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MONTSOREAU

ou l'histoire revisitée
par Alexandre Dumas

(Indre-et-Loire)

Fiches de géographie littéraire

Montsoreau a toujours occupé sur la Loire une position stratégique importante.
Depuis le XIIe siècle un château contrôlait à la fois la route
de Chinon à Saumur et le trafic fluvial sur la Loire et sur la Vienne.
Des péages y ont été perçus jusqu'au XVIIe siècle.

La seigneurie de Montsoreau appartint successivement aux familles de Montbazon, de Craon, de Chabot et de Chambes; elle fut érigée en baronnie en 1560 et en comté en 1573.

Le château, achevé vers 1455, est élevé sur des caves voûtées dont le sol est au-dessus des plus hautes crues de la Loire, qui baignait son flanc nord. La cour intérieur est au niveau du premier étage. Il conserve le plan des forteresses médiévales, mais les façades sont percées de larges baies à meneaux. Primitivement, un escalier à vis, dans l'angle sud-ouest de la cour, desservait les étages. Vers 1520, un autre escalier a été construit dans l'angle sud-est, dans un style plus "moderne", avec des sculptures délicates et des bas-reliefs représentant des scènes familières (par exemple deux singes montant un bloc de pierre avec une poulie ou un cerf derrière un buisson).

  • Jean de Chambes a été membre du conseil privé du roi Charles VII et a rempli diverses missions diplomatiques, notamment à Venise. Il obtint Montsoreau par son mariage en 1445 et supprima les constructions précédentes pour y élever le château actuel, achevé en 1455.

  • Jean III de Chambes succéda à son père vers 1480; il accueillit la reine Anne de Bretagne en 1505.

  • Son fils Philippe de Chambes, marié en 1530 à Anne de Laval, y reçut Henri d'Albret, roi de Navarre, avec sa femme Marguerite de Valois, puis Marie Stuart, qui venait à Fontevrault. Il mourut en 1557. En 1540, Montsoreau avait été érigé en baronnie.

  • Son fils Jean de Chambes se distingua par ses "exécutions et pilleries" à l'encontre des protestants de l'Anjou. Il fut tué en 1575 à Paris.

  • Son frère cadet Charles épousa en 1576 une jeune veuve, Françoise de Maridort.

Françoise de Maridort, fille de l'écuyer tranchant de Jeanne d'Albret, protestant, est née en 1555 au château de la Frélonnière (au nord du Mans). En 1573, elle épousa Jean de Coesmes, baron de Lucé, un catholique qui fut tué l'année suivante par des huguenots. Dès 1575, elle fut courtisée par le comte Jean de Montsoreau, qui fut assassiné par des huguenots quelques mois plus tard. Aussi épousera-t-elle son frère cadet, le vicomte Charles de Montsoreau, s'installant dans le château de Montsoreau et, l'été, à la Coutancière à Brain-sur-Allonnes). Le comte de Montsoreau a le titre de Grand Veneur du duché.

L'Anjou, à partir de 1576, eut pour gouverneur Louis de Bussy d'Amboise, un gentilhomme champenois, né en 1549, qui avait été éduqué à la Cour et s'était attaché au duc d'Anjou, dernier fils de Catherine de Médicis, qui ne tarda pas à se méfier de lui et à le craindre, de même que le roi Henri III ne l'aimait guère. De fait, selon le Journal de Pierre de l'Estoile, il avait profité de son nouveau pouvoir pour piller les provinces de l'Anjou et du Maine.

À la Cour, puis à la Coutancière (lors d'une visite du duc d'Anjou), Bussy rencontra Françoise de Montsoreau et il lui fit la cour avec succès. Mais il eut le tort d'être peu discret sur ses amours avec la "dame de Montmoreau": sur un billet, il écrivit "J'ai tendu des rets à la biche du grand veneur et je la tiens dans mes filets". Mis au courant, Henri III et son frère le duc d'Anjou virent là l'occasion de lui nuire. Ils dévoilèrent son infortune à Charles de Montsoreau, en lui faisant savoir que, s'il vengeait son honneur, l'impunité lui serait acquise.

Montsoreau fit donc écrire par sa femme une lettre qui attira son amant à la Coutancière. Là Bussy dut se battre contre dix hommes; ayant sauté par une fenêtre, il tomba sur une grille, où on le cribla de coups d'arquebuse avant de l'étrangler. Pendant ce temps, Françoise de Maridort restait enfermée dans sa chambre. C'était la nuit du 19 au 20 août 1579.

Le chroniqueur de Lestoile donna une adaptation libre d'une épitaphe latine sur la mort de Bussy:

Le mignon de Vénus, le favori de Mars
L'effroi des nations, le craint de toutes parts,
Bussy, le beau, le fort, le fendart, le terrible,
Ci-gît, assassiné par un juste courroux
De ce que ne doit faire la femme à son époux.
Mars et Vénus, l'ayant d'une faveur égale
Toujours accompagné, l'ont à l'heure fatale
Tous deux poussé, livré et couché au tombeau.
Telle fin méritait un tel brusque cerveau.

Le comte de Montsoreau et son épouse de vingt-quatre ans reprirent ensemble la vie conjugale et eurent six enfants. Le dame de Montsoreau mourut à soixante-cinq ans, en 1620, le comte en 1621.

