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MALESHERBES

cinq siècles d'histoire

(Loiret)

Fiches de géographie littéraire

Malesherbes généalogie

L’AMIRAL DE GRAVILLE

Charles de Montagu étant mort sans enfant à la bataille d’Azincourt, sa sœur Jacqueline épousa en secondes noces Jean V Malet, sire de Graville (une terre près de Rouen), qui devint ainsi seigneur de Malesherbes. Le couple eut trois enfants.

Jean VI Malet de Graville, seigneur de Montagu, Marcoussis et Bois-Malesherbes, épousa en premières noces Marie de Montauban dont il eut deux fils, Jean (mort en 1470 sans enfants) et Louis. Louis fut seigneur de Graville, de Marcoussis, de Séez, de Bernay, de Montagu, de Milly-en-Gâtinais, de Bois-Malesherbes et de Chastres (Arpajon). Amiral de France, gouverneur de Picardie et de Normandie, chevalier de l’ordre du Roi et capitaine de cent gentilshommes de sa maison. Il eut un grand crédit à la cour de Louis XI, Charles VIII et Louis XII (Louis XI vint à Malesherbes en 1474; Charles VIII en 1484, 1485, 1488, 1489, 1492, 1493). Louis de Graville suivit Charles VIII en Sicile et à Naples, ayant armé de ses deniers deux vaisseaux pour cette campagne. Il prêta des sommes importantes à Louis XII. Il mourut au château de Marcoussis le 30 octobre 1516 à 78 ans et fut enterré dans l’église des Cordeliers de Malesherbes. De son mariage avec Marie de Balzac († 1503), il eut cinq enfants : - Louis (enterré aux Cordeliers de Malesherbes) - Jean - Louise (veuve de Louis de Vendôme) - Jeanne (veuve du maréchal Charles d’Amboise) - Anne.

GUILLAUME DE BALZAC

Anne de Graville fut une femme de lettres au service de la reine Claude (première femme de François Ier). Elle épousa son cousin germain Pierre de Balzac en 1509 à l’insu de son père l’amiral.

En 1510, le Vendedi-Saint, alors que l’Amiral se préparait à adorer la vraie Croix dans le couvent des Célestins de Marcoussis, le prieur lui présenta sa fille et son gendre : il pardonna, non sans réticences. Il ratifia le mariage (le 28 mars 1510 au château de Vrigny), à condition que sa fille reconcerait à l’héritage paternel, se contentant de 1000 livres de rentes et de 10000 écus d’or.

Le couple eut six enfants :
- Guillaume, né en 1517
- Thomas, seigneur de Montagu
- Louise, mariée à Charles Marel en 1523
- Jeanne, épouse de Claude d’Urfé, décédée en 1542
- Antoinette, religieuse
- Georgette, qui épousa en 1538 Jean Pot, seigneur de Chemault.

Guillaume de Balzac fut seigneur d’Entragues, Marcoussis et Malesherbes (où il reçut François Ier en 1532). Il épousa Louise de Humières à Compiègne en 1538 en présence de la Cour. Capitaine de 200 chevaux et lieutenant de la compagnie du duc de Lorraine François de Guise, il participa au siège de Metz en 1552. Il mourut en 1555 d’une blessure reçue à la bataille de Renty (sa veuve fut exemptée d’impôts, “son mari étant mort en service commandé, laissant de nombreux enfants”). Ils eurent neuf enfants :
- Henri, né à Malesherbes en 1540
- François, seigneur de Malesherbes, qui fut, en 1595, gouverneur d’Orléans
- Charles comte de Clermont, père de Charles
- Jean
- Galéas, mort au siège de La Rochelle
- Charles de Balzac d’Entragues, baron des Dunes, dit “le bel Entraguet”, qui fut un des “Mignons” de Henri III, puis lieutenant-général au gouvernement d’Orléans, puis gouverneur de Pithiviers; mort non marié à Toulouse en 1599, il établit son neveu Charles, fils du comte de Clermont, pour son héritier.
- Robert
- Louise, épouse de Jacques de Clerc.

Charles, fils de Charles comte de Clermont, épousa Catherine Hennequin et mourut en août 1610; il fut inhumé au couvent des Cordeliers de Malesherbes.

Son cousin germain César hérita de ses biens en 1612 et épousa sa veuve Catherine Hennequin. Se voyant sans enfants, César de Balzac substitua son nom et ses armes à son neveu Léon d’Illiers, seigneur de Chantemerle. Il mourut en 1634 et fut inhumé au couvent des Cordeliers. Son monument funéraire (très restauré) est dans la chapelle du château de Malesherbes.

FRANÇOIS DE BALZAC

François de Balzac hérita de Marcoussis et de Bois-Malesherbes. Conseiller du roi, capitaine de 50 hommes, il fut fait chevalier des ordres du roi par Henri III en 1578. Il épousa :
1- Jacqueline de Rohan, dont il eut trois enfants : Charles-Guillaume, Cézar († 1634), Charlotte, épouse de Jacques d’Illiers;
2- Marie Touchet, dont il eut Henriette et Marie-Charlotte.

Francois de Balzac mourut à Malesherbes le 11 février 1613 et fut inhumé au couvent des Cordeliers. Le monument qui se trouve dans la chapelle du château a été fortement restauré et est fait de deux statues : l'une que l'on suppose représenter François de Balzac mesurait, avant restauration, 1,90 m; l'autre, que l'on pense être celle de Jacqueline de Rohan, mesurait 1,80 m (appartenaient-elles toutes deux au même tombeau ?). Tourne-t-il le dos à son épouse parce qu’elle fut infidèle ?

MARIE TOUCHET

Marie Touchet, fille du lieutenant particulier au baillage et siège présidial d’Orléans, née à Orléans en 1549, fut remarquée par Charles IX au cours d’un bal à Orléans à l’hôtel Groslot en 1566 : elle devint sa maîtresse. Dorat a composé un poème sur les débuts de leur liaison où ils apparaissent sous les noms de Callirhoé et de Eurymédon.

Quand le roi eut épousé Elisabeth d’Autriche (en 1571), “elle présumait tant de soi et de ses charmes que le roi ne s’en saurait passer” (Brantôme). Du roi elle eut deux enfants :
- un fils qui mourut en bas-âge,
- Charles de Valois, né en 1573, qui fut élevé parmi les enfants royaux et devint comte d’Auvergne et duc d’Angoulême (il fut impliqué dans plusieurs conspirations contre Henri IV)

Après la mort du roi (1574), elle épousa François de Balzac au château de Langeais (qui lui avait été donné par Charles IX). François de Balzac fut nommé en 1595 gouverneur des duchés d’Orléans et d’Etampes, du comté de Gien et du baillage de Montargis. Ils eurent deux filles (qui devaient, l’un et l’autre, être courtisées par Henri IV) :
- Catherine-Henriette de Balzac d’Entragues (née en 1579), future marquise de Verneuil
- Marie-Charlotte d’Entragues.

Marie Touchet termina sa vie dans la retraite et mourut en 1638, à l’âge de 89 ans.

HENRIETTE DE BALZAC D'ENTRAGUES

Henriette maîtresse de Henri IV

La renommée d’Henriette, sa première fille, parvint à la connaissance d’Henri IV, le comte de Lude, intendant des menus-laisirs, lui ayant loué “tellement les beautés, gentil esprit, cajoleries et bons mots de Mlle d’Entragues qu’ils lui firent venir l’envie de la voir, puis de la revoir et enfin de l’aimer”. Le roi, dès lors, s’installa à Fontainebleau et, sous prétexte de chasse, fit au moins neuf voyages à Malesherbes entre le 7 juin et le 3 octobre 1599 pour voir la belle Henriette qui avait alors 20 ans.

