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FERRIÈRES

et son abbé au IXe Siècle,
Louis Servat

(Loiret)

Fiches de géographie littéraire

Le pays doit son nom aux “ferriers”, des filons de minerai qui ont été exploités jusqu’au XVIIe siècle.

À l’origine de l’abbaye de Ferrières il y a trois légendes :

  • La première légende est racontée dans une fausse charte attribuée à Clovis. Au Ier siècle, onze ans après la Passion du Christ, certains de ses soixante-douze disciples, dont Savinien et Potentien, arrivèrent en décembre à Ferrières. Ils aménagèrent une “cellula” dans le creux d’un rocher (“antrum”) pour y prier Dieu. Là, ils eurent la vision de la scène de la naissance du Christ avec le boeuf et l’âne, pendant qu'ils entendaient des anges chanter le Gloria. Puisque, manifestement, Dieu voulait être adoré dans ce lieu, on y érigea une chapelle sous le vocable de "Notre-Dame de Bethléem".

  • La deuxième légende dit que, dans la première moitié du Ve siècle, lorsque l’armée d’Attila déferla sur la région, les quatre cents solitaires qui vivaient à Ferrières auraient tous été massacrés (on a voulu reconnaître leurs restes dans les ossements calcinés que les fouilleurs ont mis au jour sous le dallage de la chapelle de Bethléem). Mais un duc des Bourguignons, nouvellement converti, avait cru remarquer que les Huns s’étaient éloignés au moment même où lui et ses hommes avaient invoqué le Christ; en reconnaissance de ce miracle, il releva le monastère et en fit don à Saint-Pierre de Rome. Ce serait l'origine de l'autre église, l’église "Saint-Pierre".

  • Troisième légende. Dans la seconde moitié du Ve siècle, dit-on, Clovis venait régulièrement chasser dans la forêt de Montargis. Et Clotilde, la fille de Chilpéric, roi des Burgondes, venait, elle, souvent visiter la Vierge de Ferrières. Un jour, ils se rencontrèrent devant la chapelle et Clovis, séduit, l’épousa. Ils eurent un fils qui fut baptisé et qui mourut. Pour cette raison, Clovis, encore païen, refusa de recevoir lui-même le baptême. Un second fils vint au monde, qui bientôt fut très malade. Alors Clotilde prit son enfant, monta à cheval, vint le présenter à la Vierge de Ferrières qui le guérit. Clovis, convaincu, se convertit. C’est donc à Ferrières que se serait joué l’avenir de la France chrétienne!

L'histoire de Ferrières

C’est au VIIe siècle, en 636, sous le règne de Dagobert Ier, qu’un monastère a été fondé à Ferrières, sous l’impulsion de la grande abbaye de Luxeuil (Haute-Saône). La règle adoptée fut d’abord celle du moine irlandais colomban, caractérisée par l’emploi systématique du fouet (tarif : six coups pour avoir parlé au réfectoire; six coups pour avoir toussé à la messe; cinquante coups pour avoir répondu à l’abbé; etc). On comprend qu’au IXe siècle, en 817, les moines aient préféré la règle de saint Benoît!

Au VIIIe siècle, Pépin le Bref devient roi des Francs et c’est à Ferrières qu’il vient se faire sacrer en 752, peut-être par saint Boniface. A cette occasion, une représentation fut donnée dans une arène située au bord de la rivière. A un certain moment, alors qu’un lion était opposé à un taureau, Pépin le Bref mit les assistants au défi de descendre dans l’arène. Comme personne ne bougeait, il descendit lui-même et tua les fauves avec son épée. Depuis — dit le moine de saint Gall qui rapporte cette anecdote — personne n’osa plus se moquer de sa petite taille. La scène a été représentée au XIIIe siècle sur les chapiteaux de la façade de Saint-Pierre : on y voit le combat contre le lion, le père abbé, quelques moines et des joueurs de viole pour l'accompagnement mucical.

Au IXe siècle, sous Charlemagne, Ferrières devint une école monastique, dont la réputation s’étendit au loin. Sous Louis Ier le Pieux, l’un des abbés fut Aldric (de 821 à 828); il construisit, sous le transept de l’église actuelle, une église polygonale sur le modèle d’Aix-la-Chapelle. Sous Charles II le Chauve, l’abbé fut Loup Servat (de 841 à 862).  En 879, Louis III et son frère Carloman se font sacrer à Ferrières par l’archevêque de Sens.

