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MEUNG-SUR-LOIRE

et Gaston Couté

(Loiret)

Fiches de géographie littéraire

Gaston Couté est né à Beaugency le 23 septembre 1880. Ses parents étaient meuniers au vieux moulin des Murs (détruit en 1944). Il y avait déjà au logis une grande sœur de quinze ans, Rosa.

En 1882, les Couté déménagèrent dans un moulin à Saint-Pryvé, où ils restèrent à peine une année. Puis ils vinrent s'installer à Meung-sur-Loire ("méchant bourg de trois mille âmes"), dans l'un des deux moulins de Clan, sur les Mauves (au hameau de Roudon).

À l'époque, le moulin de Clan était un des trois plus importants de la région. En souvenir des vieux moulins de sa jeunesse, Gaston Couté exprimera sa nostalgie dans un poème, Les moulins morts.

Meung-sur-Loire au riche passé
Au long des Mauves écoute le Moulin
Qui chanta, chanta tout le jour
Son refrain tout blanc, tout câlin,
En faisant son œuvre d'amour.

Le père de Gaston Couté n'avait rien d'un paysan. Il disait qu'il n'était pas meunier, mais minotier. Il connaissait à fond son métier, qui lui procurait une confortable aisance. Le 26 novembre 1884, il acheta la propriété de "La Corne", au lieu dit "La Corne des Bois" (à 4 km de Meung, sur la nationale, vers Orléans), où il s'occupa de la culture de sa vigne.

En 1885, le jeune Gaston alla à l'école à Saint-Ay, puis, en 1886, à l'école de La Nivelle, tout près du moulin de Clan. C'était alors un gringalet turbulent, plein de vie, aux yeux légèrement bridés, avec des pommettes saillantes, qui lui faisaient un visage quelque peu asiatique.

Le 2 mai 1889, Rosa, sa sœur aînée, se mariait avec Emmanuel Troulet, garçon charcutier. Le père de Couté associa aussitôt son gendre à la direction du moulin de Clan, sous la raison sociale "Couté-Troulet". Doué pour les affaires, Troulet s'adapta facilement  à son nouvel emploi. Mais cette ascension sociale le grisa. Il devint ambitieux. Après avoir été un acharné réactionnaire, selon la politique du moment, il devint républicain. Il entra au conseil municipal de Meung-sur-Loire, et devint maire quelques années ensuite. Il fut aussi nommé président de presque toutes les sociétés de la petite ville.

Gaston Couté et son beau-frère étaient très différents: l'un représentait la fantaisie, le rêve; l'autre, l'ordre social, l'orgueil du parvenu. Au cours d'un repas familial, dans une discussion animée, Couté s'était vivement heurté à son beau-frère. Celui-ci lui avait dit dans un violent accès de colère : — Tu crèveras de faim! Couté, non moins furibond, lui répondit : — Toi, tu crèveras d'indigestion! Emmanuel Troulet sera le "Mossieur Imbu" d'un poème de Gaston Couté.

Le père de Couté, par boutade, appelait son fils "mon mangeasson " et "mon vilain petit canard". Mais juste et clairvoyant, il disait : "J'ai donné une dot à ma fille. Mon gendre est devenu mon associé. Pour Gaston, quoi qu'il advienne, il aura toujours une place à la table familiale et une chambre prête à le recevoir."

Plus tard, Troulet se sépara de son beau-père, Il prit un moulin plus important à Meung-sur-Loire. Après avoir été adjoint, puis maire pendant une trentaine d'années, il mourut en 1938. Il fut enterré dans le caveau de famille. Les deux beaux-frères, qui n'avaient pu s'entendre de leur vivant, reposent donc côte-à-côte dans le vieux cimetière de campagne.

En 1891, à 11 ans, Gaston Couté est reçu au certificat d'études; il est le premier du canton. En 1892, il va au Cours Complémentaire de Meung-sur-Loire. Son instituteur, Petitbergien, avait une secrète sympathie pour ce garçon qui ne ressemblait guère aux autres. Gaston Couté, fort en français, s'amusait à écrire des petits récits et des poèmes. Pour la distribution des prix de 1894, il récita une poésie, qu'il avait intitulée "Mon habit de dimanche". En 1895, il se présenta au Brevet Elémentaire. Son voisin de table, un camarade de sa classe, dont le français était le point faible, séchait sur sa narration. Couté lui passa son devoir. Mais il n'eut pas le temps d'achever une autre version et fut recalé.

En septembre 1895, le jeune Couté entre en troisième au lycée Pothier d'Orléans. Il s'y révèle un élève médiocre. Mais il continue à écrire pour son plaisir. Le journal La Meunerie française publia même un récit de lui, "Une lessive qui tombe un jour de Fête-Dieu". A la distribution des prix, il récita quelques-uns de ses poèmes, sans doute les plus anodins… Pourtant il restait un élève médiocre et indiscipliné et, dans le premier trimestre de 1897, il dut revenir chez ses parents. Au moins, au lycée pothier, avait-il fait la connaissance de Pierre Dumarchey, le futur Mac Orlan.