Il la vit aussi au château du Hallier à Nibelle; elle logeait alors  au château de Chemault (disparu), chez Guillaume Pot, cousin de Louis de l’Hospital, seigneur de Rhodes, grand maître des Cérémonies de France, premier écuyer tranchant, porte-cornette blanche de sa Majesté (le château de Chemault, ravagé par la guerre de Religion, fut vendu en 1604 à Marie Touchet, épouse  de François de Balzac d’Entragues, qui le transmit à sa fille Marie-Charlotte d’Entragues, favorite du maréchal de Bassompierre).

La famille négocia la vertu de la demoiselle contre 100.000 écus. Sully protesta, insistant sur la nécessité de faire des économies; mais il dut céder et la somme fut donnée à la famille. Alors Henriette continua son chantage : “Je suis observée de si près, écrit-elle au roi, qu’il m’est absolument impossible de vous donner toutes les preuves de reconnaissance et d’amour que je ne puis refuser au plus grand des rois et au plus aimable des hommes”.

C’est que la famille voulait encore plus : un promesse de mariage par écrit. On fit donc écrire ceci à Henriette : “Il ne faut rien espérer, si, pour mettre leur honneur et leur conscience à l’abri, Votre Majesté ne consent à leur faire cette promesse. Ce n’est pas que je leur aie remontré l’inutilité de cette formalité […]. Cependant, Sire, puisqu’ils s’entêtent dans cette vaine formalité, quel risque a a-t-il à se prêter à leur manie, si vous m’aimez autant que je vous aime? Quant à moi, tout ce qui m’assurera mon amant me satisfera.”

Le roi signa la promesse de mariage et la montra à Sully, qui la déchira. Le roi refit le papier par lequel il s’engageait à épouser Henriette si elle accouchait dans l’année d’un enfant mâle ; la lettre d'engagement est signée “Au bois de Malesherbes, ce jourd'hui premier octobre 1599”.

Tout se passa alors comme prévu : dès qu'elle eut les 100.000 écus et le papier, la fille de François de Balzac, sieur d'Entragues, devint la maîtresse du roi, qu’elle accompagna dans l’expédition de Savoie.

Elle ne tarda pas à être enceinte ; et le roi — qui n'avait jamais eu l'intention de l'épouser — commença à s'inquiéter. Henriette, au contraire, commençait à espérer : pour mettre toutes les chances de son côté, et pour obtenir du ciel la faveur d'un fils, elle alla offrir à la basilique de Cléry un enfant d'argent ; les moines, scandalisés, n'osèrent cependant pas refuser le don, car elle était la maîtresse du roi.

Mais, à son retour, elle apprit que le Pape venait d'annuler le mariage d'Henri IV et de la reine Margot et que le roi, son amant, se disposait à épouser Marie de Médicis. Elle fit alors une grosse colère, et le roi, pour la calmer, la fit sur le champ marquise de Verneuil. Mais l'engagement qu'il avait imprudemment signé et qui devait se trouver dans quelque cachette du château de Malhesbes l'ennuyait un peu…

Heureusement pour lui, un soir de violent orage à Fontainebleau, Henriette eut peur : elle fit une fausse couche et mit au monde un enfant mort-né. Quand le roi apprit que c'était un garcon, il poussa un gros soupir de soulagement et, délié de sa promesse, il épousa Marie de Médicis. Mais Henriette resta officiellement sa maîtresse et bientôt les deux femmes se trouvèrent l'une et l'autre enceintes… à la grande fierté du roi qui, en 1601, eut, à un mois d’intervalle,
- un fils de son épouse, le futur Louis XIII (né le 27 septembre 1601),
- un fils d’Henriette, Gaston Henri duc de Verneuil (né le 27 octobre 1601), futur évêque de Metz.
Pour célébrer l’événement, l’hiver se passa en réjouissances : dans un ballet, seize dames représentèrent les seize vertus et… la marquise de Verneuil était l’une de ces dames !

Henriette et son père complotent contre le roi

Le palais du Louvre était un lieu de complots et d'intrigues. Le maréchal de Biron fit alliance avec les Espagnols, il entraîna dans le complot le comte d'Auvergne (demi-frère d'Henriette) et de nombreux mécontents du royaume. En juin 1602 le complot fut découvert : Biron fut condamné à mort, le comte d'Auvergne à la suite de l'intervention de sa sœur fut gracié.

Mais l'intrigue se mêlait au complot. Le prince de Joinville, Claude de Lorraine, avait profité, lui aussi, des bontés de la belle Henriette. Quand la duchesse de Villars l’apprit, elle intrigua pour pouvoir montrer au roi des lettres de la marquise de Verneuil au prince de Joinville, lettres dans lesquelles le roi n’était pas ménagé. Furieux, Henri IV voulut se venger, mais Henriette fit croire au roi que ces lettres avaient été contrefaites par un secrétaire du duc de Guise. Le roi la crut, exila Mme de Villars, envoya Joinville en Hongrie, emprisonna le secrétaire et…  fit à la marquise un don de 6.000 livres.

Dès lors, la famille d’Entragues conçut le projet d’utiliser la promesse de mariage signée du roi pour faire reconnaître Henriette comme épouse légitime: son père François de Balzac, son frère utérin le comte d’Auvergne négocièrent avec Philippe III d’Espagne pour mettre sur le trône le prince Henri, fils de la marquise et de Henri IV, légitimé par le roi.

Le complot fut découvert et le roi ordonna l'arrestation de François de Balzac à Malesherbes.

On envoya d'abord un soldat qui s'introduisit au château en contrefaisant l'estropié et sous prétexte  d'une  jaunisse. Cet homme s'attarda quelques jours, épiant et notant toutes choses, et remarqua que les trois ponts qui desservaient la forteresse étaient continuellement relevés, sauf les jours maigres; on abattait alors la planchette pour acheter du beurre et des œufs à quelques femmes qui en apportaient. Le prévôt Defunctis, chargé d'arrêter François de Balzac, combina son stratagème. Il fit chercher à Jouy, chez le marquis de Sourdis, quatre vêtements de villageoises, et s'y rendit lui-même avec quarante archers. Là, il prit un guide qui le conduisit directement au bois où était situé le château. Par prudence, il retint le guide et prépara ensuite son embuscade. Au premier jour de maigre qui se présenta, il fit partir quatre archers vêtus en paysannes, qui vinrent se présenter de bon matin devant le pont avec le beurre et les œufs. Le cuisinier ayant abattu la planchette, ces hommes lui mirent de suite le pistolet sous la gorge, en le menaçant de le tuer s'il faisait du bruit. La porte prise, ils donnèrent le signal convenu et Defunctis accourut avec sa troupe; il traversa la cour et gravit le perron où il arrêta un valet de chambre qui sortait, ayant laissé ouverte la porte de son maître. Le prévôt lui défendit d'appeler. Il posta huit hommes dans la salle d'armes, quatre dans l'antichambre, et arrivé à la chambre du comte, laissa encore quatre homme au dehors tandis qu'il pénétrait avec le valet.  D'Entragues dormait encore ; entendant du bruit, il crut devoir demander "qui est là?". Mais à sa stupéfaction, ce fut le prévôt qui lui ouvrit les rideaux. Au premier moment, le père d'Henriette se crut mort; il reprit vite son sang-froid et fit tous ses efforts pour gagner Defunctis, qui du reste n'y prenait pas garde, et tout en le consolant, le pressait de se lever et de s'habiller. Toutefois, il visita les poches des vêtements qu'allait endosser d'Entragues; il garda les papiers qui s'y trouvaient et lui rendit les clés. Sitôt levé, il voulut fouiller dans une armoire établie dans l'épaisseur du mur, vis-à-vis de son lit, mais le policier s'y opposa. Il mit les scellés, des gardes au château, et emmena d'Entragues à Paris.