Aux XIIe-XIIIe siècles, les moines se font surtout défricheurs et cultivateurs (les prieurés qu’ils installent sont à l’origine d’un grand nombre des villages actuels). C’est à ce moment que l’on construit l’actuelle église Saint-Pierre : nef et façade (sec. moitié du XIIe), transept et abside (début XIIIe); l’octogone à l’intérieur aurait été construit pour garder la mémoire de la vieille église carolingienne d’Aldric, qui a été détruite. Trois papes viennent alors à Ferrières : Callixte II en 1119, Alexandre III en 1163 (il consacre la nef le 29 septembre 1163; ce jour-là, “le nombre des mangeants et beuvants se monta à plus de 20.000”), Innocent IV en 1242 (il passe par la “porte papale”, qui fut ensuite murée).

Au XVe siècle, l’abbé Louis de Blanchefort, filleul de Louis XI, dut, entre 1465 à 1505, relever l’abbaye ravagée par les Anglais. C’est lui qui fit reconstruire en grande partie l’église Notre-Dame et réparer l’église Saint-Pierre en l'ornant d’une partie de ses vitraux. La pierre de son tombeau, bien abîmée, a été placée derrière l’autel.

Au XVIe siècle, l’abbé commendataire est Odet de Coligny qui, converti au protestantisme, laisse ses coreligionnaires piller l’abbaye.

  • en 1568 : pillage des reliques par Louis de Condé (des morceaux de la Croix du Christ, un morceau du linceul du Christ, un fragment du tombeau du Christ, un morceau de la verge d’Aaron, des cheveux de la Vierge, des poils de la barbe de saint Joseph, des ossements de saint Clerc…)
  • en 1569 : les sbires du chevalier de Boulay (“le larron du Gâtinais”) massacrent des habitants de Ferrières et pendent les sept moines à une échelle…
  • en 1596 : nouvelles exactions par les troupes du Connétable

Au XVIIe siècle, le prieur, Dom Morin (l’historien du Gâtinais) restaure les bâtiments.

Au XVIIIe siècle, en 1739, le clocher de la croisée de Saint-Pierre s’effondre sur les chapelles du bas-côté, ce qui oblige à murer les arcades nord de la nef. Bientôt, ce sera la fin de l’abbaye qui n’accueille plus que quelques religieux. Ce qui maintient une certaine vie dans l’abbaye, ce sont les grandes processions pour faire reculer la peste ou pour faire tomber la pluie (la première en 1625, la dernière en 1790). Les bâtiments sont vendus à la Révolution et on récupère les matériaux.

TOPOGRAPHIE DE L’ABBAYE

On a une représentation de l’abbaye à la fin du XVIIe siècle dans le Monasticon Gallicanum.

 

Ferrières Monasticon

Ont disparu :

  • la porte d’entrée,
  • le bâtiment reliant les deux églises,
  • la demeure de l'abbé
  • le grand et le petit cloîtres.

Eglise Notre-Dame de Bethléem

  • Abside du XIIe, ensemble du XVe (Louis de Blanchefort), chapelles du XVIIe, façade du XIXe
  • “Ne insalutata hospite”, 1620, DGMP (c'est-à-dire "Dom Guillaume Morin, prieur")

