À quelques kilomètres de Flux, il ne subsiste du château des Bordes, construit en 1800 par Vincent Gaillard, le créateur des messageries "Gaillard-Lebrun", que murs bas et quelques serres. Il fut démoli en 1979 pour laisser la place à un golf.
Né en 1804 d'une famille de médecins lui-même chirurgien de la Marine Eugène Sue embarque en 1824 comme aide-chirurgien sur un vaisseau de guerre, avant de démissionner cinq ans plus tard. Il réapparaît peu après au sein des salons légitimistes de l'aristocratie parisienne. Devenu dandy, c'est dans ce milieu qu'il dilapide la fortune familiale, tandis qu'il publie une Histoire de la marine française, sans parvenir à en vivre.
Ruiné, il se découvre alors une vocation de romancier et inaugure, avec Les Mystères de Paris (1842), le genre du roman-feuilleton, formule dont le fabuleux succès vint rétablir sa fortune, que le dandy qu’il ne cessera jamais d’être répandra sans compter.
C’est ce dandy qui achète, en 1844, les dépendances, tout de suite agrandies et aménagées, de la propriété des Caillard à Lailly-en-Val. Lui viennent alors deux passions supplémentaires : celle de la chasse et celle de la politique militante. De tendance légitimiste, ses propres héros le convertiront au socialisme. Paternaliste, il fonde « La Prévoyance » de Beaugency, organise des transports scolaires en charrettes (dès 1844 !). Bien qu'étant incroyant, il alimente les œuvres paroissiales.
1848 éclate. Eugène Sue lance La République des campagnes (qui eut cinq numéros), aspire au suffrage universel, s'enflamme pour la république, propose des réformes (suppression de l'octroi), crée des crèches. Candidat député, il se heurte à l'opposition nourrie du corps électoral censitaire et notre « communiste » est battu.
Pendant son seul séjour aux Bordes, Eugène Sue produisit en sept ans (de 1844 à 1850) : Le Juif errant (dix volumes) ; Martin ou l'Enfant trouvé (douze volumes) ; Les Sept Péchés capitaux (seize volumes) ; Le Berger de Kravant ; Les Enfants de l’amour, et les premiers tomes des Mystères du peuple (seize volumes envisagés). Sans compter sa foisonnante correspondance avec une foule de littérateurs et de politiques tant français qu'étrangers et avec ses innombrables lecteurs…
Élu enfin dans la Seine, il incarne la révolution sociale des années 50. Réfugié en Savoie après le coup du 2 décembre, il fait nostalgique nanti venir des Bordes des plants de géraniums… Et après avoir produit plus de deux cents volumes, Eugène Sue meurt le 3 août 1857, à Annecy, où il repose. Il avait cinquante-trois ans.
Ce célibataire délibéré vivait aux Bordes avec beaucoup de raffinements : on parle de vaches portant les quatre clochettes Pleyel de l'accord parfait et de "houris des mille et une nuits solognotes"… Les Bordes furent-elles "un phalanstère de l'égoïsme", théâtre de "fastes héliogabaliens" ? Peut-être. Mais le maître s'y est quand même beaucoup dépensé et ces lieux auront été un centre extrêmement vivant de la pensée sociale et politique du temps.

Les Bordes

Eugène Sue