Defunctis revint à Malesherbes et trouva dans l'armoire secrète une masse de papiers, en particulier quatre lettres signées par le roi d'Espagne disant que, si on lui livrait la personne de l'enfant d'Henriette, il le ferait reconnaître comme dauphin, légitime successeur de la couronne de France. Henri IV fit garder Henriette prisonnière en son appartement, et le Parlement reçut l'ordre d'instruire le procès. François de Balzac dut remettre au roi la fameuse promesse de mariage. Il fut condamné, ainsi que le comte d'Auvergne, à avoir ses biens confisqués et la tête tranchée. Pour Henriette, le Parlement demanda complément d'information.

Henri IV se contenta de faire enfermer le comte d'Auvergne à la Bastille où il resta douze ans. François de Balzac fut exilé dans sa terre de Malesherbes et la marquise de Verneuil fut graciée et invitée à se retirer à Verneuil.

Henri IV a la nostalgie de son Henriette

S'étant fait remettre le 6 juillet 1604 la promesse de mariage, Henri IV cessa momentanément tout commerce avec la marquise de Verneuil, un autre amour venant de naître : Jacqueline de Bueil devenait maîtresse du roi et comtesse de Moret.

Henri pourtant, ne cessait de penser à sa perfide marquise; il écrivait à Sully dès la fin du procès : “Je voudrais bien que vous la vissiez, pour voir ce qu'elle vous dira, et si elle ne vous priera point d'intercéder pour elle auprès de moi.” L’année 1606 se passa en négociations entre le roi et la marquise, et en octobre, les relations reprirent (d'autres femmes pourtant intéressaient le roi, en particulier Charlotte des Essarts).

En mai 1608, le roi écrit à la marquise après la naissance de Gaston d'Orléans : “Mon cher cœur. Un lièvre m'a mené jusqu'aux rochers devant Malesherbes. où j'ai éprouvé que des plaisirs passés, douce est la souvenance. Je vous ai souhaitée entre mes bras comme je vous y ai vue...”.

Henri IV revint à Malesherbes le 22 mai 1608. A la fin de cette même année, il écrivit à la marquise : “Ce n'est pas la paresse qui vous prive de mes nouvelles mais la créance que cinq années m'ont comme par force imprimé que vous ne m'aimiez pas. Vos effets ont, durant ce temps-là, été si contraires à l'amour que vous me devez, qu'enfin votre ingratitude a accablé ma passion”. Ce fut la dernière lettre qu'il lui écrivit.

Mme de Verneuil vécut désormais dans la retraite ; elle mourut en 1633, à l’âge de 54 ans.

Henriette poussa-t-elle Ravaillac au meurtre ?

Selon Saint-Simon, la reine Marie de Médicis et la favorite s'entendirent ensuite pour se venger du roi qui s'intéressait d'un peu trop près à Charlotte, princesse de Condé : ce seraient elles les instigatrices du geste de Ravaillac.

De fait, lorsque, le 14 mai 1610, Ravaillac planta son couteau dans le sein du roi, on put se demander s'il avait agi seul ou poussé par quelque complot. Il paraît bien probable (surtout depuis la publication de l'ouvrage de Philippe Erlanger, L'étrange mort de Henri IV, 1964) que Ravaillac fut conduit, poussé et guidé au crime par Concini, la duchesse d'Epernon et la marquise de Verneuil. Cependant, aucune preuve n'est certaine (le prévôt de Pithiviers, Virgine, qui avait annoncé la mort du roi à l'heure où elle arriva fut arrêté, conduit à la Conciergerie ; quelques jours après, on le trouvait étranglé dans sa cellule : de Pithiviers, pouvait-il savoir le jour et l'heure du crime alors que le meurtrier n'en savait rien lui-même ?).

Jacqueline Le Voyer, dite d'Escoman, qui avait été au service de Marie d'Entragues, puis de sa sœur Henriette affirma que la marquise de Verneuil lui avait envoyé Ravaillac au château de Marcoussis. Elle affirma qu'Henriette d'Entragues et le duc d'Epernon avaient comploté d'assassiner le roi. On traita la d'Escoman de folle. Traduite en justice, elle fut condamnée à la prison perpétuelle. Ses déclarations méritent-elles créance ? La seule objection est que le duc d'Epernon, qui lisait au roi une lettre lors du crime, empêcha que Ravaillac fût massacré sur le coup par les gardes du roi : il n'avait donc rien à craindre des révélations de l'assassin. Toute l'histoire du complot ne tient plus si on le met hors de cause.

Marie-Charlotte, sœur d’Henriette

Marie-Charlotte, la sœur d'Henriette fut elle aussi forte en intrigues galantes : un moment, elle retint l'attention du roi. Mais c'est le maréchal de Bassompierre qui en devint amoureux. Pour elle, un peu comme le roi, il se lança dans des aventures comiques et quelquefois invraisemblables. Il promit par écrit d'épouser Marie-Charlotte, mais après quelques années de ce jeu, il maîtrisa sa passion et se contenta de railler les travers de la Cour.

Marie-Charlotte avait reçu de sa mère, Marie Touchet, le château de Chemault (près de Nibelle), château acheté le 25 février 1604 à Guillot Pot moyennant 29.400 livres. Henri IV, qui désirait voir la belle Henriette, vint plusieurs fois au château du Hallier (paroisse de Nibelle) et pendant que le roi courtisait l'aînée le maréchal de Bassompierre, colonel général des Suisses, faisait la cour à la plus jeune. Il eut un fils, Louis, qu'il reconnut, mais il ne se maria jamais.

Le maréchal François de Bassompierre, nommé en 1617 grand maître de l'artillerie, fut ensuite plusieurs fois ambassadeur. Richelieu le fit enfermer à la Bastille en 1631. Libéré, il se retira à Provins où il mourut d'une attaque d'apoplexie en 1646.

Des actes de baptêmes de la paroisse de Boiscommun sont signés de Marie-Charlotte, dame de Bassompierre. Forte de la promesse de mariage, mais profondément déçue, elle se fit appeler pendant 18 ans dame de Bassompierre, alors que le maréchal se moqua toujours de cette soi-disant promesse de mariage. Et elle resta toujours “mademoiselle d’Entragues”.

Le 5 avril 1656, elle fit don à son fils Louis de Bassompierre, évêque de Saintes et premier aumônier du duc d'Anjou, d'un hôtel à Paris, place d'Anjou. Elle mourut en 1664.

Louis XIII à Malesherbes

Le roi Louis XIII vint souvent au château de Malesherbes pour chasser. Les documents citent son passage en 1621.

— 28 avril. Eveillé à 5 heures (à Fontainebleau) ; va à la chapelle de la grande salle ; à 7 heures, monte à cheval, part de Fontainebleau et arrive à 10 heures au Bois-Malesherbes. Dîne à 11 heures ; à 1 heure, monte à cheval et va à la chasse, encore qu'il pleut fort ; ne revient qu'à 4 h.1/2 ; débotté, séché, va poivrer un faucon [c'est-à-dire laver avec de l'eau et du poivre un faucon qui a de la vermine] ; à 6 h.1/2, soupe, va à sa chambre.
— 29 avril. Eveillé à 6 heures, vêtu, prie Dieu ; à 7 heures, déjeune. Va au cabinet de ses oiseaux. Va à la messe aux Cordeliers ; à 10 heures, va en sa chambre, à ses oiseaux ; à 11 heures, sort à pied, un oiseau sur le poing, va à la chasse à la volerie. Sur les trois heures, entre en une maison du village pour se sécher : il était fort mouillé de la pluie ; y a goûté, revient à 5 heures ; à 7 heures, soupe, va en sa chambre.
— 30 avril. Eveillé à 7 heures, va à la chapelle. Point déjeuné. A 9 heures, dîne, va à la chambre de ses oiseaux ; à 11 heures, nonobstant la pluie qui continue toujours, part de Bois-Malesherbes. Arrive à 3 heures à Chilleurs.