Eglise Saint-Pierre et Saint-Paul

  • Tour : IXe - XIIe - XVe
  • Nef et façade : sec. moitié du XIIe (le Christ en majesté du tympan aurait eu les traits de Clovis, considéré comme le fondateur); hautes fenêtres du XIIIe (au-dessus du cloître)
  • Transept et abside : début XIIIe - Rotonde octogonale du XIIIe : conserve le souvenir de l’église polygonale de saint Aldric (IXe) fin XIIe (le raccordement se fait maladroitement) / Bas-côté effondré et muré après 1739.
  • Bénitier roman primitif
  • Ecce Homo (XVe)
  • Chaire (XVIIIe; provient de l’ancienne église saint-Eloi)
  • Christ en Croix du XVIIe
  • Peinture du XIVe dans une fenêtre obstruée du choeur (Christ remettant les clefs à saint Pierre)
  • Stalles du XVe (Louis de Blanchefort), mais refaites au XVIIe : armes de Blanchefort, armes de l’abbaye (deux clefs, deux fleurs de lys)
  • Tombeau de Louis de Blanchefort (le gisant a disparu, détruit par les protestants) (les statuettes ont été grattées, cette pierre délayée dans de l’eau devait guérir les maux de dents)
    • sur l'un des grands côtés : Saint Benoît + Foi + Espérance + Charité (vertus théologales)
    • sur l'autre grand côté : Force + Prudence + Justice + Tempérance (vertus morales)
    • sur les petits côtés : Vertu avec armes de Blanchefort (lions) + Vertu avec armes de l’abbaye
    • inscription :

Hic jacet optimae memoriae vir religiosissimus liberalissimusque frater Ludovicus de Blanchefort
hujus quondam coenobii Abbas dignis/simus cujus animam anno millesimo quingentesimo quarto (MDV) mensis vero Martii
kalendas tertio Christus - Traxit in auras postquam duos et quadraginta annos huic moderatus est.

“Ici repose frère Louis de Blanchefort, de très bonne mémoire, homme également recommandable par sa piété et par sa charité, qui fut très signé abbé de ce monastère. Le Christ retira son âme de ce monde, le III des calendes de mars MDV (1505), après qu’il l’eut administré pendant 42 ans.”

  • Vitraux du XVe/XVIe, restaurés en 1850. Emploi récent du jaune à bas de sels d’argent.
LA VIE DE LA VIERGE
(offert par Louis de Blanchefort à la fin du XVe s.)
Le diacre romain Laurent sur un gril
1- Joachim et Anne à Jérusalem devant la Porte Dorée; ils savent que Anne va avoir une fille. 2- Marie vient de naître.
3- Joachim et Anne ont conduit Marie au Temple de Jérusalem pour la consacrer au service de Dieu. 4- Joseph, le prétendant dont la bâton a fleuri, est accordé comme futur époux à Marie.
5- L'ange Gabriel vient annoncer à Marie qu'elle va avoir un fils. 6- Marie est venue préparer ses couches chez le vieille Élisabeth, enceinte de Jean-Baptiste.
7- La naissance de Jésus à Bethléem. 8- Après les quarante jours nécessaires à la purification, Marie présente son fils dans le Temple de Jérusalem, où le vieux Siméon prophétise qu'il sera pour les peuples Salut et Lumière.

 

LA VIE DE SAINT PIERRE
(offert par Pierre de Martigny au début du XVIe s.)
9- Pierre crucifié la tête en bas.
8- Pierre subit la flagellation. 7- Pierre passe en jugement et est condamné.
2- Pierre et les apôtres opèrent des miracles sous le portique de Salomon. 4- Pierre, à Lydda, guérit un paralytique.
5- Pierre baptise un non-juif, le centurion Corneille, ouvrant aux païens les portes de l'Église. 6- Pierre a été arrêté par Hérode et mis en prison; un ange le délivre.
3- Pierre arrêté pour avoir prêché dans le Temple; le grand prêtre lui interdit d'enseigner et le fait battre de verges. 1- Simon a reconnu en Jésus le Fils du Dieu vivant. Alors Jésus lui dit: "Tu es Pierre et, sur cette Pierre, je bâtirai mon Église… Je te donnerai les clefs du royaume des Cieux." [symboles de la papauté]

 

LA PASSION DU CHRIST
(offert par Louis XI et Charlotte de Savoie, vers 1483)
9- Résurrection du Christ.
7- Jésus crucifié. 8- Le saint Sépulchre
4- Pilate se lave les mains. 6- Jésus portant sa croix
5- Jésus battu de verges 3- Devant Pilate, la foule va choisir de libérer Barabbas.
1- A Gethsémani, les disciples s'endorment pendant que Jésus prie. 2- Quand Judas vient pour l'arrêter, les disciples s'enfuient.

