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PRESNOY

Louvet de Couvray
au château de Chancy

(Loiret)

Fiches de géographie littéraire

Les premiers seigneurs de Presnoy dont l'histoire a retenu le nom sont Henri et Aubert de Presnoy, attachés de Philippe-Auguste au titre de chevalier de la baillie de Lorris. Leur château, appelé château de Chancy (du nom d'une famille de seigneurs qui l'habita) fut apparemment bâti par le sire de Joinville. La famille de Saint-Phalle en prit ensuite possession.

En 1792, ce château a été vendu comme bien national et acheté par Jean-Baptiste Louvet, qui avait ajouté à son nom "de Couvray".

Né à Paris en 1760, Jean-Baptiste Louvet est connu comme homme politique et comme romancier. Fils d'un papetier, il fut d’abord modestement secrétaire d’un minéralogiste, puis commis chez le libraire Prault. Il s’enrichit quelque peu en publiant des romans qui eurent du succès:

  • Une année de la vie du chevalier de Faublas (1787)
  • Six semaines de la vie du chevalier de Faublas (1788)
  • La Fin des amours du chevalier de Faublas (1790).
  • Emilie de Varmont, ou le Divorce nécessaire et les amours du curé Sevin (1791), "roman social".

Son roman Les Amours du chevalier de Faublas (800 pages dans l’édition de la Pléiade) est un tableau assez vivant de la vie élégante et voluptueuse au XVIIIe siècle. L’intrigue est complexe, unissant une sensibilité à la Rousseau au romanesque érotique dans le genre de Laclos.  Il a inspiré plusieurs œuvres lyriques dont un Lodoïska de Chérubini.

En 1789, Louvet s'était installé à Nemours, où il vécut maritalement avec une jeune femme, Marguerite Cholet, née Denuelle, qui avait quitté son mari, un joaillier du Palais-Royal. Il l’appella «Lodoïska» (c'est le nom de l'héroïne polonaise de son roman).

À la Révolution, séduit par les idées nouvelles, il revint à Paris. En septembre 1792, il fut élu député du Loiret à la Convention, ce qui lui permit de faire profession de déisme et d’idées républicaines. Il fit en particulier une déclaration remarquée à la tribune de l’Assemblée, dans laquelle il en appelait au peuple contre les princes. Il commença aussi à rédiger un placard bi-hebdomadaire, La Sentinelle, résolument hostile aux Montagnards.

Par ses violentes attaques contre Danton, Marat et Robespierre, il contribua malgé lui à la chute des Girondins, ce qui, en 1793, l’obligea à quitter Paris pour la Normandie.

En août 1793, à Vire, il épousa enfin sa « Lodoïska », qui avait pu divorcer l’année précédente. En février 1794, le couple rejoignit la Suisse et s'installa près d'Echallens, dans le canton de Vaud, où, le 22 septembre, Lodoïska accoucha d'un fils, Félix Louvet.

La chute de Robespierre lui permit de revenir à Paris et, grâce à Marie-Joseph Chénier, d’être réintégré à la Convention. Il présida alors l’Assemblée et entra au Comité de Salut Public. Comme ni ses fonctions, ni ses romans, ni sa qualité de membre de l’Institut ne purent lui procurer l’aisance, pour vivre, il ouvrit une librairie au Palais-Royal.

Le Directoire venait de le nommer consul à Palerme, quand, tuberculeux, il sentit la mort venir. Il aurait dit alors: "Grâce à Dieu, je finis avant la République". Il mourut le 25 août 1797.

Sa femme tenta d'abord de se suicider à l'opium. Puis elle conserva pendant huit mois le cercueil de plomb de son époux dans leur appartement parisien, jusqu’à ce qu’elle obtienne l’autorisation du ministre de l’Intérieur de transférer le corps en province.

En avril 1798, elle le fit inhumer dans le parc du château de Chancy, où elle décida de s'installer.

Elle-même mourut le 9 février 1827, à l’âge de 62 ans, dans l'incendie de sa chambre et fut enterrée aux côtés de son époux.

Le château fut conservé par leur fils Félix Louvet, qui dissipa le patrimoine dont il avait hérité. À sa mort, en 1845, il a été vendu.

En 1874, on exhuma les restes de Louvet de Couvray et de son épouse, qui furent transférés au cimetière de Montargis.

Du château de Chancy, il ne reste que des vestiges : la porte d'entrée, quelques restes des douves, des pans de fortification et une tourelle d'angle.

 
Louvet
Faublas