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CONFLANS-SUR-LOING

et le baron de Triqueti, sculpteur

(Loiret)

Fiches de géographie littéraire
  • TriquetiC'est à Conflans, au château du Perthuis, que naquit Henri Joseph François baron de Triqueti le 24 octobre 1804. La famille était d'origine piémontaise. Son père avait été représentant du roi de Sardaigne à la cour de Russie.

  • C’est Girodet, ami et voisin de la famille, qui l’initie, très jeune, à la peinture. A la fin des années 1820, Triqueti fréquente l’atelier du peintre Louis Hersent. Après des débuts prometteurs, il est remarqué, au Salon de 1831, parmi les jeunes sculpteurs romantiques. Très vite, il reçoit de nombreuses commandes officielles. Il se lie alors avec les familles princières dont la famille d’Orléans, qui prise fort son travail.

  • Il consacra sa vie à la sculpture, exposant dans les Salons de 1831 à 1861, remportant la médaille de 1ère classe en 1859.

  • Il travailla beaucoup pour les monuments parisiens (portes de l'église de la Madeleine, entre 1831 et 1841) ainsi que, sur une commande de la reine Victoria en 1864, pour la chapelle de Windsor. On voit trois de ses œuvres dans l'église de Montargis (une Pieta, une tête de Christ, un Christ en croix).

  • Il a publié, en 1861, une étude sur Trois musées de Londres (le British Museum, la National Gallery, le South Kensington Museum).

  • Il eut la douleur de perdre son fils unique, tué sur les Champs-Elysées en voulant arrêter un cheval emballé. Sa fille Blanche devint Mme Lée Childe (auteur de Un hiver au Caire, dont Pierre Loti parle dans Propos d'exil).

  • Converti au protestantisme, Triqueti est l'auteur d'une suite de discours adressés aux jeunes apprentis (Les Ouvriers selon Dieu et leurs œuvres), ainsi que d'une étude sur Les premiers jours du protestantisme en France, jusqu'en 1559 (parue en 1859).

  • Triqueti est mort à Paris le 11 mai 1874.

Le baron et sa famille s'étaient implantés dans toute la basse vallée de l'Ouanne, entre Conflans et Gy-les-Nonnains.

  • Le PERTHUIS fut acheté en 1787 par le baron Michel de Triqueti, consul de Sardaigne; c'est là que naquit son fils Henri. On voit dans la bibliothèque du château une cheminée de Triqueti et une sculpture représentant une jeune femme et deux enfants (qui seraient son fils et sa fille Blanche).  

  • À VARENNES, au-dessus de la porte, un bas-relief sculpté en 1858 pour sa fille Blanche représente une biche en arrêt devant un génie.

  • CHANGY, après avoir appartenu, du XVe au XVIIe, à une branche bâtarde de la famille de Courtenay, puis, plus tard, au comte de Genouilly, capitaine des Vaisseaux du Roi, fut également acheté par Triqueti.

  • Dans l'église de GY-LES-NONNAINS, où l'on voit le blason des Triqueti à la voûte, un vitrail porte cette inscription : "Monseigneur Dupanloup visite pour la 1ère fois (mai 1863) les sœurs de Ste Marie d'Angers que Mr le baron de Triqueti vient d'appeler à Gy-les-Nonains pour y élever les enfants et soigner les malades. Par cette fondation Mr le baron Eugène de Triqueti rattache dans la paroisse de Gy-les-Nonains le présent au passé. Me Gabriel Leroy curé. Mr Cosme Rameau maire. Ex voto 1878. Lorin 1894."

  • CONFLANS, on voit, dans le cimetière, la sépulture des Triqueti, "d'un élégant romantisme tardif".

Triqueti : les portes de l'église de la Madeleine, des portes de génie
par Isabelle Leroy-Jay Lemaistre (La sculpture française au XIXe siècle, 1986)

Si le nombre de sculptures réalisées à la Madeleine ont pu encourir les foudres de certains catholiques avancés, les portes de bronze créées par Triqueti recueillirent un assentiment presque général et elles comptent à l'heure actuelle parmi les œuvres les plus réussies de la sculpture religieuse du XIXe siècle. Comme Félicie de Fauveau, Bion et Duseigneur, Triqueti manifeste une foi chrétienne profonde qui le fait, malgré sa conversion au protestantisme, admettre par les catholiques libéraux au nombre des sculpteurs dignes de traiter les sujets religieux. De la commande à la mise en place, sept années furent nécessaires à la fabrication de ces portes de bronze décorées de huit panneaux carrés et d'un linteau rectangulaire, le tout montrant les dix commandements de la Loi de Moïse.

Pour illustrer le cinquième commandement Non occides, Triqueti présente la mort d'Abel pleuré par Adam et Eve tandis que Caïn et sa famille sont maudits à jamais : autour d'Abel s'organisent les premières funérailles, tandis que Caïn, soudainement grandi, héros malheureux, devient l'image de l'humanité et de toute son infinie et riche noirceur […]; si le visage d'Abel exprime les visions célestes qui sont les siennes, l'importance accordée au criminel, si grand et terrible dans son malheur, rapproche Triqueti de Byron, dont le drame de Caïn (1821) influença toute une génération romantique.

Stylistiquement, Triqueti s'est inspiré des portes du Baptistère de Florence dues à Ghiberti. [Toutefois], moins encombrés de détails pittoresques et plus fermes de relief, les panneaux de la Madeleine sont beaucoup plus lisibles de loin que ceux de Ghiberti. Partout Triqueti fait œuvre de créateur et l'on sent, à travers toutes ces scènes de l'Ancien Testament, sa riche culture religieuse et sa profonde foi chrétienne. [Il] se plie là aux conseils de Montalembert qui préconisait un retour à la foi naïve et au mysticisme du Moyen Age et des débuts de la Renaissance, car cet art était catholique avant tout.

Gy-les-Nonnains
Madeleine
Gy-les-Nonnains
Porte de la Madeleine

Triqueti Lachaise

Une œuvre de sa main sur sa tombe au Père-Lachaise