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SAINT-AY

Rabelais chez Etienne Lorens

(Loiret)

Fiches de géographie littéraire

Une lecture attentive de ses œuvres prouve que Rabelais connaissait bien Orléans,

  • ses murailles, qu’il cite entre celles de Strasbourg et de Ferrare (Pantagruel, XV),
  • le globe en cuivre qui se trouvait au sommet de la flèche de Sainte-Croix (Pantagruel, XXXIII),
  • ses vins, qu’il évoque à trois reprises (Pantagruel, VII; Tiers Livre, LII; Cinquième Livre, XXXIV) en y joignant un portrait du vigneron d’Orléans avec ses guêtres de toile, sa panetière et sa serpe à la ceinture (Quart Livre, XLVIII).

Les étudiants de l’Université sont également présents dans son œuvre : plus portés sur la danse, la paume et le jeu de… poussavant que sur les études, ils n’en passaient pas moins “coquillons”, c’est-à-dire docteurs en droit (Pantagruel, V).

Pantagruel étudia parmi eux et, pour remercier les Orléanais de leur accueil, il entreprit de hisser dans le clocher de Saint-Aignan une cloche si lourde qu’on avait dû la laisser à terre; mais, auparavant, il la fit sonner dans les rues avec tant de force que le bon vin d’Orléans tourna en vinaigre (Pantagruel, VII).

Parmi les Orléanais célèbres, Rabelais cite l’évêque Pierre du Châtel qui fut lecteur de François Ier (Quart Livre, dédicace), le peintre Charles Charmois qui travailla à Fontainebleau (Quart Livre, II; Cinquième Livre, XXVI), le musicien Antoine Févin qui est mentionné avec le musicien giennois Pierre Certon (Quart Livre, prologue).

Rabelais fait aussi allusion à l’affaire des Cordeliers d’Orléans qui, en 1533, montèrent une machination pour faire croire que l’âme de la femme du prévôt François de Saint-Mesmin venait les tourmenter (Tiers Livre, XXIII).

On connaît le passage sur la forêt d’Orléans, “copieuse en mouches bovines et frelons”, que la jument de Gargantua abattit à coups de queue pour en faire la plaine de Beauce (Gargantua, XVI), cette Beauce dont est mentionnée la paille qui était alors fort renommée (Cinquième Livre, XIX).

Mais dans l’œuvre de Rabelais apparaissent aussi des allusions au “couillon guespin” (Tiers Livre, XXVI), aux ânes de Meung (Quart Livre, II), aux cloches de Jargeau (Cinquième Livre, I), à la foire de Gien (Pronostication pour l’an 1544).

Par son ami Etienne Lorens, Rabelais connaissait bien la petite ville de Saint-Ay dont les “musaphis” se vantaient de posséder les reliques de saint Sylvain (qui ne serait autre que le publicain Zachée dont parle saint Luc) alors que ces reliques étaient dans la crypte de Levroux en Berry (Quart Livre, prologue).

Il connaissait surtout Etienne Lorens, seigneur de Saint-Ayl, capitaine du château de Turin, qu'il cite dans le Quart Livre XXVII, en compagnie de Claude Massuau, seigneur de la Belle-Croix, paroisse de saint-Ay.

C’est de la maison d'Etienne Lorens, son "ermitage" de Saint-Ay que, le 1er mars 1542, Rabelais écrivit une lettre plaisante à Antoine Hullot qui était l’avocat de la “Communauté des marchands fréquentant la rivière de Loire” pour l’inviter à venir goûter aux poissons de Loire arrosés du petit vin du coteau.

Dans cette lettre, Rabelais cite quelques-uns des érudits orléanais du moment : l’élu de finances Jean Pailleron, le bailli de Saint-Laurent-des-Orgerils François Daniel, enfin le “scelleur” de l’évêque d’Orléans, le chanoine Claude Framberge. Antoine Hullot y est désigné plaisamment comme "Monsieur le baillif du baillif des baillfz, seigneur de la Court Compin, en Chrestianté, à Orléans".

Quelques restes de la demeure d'Etienne Lorens sont encore visibles dans une maison de Saint-Ay, près de l'église. En bas de la propriété, on a aménagé une "fontaine de Rabelais" près de laquelle, dit-on (sans aucune preuve) Rabelais venait s'asseoir pour rédiger des passages de son Tiers Livre.

Saint-Ay Rabelais

Bonaventure des Périers fait aussi des allusions à l'Orlénais dans ses Récréations et joyeux devis :

  • Dans la nouvelle 72, il parle des gentilshommes beaucerons qui se nourrissent de la “caudelée”, sorte de bouillie de farine et de jaunes d’œufs.
  • La nouvelle 54 raconte l’aventure d’une dame d’Orléans “gentille et honnête encore qu’elle fut guêpine” qui fut “longuement poursuivie d’un escolier, beau jeune homme et qui dansait de bonne grâce, car il y avait de ce temps-là danseurs d’Orléans…”.
  • La nouvelle 114 s’intitule : “D’une finesse dont usa une jeune femme d’Orléans pour attirer à sa cordelle un jeune escolier qui lui plaisait.”

Bons vivants, guêpins, portés sur la bagatelle, mais avec esprit : tels apparaissent les Orléanais chez les auteurs du XVIe siècle.