Sur la recommandation de Fernand Rabier, député du Loiret, Couté entra comme commis auxiliaire à la Recette Générale d'Orléans. Peu de temps après, il fut muté à la Perception d'lngré. Mais bientôt, lassé de ce travail de bureaucrate et sur la recommandation de Maurice Dumesnil, ancien professeur devenu rédacteur en chef au journal "Le Républicain Orléanais", il entra comme reporter au journal "Le Progrès du Loiret", qui venait de se fonder.

Quelques mois avant, Couté qui logeait dans un hôtel misérable de la rue de la Cerche, étant entré dans une gargotte de cette rue, fit  connaissance avec Da Costa, directeur littéraire de "La Revue littéraire et sténographique du Centre". Cette revue lui publia plusieurs récits et poèmes : Le deuil du moulin, Ballade à Jehanne, Le vieux trouvère... Gaston Couté connut ensuite plusieurs jeunes gens qui avaient fondé un cénacle littéraire et artistique sous le nom des "Cigaliers du Mont-Martrois". Dans les réunions des Cigaliers on ne parlait pas de bénéfices, d'argent, mais de poésie et d'humanisme, ce qui enchantait notre jeune poète. Pendant son séjour à Orléans, Coulé collabora à plusieurs journaux et revues, dont "Le Progrès du Loiret". Il publiait sous les pseudonymes de Gaston Koutay ou Pierre Printemps. Huit poèmes furent ainsi publiés, le dernier en date du 12 octobre 1898, peu de jours avant son départ à Paris.

Gaston Couté allait souvent d'Orléans à Meung-sur-Loire en bicyclette. C'est au cours d'un séjour dans son pays qu'une tournée d'artistes parisiens donna une soirée au Café Gillet. Gaston demanda au directeur de la tournée, le Montmartrois Castello, s'il pouvait dire quelques-unes de ses œuvres. Celui-ci, curieux, accepta. Couté récita "La statue de Jean de Meung", qui n'eut guère de succès; puis il dit "Le champ de naviots", en patois de son pays, ce qui lui valut des applaudissements unanimes et les encouragements de Castello.

En octobre 1898 (il a dix-huit ans), Gaston Couté prend le train pour Paris. Au moment de quitter son fils, le meunier sort sa bourse et lui tend quelques pièces en lui disant : "Tiens, voilà cent francs ! Tant que tu seras à Paris, je ne t'enverrai jamais d'argent. Tu reviendras au moulin quand tu voudras. Tu seras toujours bien reçu. Mais, dis-toi bien que tu n'auras plus un sou de moi." Gaston Couté avait aussi, dans une poche de son veston de velours à grosses côtes, un rouleau de poèmes, dont les plus représentatifs étaient : Le champ de naviots, Un bon métier, Le vieux trouvère, La Toinon, qu'il se disposait à proposer à quelques directeurs de cabarets.

Gaston Couté fit ses débuts montmartrois à "Al Tartaine", un petit cabaret du boulevard Rochechouart, près de la rue des Trois-Frères. Il amenait une bouffée d'air pur dans la chanson montmartroise avec son truculent patois beauceron. Il ne resta guère plus d'un mois dans ce cabaret, où il n'avait comme cachet que des cafés-crème et quelques croissants. Il passa ensuite à "L'Ane Rouge", avenue Trudaine. Il avait adopté comme costume une blouse bleue, des sabots et un large feutre. Il  n'y était guère plus payé qu'au cabaret de ses débuts. Heureusement le peintre Jamet, qui l'avait pris en amitié, l'hébergeait. Deux mois plus tard, il était engagé aux "Funambules", que dirigeait Georges Oble. Il gagnait 3 fr. 50 par soirée et son existence s'était améliorée. Son tour de chant amenait de nombreux spectateurs; son nom était inscrit en gros caractères sur l'affiche, avec celui de chansonniers en vogue. La période de misère des débuts à Paris semblait terminée.

Jehan Rictus, qui disait ses poèmes aux "Funambules" écrit sur les débuts de Gaston Couté : "Nous nous trouvions incontestablement en présence d'un adolescent de génie qui, à ses dons extraordinaires, joignait déjà une technique des plus habiles et la connaissance approfondie du métier." Francine Lorée-Privas disait de lui : "Il nous étonnait tous par sa simplicité hardie, sa malice naïve, sa bonhomie sauvage, son ironie grave, sa jeunesse avisée autant que sa franchise libre et sa gaieté franche."

