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BELLEGARDE-DU-LOIRET

et le duc d'Antin

(Loiret)

Fiches de géographie littéraire

Au XIIe siècle, Bellegarde s'appelait Sosiacum, Soisy. Elle se trouvait dans la forêt des Loges. Des chanoines venus de Sens y édifièrent une église. Le donjon actuel, flanqué de quatre tourelles, fut édifié entre 1355 et 1388 par Nicolas Braque, grand argentier royal. Par le mariage de sa fille Jeanne, le domaine passa à la famille L'Hospital, qui l'administra jusqu'en 1645. Des travaux furent effectués par Jacques de l'Hospital (1578-1635). Le pays s'appelle alors Choisy-aux-Loges.

En 1645, le duc de Bellegarde donna son nom au pays, mais mourut l'année suivante. Son successeur par les femmes, Jean Antoine de Pardaillan, fut un individu peu recommandable, qui laissa le château dans un piètre état.

En 1692, le duc d'Antin, fils de Mme de Montespan, acheta Bellegarde à la veuve de Pardaillan, qui était sa tante. Surintendant des Bâtiments du roi, il remania les deux cours du château pour aménager ses appartements dans la haute cour et, dans la basse cour, de belles écuries. Il réaménagea le donjon en y perçant de grandes baies. C'est ce donjon qui accueillait les hôtes de marque: Louis XIV, Louis XV, le Régent, le roi Stanislas et Voltaire.

Duc d'AntinLouis Antoine de Pardaillan de Gondrin, marquis d'Antin, de Gondrin et de Montespan (1701), puis premier duc d'Antin (1711), est né à Paris le 5 septembre 1665 et mort dans la même ville le 2 novembre 1736.

Fils légitime de Louis Henri de Pardaillan de Gondrin, marquis de Montespan, et de Madame de Montespan, il fut élevé au château de Bonnefont en Gascogne par son père et vint à la Cour en 1683. Il entama alors une carrière militaire avec une place de lieutenant réformé qu'il obtint grâce à son père.

Il épousa le 21 août 1686 Julie Françoise de Crussol d'Uzès, fille du duc d'Uzès et petite-fille du duc de Montausier. Ils eurent deux fils: Louis de Pardaillan de Gondrin (1689-1712), marquis de Gondrin, qui épousa en premières noces Marie Victoire de Noailles, future comtesse de Toulouse; Pierre de Pardaillan de Gondrin (1692-1733), évêque-duc de Langres et membre de l'Académie française.

Grâce à son mariage, Louis Antoine de Pardaillan était entré dans le cercle du Grand Dauphin. Il s'était également lié avec ses demi-frères, le duc du Maine et le comte de Toulouse, bâtards légitimés de la marquise de Montespan et de Louis XIV. Mais, en dépit de grands efforts, il ne parvenait pas à se concilier la faveur du Roi. A la suite d'une erreur de manœuvre à la bataille de Ramillies (1706), il fut même rayé des cadres de l'armée (1707).

Pourtant, en cette même année, la mort de Madame de Montespan attira sur son fils la faveur royale. La cour persévérante de Louis Antoine de Pardaillan fut enfin récompensée par le gouvernement d'Orléans en 1707 et, en 1708, par la direction des Bâtiments du Roi, charge qui présentait l'intérêt de donner les entrées auprès du monarque. En 1711, Louis XIV érigea le marquisat d'Antin en duché-pairie, et en 1724 d'Antin devint chevalier de l'Ordre du Saint-Esprit.

C'était un excellent organisateur, avec une aptitude naturelle à commander, sachant plaire et sachant aplanir les difficultés. Il s'était enrichi puissamment dans le système de Law.

Comme directeur des Bâtiments, le duc d'Antin supervisa les travaux de Versailles. Confident des projets de Louis XIV, il parvint à les faire exécuter par Louis XV, à l'instar du Salon d'Hercule. Il fit ouvrir dans le sud de la France de nouvelles carrières de marbre, telle celle de Beyrède, qui fournit un marbre appelé «brèche d'Antin», qui fut le préféré de Louis XIV et fut utilisé pour de nombreuses cheminées à Versailles, par exemple la cheminée monumentale du Salon d'Hercule.