 

VIE DE SAINT CHRISTOPHE
(offert par Jean Pot de Rhodes, vers 1515)
9- Christophe est décapité par le bourreau (écussons de Ferrières, de Louis de Blanchefort, de Jean Pot de Rhodes)
8- Christophe est insensible au feu 7- Les flèches se retournent contre celui qui les a lancées.
6- Christophe paraît devant le roi qui, impressionné, tombe de son trône. 5- Christophe doit vaincre la tentation de la volupté
4- Christophe doit vaincre la tentation de la richesse. 3- Christophe doit vaincre la tentation de l'orgueil.
2- Christophe fait traverser un enfant: c'est Jésus lui-même. 1- Un ermite conseille à Christophe d'aider les voyageurs à traverser un torrent.

 

VIE DE SAINT PAUL & VIE DE SAINT ALDRIC
(offert par Louis de Blanchefort)
5- Saint Paul monte au Ciel
1- Le futur Paul entend une voix sur le chemin de Damas.
1- Consécration épiscopale d'Aldric en 829.
3- A Ephèse, Paul baptise des disciples qui n'ont reçu que le baptême de Jean-Baptiste.
2- Sépulture d'Aldric à Ferrières en 841.
2- A Athènes, Paul découvre un autel "A un dieu inconnu".
3- Translation des reliques d'Aldric.
4- Dans l'île de Malte, Paul n'est pas piqué par une vipère qu'il jette au feu.
4- Le crâne d'Aldric guérit une jeune aveugle.

LOUP SERVAT À FERRIÈRES

Avec la renaissance carolingienne, l'abbaye de Ferrières est devenue un centre important, avec l'abbé Aldric, et surtout avec celui qu'on appelle "Loup de Ferrières".

Servat Loup, abbé de Ferrières (v. 814-862)

  • Franc de l’Ouest, mais probablement d’origine germanique; né dans une famille bien en cour et importante dans l’Eglise.
  • Entre au monastère de Ferrières (diocèse de Sens), sous l’abbé Aldric.
  • Etudie les auteurs anciens et modernes. (“J’ai eu le bonheur de trouver à Ferrières un professeur de grammaire qui m’enseigna les préceptes de son art. De la grammaire, j’ai passé à la rhétorique, puis à tous les autres arts libéraux; j’ai enfin étudié quelques livres des écrivains profanes.”, Lettre 1)
  • Quand Aldric quitte Ferrières pour devenir archevêque de Sens, Loup va étudier la théologie auprès de Raban Maur à l’abbaye de Fulda, en Allemagne. Il fait la connaissance d’Eginhart dans sa retraite de Seligenstadt (Eginhart lui dédie son traité De l’adoration de la croix). Reste à Fulda de 828 à 836; y enseigne les lettres profanes et y travaille :
    • il réunit une collection de lois barbares pour le duc de Frioul, Evrard (et il orne ce recueil de peintures et de vers) ;
    • il corrige le Commentaire du Livre des Nombres de l’abbé de Fulda ;
    • il reçoit la dédicace des Extraits des Pères de l’Eglise sur les épîtres de saint Paul, par l’abbé de Fulda.
  • L'impératrice Judith de Bavière (que son mari, l'empereur Louis le Pieux, a choisie dans un concours de beauté) lui accorde sa protection, probablement à cause de ses origines allemandes.
  • Il rentre à Ferrières, où l’abbé Odon a succédé à Aldric depuis 829; il est présenté à la Cour de Louis Ier le Pieux en novembre 836.
  • Il est toujours diacre, mais est promu peu après à la prêtrise. Deux ou trois ans plus tard (838/839), il prend rang dans le clergé du palais impérial.
  • Les moines de Ferrières, sous la pression de Charles le Chauve, l’élisent abbé le 22 novembre 840 (cf Lettre 21).
  • Alors il se consacre à l’étude et à l’enseignement des jeunes moines.
  • Mais il prend aussi une part active à la vie publique, comme protégé de Charles le Chauve : il assure les services dus au roi par son abbaye; en 844, il conduit lui-même le contingent de Ferrières à l’armée (et est même blessé et  fait prisonnier sur le champ de bataille); il assiste aux plaids annuels, aux synodes et conciles; il est dans la suite du roi aux colloques de Thionville (844) et de Meersen (847); il est missus en Bourgogne en 844 et 845; il est envoyé à Rome en 849; il se rend au synode de Pîtres-Soissons en 862.
  • Il meurt à Ferrières en 862.