Pourtant, il était incapable d'économiser de l'argent; et c'est un garçon affamé et amaigri qui revint pour un temps à Meung-sur-Loire. Puis il retourna à Paris reprendre son tour de chant aux "Noctambules". Jules Mévisto, le directeur, porta son cachet à cinq francs par soirée, ce que gagnait un bon ouvrier de ce temps. Il pouvait donc vivre d'une façon décente et avoir une bonne chambre dans un hôtel, place Jean-Baptiste Clément. Mais, ainsi que presque tous les bohêmes, l'argent lui fondait dans les doigts, d'autant plus qu'il avait autour de lui une troupe famélique de chansonniers et d'artistes. Avec eux, il se mit à boire…

En septembre 1899, avec son ami Maurice Lucas, chansonnier dans le même cabaret, Gaston Couté fit un voyage mémorable dans l'Indre, à pied, jusqu'à Gargilesse, pour répondre à l’invitation de Gabriel Lion et de Claude Jamet, artistes en ce village... Leur itinéraire passa par Orléans, Blois, Cour-Cheverny, Romorantin, Mennetou, Vierzon, Mehun-sur-Yèvre, Bourges, Saint-Florent, Issoudun, Châteauroux. Au cours de cette équipée, Couté déclame ses textes, le soir, tandis que Lucas exécute sur le vif des pastels qui sont vendus au cours d’une tombola. A Châteauroux, ils sont accueillis au "Pierrot Noir", cabaret renommé à l’époque. Le texte des "Conscrits" naîtra vraisemblablement à Déols, où il provoquera d’ailleurs quelques incidents et lui valut ensuite quelques ennuis.

À vingt ans, Couté revint à Meung pour passer le Conseil de révision.  Avant la visite il se drogua, but du vinaigre et ne mangea pas pendant quelques jours. À sa grande joie, il fut ajourné, puis définitivement exempté. C'est pendant ces années 1899-1900 que Gaston Couté écrivit quelques-uns de ses meilleurs poèmes: "Le Gas qu'a perdu l'esprit", "Le Gas qu'a mal tourné", "Le Christ en bois", "Les Gourgandines", "Les Electeurs".

En 1902, Gaston Couté était aux "Quat'-z-Arts", où il avait remplacé Jehan Rictus. Les thèmes restaient les mêmes, mais le patois beauceron avait pris la place de l'argot parisien (en fait, Couté disait souvent qu'il n'était pas un poète beauceron, mais un poète solognot, la Beauce, selon lui, commençant seulement après les dernières vignes et les derniers bois).

Dans l'été 1902, en compagnie de Maurice Lucas, il fit un court séjour au moulin de Clan. Leur principal passe-temps, quand ils ne s'attablaient pas dans les auberges, était la pêche. Mais les deux amis aimaient mieux être couchés dans l'herbe à discuter ou à déclamer quelques poèmes de leur cru. Ils mijotaient aussi les farces qu'ils pourraient faire dans le pays. En collaboration avec ce Maurice Lucas, Couté écrivit une pièce en un acte, "Leu' Commune", que l'éditeur Ondet publia en brochure (cette petite pièce de théâtre fut jouée à l'Université populaire de Pantin le 21 avril 1923).

Gaston Couté continuait son tour de chant dans divers cabarets. On le voyait au "Pacha-noir" et au "Carillon". De nouvelles chansons s'ajoutaient à son répertoire : "L'Ecole", "Les Mangeux d' terre", "L'Idylle des grands gas", "Monsieur Imbu"... Il continuait sa vie de bohême, sans souci du lendemain, avec des périodes d'aisance ou de gêne.

Il fit la connaissance de Liard-Courtois, un ex-forçat pour faits politiques. Il l'emmena avec sa femme passer quelques semaines chez ses parents à Meung.

En 1907, Gaston Couté fonda, avec Dumestre et Dominos, un petit cabaret, rue Champollion, en plein Quartier Latin. Cette boîte-à-chansons, appelée "La Truie qui file", n'eut que quelques mois d'existence.

Cette vie dans les cabarets montmartois et les hôtels miteux eut raison de sa santé: il devint tuberculeux. Et puis l'esprit parisien avait changé, le nationalisme remplaçait l'esprit frondeur, les chansonniers devaient édulcorer leur répertoire. Couté avec ses chansons au vitriol, devenait indésirable. Il eut plus de mal à trouver du travail dans les cabarets parisiens.

Certains soirs, Gaston Couté venait avec quelques camarades, s'attabler au "Lapin Agile". La salle de ce cabaret était pleine de chansonniers, d'artistes et de noctambules. Il y avait là des jeunes gens dont beaucoup se feront un nom dans les Lettres : Pierre Mac Orlan, Roland Dorgelès, Max Jacob, Francis Carco. Il connut et fréquenta aussi les artistes de la Butte : Steinlen, Poulbot, Picasso, Utrillo, Depaquit, J.-P. Dubray.