Louis XIV coucha à Malesherbes le 8 juillet 1650.

Charles de Balzac, demi-frère d’Henriette

Frère aîné d'Henriette et de Marie-Charlotte, Charles de Balzac obtint après son père le titre de gouverneur d'Orléans. Il fut blessé à mort à Pris au cours d'un duel: “Le 4 mars 1626, vers les deux heures, des carriers travaillant hors du faubourg Saint-Denis s'entendirent appeler par un gentilhomme qui n'avait guère de barbe, vêtu de gris et pourpoint, tenant son chapeau à la main, duquel il faisait signe pour appeler quelqu'un à son secours. Ce que voyant, ils approchèrent de lui et apparurent qu'il n'avait pas la force de se soutenir pour les blessures qu'il avait sur lui. Le gentilhomme, qui était alors couché par terre, demandant confession et eux l'ayant entendu réciter plusieurs fois Ave Maria, ils appelèrent un homme d'église qui lui donna l'absolution à condition. Le gentilhomme déclara se nommer monsieur d'Entragues. Ils le mirent sur une charrette et le conduisirent à l'hôtel de ville de Paris.”

Comme il avait été tué en duel, il fallut une absolution de l'excommunication encourue post mortem pour pouvoir l'enterrer à Marcoussis.

GUILLAUME DE LAMOIGNON

Un inventaire des réparations à faire au château de Malesherbes daté du 9 septembre 1698 montre l'état de délabrement où le laissait la famille de Balzac. Il fallait refaire la toiture du corps principal de logement couvert moitié en tuile moitié en ardoise. Les deux tours d'encoignure aux extrémités du corps de logis étaient “fort endommagées et ruinées”. Au pont-levis il était nécessaire de remettre les quatre pièces qui soutenaient le plancher. La grande chapelle (la petite a été démolie depuis) demandait aussi une révision de la toiture en tuile. Il fallait également refaire aux trois-quarts le carrelage de la nef fait de carreaux en terre cuite. Au bâtiment à côté de la chapelle, où était le logement du receveur, il y avait à refaire la toiture en tuile. La charpente et la toiture du colombier ainsi qu'une partie du mur étaient à refaire. Le chenil était en très mauvais état. Toutes ces réparations ne furent probablement pas faites.

Alexandre de Balzac d’Illiers et son épouse, séparée de biens, Louise de Xaintrailles, décidèrent alors de vendre le château et ses dépendances. Par contrat du 20 janvier 1718, confirmé le 26 mars, Guillaume de Lamoignon, chevalier, seigneur de Blancmesmil, conseiller du roi, premier avocat au Parlement se porta acquéreur.

Il commença par faire supprimer le pont-levis et le fossé du côté de la vallée et fit construire la façade que nous connaissons; il fit réparer les tours d'angles dont il fit disparaître la partie supérieure.

Ascendance de Guillaume de Lamoignon

Charles de Lamoignon, d'une vieille famille du Nivernais, devint Conseiller de François Ier et d’Henri II.

Chrétien de Lamoignon de Bâville, son dixième fils, eut le courage de résister, en tant que conseiller au Parlement, aux prétentions de Richelieu.

Guillaume de Lamoignon, deuxième fils de Chrétien, fut nommé maître des requêtes en 1644, puis en 1658 premier président au Parlement. Brouillé avec Fouquet, il le fut aussi avec Colbert, mais jamais Louis XIV ne lui retira son estime. Il le chargea de présider au procès de Fouquet, ce qu'il fit avec impartialité.

Chrétien de Lamoignon de Malesherbes, son fils, fut conseiller en 1666, puis maître des requêtes et termina comme avocat général au Parlement. Il mourut en 1709.

Guillaume de Lamoignon de Blancmesnil, deuxième fils de Chrétien, (1683-1772), fut avocat général puis président au Parlement et enfin Chancelier de France en 1750. Ses manières graves et lentes déplurent à la cour et surtout à la favorite. En 1763, la famille de Maupeou désirait la place de Chancelier, Lamoignon refusa de donner sa démission, la marquise de Pompadour (une Poisson de Pithiviers) le fit exiler dans ses terres. Maupeou le remplaça avec le titre de vice-chancelier que le Parlement refusa de reconnaître. Lamoignon ne se démit qu'en 1768. Il avait épousé le 3 mars 1715 Anne Elisabeth Rougeault.

En 1721, ils eurent un fils, Chrétien-Guillaume.

CHRÉTIEN GUILLAUME DE LAMOIGNON DE MALESHERBES

Chrétien Guillaume de Lamoignon de Malesherbes naquit le 6 décembre 1721 à Paris. Il fut élevé chez les jésuites de Louis-le-Grand, il devient conseiller au Parlement et se met à suivre les cours de botanique de Jussieu.
— Il épouse Marie-Françoise Grimod de la Reynière, fille d’un Fermier général (elle se suicidera en 1771).
— En 1750 il succède à son père à la présidence de la cour des Aides (qui statuait sur les impôts, les exemptions et les privilèges, réglant la perception des subsides nécessaires aux charges de l’Etat). — Directeur de la Librairie royale, il est chargé de la censure, où il se montre très libéral: les louanges que lui ont prodiguées Rousseau, Voltaire, Grimm et tous les chefs du parti philosophique ne laissent aucun doute. Il intervient personnellement pour sauver l’Encyclopédie et faire diffuser l’Emile.
— De 1756 à 1771, il présente des remontrances au roi sur l’excès des impôts et sur la misère du peuple. Cela lui valut d’être exilé pendant trois ans dans des terres. La Cour des Aides fut supprimée.
— Installé dans une modeste maison du bourg de Malesherbes, il s’occupe de botanique et de minéralogie en liaison avec les frères Duhamel (du Monceau et de Denainvilliers), avec Fougeroux de Bondaroy…
— Lors du partage des biens de son père, le 22 mars 1774, il hérite de la chatellenie de Soisy-Malesherbes avec justice haute, moyenne et basse, la terre et seigneurie de Buthiers et Roncevaux, la terre et seigneurie de Manchecourt, la terre et seigneurie de Lagrange (à Briarres), les fiefs, terres et seigneurie de Labrosse Dimancheville, une partie de Briarres et du Pont de Briarres, le fief de Ponteau.
— Après la mort de Louis XV (1774), il reprend sous Louis XVI son poste à la Cour des Aides.
— Membre honoraire de l'académie des sciences en 1750, de celle des Inscriptions en 1759, il entre à l'Académie française en janvier 1775.
— Il reprend alors ses remontrances sur les abus des Fermiers généraux.
— Devenu populaire il est désigné comme Secrétaire d’Etat à la maison du roi; au bout de neuf mois, le ministère donne sa démission (12 mai 1776) et Lamoignon se retire.
— Il se met à voyager en France, en Suisse, en Hollande… — En 1780, il reçoit Benjamin Franklin à Malesherbes (son pigeonnier est frappé par la foudre)
— Il s’intéresse aux problèmes de l’éducation, s’opposant à une éducation nationale et uniforme et au privilège d’enseigner octroyé à l’Université; il demande qu’il y ait plus de variété dans les études.
— Il reçoit à Malesherbes Thomas Jefferson, principal auteur de la Déclaration d’Indépendance des Etats-Unis.
— Rappelé en 1787 au Conseil du roi, on ne lui confie aucun pouvoir; il conseille de convoquer les Etats-Généraux.
— Nommé garde des sceaux il est contraint de démissionner le 23 août 1788. On imagina de faire un enterrement à M. de Lamoignon, et l'on vit partir du Pont-Neuf deux longues files de gens portant des flambeaux, qui s'acheminèrent vers la rue de Grenelle, où était la maison du Garde des Sceaux, dans l'intention d'y mettre le feu” (Mémoires du baron Pierre de Bésenval, général commandant les troupes de Paris).
— En 1789, partageant son temps entre sa maison de Paris et Malesherbes, il écrit un certain nombre de mémoires. “Avec son habit marron à grandes poches, ses boutons d’or, ses manchettes de mousseline, son jabot barbouillé de tabac, et sa perruque ronde et mal peignée mise de travers, il n'en imposait nullement quand on ne le connaissait pas”. Il vivait généralement dans une petite maison qu'il s'était fait construire du vivant de son père, laissant son château à ses amis et se retirant ainsi dans le bourg chaque soir, dans sa maison de philosophe. Amateur de botanique, il dépensait 12.000 livres par an pour son parc, y cultivant “des fruits étrangers pour multiplier les jouissances et satisfaire la curiosité”. Il écrit par exemple à son régisseur :