Loup Servat* a écrit :

  • une Vie de saint Wigbert (suivi du récit de la translation et de deux hymnes en l’honnneur du saint),
  • une Vie de saint Maximin de Trèves,
  • De Varietatibus carminum Boetii (sur la métrique de Boèce)
  • à la demande de Charles le Chauve, son Livre sur les trois questions et la Collection sur les trois questions (sur le libre arbitre, sur la prédestination, sur le prix du sang du Christ) : il prend le parti de Prudence de Troyes contre Raban Maur et Hincmar de Reims.
* Son surnom de Servatus (=sauvé) viendrait du fait qu’à Saint-Troud-en-Hesbaye,
il aurait été guéri d’un abcès dans l’aîne par l’apparition de Faron, évêque de Meaux (cf Lettre 20)

Dans un poème d’Héric d’Auxerre, on lit :

Hic praeceptorum sunt ludicra pulchra duorum
Quis ego praesulibus ingenium colui.
His Lupus, his Haimo ludebant ordine grato,
Cum quid ludendum tempus et hora daret.
Humanis alter, divinis calluit alter.
Excellet titulis clarus uterque suis.
Ici sont les beaux exercices des deux maîtres
sous la conduite desquels j’ai cultivé mon esprit.
Par ces exercices, Loup et Haimon enseignaient d’une façon agréable,
lorsque les circonstances leur laissaient le loisir de le faire.
L’un savait tout des sciences humaines, l’autre des sciences divines.
Tous deux ont des titres à briller entre tous par leur illustration.

Les Lettres de Loup de Ferrières comprennent :

  • des lettres de Servat Loup à Eginhard, Raban Maur, des évêques, des abbés;
  • des réponses à ses lettres;
  • des lettres de son prédécesseur Odon de Ferrières.

Elles portent sur des sujets très variés : demandes de manuscrits, questions de théologie, de grammaire, de métrique latine, administration du couvent, rapports avec l’autorité royale, recrutement de troupes, synodes, etc

Exemples :