En revanche, aucune femme n'accepta de partager sa vie avec ce garçon bohème, sans logis, alcoolique :

Ça douét êt' bon d'la femme hounnête :
Gn'a qu'les putains qui veul'nt ben d'moué.
Et ça s'comprend, moué, j'ai pas d'rentes,
Parsounn' n'a eun' dot à m'dounner,
J'ai pas un méquier dont qu'on s'vante...
Moué ! j'sés un gâs qu'a mal tourné !

Au mois d'août 1909, Gaston Couté quittant Paris, était venu habiter rue des Mauves, dans un petit local qu'il avait loué cinquante francs pour la saison. Il aimait se promener sur les berges de la Loire, seul ou avec quelques amis. Parfois il se renfermait dans un silence total; parfois il se mettait alors à chanter à tue-tête des vieilles rengaines.

Le père Couté, prenant de l'âge, avait décidé de quitter le moulin de Clan. En 1901, il avait acheté à Meung-sur-Loire une vaste maison, 20, rue des Mauves. Il s'y installa en 1909 avec sa femme et y habitera jusqu'à sa mort en 1920 (Mme Couté mourra en 1927).

Gaston Couté continuait sa vie de chansonnier bohême. Malade, il était devenu un homme au visage émacié et pâle, avec de grands yeux brillants de fièvre. Vers 1909, Gaston Couté il loua une chambre meublée dans un hôtel  place du Tertre.

Couté quitta rarement Paris. Il alla deux fois à Rouen, en 1906 et 1910. Cette année-là, avec quelques amis, dont Gabriel Reuillard, il ses poèmes dans un cabaret appelé "La boîte à Gabel", qui venait de s'ouvrir et qui était situé près du Pont Corneille, Il était payé cinquante francs par soirée. Le peintre Dumont, qui avait décoré ce cabaret, fit un excellent portrait de Couté. Il fit Couté aussi un court séjour en Belgique: pendant une quinzaine de jours il dit ses meilleurs poèmes au "Cabaret du Vieux Bruxelles ".

Un nombre important de poèmes de Coulé étaient alors mis en musique. L'éditeur Ondet avait le monopole exclusif de ces poèmes, qui paraissaient en deux feuillets et qui se vendaient fort bien. Avant 1914, chaque chanson coûtait 0 fr. 60. La série de dix 4 francs. Les quatre séries 12 francs. C'est le "Christ en bois" qui eut le plus fort tirage. Il y eut un projet entre Couté et Ondet: ses principales œuvres devaient être éditées en un volume, sous le titre "La chanson d'un gas qu'a mal tourné". Mais il y avait certainement plus de profit à vendre les chansons de Couté séparément. D'autre part Ondet publiait également  les chansons de Théodore Botrel, qui avait l'appui des cercles catholiques; et ceux-ci firent des démarches auprès de l'éditeur afin qu'il ne publie pas en volume les poèmes anarchistes et anticléricaux de Couté.

Séduits par son farouche non-conformisme, par ses idées révolutionnaires et par la violence de beaucoup de ses poèmes, plusieurs mouvements révolutionnaires et anarchistes attirèrent Couté dans leurs rangs. Il participa aux fêtes populaires de Belleville, qui avaient lieu à la Maison du Peuple du XVIIIe arrondissement, rue Ramey, sous la direction de Victor Méric, qui disait de lui : "Il entrait de plain-pied dans la confiance populaire. Ses poèmes colorés, directs, aux images audacieuses et brutales, frappaient les imaginations, allaient au cœur du peuple."

Fernand Desprès fit entrer Couté à "La Guerre Sociale" que dirigeait Gustave Hervé. Le numéro du 22-28 juin 1910 de cet hebdomadaire, dans une courte notice annonçait que le poète chansonnier Gaston Couté avait "accepté de mener, dans ses colonnes, le bon combat contre la bêtise des Riches et des Maîtres, contre les iniquités de l'ordre bourgeois". Couté y publia une chanson par semaine sur les faits sociaux et politiques du jour. Mais ces chansons satiriques, rythmées sur des airs connus, écrites à la hâte au dernier moment, n'atteindront jamais l'envolée extraordinaire de ses premiers poèmes, car, afin d'être dans le ton acerbe et violent de ce journal extrémiste, il forçait trop la note. Cela lui rapportait de 150 à 200 francs chaque mois, ce qui était une somme importante pour l'époque. Il avait donc de quoi vivre décemment. Mais cet argent venait trop tard, puisque sa santé était définitivement compromise.

Dans l'été de 1910, Couté était revenu au pays. Malade, découragé, il affirmait une fois de plus que Paris le dégoûtait et qu'il venait s'installer définitivement dans sa région. Il avait trouvé un local à Meung-sur-Loire. Il s'y était installé, mais prenait souvent ses repas chez ses parents.  Envoyant chaque semaine une chanson à "La Guerre Sociale ", il avait pourtant de quoi vivre au pays. Mais, encore une fois, il repartit vers la capitale.

