LE DOMAINE DE MONTBOISSIER
- Le premier château de Montboissier a été construit en 1563 et 1627, sous le nom de château du Houssay. Il prit le nom de Montboissier en 1767. Il a été détruit par un incendie en 1772. Il en reste les communs, du XVIIe siècle.
- Il a été reconstruit aussitôt, sur l’emplacement, par la vicomtesse de Montboissier, sur le modèle de l’Ecole militaire de Paris, par Potain, aide de Gabriel.
- Il a été ravagé par la Révolution. Il reste quelques fabriques dans le parc (pont, arc de triomphe) et deux pavillons d’entrée, le pavillon des Roses (à gauche) et le pavillon de Flore (à droite).
- La propriété a été rachetée par la baronne de Montboissier, fille cadette de Malesherbes, le défenseur de Louis XVI.
Charles-Henri-Philippe, vicomte de Montboissier
épouse
Magdeleine Boutin
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Charles-Philippe-Simon, baron de Montboissier (1750-1802)
épouse
Françoise-Pauline de Lamoignon de Malesherbes (fille du défenseur de Louis XVI)
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Charlotte-Pauline, comtesse de Colbert-Montboissier
épouse
Edouard-Charles-Victurnien de Colbert de Maulévrier (1758-1820)
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CHATEAUBRIAND À MONTBOISSIER
Après avoir contribué, en 1814, à la restauration monarchique par sa brochure De Buonaparte et des Bourbons, Chateaubriand fut nommé ministre d’Etat et pair de France. Mais il passa vite dans l’opposition ultra-royaliste et fut privé de sa pension de ministre. Cela l’obligea à mettre en vente sa bibliothèque, ainsi que le domaine de la Vallée-aux-Loups qu’il avait acquis en 1807 à son retour de Jérusalem. Il est alors accablé de dettes, la Vallée-aux-Loups ne se vendant pas. C'est pourquoi, de juillet à octobre 1817, il doit se faire héberger, avec son épouse, dans les châteaux de ses amis.
C’est dans ces circonstances qu’il vint au château de Montboissier, chez Mme Colbert-Montboissier, petite-fille de Malesherbes. Il y resta un mois (du 3 juillet au 2 août 1817), logeant dans le pavillon des Roses, alors que sa femme avait la rougeole. Il devait aller ensuite à Montgraham, chez Mme de Pisieux (la soeur de Mme de Montboissier), puis à Noisiel (chez M. et Mme Levis); puis au château de Malesherbes (chez son neveu Louis)…
"C’est chez Mme de Colbert, en Beauce, que j’écrivis, il y a près de vingt ans, dans ces Mémoires, l’histoire de ma jeunesse à Combourg. Les lieux semblent voyager avec moi, aussi mobiles, aussi fugitifs que ma vie" (Mémoires d'Outre-Tombe, XXXVI, 17)
"Au retour de l’émigration, il n’y avait si pauvre banni qui ne dessinât les tortillons d’un jardin anglais dans les dix pieds de terre ou de cour qu’il avait retrouvés. Moi-même, n’ai-je pas planté jadis la Vallée-aux-Loups ? N’y ai-je pas commencé ces Mémoires ? Ne les ai-je pas continués dans le parc de Montboissier, dont on essayait alors de raviver l’aspect défiguré par l’abandon ? Ne les ai-je pas prolongés dans le parc de Maintenon rétabli tout à l’heure, proie nouvelle pour la démocratie qui revient ? Les châteaux brûlés en 1789 auraient dû avertir le reste des châteaux de demeurer cachés dans leurs décombres; mais les clochers des villages engloutis qui percent les laves du Vésuve n’empêchent pas de replanter sur la surface de ces mêmes laves d’autres églises et d’autres hameaux." (M.O.T., XIV, I, 472)
"Lorsqu’en 1816, je passai par ici pour aller écrire à Montboissier le troisième livre de la première partie de ces Mémoires, le château de Maintenon était délaissé; Mme de Chalais n’était pas encore née : depuis elle a étendu et compté sa vie entière sur vingt-six années de la mienne. Les lambeaux de mon existence ont ainsi composé les printemps d’une multitude de femmes tombées après leur mois de mai. Montboissier est à présent désert, et Maintenon est habité; ses nouveaux maîtres sont mes hôtes." (Manuscrit écrit à Maintenon en 1836, Pléiade II, 1043)
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LA GRIVE DE MONTBOISSIER
Le livre III des Mémoires d'Outre-Tombe (daté de “Montboissier, juillet 1817”) fait revivre les souvenirs de Combourg, qui auraient donc été ranimés, à Montboissier, par le chant d'une grive :
"Je suis maintenant à Montboissier, sur les confins de la Beauce et du Perche. Le château de cette terre, appartenant à madame la comtesse de Colbert-Montboissier, a été vendu et démoli pendant la Révolution; il ne reste que deux pavillons, séparés par une grille et formant autrefois le logement du concierge. Le parc, maintenant à l’anglaise, conserve des traces de son ancienne régularité française : des allées droites, des taillis encadrés dans des charmilles lui donnent un air sérieux; il plaît comme une ruine. Hier au soir, je me promenais seul; la ciel ressemblait à un ciel d’automne; un vent froid soufflait par intervalles. A la percée d’un fourré, je m’arrêtai pour regarder le soleil : il s’enfonçait dans des nuages au-dessus de la tour d’Alluye, d’où Gabrielle, habitante de cette tour, avait vu comme moi le soleil se coucher il y a deux cents ans. Que sont devenus Henri et Gabrielle ? Ce que je serai devenu quand ces Mémoires seront publiés.