Voir Jacques Levron, La véritable histoire de la dame de Montsoreau, Angers, 1986.

 

Le roman de Dumas et d'Auguste Maquet, La Dame de Monsoreau (sans -t-) a été publié en feuilleton dans Le Constitutionnel entre août 1845 et février 1846. La fiction s’éloigne fortement des faits et l’espace de dix ans est resserré en une année. Le personnage de Diane de Méridor, inspiré par Françoise de Maridort, réapparaît dans le roman suivant, Les Quarante-cinq. Le roman deviendra pièce de théâtre, jouée avec succès à l’Ambigu comique en 1860, reprise au théâtre de la Porte-Saint-Martin en 1868.

Résumé des deux romans, La Dame de Monsoreau et Les Quarante-Cinq

L’action de La Dame de Monsoreau se déroule de février à juin 1578. Henri III a succédé à son frère Charles IX sur le trône de France. Henri est un roi superstitieux et indécis qui laisse gouverner   sa mère, Catherine de Médicis. Le pays est toujours divisé par les luttes entre catholiques et protestants et le roi ne peut compter que sur quelques amis : ses mignons, Saint-Luc, et surtout son bouffon, Chicot, en qui il a toute confiance. Il doit notamment sans cesse composer avec son frère le duc d'Anjou et se défier de nombreux ennemis, dont les Guise qui ont créé une Ligue de catholiques.

Le duc d'Anjou, fourbe et avide de pouvoir, s'est attaché les services d'un brillant seigneur, Bussy d'Amboise, comte de Clermont, ennemi juré des mignons du roi. Après être tombé dans un guet-apens, le beau et brave Bussy est soigné par une jeune femme, Diane de Méridor, dont il tombe amoureux. Mais Diane, convoitée par le duc d'Anjou, est promise à l'infâme comte de Monsoreau, le grand veneur du roi, en réalité au service du duc d'Anjou. Dès lors, les amants — aidés par Saint-Luc, qui s'est pris d'amitié pour eux, et par le jeune médecin de Bussy, le fidèle Rémy — devront déjouer les plans machiavéliques de Monsoreau, dont la jalousie est féroce, et du duc d'Anjou, qui tend une embuscade à Paris, rue Sainte-Catherine, embuscade dans laquelle Bussy est tué, ainsi que le comte de Monsoreau.

Dans Les Quarante-cinq, Henri III a perdu ses favoris, tous tués en duel à la fin de La Dame de Monsoreau. Ne lui reste que le moins aimé, D’Epernon, devenu duc et courtisan paresseux. Il se console donc en reportant son affection sur le duc Anne de Joyeuse et son frère Henri.

Pendant ce temps, les Guise, à la tête de la Ligue, n’en finissent pas de comploter et le duc d’Anjou s’est exilé, par la volonté royale, dans les Flandres. C’est alors que d’Epernon a l’idée de recruter quarante-cinq gentilshommes gascons pour constituer la garde rapprochée du roi. Parmi eux, le séduisant Arnauton de Carmainges qui tombe amoureux de la terrible duchesse de Montpensier, alliée aux Guise.

Deux personnages reparaissent alors : Chicot, que l’on croyait mort, et qui, sous le nom de Robert Briquet, continue de servir son roi, et Diane de Meridor, comtesse de Monsoreau, qui ne vit plus que pour venger son défunt amant. Tandis que Chicot se promène dans les couvents et rend visite à Henri de Navarre, dont les forces grandissent, Diane, aidée du fidèle Rémy, entreprend de rejoindre le duc d’Anjou dans les Flandres. Elle y est suivie par Henri de Joyeuse, éperdument amoureux de la jeune femme, mais sans espoir de retour.

Henri III, se gardant à la fois des Guise et de son frère François, ourdit ses plans de bataille pour contrer les uns et les autres. Mais le destin de la France tient parfois à un fil capricieux. Diane de Meridor accomplit enfin sa vengeance, et empoisonne le duc d’Anjou. Henri étant le dernier des Valois, il devra trancher entre les Guise et Henri de Navarre pour la succession au trône...

Quant à la dame de Monsoreau, elle se retire à Paris chez les Sœurs hospitalières.

On voit que l'histoire réelle de la "dame de Montsoreau" a été très déformée par l'imagination du romancier.

Bussy d'Amboise — dans la réalité un arriviste sans scrupules, brave mais sanguinaire — est présenté comme un héros beau, vaillant et aimable. Diane de Méridor est touchante et amoureuse, alors que Françoise de Maridort était une femme médiocre et avide de plaisirs. Charles de Chambes est montré comme un triste sire, un soudard brutal et odieux, alors que le comte de Montsoreau, plus jeune que Bussy, était plutôt un hommé d'étude réservé et paisible.

Dans le roman, le meurtre de Bussy se fait sous les yeux et avec la complicité du duc d'Anjou, et non pas à la Coutancière, mais à Paris, rue Sainte-Catherine.

Diane, au lieu de continuer sa vie en bonne épouse et mère comme le fit Françoise de Maridort, devient une héroïne romanesque, obsédée par le projet de venger son amant, qu'elle fait mourir en l'empoisonnant "avec un fruit, un bouquet et un flambeau", avec de se retirer dans un couvent.

 

Montsoreau au XVIe

Montsoreau au XVIe siècle

Montsoreau château