Sous la Régence, le duc d'Antin accéda aux responsabilités politiques. Avec la Polysynodie, il fut président du Conseil du dedans. Après la suspension des conseils, il resta au Conseil de Régence, dans une position purement honorifique. Il le quitta en même temps que les autres ducs et maréchaux le 22 février 1722. A partir de là, il se retira peu à peu, renonçant en 1722 à son titre de duc au profit de son petit-fils. Il mourut en 1736.

En 1692, le duc d'Antin avait acheté le château de Bellegarde à Bellegarde (Loiret), qu'il fit réaménager au début du XVIIIe siècle. Il reçut en héritage de sa mère le château de Petit-Bourg à Évry-sur-Seine. Il en fit refaire les jardins avant 1715, puis commanda vers 1720 un nouveau château à Pierre Cailleteau dit «Lassurance». La construction fut achevée après la mort du duc par Jacques V Gabriel.

Les ouvrages historiques de Voltaire font plusieurs fois mention de ce personnage « qui avait cet art singulier non pas de dire, mais de faire des choses flatteuses ». Sainte-Beuve a écrit une Causerie du lundi sur "Le duc d'Antin ou le parfait courtisan" ; y rappelle l'exemple le plus célèbre de sa flagornerie à l'égard de Louis XIV.

Monseigneur, dans ses chasses à la forêt de Sénart, fait à d'Antin l'honneur de s'arrêter plus d'une fois à sa terre de Petit-Bourg et Louis XIV (faveur insigne!) veut bien lui dire qu'il y couchera en allant à Fontainebleau. C'est ici que d'Antin se surpasse et que l'art du courtisan, en lui, atteint à des recherches et à des délicatesses dont on n'avait pas idée jusque-là. Il n'avait, avant l'époque annoncée de la visite du roi, que cinq semaines pour s'y préparer; dans ce court intervalle, il métamorphosa Petit-Bourg, qui n'était, dit-il modestement qu'une "chaumière", et il en fit un lieu où le roi avec sa Cour se trouva en arrivant comme chez lui (13 septembre 1707). On avait copié dans le détail jusqu'aux moindres particularités de l'appartement intérieur de madame de maintenaon à Versailles. Le roi se promena, visita le parc, loua tout, hors une belle allée de marronniers qui masquait la vue de sa chambre. Le lendemain au réveil, regardant à sa fenêtre, il fut bien étonné d'avoir la plus belle vue du monde. L'allée entière avait disparu la nuit, sans bruit aucun, et comme par enchantement : "Sire, comment vouliez-vous qu'elle osât encore paraître devant Votre majesté ? elle vous avait déplu." On ajoute que madame de Maintenon ne put s'empêcher de dire en partant qu'elle se trouvait heureuse de n'avoir pas déplu au roi le soir, car elle voyait bien, de la façon dont y allait M. d'Antin, qu'elle aurait risqué d'aller coucher sur la grande route. On a raconté aussi que plus tard, dans un séjour de Louis XIV à Fontainebleau, le roi ayant blâmé un bois qui masquait la vue, la même scène se renouvela avec quelque variante. Peu de jours après l'observation du roi, d'Antin, alors Directeur des Bâtiments, avait préparé avec art son coup de théâtre : il avait fait scier tous les arbres près de la racine ; des cordes étaient attachées aux troncs, et toute une armée de bûcherons invisibles attendait en silence. Le roi, ayant dirigé sa promenade de ce côté, revouvela sa remarque ; d'Antin dit que le roi n'avait qu'à ordonner à la forêt de disparaître, et qu'il serait obéi. A l'instant, au signal d'un coup de sifflet, on vit tomber toute la forêt comme dans une décoration d'opéra. — "Ah! Mesdames, s'écria la duchesse de Bourgogne qui était présente, si le roi avait demandé nos têtes, M. d'Antin les aurait fait tomber de même."

Bellegarde château