“Pour Flizet; et je demande à M. Benier de m'envoyer les réponses de Flizet sur tous les articles. Ce 4 juillet.
1°) Voilà bientôt le temps où les graines de Sainte-Lucie seront mûres. Flizet, après les avoit fait sécher, m'enverra à Paris toute la collection par Gatineau ou par Bordery ( négociants à Malesherbes) .
2°) Si le padus de la grande espèce ou padus à fruit noir a donné du fruit, il faut aussi en ramasser tant qu'on pourra. Pour la petite espèce, eile trace si abondamment que cela est inutile.
3°) Si le ragouminier donne cette année du fruit, il faut aussi le bien cueillir, et que Flizet n'oublie pas ceux de la touffe de Villetard…
4°) Je lui demande aussi si par hasard le padus phytolacca aurait donné du fruit cette année ci… Flizet ramassera d'ailleurs les autres graines intéressantes d'arbres et plantes dont je ne lui parle pas. Je m'en rapporte sur cela à lui”.

Cela lui valut un hommage de l'abbé Delille :

Voyez dans ces jardins, fiers de se voir soumis
A la main qui porta le sceptre de Thémis,
Le sang des Lamoignon, l’éloquent Malesherbes,
Enrichir notre sol de cent tiges superbes.
Là, des plants rassemblés des bouts de l’univers,
De la cime des monts, de la rive des mers,
Des portes du couchant, de celles de l’aurore,
Ceux qui l’ardent midi, que le nord voient éclore,
Les enfants du soleil, les enfants des frimats
Me font, en un seul lieu parcourir cent climats.
Je voyage, entouré de leur foule choisie,
D’Amérique en Europe, et d’Afrique en Asie.
Tous, parmi nos vieux plants charmés de se ranger,
Chérissent notre ciel…  

— Il fait la connaissance de Chateaubriand (22 ans) et de sa sœur Lucile : il le pousse à faire un voyage en Amérique
— Le 6 novembre 1792, sa petite-fille Suzanne-Guillemette de Rosanbo épouse Charles-Marie Le Peletier d’Aunay.
— En décembre 1792, il se propose comme défenseur de Louis XVI. Après son exécution, la Convention refusera qu’il assume la défense de Marie-Antoinette.
— Le 10 mars 1793, Louise de Rosanbo épouse Hervé de Tocqueville à Malesherbes.
— Le 17 décembre, son gendre, le président Rosanbo, est arrêté.
Le 17 décembre 1793 des membres du comité révolutionnaire de Paris vinrent au château de Malesherbes arrêter “le citoyen Rosambo”, alors que toute la famille était à table. Dans une perquisition faite à son domicile, rue de Bondy, à Paris, on avait trouvé des lettres d'émigrés et surtout une liasse de documents provenant de la Chambre des vacations. C'était sous la royauté une Chambre qui remplacait le Parlement et rendait la justice dans les cas de vacances. En tant que président de cette Chambre, il avait gardé copie des remontrances qui furent faites au roi le 5 novembre 1789 à la suite de l'ajournement de la rentrée du Parlement et surtout le 14 octobre 1790 contre la “Constitution civile du Clergé”. Pour nous permettre de comprendre le heurt des mentalités à cette époque, il est utile de reproduire quelques phrases de ce dernier document en se souvenant que les magistrats de la royauté présentaient au roi leurs remontrances avec une franchise qui aujourd'hui nous choquerait.

“Les soussignés ne peuvent reconnaître comme l'effet du vœu général de la nation, le résultat des délibérations d'une assemblée qui devait être celle des trois ordres composant les états généraux, et qui se trouve dénaturée et constituée par son autorité seule, assemblée nationale, Enfin, ils protestent et ne cesseront de protester contre tout ce qui a eté fait et pourrait être fait par les députés aux état-généraux qui, dans cette assemblée, ont contre la teneur expresse de leur mandat, non seulement excédé leur pouvoir qui consistait principalement à s'occuper des moyens de payer la dette de l'Etat, de subvenir aux dépenses nécessaires par une répartition légale, et enfin d'établir une sage réforme dans les différentes parties de l'administration, mais même en ont abusé par la violation des propriétés de tous genres, par le depouillement du clergé qui entraîne le mépris de la religion, par l'anéantissement de la noblesse qui a toujours été un des principaux soutiens, par la dégradation de la majesté royale, les atteintes portées à son autorité réduite à un vain fantôme, et enfin par la confusion des pouvoirs destructive des vrais principes de la monarchie.”

Dans leur visite à Malesherbes les révolutionnaires de Paris fouillèrent dans les papiers de Lamoignon et y trouvèrent des lettres d'émigrés qu'ils emportèrent.

— Le 18 décembre, deux nouveaux commissaires de Paris venaient arrêter tous les autres membres de la famille :
- Chrétien Guillaume de Lamoignon
- sa fille Antoinette Marguerite Thérèse, épouse Rosambo
- sa petite fille Louise et son mari, le comte de Tocqueville
- sa deuxième petite-fille Aline Thérèse et son mari Jean-Baptiste Chateaubriant
- son autre petite-fille Guillemette, épouse d'Aulnay
- son petit-fils Louis âgé de 17 ans
- les époux Dubois, ses invités.

On ne laissa que les deux enfants de Chateaubriant, Louis 4 ans, et Christian, 3 ans, qui furent recueillis par leur bonne. Depuis quelque temps, on voyait celle-ci faire de la tapisserie, puis défaire son ouvrage et rebobiner la laine. Après la Révolution, on eut l'explication de son comportement lorsqu'elle retira de la pelote les bijoux de la famille qu'elle avait sauvés. Louis de Rosambo et M. de Chateaubriand s'enfuirent dans la campagne, mais, ne sachant où aller, ils revinrent peu après. Tous les serviteurs entourèrent M. de Malesherbes en répandant des pleurs. Les commissaires posèrent les scellés sur le bureau, le secrétaire et les cartons de Lamoignon. Avant de monter en voiture, M de Malesherbes fit une dernière prière en faveur des deux jeunes enfants Louis et Christian de Chateaubriand, âgés de cinq et trois ans, laissés à la garde de Julie. Prévenus, le maire et les officiers municipaux ceignirent leur écharpe, les membres du Comité révolutionnaire se joignirent à eux. Le premier mouvement fut d'arrêter les voitures et de rendre la liberté aux détenus. Mais, après une tumultueuse délibération, il fut décidé qu'Hamouy, Rigaud et Boucher accompagneraient M. de Malesherbes à Paris et réclameraient sa libération et celle de sa famille. Au Comité de Salut public, Barrère les recut, mais ils n'obtinrent qu'un refus brutal et la menace d'envoyer des troupes à Malesherbes. Il était alors très dangereux de résister au tout puissant Comité.

— Louis Le Pelletier de Rosambo fut exécuté le premier, le 20 avril 1794.