Couté, dont les chansons étaient publiées dans les journaux et revues anarchistes comme "La Barricade", était très connu aussi dans les milieux syndicaux et on fredonnait ses chansons dans les ateliers. Au lieu d'en rire, les autorités se fâchèrent. Le 13 juin 1911, "La Guerre Sociale" annonça que Gaston Couté était poursuivi pour "outrages à la Magistrature", à cause d'une chanson "le tir'bouchon". Un ouvrier, arrêté au cours d'une manifestation, avait été trouvé porteur d'un tire-bouchon et avait été traduit en Correctionnelle pour port d'arme prohibée. Couté en avait fait une chanson sous le titre " Il avait an tire-bouchon", à chanter sur l'air de "Elle avait une jambe en bois":

Il avait un tir' bouchon
Dans la poch' de son veston
On s' demande où s'arrêt'ra
L'audace de ces scélérats ?

Le dernier cabaret où Gaston Couté se produisit s'appelait "Le Cabaret d'Alexandrette". C'était l'ancienne "Auberge des Adrets" qui avait eu, un certain temps, quelque notoriété et qui était située dans le sous-sol d'un grand café boulevard Saint-Martin. Couté y était entré vers le milieu de mai. Il n'y est resté qu'un mois environ.

Épuisé, terrassé par une phtisie galopante, il mourut à l'hôpital Lariboisière le 28 juin 1911.

Avant le départ du corps du l'hôpital, beaucoup de ses amis se rassemblèrent, des chansonniers, des artistes, des écrivains, des musiciens, des hommes politiques de gauche, des militants syndicalistes. Le chansonnier Xavier Privas prononça un rapide hommage. Puis le convoi prit lentement le chemin de la gare. Quand le cortège passa boulevard Magenta, des terrassiers formèrent une double haie.

Les obsèques de Gaston Couté eurent lieu à Meung-sur-Loire le samedi 1er juillet 1911. Selon un article paru à l'époque dans un journal régional, plus de 600 personnes étaient à l'enterrement. Mais la plupart des personnes étaient surtout venues pour M. Troulet, maire de Meung-sur-Loire, son beau-frère, et M. Eugène Couté, son père, qui étaient des notabilités du pays. Il n'y eut pas un seul parisien. Deux discours furent prononcés au cimetière. L'un par J. Veillard, qui fut son camarade de lycée, l'autre par G. Séjourné, maire de Saint-Ay. Sa dépouille fut déposée dans le caveau de famille...

Quelques jours après la cérémonie, le père de Couté vint à Paris mettre de l'ordre dans les affaires de son fils, Au cours d'une visite à l'éditeur Ondet, le vieil homme — qui n'avait vu jusqu'ici dans son fils qu'un garçon qui avait mal tourné — aurait demandé à Ondet: "Jamais je n'aurais cru que Gaston avait tant d'amis. Maintenant qu'il est mort, vous pouvez bien me le dire... Mon fils... il avait donc du talent?"

En 1916, un "poilu" de la guerre 14-18, jeune professeur de lettres, Romain Guignard, natif de la région d’Issoudun, s’efforça de retrouver l’œuvre de Couté, dont il a découvert les textes, dans les tranchées, dits par un soldat! Dès lors, sa vie durant, il n’aura de cesse de les mieux faire connaître.

QUELQUES TEXTES DE GASTON COUTÉ

LA RAC' DES BRUT'S ET DES CONSCRITS

V'là les conscrits d'cheu nous qui passent! ...
Ran plan plan! L' tambour marche d'vant;
Au mitan, l'drapieau fouette au vent...
Les v'là ceuss' qui r'prendront l'Alsace!

l's vienn'nt d'am'ner leu' numério
Et, i's s'sont dépêchés d'le mett'e:
Les gâs d'charru' su' leu' cassiette,
Les gâs d'patrons su'leu' chapieau.

Tertous sont fiârs d'leu'matricule,
Coumme eun' jeun' marié d'son vouél' blanc;
Et c'est pour ça qu'i's vont gueulant
Et qu'on les trouv' pas ridicules.

I's ont raison d'prend' du bon temps!
Leu' gaîté touche el'cœur des filles;
Et, d'vouèr leu's livré's qui pendillent,
Les p'tiots vourin avouèr vingt ans.

Les vieux vourin êt'e à leu'place;
Et, d'vant leu's blagu's de saligauds,
Des boulhoumm's tout blancs dis'nt: " I faut
Ben, mon guieu! qu'la jeuness' se passe... "

 

Et don', coumm'ça, bras-d'ssus, bras-d'ssous,
l's vont gueulant des cochonn'ries.
Pus c'est cochon et pus i's rient,
Et pus i's vont pus i's sont saoûls.

