L'abbé Étienne Bonnot de Condillac, né à Grenoble en 1715 d'une famille de magistrats, a fait ses études à Lyon, puis à Paris au séminaire de Saint-Sulpice. Bien que destiné à l'état ecclésiastique, il n'exerça jamais les fonctions sacerdotales.
Lié, à Paris, aux grands penseurs de l'époque (Fontenelle, Rousseau, Diderot, d'Alembert, Voltaire, Turgot, Cabanis…), il rencontra chez la comtesse de Vassé une jeune femme savante, férue de géométrie et de philosophie, Mlle Ferrand, pour laquelle il eut une amitié tendre et qui le poussa à écrire.
Il publia un Essai sur l'origine des connaissances humaines, un Traité des systèmes, un Traité des sensations (1755), puis un Traité des animaux (1775).
En 1758, Louis XV l'envoya à Parme comme précepteur de l'Infant Ferdinand, son petit-fils. Condillac écrivit pour lui un Art de penser, un Art d'écrire, un Art de raisonner, un Dictionnaire des synonymes, une Histoire générale des hommes et des empires.
Convalescent après avoir contracté la petite vérole, il quitta l'Italie en 1767. En récompense de son travail de pédagogue, il fut nommé membre de l'Académie française (1768). Mais il refusa toute autre charge, pour se consacrer à des travaux d'économie politique.
En 1773, il donna une somme de 75 000 livres à sa nièce, Jeanne-Antoinette Bonnot de Mably (épouse séparée quant aux biens de Jean-Pierre Metrat de Rouville de Sainte-Foy) pour qu'elle achète le château-métairie de Flux, à Lailly-en-Val. Condillac s'y installa avec elle et c'est là qu'il produisit ses dernières œuvres : Le commerce et le gouvernement, la Logique, la Langue des calculs.
Condillac est décédé à Flux en 1780. Il a été enterré à l’ancien cimetière de Lailly, aujourd'hui désaffecté (et l'on a perdu toute trace de ses restes). Flux, qui était resté la propriété de la nièce de Condillac, n'est plus aujourd'hui qu'une simple ferme.
Un manuscrit de Rousseau conservé à Flux
Rousseau avait rédigé un étrange ouvrage, trois dialogues intitulés Rousseau juge de Jean-Jacques dans lesquels il avait exprimé ses doutes et ses angoisses. Ne sachant que faire de ce fruit de ses divagations, il avait voulu en déposer une copie sur le grand autel de Notre-Dame de Paris, comme "dépôt remis à la Providence". Mais, le 27 février 1776, une grille fermée l'empêcha de pénétrer dans le chœur. Alors il renonça.
Il décida alors de profiter d'un passage à Paris de Condillac, qu'il avait connu autrefois, pour lui remettre le manuscrit. Le vieux Condillac resta dubitatif devant cette œuvre pleine des chimères de Jean-Jacques. Toutefois il emporta le paquet à Flux et respecta l'engagement qu'il avait pris de ne pas révéler l'œuvre au public avant l'année 1801.
Condillac étant mort en 1780, sa nièce attendit le 31 décembre 1800 pour demander au maire de Beaugency et au juge de paix du canton de venir procéder à l'ouverture du paquet. Certes Thérèse Levasseur avait déjà communiqué le "brouillon" de ce Rousseau juge de Jean-Jacques, qui avait été imprimé en 1782. Mais on tenait là une version différente et très intéressante de ce fait. Pourtant la chose n'intéressa pas le ministère de l'Intérieur et le manuscrit resta dans les archives de l'hospice de Beaugency. En 1914, l'archiviste du Loiret Jacques Soyer constata sa disparition. Quand, plus tard, il réapparut, il fut vendu à Drouot pour 400 000 Francs à une bibliothèque américaine.





