se partageaient entre les formes classiques (colonnes, fronton triangulaire, cariatides) et le gothique troubadour (ogives et créneaux). Puis il planta le parc de telle sorte qu'il fût aussi une image de lui-même, avec chênes d'Armorique (rappel de son enfance bretonne), cyprès de Louisiane (rappel de son voyage en Amérique), cèdres du Liban (rappel de son voyage en Orient), etc. Dans cette "thébaïde", les visiteurs, et surtout les visiteuses, étaient nombreux, même s'ils y étaient reçus "à la fortune du pot". Comme cabinet de travail, Chateaubriand aménagea une "fabrique" isolée dans le parc, sorte de pavillon octogonal qu'il baptisa "tour de Velléda"; c'est là que, devenu une "machine à livres", il écrivit des milliers de pages; c'est là qu'il entreprit la rédaction de ses Mémoires. Quand, en 1818, ruiné, il dut vendre La Vallée-aux-Loups, il souffrit beaucoup: "Je m'étais attaché à mes arbres, plantés et grandis, pour ainsi dire, dans mes souvenirs".

En 1834, lorsque Victor Hugo eut besoin d'une "retraite" proche de Paris pour y cacher ses amours avec Juliette Drouet, il choisit lui aussi la lisière sud de Paris: la vallée de la Bièvres, le château des Roches et, proche du Bois le l'Homme-Mort, le petit hameau des METZ.

En 1847, Alexandre Dumas — enrichi par le succès de son Comte de Monte-Cristo et de ses Trois Mousquetaires — voulut avoir lui aussi, à Port-Marly, au bas de la colline de Saint-Germain, un domaine qu'il appela "MONTE-CRISTO". Il y fit construire à grands frais, dans un « parc à l’anglaise avec des cascades », un château Renaissance accompagné d'un pavillon gothique, le « château d'If ». L'année suivante, la pendaison de crémaillère attira plus de 600 personnes, invitées ou non, qui vinrent s'étonner devant le "château de Monte-Cristo" et sa chambre mauresque ou devant le "château d'If' dans lequel était le cabinet de travail du maître. Cette folie ruina le romancier qui dut, très vite, se résigner à vendre.

Parmi les jardins d'écrivains, on pourrait citer aussi celui que Beaumarchais se fit aménager sur le terrain qu'il acheta en 1787 sur le faubourg Saint-Antoine (n° 2 à 20 de l'actuel boulevard Beaumarchais), près de la Bastille. Un porche orné de sculptures de Jean Goujon (récupérées sur la porte Saint-Antoine) ouvrait sur une maison en fer à cheval (construite en 1788-1789), derrière laquelle s'étendait un parc avec grotte, fontaines, bassin, pont chinois, temple de la Philosophie («A Voltaire. Il ôte aux nations le bandeau de l'erreur») et temple à Bacchus («Erexit Templum a Bacchus amicisque gourmantibus»). Beaumarchais n'en profita qu'à son retour d'exil, en 1797, jusqu'à sa mort en 1799. Il fut enterré dans un bosquet qu'il avait réservé pour y abriter son tombeau.

 

Thébaïdes

Ces "thébaïdes" ont eu des destinées comparables :

  • La fin du XVIIIe siècle vit la destruction du château de Sceaux et la dévastation du parc, qui, malgré les travaux du duc de Trévise, se retrouva en friches. C'est dans cet état d'abandon que le connut Alain-Fournier, élève du lycée Lakanal. Acquis par le Conseil général de la Seine, le domaine (amputé de plusieurs lotissements) fut en partie réhabilité avec le pavillon de l'Aurore (la "folie" de Colbert) et le château du duc de Trévise.

  • La maison de la Vallée-aux-Loups fut alourdie de constructions annexes par Mathieu de Montmorency et le duc de La Rochefoucauld, puis dépouillée par le docteur Le Savoureux (qui en avait fait une maison de repos). Le domaine fut acheté en 1967 par le Conseil général, puis, sous l'impulsion de Jean d'Ormesson, restauré de 1985 à 1987.

  • Monte-Cristo a été longtemps à l'abandon et menacé, vers 1970, de destruction et de lotissement. Une campagne d'opinion lancée par Alain Decaux, puis le mécénat du roi du Maroc (intéressé par la chambre mauresque) ont permis la conservation.

  • Le Désert de Retz, négligé par ses propriétaires, était devenu une jungle inextricable dans laquelle les fabriques étaient livées à toutes les dégradations. C'est ainsi que le vit Colette peu avant la dernière guerre. André Malraux intervint pour en commencer le sauvetage. François Mitterrand, président de la République, s'inquiéta aussi de la conservation du site qui a fait l'objet de mesures de restauration.
 

Ces domaines, lorsqu’ils étaient à l’abandon, ont tous acquis une certaine beauté romantique, qui leur a donné en quelque sorte une seconde vie aux yeux des écrivains ou des artistes :

  • On a des témoignages sur le parc de la Vallée-aux-Loups qui était devenu encore plus romantique lorsqu’il était laissé sans entretien.

  • Un texte du comte d’Hézecques dit la nouvelle beauté du parc de Marly lorsqu’il fut, dit-il, “rendu aux oiseaux marécageux auxquels on l’avait enlevé” ; et le peintre Pissarro, en 1870, fut séduit par un Marly totalement différent du Marly trop bien peigné du XVIIe siècle.

  • Le parc de Sceaux, lorsqu’il était fermé au public et totalement à l’abandon, a séduit Alain-Fournier, qui y aurait pris, en 1906, la première idée du domaine merveilleux du Grand-Meaulnes.

  • Le Désert de Retz, lorsqu’il fut devenu une jungle inextricable, a séduit les Suréalistes et a inspiré à Colette une très belle page que l’on trouve dans En Pays connu (1950).