Gn'en a mém' d'aucuns qui dégueulent;
Mais les ceuss' qui march'nt core au pas,
Pour s'apprend'e à fair' des soldats,
l's s'amus'nt à s'fout' su' la gueule.

Pourquoué soldats? I's en sav'nt ren,
- l's s'ront soldats pour la défense
D'la Patri'! - Quoué qu'c'est? - C'est la France...
La Patri'!... C'est tuer des Prussiens!...

La Patri'! quoué! c'est la Patri'!
Et c'est eun' chous' qui s'discut' pas!
Faut des soldats! ... - Et c'est pour ça
Qu'à c'souér, su' l'lit d'foin des prairies,

Aux pauv's fumell's i's f'ront des p'tits,
- Des p'tits qui s'ront des gàs, peut-être? -
A seul' fin d'pas vouer disparaître
La rac' des brut's et des conscrits.

 

Dans la chaleur roug' du couchant,
Démarch' fragile à l'horizon.
Il est un homme qui va lent'ment
Sur la p'tite rout' qui vient d' Roudon,

Silhouett' courbée contre le vent,
Qui s'avanc' d'un pas nonchalant...

Un p'tit gamin, béret, blous' noire,
Culott's court's, gros godillots,
Passe en courant, rempli d'espoir,
Puis fil' vers les Mauv's au galop.

Mauv's, qui étir'nt leurs eaux lascives
Sur les bras paisibl's de leurs rives...

Il se couch' près de la rivière,
Puis il dépos' tout doucement
Sur un barrag' construit de pierres
Un' roue de bois, délicat'ment.

Les Mauves chant'nt, la roue chuchote,
L'enfant se lèv' et puis sifflote...

Sous son chapeau cerclé de sueur,
L'homm', sans un mot, s'est approché.
Les lèvres sèch's, la peine au cœur,
Des jours durant il a marché,

Visage maigr' aux traits tirés,
Barbu, crasseux et affamé...

 

 

Le gamin encor' endormi
S'assied moros' à gauch' du père,
Cartabl' sur ses genoux bleuis
Par la morsure de l'hiver.

Hue ! Le cheval tir' la carriole
Vers la Nivelle où est l'école...

Devant la porte du moulin,
Un gras du ventr' et moustachu,
Laisse échapper des mots malsains
A l'attention du nouveau v'nu.

Voilà encor' ce crève-la-faim !
Ce mécréant ! Ce bon à rien !

Une femm' s’approch', s’essui' les mains
Sur son vieux tablier à fleurs.
Pendue au cou de son gamin,
La mère l'embrass', sourit et pleure...

A son oreill', tout bas, elle dit :
Qu'allais-tu donc faire à Paris ?

Pour plusieurs mois
Ou quelques jours,
Le mauvais gars
Est de retour !

 

LE GAS QU'A PERDU L'ESPRIT

Par chez nous, dans la vieille lande
Ousque ça sent bon la lavande,
Il est un gâs qui va, qui vient,
En rôdant partout comme un chien
Et, tout en allant, il dégoise
Des sottises aux gens qu’il croise.

— Honnêtes gens, pardonnez-lui
Car il ne sait pas ce qu’il dit :
C’est un gâs qu’a perdu l’esprit ! —

Ohé là-bas ! bourgeois qui passe,
Arrive ici que je t’embrasse ;
T’es mon frère que je te dis
Car, quoique t’as de bieaux habits
Et moi, des hardes en guenille,
J’ont tous deux la même famille

Ohé là-bas ! le gros vicaire
Qui menez un défunt en terre,
Les morts n’ont plus besoin de vous,
Car ils ont bieau laisser leurs sous
Pour acheter votre ieau bénite,
C’est point ça qui les ressuscite...

 

Ohé là-bas ! Monsieu' le Maire,
Disez-moué donc pourquoi donc faire
Qu’on arrête les chemineux
Quand vous, qui n’êtes qu’un voleu'
Et peut-être ben pis encore,
Le gouvernement vous décore.

Ohé là-bas ! garde champêtre,
Vous feriez ben mieux d’aller paître
Qu’embêter ceux qui font l’amour
Au bas des talus, en plein jour ;
Regardez si les grandes vaches
Et les petits moineaux se cachent.

Ohé là-bas ! bieau militaire
Qui traînez un sabre au derrière
Brisez-le, jetez-le à l’ieau
Ou ben donnez-le moi plutôt
Pour faire un coutre de charrue...
Je mourrons ben sans qu’on nous tue.

Et si le pauvre est imbécile
C’est d’avoir trop lu l’Evangile ;
Le fait est que si Jésus-Christ
Revenait, aujour d’aujord’hui,
Répéter cheu nous, dans la lande
Ousque ça sent bon la lavande.
Ce que dans le temps il a dit,
Pas mal de gens dirin de lui :
"C’est un gâs qu’a perdu l’esprit ! ..."