  • Lettre au moine Altuin (837) : “Maintenant que les études littéraires sont presque négligées, combien peu en pourrait-on trouver qui ne se plaignent pas à bon droit de l'ignorance des maîtres, de la rareté des livres, enfin du manque de loisir ?” (lettre 9).
  • Lettre à Odon (840) : “Depuis bientôt deux ans accomplis qu'ils subissent avec nous ou sans nous les fatigues des dures campagnes d'une guerre générale, nos hommes sont accablés du fardeau de la pauvreté, parce qu'ils ont dissipé dans un tel service le revenu de leur patrimoine.” (lettre 16).
  • Lettre à l’évêque Ebroin (841) : “Je vous ai envoyé un peigne d'ivoire, que je vous prie de garder pour votre usage, afin qu'en vous peignant vous pensiez plus fortement à moi.” (lettre 23).
  • Lettre à Louis, abbé de Saint-Denis (841) : “Je sollicite de votre libéralité bien connue d'ordonner que deux de nos serviteurs, qui grâce à votre bienfait doivent nous être fort utiles, à nous et à nos voisins, soient instruits dans l'art de travailler l'or et l'argent par vos orfèvres : la renommée a répandu partout que vous en possédiez de très habiles.” (lettre 25).
  • Lettre à Marcwald (843) : “Nous désirons que Folchric et Maur reviennent avec le frère susdit, pour qu'ils goûtent avec nous le poiré dont ils sont particulièrement friands (car cette année on craint la disette de vin). Cependant, pour vous avouer toute la vérité, le poiré lui-même menace de manquer par suite de la rareté des fruits, comme aussi la cervoise par suite de la mauvaise récolte de blé. En conséquence, nous userons tous d'une saine boisson naturelle, qui procure quelquefois la santé de l'âme et du corps si on ne la puise pas à la citerne boueuse, mais au puits limpide ou au courant d'un ruisseau transparent.” (lettre 30).
  • Lettre à l’abbé Marcward (844) : “Échappé à une mort certaine dans l'expédition d'Aquitaine, délivré d'une lourde captivité, je vous demande de dépêcher un moine diligent pour prier de votre part l'abbé Hatton de vous adresser pour la copier la Vie des Césars de Suétone, de prendre soin de me l'envoyer par un messager très sûr. Car, dans cette région-ci, on ne la trouve nulle part et nous devons obtenir ce bienfait de votre libéralité, croyons-nous.” (lettre 35).
  • Lettre à Marcwald (844) : “Nous avons souffert l'an passé de la stérilité de la vigne. Nous avons en abondance, pour l'époque, d'autres choses et nous jouissons, par la grâce généreuse de Dieu, de quelques instants de paix, hormis que certains séculiers, qui voudraient envahir notre monastère, nous tendent des embûches.” (lettre 35).
  • Lettre au roi Charles le Chauve (845) : “Les serviteurs de Dieu qui prient assidûment pour vous ne reçoivent plus depuis trois ans les vêtements accoutumés, ceux qu'ils sont forcés de porter sont râpés et pour la plupart rapiécés; ils se nourrissent de légumes achetés et n'obtiennent que bien rarement le soulagement de manger poissons et fromage et les serviteurs ne reçoivent pas actuellement les habits qui leur sont dus” (lettre 42).
  • Lettre à Hincmar (846) : “Maintenant nous sommes forcés d'apaiser notre faim avec des herbes; les malades se plaignent; les hôtes cherchent chez nous les secours habituels et ne les trouvent pas. Les temps présents sont décriés...” (lettre 48).
  • Lettre au roi Charles le Chauve (846) : “Il y a environ quatre ans que soixante-douze moines que vous m'avez confiés selon leur désir et leur choix et qui veillent nuit et jour sur votre salut et votre prospérité tandis que divers soins vous occupent, souffrent d'une incroyable indigence de vêtements, de légumes et de poissons, par suite de la soustraction de leurs ressources, et que l'hospitalité publique, qui doit être fournie aux voyageurs selon l'antique constitution des rois, a été suspendue; que les serviteurs du monastère sont tourmentés par la misère et par le froid et que je ne puis secourir les malheureux, puisqu'on m'a laissé la multitude de pauvres réunie par d'autres et qu'on m'a enlevé les ressources qui permettaient de la nourrir.” (lettre 49).
  • Lettre à l’abbé Marcwald (849) : “Je me confie à vous comme on se jette dans les bras d'un père, ou plutôt dans le sein d'une mère, en vous suppliant, vous qui ne m'avez jamais manqué dans aucune nécessité, de daigner m'assister en cette affaire, et si vous en voyez d'une façon quelconque le moyen, de m'adresser par les présents messagers deux saies de couleur bleue et autant de vêtements de lin que l'on appelle en allemand glitza, car j'ai appris qu'ils sont tenus par lui [le pape Léon IV que Loup doit aller voir à Rome] pour très précieux et très agréables. A défaut du tout, s'il vous est malaisé de me l'envoyer, même la moitié ne nous paraîtra nullement méprisable. Car la science profane nous a appris à demander le plus pour obtenir le moins. Mais, pour que vous ne soupçonniez pas qu'une plus ample matière a manqué à notre imagination, si vous pouvez faciliter notre voyage par le don d'un cheval trotteur ou de tout autre qui soit très robuste, nous penserons que nous avons beaucoup reçu. Au surplus, je ne me plaindrais pas de n'avoir rien obtenu si, ayant communiqué cette lettre à notre commun fils Eigil, vous arrivez l'un et l'autre à ne point rire.” (lettre 77).