Je fus tiré de mes réflexions par le gazouillement d’une grive perchée sur la plus haute branche d’un bouleau. A l’instant, ce son magique fit reparaître à mes yeux le domaine paternel; j’oubliai les catastrophes dont je venais d’être le témoin, et, transporté subitement dans le passé, je revis ces campagnes où j’entendis si souvent siffler la grive. Quand je l’écoutais alors, j’étais triste de même qu’aujourd’hui; mais cette première tristesse était celle qui naît d’un désir vague de bonheur, lorsqu’on est sans expérience; la tristesse que j’éprouve actuellement vient de la connaissance des choses appréciées et jugées. Le chant de l’oiseau dans les bois de Combourg m’entretenait d’une félicité que je croyais atteindre; le même chant dans le parc de Montboissier me rappelait des jours perdus à la poursuite de cette félicité insaisissable. Je n’ai plus rien à apprendre, j’ai marché plus vite qu’un autre, et j’ai fait le tour de la vie. Les heures fuient et m’entraînent; je n’ai même pas la certitude de pouvoir achever ces Mémoires. Dans combien de lieux ai-je déjà commencé à les écrire, et dans quel lieu les finirai-je ? Combien de temps me promènerai-je au bord des bois ? Mettons à profit le peu d’instants qui me restent; hâtons-nous de peindre ma jeunesse, tandis que j’y touche encore : le navigateur, abandonnant pour jamais un rivage enchanté, écrit son journal à la vue de la terre qui s’éloigne et qui va bientôt disparaître." (M.O.T., III, 1)
Marcel PROUST a été vivement intéressé par ce texte de Chateaubriand. Dans le Temps Retrouvé, il oppose les purs sots, les purs gens de plaisir et les gens “qui se sont fait une vie intérieure ambiante”. Pour ces derniers, dit-il, “ce qui modifie profondément pour eux l’ordre des pensées, c’est bien plutôt quelque chose qui semble en soi n’avoir aucune importance et qui renverse pour eux l’ordre des temps en les faisant contemporains d’un autre temps de leur vie. On peut s’en rendre compte pratiquement à la beauté des pages qu’il inspire : un chant d’oiseau dans le parc de Montboissier, ou une brise chargée de l’odeur de réséda sont évidemment des événements de moindre conséquence que les plus grandes dates de la Révolution et de l’Empire. Ils ont cependant inspiré à Chateaubriand, dans les Mémoires d’Outre-Tombe, des pages d’une valeur infiniment plus grande.” (éd. Pléiade III, 728)
N’est-ce pas à une sensation du genre de celle de la madeleine qu’est suspendue la plus belle partie des Mémoires d’Outre-Tombe : “Hier au soir, je me promenais seul… Je fus tiré de mes réflexions par le gazouillement d’une grive perchée sur la plus haute branche d’un bouleau. A l’instant, ce son magique fit reparaître à mes yeux le domaine paternel; j’oubliai les catastrophes dont je venais d’être le témoin, et, transporté subitement dans le passé, je revis ces campagnes où j’entendis si souvent siffler la grive.” Et une des deux ou trois plus belles phrases de ces Mémoires n’est-elle pas celle-ci : “Une odeur fine et suave d’héliotrope s’exhalait d’un petit carré de fèves en fleurs; elle ne nous était point apportée par une brise de la patrie, mais par un vent sauvage de Terre-Neuve, sans relation avec la plante exilée, sans sympathie de réminiscence et de volupté. Dans ce parfum non respiré de la beauté, non épuré dans son sein, non répandu sur ses traces, dans ce parfum chargé d’aurore, de culture et de monde, il y avait toutes les mélancolies des regrets, de l’absence et de la jeunesse.” Un des chefs-d’oeuvre de la littérature française, Sylvie, de Gérard de Nerval, a, tout comme le livre des Mémoires d’Outre-Tombe relatif à Combourg, une sensation du même genre que le goût de la madeleine et “le gazouillement de la grive”. Chez Baudelaire enfin, ces réminiscences, plus nombreuses encore, sont évidemment moins fortuites et par conséquent, à mon avis, décisives. C’est le poète lui-même qui, avec plus de choix et de paresse, recherche volontairement, dans l’odeur d’une femme par exemple, de sa chevelure et de son sein, les analogies inspiratrices qui lui évoqueront “l’azur du ciel immense et rond” et “un port rempli de flammes et de mâts”. (Le Temps retrouvé, p. 919)