— Le 22 avril (3 floréal de l’an II), treize prévenus étaient présentés au tribunal, l'accusateur public Fouquier-Tinville lisait le réquisitoire suivant:

“Vu par le tribunal révolutionnaire, l'acte d’accusation porté contre...
5°- Chrétien Guillaume Lamoignon Malesherbes, âgé de 72 ans, né à Paris, demeurant à Malesherbes, district de Pithiviers, département du Loiret, ex-noble, ex-ministre du ci-devant roi;
6°- Antoinette Marguerite Thérèse Lamoignon Malesherbes femme Le Pelletier Rosambo âgée de... (38 ans), née à Paris,
7°- Aline Thérèse Le Pelletier Rosambo, femme Chateau-Briant née à Paris, âgée de 23 ans-
8°- Jean-Baptiste Auguste Chateaubriant, âgé de 34 ans, né à Saint-Malo, ex-noble, ex-capitaine de cavalerie, tous trois demeurant Malesherbes…
“Expose que Lamoignon Malesherbes, ex-noble, ci-devant ministre et en dernier lieu défenseur officieux du dernier tyran ont été traduits au tribunal révolutionnaire comme prévenus d'avoir conspiré contre le peuple français en entretenant des correspondances d'intelligence avec les ennemis de l'Etat à l'effet de leur fournir des secours en argent et autrement pour favoriser le succès de leurs armes sur le territoire français…
“Lamoignon Malesherbes présente tous les caractères d'un sous-conspirateur et d'un contre-révolutionnaire, les écrits trouvés chez cet ex-ministre prouvant qu'il ne cessait de s'occuper de ramener l'ancien ordre des choses, qu'il était le centre autour duquel se réunissaient les autres conspirateurs qui viennent d'être frappés du glaive de la loi… Sa correspondance prouve encore que l'offre qu'il a faite d'être le défenseur de Capet, offre qui a été acceptée par celui-ci, n'a été que l'effet d'une intrigue ourdie dans le cabinet de Pitt avec les parents de Malesherbes émigrés à Londres… Enfin, il entretenait des correspondances avec ses enfants émigrés à qui il faisait passer des fonds et dont il paraît qu'il a facilité le retour sur le territoire français et avec le milord Richemont.
“La femme Rosembo a toujours été, ainsi que son mari, l'ennemie de la Révolution; sa correspondance nombreuse et volumineuse avec tous les ennemis de la France réfugiés chez les despotes coalisés contre révolutionnaires qu'elles présentent, les secours en argent que ses correspondants constatent qu'elle leur faisait passer, nous démontrent qu'elle intriguait de son côté, tandis que son mari conspirait du sien avec les Rolland, les Pasquier et autres, ses complices.
“Chateau-Briant et sa femme, fille de la femme Rosambo, ont émigré et sont, à ce qu'il paraît, parvenus à rentrer sur le territoire français en se procurant de faux certificats de résidence. D'ailleurs ils entretenaient avec les émigrés la correspondance la plus active et la plus criminelle : une foule de lettres timbrées de Trèves, de Coblentz, de Bruxelles, de Tournay et autres endroits le prouvent.
“Le tribunal, après avoir entendu l'accusateur public en ses conclusions… condamne à la peine de mort, conformément a l'article 4 du code (pour intelligence avec l'ennemi), et déclare leurs biens acquis à la République.
“Fait le 3 floréal de l'an II”.

Malesherbes ne se faisait aucune illusion sur l’issue du procès. Il conserva sa sérénité et même sa gaieté. Après avoir lu son acte d'accusation, il aurait dit : “Si seulement cela avait un sens commun.” En descendant l'escalier pour aller au tribunal, il trébucha et dit : “C'est de mauvais augure ; un Romain serait rentré chez lui.” Malesherbes, sa fille Mme de Rosanbo, sa fille, M. et Mme de Chateaubriand, ses petits-enfants moururent sur l’échafaud.

PETITION DU MAIRE, DES OFFICIERS MUNICIPAUX ET DU CONSEIL GENERAL EN FAVEUR DE CHRETIEN-GUILLAUME DE LAMOIGNON — Certifions et attestons que le citoyen Chrétien-Guillaume de Lamoignon s’est montré dans tous les temps le plus zélé défenseur des droits du peuple; que depuis la Révolution il s’est toujours comporté dans cette commune en bon républicain jusqu’au 30 frimaire dernier, jour de son arrestation; qu’il a donné des preuves de civisme dans toutes les circonstances qui se sont présentées; qu’il n’a jamais cessé d’être soumis aux lois; qu’il s’est empressé de fournier des secours à ses concitoyens, défenseurs de la Patrie; qu’il n’a jamais manifesté aucune opinion, aucun principe qui ne fussent dans le sens de la Révolution, et qu’enfin il a constamment mérité l’estime de cette commune par les mœurs les plus simples et la conduite la plus irréprochable.

— Anne-Nicole, sœur de Lamoignon, avait épousé Jean-Antoine Ollivier de Senozan; veuve sans enfants, elle acquit vers 1780 la terre de Verneuil, près de Paris. C'était pour toute la famille un lieu de vacances; ses sœurs, neveux et nièces, y venaient souvent. Etant moins loin de Paris que de Malesherbes, son frère y vint aussi aux jours sombres de la Révolution. Accusée de tenir “comité d’aristocrates en son château”, elle fut guillotinée le 10 mai 1794.
— Les révolutionnaires ne s'en tinrent pas là; on arrêta les deux secrétaires de Lamoignon, Jean-Baptiste Bauffré et Jean Pierson qui furent jugés. S'étant embrouillés dans leur défense, ils furent condamnés et guillotinés. Son valet de chambre, Claude-Joseph Jacquelin, fut aussi arrêté et jugé, mais, à défaut de preuves, il fut acquitté et laissé en prison jusqu'à la crise thermidorienne.
— Furent relâchés également, le 24 octobre 1794, les époux de Tocquevil1e et d'Aulnay et le jeune Louis Le Pelletier de Rosambo. Ce dernier fut interrogé, mais que pouvait-on reprocher à un garçon de 17 ans ? Les deux petits enfants de Chateaubriand, restés à Malesherbes, furent ensuite élevés par la famille de Tocqueville.

— Les scellés ne furent posés sur les portes du château qu'après la mort de Lamoignon; le 9 floréal an II, Bonny et Vigneron, officiers municipaux de Malesherbes, accompagnés par Lejeune secrétaire “apposèrent une bande de papier sur la serrure aux deux bouts de laquelle fut apposé le cachet de la municipalité sur cire rouge d'Espagne.” Puis les meubles et la bibliothèque furent vendus.