  • Lettre à l’abbé Marcwald (851) : “Ayez soin, quand l'occasion s'en présentera, de m'envoyer des coupes de forme commode pour le voyage et de qualité supérieure, pour le moins en bois, parce que, quand j'en vois de plus précieuses offertes par vous à d'autres, j'en suis presque malade d'envie.” (lettre 83).
  • Lettre au roi Ethelwulf (852) : “Nous nous efforçons de couvrir de plomb l'église de notre monastère, qui est situé à l'intérieur des terres et qu'on appelle Ferrières, tout en répondant aussi au nom de Bethléem qui lui fut imposé par son fondateur. Cette église est consacrée, après Dieu, en l'honneur de saint Pierre et de tous les autres apôtres. C'est à cette œuvre que nous vous prions de participer, si vous le jugez bon.” (lettre 84).
  • Lettre à l’abbé Altsig (852) : “Ayant appris que vous brûlez de l'amour de la science, dont moi aussi je suis avide, et que selon le mot de Cicéron qui se ressemble s'assemble, ou que, suivant l'assertion de la Sainte Écriture, tout animal aime son semblable : ainsi en est-il de tout homme, je vous offre par cette lettre mon amitié et réclame la vôtre pour que, chacun de notre côté, nous veillions à nous rendre service non seulement dans nos prières, mais aussi dans toutes les autres circonstances.” (lettre 87).
  • Lettre à Hilduin (854) : “Il n'est pas étonnant que Votre Grandeur ait pensé pouvoir en toute sûreté nous confier la garde de son trésor, puisque la situation de notre monastère ne vous était pas connue. Car, si vous l'aviez connue, non seulement vous ne nous auriez pas confié ce trésor pour longtemps; vous ne nous l'auriez même pas envoyé pour trois jours. Et, en effet, bien que la venue des pirates ici paraisse difficile — mais pour eux actuellement, par la faute des péchés que nous expions, rien de loin qui ne soit proche, rien d'ardu qui soit impraticable — la faiblesse de notre monastère et le petit nombre des hommes qui seraient capables de leur résister enflamment l'avidité des voleurs, étant donné surtout qu'ils peuvent, à la faveur des bois, arriver à l'improviste, sans se heurter à aucune fortification, à aucune troupe, et, gagnant les bois voisins, fuir et se disperser de telle sorte qu'ils s'empareraient à coup sûr de l'argent et fatigueraient en vain ceux qui s'élanceraient à leur poursuite.” (lettre 90).
  • Lettre à l’abbé Odon (859) : “Je vous ai envoyé, par le courrier que vous connaissez bien déjà, les pêches que je vous ai promises. Si, comme je le crains, il les a dévorées ou s'il se plaint qu'on les lui ait volées, faites-lui par vos prières livrer au moins les noyaux, à moins toutefois qu'il ne les ait aussi avalés, que vous ayez du moins votre petite part des plus succulentes des pêches.” (lettre 106).
  • Lettre à Odon (859) : “Bien que la vendange ait produit chez nous moins qu'on ne le prétendait, je m'efforcerai de suppléer à la stérilité de l'année par le travail. Vous reconnaîtrez avec quelle justesse j'interprète l'indulgence de l'apôtre, derrière laquelle s'abritent les trop avides buveurs de vin : Prends un peu de vin. (lettre 107).
  • Lettre à Folcric (862) : “Vous avez su que, bien que notre monastère se nomme Bethléem, c'est-à-dire la maison du pain, nous allions bientôt souffrir du manque de pain si votre générosité et celle d'autres amis ne venaient à notre secours...” (lettre 119).
  • Lettre au roi Charles le Chauve (862) : “J'ai envoyé à Votre Grandeur les pierres précieuses que notre lapidaire avait reçues récemment pour les tailler et les polir. Je féliciterai cet artiste si vous approuvez leur beauté et leur éclat.” (lettre 124).

“On ne possède aucune preuve de l'existence d'un scriptorium ni même d'une bibliothèque à Ferrières, et la correspondance de Loup ne suggère rien de tel; elle contient maintes allusions à des manuscrits qu'il faisait rechercher dans la région et à des manuscrits copiés au dehors. […] [Le manuscrit Orléans 162 de Loup] donne l'impression d'avoir été écrit sous la direction de l'abbé de Ferrières, évidemment dans un scriptorium de la région de la Loire, sans qu'on puisse affirmer si c'est celui de Fleury. Peut-être à Tours ou à Saint-Germain d'Auxerre…”.  (E. Pellegrin, “Les manuscrits de Loup de Ferrières”, dans Bibliothèque de l’Ecole des Chartes, t. CXV, 1957) [Bibl. Mun. d'Orléans, Rp 218]

Ferrières église

Ferrières aujourd'hui