 



 

LE GÂS QU'A MAL TOURNÉ

Dans les temps qu’j’allais à l’école,
— Oùsqu’on m’vouéyait jamés bieaucoup, —
Je n’voulais pâs en fout’e un coup ;
J’m’en sauvais fér’ des caberioles,
Dénicher les nids des bissons,
Sublailler, en becquant des mûres
Qui m’barbouillin tout’la figure,
Au yeu d’aller apprend’ mes l’çons ;
C’qui fait qu’un jour qu’j’étais en classe,
(Tombait d’ l’ieau, j’pouvions pâs m’prom’ner !)
L’ mét’e i’ m’dit, en s’levant d’ sa place :
« Toué !... t’en vienras à mal tourner ! »
 
Il avait ben raison nout’ mét’e,
C’t’houmm’-là, i’d’vait m’counnét’ par cœur !
J’ai trop voulu fére à ma tête
Et ça m’a point porté bounheur ;
J’ai trop aimé voulouèr ét’ lib’e
Coumm’ du temps qu’ j’étais écoyier ;
J’ai pâs pu t’ni’ en équilib’e
Dans eun’ plac’, dans un atéyier,
Dans un burieau... ben qu’on n’y foute
Pâs grand chous’ de tout’ la journée...
J’ai enfilé la mauvais’ route !
Moué ! j’sés un gâs qu’a mal tourné !
 
À c’tt’ heur’, tous mes copains d’école,
Les ceuss’ qu’appernin l’A B C
Et qu’écoutin les bounn’s paroles,
I’s sont casés, et ben casés !
Gn’en a qui sont clercs de notaire,
D’aut’s qui sont commis épiciers,
D’aut’s qu’a les protections du maire
Pour avouèr un post’ d’empléyé...
Ça s’léss’ viv’ coumm’ moutons en plaine,
Ça sait compter, pas raisounner !
J’pense queuqu’foués... et ça m’fait d’la peine :
Moué ! j’sés un gâs qu’a mal tourné !

 

 

Et pus tard, quand qu’i’s s’ront en âge,
Leu’ barbe v’nu, leu’ temps fini,
I’s vouéront à s’mett’e en ménage ;
I’s s’appont’ront un bon p’tit nid
Oùsque vienra nicher l’ ben-êt’e
Avec eun’ femm’... devant la Loué !
Ça douét êt’ bon d’la femme hounnête :
Gn’a qu’les putains qui veul’nt ben d’moué.
Et ça s’comprend, moué, j’ai pas d’rentes,
Parsounn’ n’a eun’ dot à m’dounner,
J’ai pas un méquier dont qu’on s’vante...
Moué ! j’sés un gâs qu’a mal tourné !
 
I’s s’ront ben vus par tout l’village,
Pasqu’i’s gangn’ront pas mal d’argent
À fér des p’tits tripatrouillages
Au préjudic’ des pauv’ers gens
Ou ben à licher les darrières
Des grouss’es légum’s, des hauts placés.
Et quand, qu’à la fin d’leu carrière,
I’s vouérront qu’i’s ont ben assez
Volé, liché pour pus ren n’fére,
Tous les lichés, tous les ruinés
Diront qu’i’s ont fait leu’s affères...
Moué ! j’s’rai un gâs qu’a mal tourné !
 
C’est égal ! Si jamés je r’tourne
Un joure r’prend’ l’air du pat’lin
Ousqu’à mon sujet les langu’s tournent
Qu’ça en est comm’ des rou’s d’moulin,
Eh ben ! i’ faura que j’leu dise
Aux gâs r’tirés ou établis
Qu’a pataugé dans la bêtise,
La bassesse et la crapulerie
Coumm’ des vrais cochons qui pataugent,
Faurâ qu’ j’leu’ dis’ qu’ j’ai pas mis l’nez
Dans la pâté’ sal’ de leu-z-auge...
Et qu’c’est pour ça qu’j’ai mal tourné !...

 

LA CHANSON DE PRINTEMPS DU CHEMINEUX

J'sais pas c'qui m'produit c't'effet là,
Mais, j'cré ben qu'c'est l' Printemps que v'là ;
Son cochon d'soleil m'émoustille,
Mon cœur bat coumme eun enragé !
Dam', vous savez, à l'âg' que j'ai
J'aurais grand besoin d'me purger ;
J'veux eun' fille !

A chaqu' maison que j'vas frapper,
Ça m'rend tout chos' d'entendr' japper
Les chiens en chass' darriér' leu' grille.
Et, quand que j'les vois deux par deux,
Les moignieaux m'ont l'air si heureux
Qu'ça m'dounn' des envi's d'fair' coumme eux ;
J'veux eun' fille !

Pisque les gâs qui foutent rien,
Les chanceux, les ceuss' qu'à l'moyen
D'avoér eun' femme et d'la famille
Font ben l'amour itou queuqu'fois...
Pourquoué que j's'rais moins qu'les borgeois ?
Moué, non pus, bon Guieu ! j'se'pas d'bois...
J'veux eun' fille !