— Les neveux de Chateaubriand furent les héritiers directs de la défunte famille de Lamoignon. L’héritage fut partagé équitablement entre les deux frères. L’aîné reçut le château de famille. Le cadet, Christian, reçut le château de Malesherbes. Ce dernier, reconnaissant la légitimité du droit d’aînesse, alors périmé, ne fit jamais acte de propriétaire à Malesherbes, estimant son frère aîné véritable propriétaire du château. Ils firent de sérieuses études au collège de Juilly, puis entrèrent dans l'armée dès le début de la Restauration.
– Geoffroy Louis, l'aîné, devint bientôt colonel; il fit la campagne d'Espagne de 1823 et quitta l'armée après le départ de Charles X en 1830.
– Christian, le plus jeune, devint capitaine en 1818, fit la guerre d'Espagne à l'état-major du duc d'Angoulême, puis il quitta l'armée et entra chez les Jésuites. En 1824 il donna sa démission d'officier et se retira au collège romain des Jésuites. Il mourut de la tuberculose le 27 mars 1843 à Chiéri, près de Turin. (Chateaubriand est mort en 1848). (Le roi Charles X par une loi du 27 avril 1825 avait attribué une indemnité aux émigrés dont les biens furent spoliés. 243 familles du département profitèrent de cette loi. Parmi elles avec le numéro 95 “Francoise Pauline Lamoignon de Malesherbes, veuve du baron de Montboissier; Louis Lepelletier, marquis de Rosambo pair de France; la comtesse de Tocqueville sa sœur; Geoffroy Louis comt.e de Chateaubriand à cause de Chrétien Guillaume Lamoignon Malesherbes : 174361 F 36.”)
– Geoffroy Louis, avec la mort de son frère, devint propriétaire du château et de ses dépendances. Retiré il vécut d'ume manière très modeste. “Sa belle résidence était triste et dépouillée comme l'avait fait la Terreur, paysage et habitation, tout s'accordait dans une mélancolique harmonie. M. de Châteaubriand vivait dans son château sans songer à le restaurer. Sa fortune lui aurait permis ce luxe, son inépuisable charité le lui interdit.” On vit dans son château son ami d'enfance Berryer, propriétaire du château d'Augerville-la-Rivière, Thiers, Mgr Dupanloup, Rossini, Jules Favre, Jules Grévy, Alfred de Musset et son frère, Eugène Delacroix, Lamenais et beaucoup d'autres personnages illustres. On ne peut que citer les passages fréquents du vicomte Francois-René de Châteaubriand au château de Malesherbes. Geoffroy de Châteaubriand mourut au château en 1873.

VISITE DU CHÂTEAU DE MALESHERBES

La grange aux dîmes

L'ancienne grange aux dîmes de dimensions imposantes est un témoin de l'époque féodale. C'est là que les paysans de toute la région venaient apporter leur champart (pour Malesherbes une gerbe sur douze) ou la dîme de leur récolte. Une lourde et savante charpente maintient quatre étages de planchers permettant aux sacs de grain de s'entasser. La tour octogonale au centre annonce déjà la Renaissance, elle abrite un large escalier de pierre. Le campanile qui la surmonte paraît être d'époque récente.

La chapelle

Tombeaux provenant de l'ancien couvent des Cordeliers détruit en 1802 (ne furent restaurés que vers 1920).
— Sur un mur une plaque de marbre noir rappelle le souvenir de l'amiral de Graville décédé en 1517 dont le tombeau fut détruit par les Huguenots.
— La tombe de François de Balzac et de Jacqueline de Rohan en marbre blanc attire le regard. Ce chevalier est couché sur le côté droit, la tête appuyée sur sa main droite, le coude repose sur un coussin orné d'arabesques, sous lui deux gantelets, à ses pieds une licorne Il tourne le dos à sa première épouse. La défunte est représentée couchée sur le dos, la tête appuyée sur un coussin; elle est vêtue d'une robe à longs plis, d'un corsage plissé a petits plis, d'un manteau allant des épaules jusqu'aux pieds, d'un voile rejeté en arrière et d'un bandeau sur le front. Ses pieds sont appuyés sur un chien symbole de fidélité. Sous le monument une inscription gravée sur marbre noir rappelle que François de Balzac fut gouverneur d'Orléans et mourut le 11 février 1613, et sa première femme Jacqueline de Rohan le 29 mai 1572. En 1578 il épousa en secondes noces Marie Touchet, l'ancienne maîtresse de Charles IX, et eut d'elle deux filles, Henriette d'Entragues, la celèbre marquise de Verneuil, et Marie Charlotte.
— De l'autre côté de la chapelle l'imposant monument de César de Balzac. Le chevalier est représenté à genoux devant un prie-Dieu sur lequel est un livre; il est revêtu du costume de la cour sous Louis XIII, il a la tête découverte et porte des moustaches à la royale, ses bottes sont ornees d’éperons. Une inscription sur marbre noir rappelle qu'il fut maréchal de camp et bailli d'Orléans, il mourut le 27 juillet 1634. On peut admirer également dans la chapelle une tapisserie des Gobelins, un Ecce-Homo espagnol de facture dramatique, la nef gothique flamboyant...

Le château

Du château féodal tel que le connut Henri IV, il ne subsiste que trois tours et les douves là où elles existent. La partie supérieure de ces tours fut même abattue lors de la grande restauration par Guillaume de Lamoignon.
La visite intérieure commence par le grand hall dont les larges portes ouvrent sur la cour d'honneur. Toute la façade fut construite vers 1720 en avant de l'ancien château dont le corps de logis était en retrait des tours d'angles. Le hall est donc construit sur les anciens fossés. Un plan montre le château tel qu'il fut après la restauration.
Puis le visiteur entre dans la chambre dite d'Henri IV. Ce que l'on sait certain c'est que le roi coucha au château avec la belle Henriette; la chambre où il coucha était certainement beaucoup moins grande et moins éclairee que celle que l'on visite. Il est difficile d'affirmer où elle se trouvait et comment elle était faite. On admire dans cette pièce de très belles tapisseries de la fin du XVe siècle qui méritent de s'y arrêter.
Le salon que l'on visite actuellement contenait déjà, là où ils sont, les portraits des Lamoignon en 1794; mais il semble bien que le reste du mobilier fut vendu et déménagé lors de la vente du château comme bien national.

La maison de Chateaubriand

Une date inscrite sur la charpente d'une mansarde, 1779, semble bien indiquer l'époque de sa construction. La tradition veut qu'elle ait été le logis de la petite fille de M. de Malesherbes et de son mari le comte de Châteaubriand frère ainé de l'écrivain. Lors de l'arrestation de la famille les deux jeunes enfants Louis et Christian âgés de 4 et 2 ans y recurent les soins de Julie, la bonne de la famille. René de Chateaubriand vint souvent loger dans cette maison puisant l'inspiration dans ce décor champêtre et très évocateur. Restauré récemment et meublé avec goût d'objets d'art ancien, on sent planer sur ce pavillon les ombres de trois génerations victimes de la Terreur.

Le pigeonnier

Situé dans ce qu'on appelait autrefois la « cour des reines », le pigeonnier avec plus de 2000 cases évoque Louis XIII venant chasser à Malesherbes. La charpente fut refaite vers 1720.

L'église paroissiale

L'église de Malesherbes a un peu tous les styles. Elle mesure 27 m sur 16 m et contient 400 places assises; la voûte est à 13 m du sol. Les monuments qu'elle contient méritent notre attention.

La pierre de Trézan dans le fond, le long d'un pilier représente un chevalier et un évêque. Le chevalier est revêtu d'une longue cote de mailles, ses bras sont cachès par un écu, sous ses pieds un lionceau symbole de force virile. L'evêque porte sur son aube une chasuble ornée de la croix sur son front une mitre et dans sa main droite la crosse insigne de sa dignité. Ses pieds reposent sur un dragon dans la gueule duquel il plonge la pointe de sa crosse; c'est le symbole de la vlctoire de l'ascèse et de la prière sur le péché. Cette pierre provient de l'ancienne église de Trézan détruite en 1821; elle représente Guy du DonJon seigneur de Jouy et de Trézan mort vers 1227 et son frère Guillaume de Jouy archevêque de Bourges mort en 1209 et canonisé en 1218 par Honorius III.

Le sépulcre se compose de sept personnages: aux deux extrémités Joseph d'Arimathie et Nicodème portant le cadavre du Christ sur un linceul, au milieu la Vierge soutenue à sa droite par saint Jean, à droite de Jean une Marie de l'Evangile, à gauche de la Vierge Madeleine et l'autre Marie.