 

 

Des fill's ! on peut pas vivr' sans ça ;
On s'en pass'pas pus qu'on s'pass'ra
De l'air, du "boère" et d'la croustille ;
Et, mêm', pour casser un morcieau,
J'attendrai ben jusqu'à tantôt...
A c'tte heur', c'est d'la fumell' qu'i m'faut ;
J'veux eun' fille !

Et quoiqu' j'soy' pas appétissant
Quand qu'on m'voit coumm'ça, en passant,
Dans ma p'lur' qu'est pus qu'eun' guenille,
Ej'm'en fous... à d'main coumme à d'main,
Et gare aux fill's, le long du ch'min...
Faura que j'mang' pisque j'ai faim ;
J'veux eun' fille !

 

L'AUMÔNE DE LA BONNE FILLE

Un jour, un pauv'er trimardeux
Qu'allait l'vent'vid', qu'allait l'vent'creux
En traînant son bâton de houx,
Un jour, un pauv'er trimardeux
S'en vint à passer par cheu nous !

Alla balancer le pied d'biche
De Monsieu l'maire à son château
Et fit demande aux gens du riche
D'un bout d'pain et d'un gob'let d'ieau ;
Mais les domestiqu's, qui se moquent
Des vent's en pein', des gens en loques,
Li dir'nt : " Va t'en chercher ailleurs !
Ici on n'dounn' qu'aux électeurs".

Un jour, un pauv'er trimardeux
Qu'allait l'vent'vid', qu'allait l'vent'creux
En traînant son bâton de houx,
Un jour, un pauv'er trimardeux
S'en vint à passer par cheu nous...

Alla cougner au presbytère
Dans l'espoir que l'on y dounn'rait
Queuqu's sous de d'ssus l'tronc d'la misère ;
Mais l'curé, qu'était 'cor guill'ret,
Confessait eune pêcheresse
Qu'avait moins d'pêchés que d'joliesse ;
Et l'pauv' peineux eut bieau gémir,
Parsounn, s'am'na pour li'ouvrir !

 

 

Alors, s'assit en cont'e eun'borne,
Tout en r'gardant les p'tits moignieaux
Picoter su' la grand' rout' morne
Dans l'crottin tout frais chié des ch'vaux,
Quand qu'eun' sarvant' qui m'nait à paître
Le bieau troupet d'vach's à son maître,
Passa tout prés d'où qu'était l'gas
Et li causa tout bas, tout bas.

Dans les foins hauts, les foins qui grisent,
A s'laissa faire ; et l'pauv' glouton
S'mit à boulotter les cerises
De sa bouche et d'ses deux têtons,
Lampa coumm' du vin chaud l'ivresse
De ses bécots et d'ses caresses ;
Pis, quand qu'i' fut ben saoul, ben las,
I' s'endormit ent' ses deux bras.

Un jour, un pauv'er trimardeux
Qu'allait l'vent'vid', qu'allait l'vent'creux
En traînant son bâton de houx,
Un jour, un pauv'er trimardeux
S'en vint à passer par cheu nous...

 

LA DERNIÈRE BOUTEILLE

Les gas ! apportez la darniér' bouteille
Qui nous rest' du vin que j'faisions dans l'temps,
Varsez à grands flots la liqueur varmeille
Pour fêter ensembl' mes quat'er vingts ans...
Du vin coumm' c'ti-là, on n'en voit pus guère,
Les vign's d'aujord'hui dounn'nt que du varjus,
Approchez, les gas, remplissez mon verre,
J'ai coumm' dans l'idé' que j'en r'boirai pus !

Ah ! j'en r'boirai pus ! c'est ben triste à dire
Pour un vieux pésan qu'a tant vu coumm' moué
Le vin des vendang's, en un clair sourire
Pisser du perssoué coumme l'ieau du touet ;
On aura bieau dire, on aura bieau faire,
Faura pus d'un jour pour rempli' nos fûts
De ce sang des vign's qui'rougit mon verre.
J'ai coumm' dans l'idé' que j'en r'boirai pus !

 

 

 

A pesant, cheu nous, tout l'mond' gueul' misère,
On va-t-à la ville où l'on crév' la faim,
On vend poure ren le bien d'son grand-père
Et l'on brûl' ses vign's qui n'amén'nt pus d'vin ;
A l'av'nir le vin, le vrai jus d'la treille
Ça s'ra pour c'ti-là qu'aura des écus,
Moué que j'viens d'vider nout' dargnier' bouteille
J'ai coumm' dans l'idé' que j'en r'boirai pus.

 
Meung Clan
 
 
Le moulin de Clan
 
Coute 1
Coute 3
Coute 2
Coute tombe
Coute statue