On peut remarquer l'invraisemblable coiffure et le manteau de Joseph d'Arimathie qui fait penser à un personnage de théâtre. Nicodème est habillé a la mode du XVe siècle finissant. Les autres personnages portent une grande robe et un large manteau. Au centre la Vierge se penche vers son fils, ses jambes semblent la trahir, elle est prête à défailhr, Jean doit la soutenir à deux bras. Marie-Madeleine est larmoyante, elle essuie son visage avec son manteau. Cette Mise au tombeau peut être datée du début du XVIe siècle ; elle provient de l'ancien couvent des Cordeliers dédié à Notre-Dame de Pitié. Enfouie lors de la Révolution, elle fut retrouvée à la fin du siècle dernier.

On voit aussi le cénotaphe de Lamoignon de Malesherbes, buste de marbre blanc don de Louis XVIII en 1822; les fonts baptismaux du XIIIe siècle; le fauteuil de bois sculpté orné des armoiries du Pape Innocent X, le Cbrist en bois polychrome du XIVe siècle placé derrière l'autel; un tableau représentant l'éducation de la Vierge du XVIIIe siècle.

TRÉZAN

Guy du Donjon était le cinquième fils de Ferry V du Donjon, seigneur de Corbeil-sur-Essonnes. Il hérita de la seigneurie de Jouy-en-Josas et prit le titre de Guy de Jouy. Par son mariage avec Agnès, fille d’Aubert de Pithiviers, il reçut la seigneurie de Trézan, au sud de Malesherbes dont il fit sa résidence habituelle.

Guy de Jouy avait un frère plus jeune Guillaume, élevé probablement par son oncle, Guillaume, archidiacre de Soissons. Il entra en 1179 dans l'ordre de Grandmont qui venait d'être fondé. A la suite de troubles qui éclatèrent dans cette congrégation naissante, il se fit religieux cistercien à l'abbaye de Pontigny. Sa science et sa piété le firent nommer prieur de ce monastère; puis il fut élu en 1184 abbé du monastère de Fontaine-Jean au diocèse de Sens, puis abbé de Chalis, près de Senlis. Le 23 novembre 1200 il était nommé archevêque de Bourges. Comme archevêque, il garda toute l'austérité qu'il avait eue comme religieux, gardant son habit monastique et s'interdisant pour lui-même l'usage de la viande et du vin. S'il s'attira la colère de Philippe-Auguste lorsque celui-ci, ayant répudié sa femme, le pape Innocent II lança un interdit, il se réconcilia avec le roi qui finalement se soumit. Il eut le bonheur de réconcilier le fils de sa nièce, Pierre de Courtenay, le futur empereur de Constantinople, avec l'évêque d'Auxerre. Il mourut le 10 janvier 1210.

Peu après son élévation au siège de Bourges, Guillaume du Donjon avait rendu visite à sa famille. Il vint à Trézan : la chambre qu'il occupa durant son séjour garda son nom; la cheminée qui la décorait existait encore en 1550; le bois principal Où il se retira pour prier porta longtemps le nom de forêt Saint-Guillaume. C'est à cette époque que fut construite l'église paroissiale par Guy de Jouy. Sur une note des registres paroissiaux de Trézan de 1696, on peut lire : “Ces deux messieurs de Jouy, seigneurs de Trézan, ont fait bâtir l'église en 1215”. Le christianisme ne pénétra vraiment dans nos campagnes qu'au XIIe siecle. Guy de Jouy mourut le 3 novembre 1225 ou 1227. Il eut tout le temps nécessaire pour faire édifier une église en l'honneur de son frère. Les plus anciens documents qui nous citent l'église de Trézan la disent dédiée à saint Guillaume : le compte rendu de la visite annuelle faite par le doyen d'Etampes représentant de l'archevêque de Sens, est très intéressant à ce sujet.

La pierre tombale qui se trouve dans l'église de Malesherbes représente Guy de Jouy en chevalier du XIIIe siècle. Le blason qu'il porte est celui de la famille du Donjon sans brisures : il est gravé sur sa tombe tel qu'il le fut sur son sceau, dont la bibliothèque nationale garde une empreinte.
A côté de lui est représenté son frère Guillaume du Donjon qui, toute sa vie, voulut garder la simplicité des religieux cisterciens. Le saint est représenté tel que les contemporains l'ont connu : une crosse monachale sans ciselures, mitre, chasuble et aube sans broderies. L'inscription telle qu'elle fut traduite par Edmond Michel signifie : “Pourquoi crains-tu ? tu m'accompagneras vers le Seigneur. Sous ma conduite, ne crains rien. Avec moi, tu seras en sûreté. » Le chevalier lui répond ironiquement : “Je vais à toi qui m'y forces, mon frère, en me défendant. C'est cela. Aussi, je suis plein d'espérance. Suis moi, je te protègerai.” Pour mieux comprendre, il faut lire ainsi le dialogue entre le Saint et son frère :
“Pourquoi crains-tu ? Tu m'accompagneras vers le Seigneur.
— Je vais à toi. qui m'y forces, en me défendant.
— Sous ma conduite, ne crains rien.
— C'est cela, aussi je suis plein d'espérance.
— Avec moi tu seras en sûreté (tu iras au ciel )
— Suis moi, je te protègerai ( de mon épée )”

Un oratoire a été construit en 1897 à l’emplacement de l’église de Trézan. On y voit une statue de saint Guillaume du XVIIIe siècle.

LE CHÂTEAU DE ROUVILLE À MALESHERBES

— Ce château, au XIe siècle, appartenait à Robert de Château-Landon.
— Il joua un rôle pendant la guerre de Cent ans et fut probablement pris et incendié. Il a été reconstruit par Hector de Boissy, panetier du roi Charles VII, en 1492.
— Hector de Boissy mourut en 1499 en laissant son château à son fils Louis de Boissy, qui mourut lui-même en 1528. Sa pierre funéraire le représentant en armure se trouve dans la chapelle du château.
— Sa fille Jeanne épousa Hector le Cointe.
— Leur fille Catherine le Cointe épousa Antoine du Moulin; leur fille Charlotte devint l'épouse du poète Jean de la Taille (seigneur de Bondaroy) en 1575.
— En 1573, Antoine du Moulin vendit la seigneurie de Rouville à Guillaume Baillon
— Guillaume de Baillon la revendit en 1579 à Camille de Fera qui était un gentilhomme italien. A la Révolution, l'un d'entre eux fut élu comme membre puis président de l'Assemblée départementale. Il était ami de Lavoisier et périt sur l'échafaud.
—  Comme il n'avait pas d'enfant, le dernier comte, Jean-Victor de Fera, vendit son château en 1801 à son neveu Guyon de Guercheville.
— Son fils Florizel Guyon de Guercheville vendit en 1846 le château à la famille d'Aboville.

— Le château de Rouville était à l'origine une forteresse pourvue d'une cour intérieure complètement close. Il était constitué de deux corps de bâtiment; l'un au nord, flanqué de quatre tours, servait d'habitation; l'autre au sud servait de communs. Ils étaient reliés par deux courtines qui fermaient la cour.
— A la Révolution, la courtine est fut abattue et les fenêtres élargies.
— Au XIXe siècle, le comte Ernest d'Aboville fit restaurer le château par un élève de Viollet-le-Duc. Il fit construire le long de la courtine ouest une galerie de style Renaissance et il embellit l'intérieur en y installant de belles boiseries provenant du château de Chemault, qui venait d'être démoli.
— Le château de Rouville est entouré d'un beau parc à l'anglaise dans lequel serpente la rivière l’Essonne.

 

Malesherbes litho
Malesherbes château 1
Malesherbes château 2
Malesherbes château 3
Malesherbes pigeonnier
Malesherbes maison
Le pigeonnier
La maison de Chateaubriand
Grange aux dîmes
La grange aux dîmes
Gisant 1
Gisant 2
François de Balzac et Jacqueline de Rohan
Henriette d'Entragues
Malesherbes portrait
Henriette d'Entragues
Malesherbes
Malesherbes tombeau 1
Malesherbes tombeau 2
Mise au tombeau
Rouville
Château de Rouville