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LES FONTAINES SALÉES

À SAINT-PÈRE-SOUS-VÉZELAY

(Yonne)

Fiches de géographie littéraire

HISTOIRE DU SITE

  • Au premier Age du Fer (vers -800) des sources d’eau minérale ont été captées et aménagées. Des cuvelages en bois ont été mis en place pour isoler l’eau salée, plus dense, des eaux douces de la rivière la Cure (des traces d’habitat de cette époque ont été retrouvées : murs de pierres sèches des Magnindes, urnes à incinération…).
  • À l’époque gauloise (-Ier s.), les captages ont été entourés d’une enceinte circulaire.
  • À l’époque gallo-romaine, des thermes ont été construits ; élevés au Ier siècle, ils ont été agrandis au IIe siècle et utilisés jusqu’à leur destruction, sans doute en 275.
  • Au Ve siècle, la région aurait appartenu à un certain «Vercellus», d’où son nom de «fundus Vercellacus» ou «potestas Vercellaca», origine du nom de Vézelay.
  • Au IXe siècle, Louis le Pieux donna ce domaine à un certain comte Girart et à sa femme Berthe, propriétaires de nombreux territoires en Bourgogne, en particulier du domaine de Pothières, au pied du mont Lassois.
  • À la mort de Louis le Pieux, ses deux fils, Lothaire et Charles le Chauve, s’opposèrent durement. Girart, qui avait pris le parti de Lothaire, se retrouva régent des comtés de Vienne et de Lyon. Pour protéger ses domaines bourguignons contre les convoitises de Charles le Chauve, il y fonda deux abbayes, l’une à Pothières, l’autre à Vercellacus, qui seraient soumises directement à l’autorité du Pape, puis il partagea entre elles tous les biens qu’il possédait. Par dépit, Charles le Chauve alla mettre le siège devant Vienne, obligeant Girart à capituler sans combattre et à s’installer en Avignon. Puis il ne cessa de harceler les deux abbayes bourguignonnes.
  • En 877, dix ans après la mort de Girart (inhumé avec Berthe dans l’abbaye de Pothières), une bande de Normands obligea les moines de Vercellacus à se réfugier sur une colline proche, un ancien oppidum celtique abandonné, que l’abbé Eudes fit entourer d’une enceinte. A l’emplacement de l’ancien Vercellacus (vetus Viceliacus), on éleva une église dédiée à Saint-Pierre (qui sera remplacée au début du XIVe siècle par l’église actuelle de Saint-Père).

LA CHANSON DE GIRART DE ROUSSILLON (XIIe siècle)

Girart devait survivre dans la tradition populaire comme symbole du grand vassal qui refuse de reconnaître la suzeraineté de son roi et qui lui résiste en réalisant un certain nombre d’exploits. De là sont nées plusieurs chansons de geste, situant chacune l’action dans des régions différentes.

  • La première chanson, Girart de Vienne, reste assez proche de la vérité historique et géographique.
  • La deuxième, Girart de Fraite, fait résider le héros dans la région de Saint-Rémy-de-Provence.
  • La troisième installe Girart dans les Pyrénées, sur la vieille colonie romaine de Ruscino (Roussillon) et le montre en conflit avec Charles Martel (et non plus Charles le Chauve) ; une violente bataille a lieu près de la rivière l’Arsen.
  • La quatrième chanson garde à Girart son nom de Roussillon, mais situe ce château de Roussillon sur le mont Lassois, près du tombeau de Girart ; quant à la bataille entre Girart et Charles, elle a lieu au bord de la Cure, au lieu dit Vaubeton.

Résumé de la Chanson de Girart de Roussillon :

GirartLe roi Charles (Martel) se rend sur le Bosphore à la cour de l’empereur de Constantinople. Il est accompagné de son damoiseau Girart. Le roi doit épouser la fille aînée de l’empereur et Girart sa cadette, Elissent. Mais, en voyant les deux jeunes filles, le roi prend pour lui Elissent, laissant l’aînée à Girart, auquel, toutefois, Elissent donne une bague.
La guerre est inévitable entre Charles et Girart. Mais ceux-ci décident de se livrer une bataille « aramie » dans la plaine de Vaubeton, là où coule l’eau de l’Arsen. Ce fut une bataille gigantesque que seule interrompit la colère de Dieu qui déchaîna un violent orage et qui lança la foudre sur les gonfanons des deux adversaires. Sur les dix mille morts, ceux qui était de haut rang eurent droit à être enterrés dans des cercueils de pierre.
La bataille n’ayant rien réglé, les hostilités continuent. Mais Girart est amené à commettre des actes iniques : il massacre cent hommes réfugiés sous une croix, il incendie un monastère, etc. Pris de remords il se réfugie avec sa femme dans le bois des Ardennes où, pour expier, il travaille sept ans comme charbonnier.
Puis il décide de reconquérir son rang et ses biens. Il réjoint la cour, qui se trouvait alors à Orléans. La nuit du Vendredi-saint, il entre dans Sainte-Croix et y rencontre la reine Elissent. Grâce à la bague, il se fait reconnaître. Et la reine intercède pour lui auprès de son mari qui, chevaleresquement, pardonne, rend à Girart ses dignités, biens et prérogatives, ainsi que son fief de Roussillon.
Rentrés dans leurs terres, Berthe et Girart font construire la Madeleine de Vézelay. Et le Pape invite les nobles à mettre fin à leurs guerres incessantes et à aller exercer leur vaillance en Terre sainte (rappel des paroles de saint Bernard qui, en 1146, a prêché la croisade à Vézelay). « Les guerres sont finies ; les œuvres sont commencées » .

LA DÉCOUVERTE DES FONTAINES SALÉES

Au XVIIIe siècle, le site des Fontaines-Salées avait été recouvert de terre, pour interdire l'exploitation du sel échappant à la gabelle.

Le lien entre la chanson de geste et le site de Saint-Père a été fait en 1934 par l’historien René Louis. Son attention se porta, dans la chanson de geste, sur quelques vers du récit de la bataille :

De colère Girart a le cœur sombre.
Il est descendu de cheval sous un pin.
Il a planté son enseigne auprès d’un bloc de pierre,
un perron du temps antique, celui du vieil Elfin
qui, jadis, eut là un château au milieu de l’eau, dans le tourbillon.
Louis le lui a rasé un beau matin
quand il le dépouilla de ce domaine.
Girart alors monte sur le perron d’un grand devin…

René Louis chercha dans le cadastre et trouva, près du petit vallon de «Vaubouton» un champ nommé «le Poron». Le propriétaire lui fit découvrir, sous des ronces, un gros bloc de pierre (un «perron») et, tout près de là, les vestiges d’une source d’eau salée comblée au XVIIIe siècle et des traces d’anciens murs.

Fontaines-Salées

Des fouilles furent entreprises, qui permirent de trouver, au lieu-dit «Les Martrats» (martyretum), un cimetière qui avait servi depuis le Haut-Moyen jusqu’au XIe siècle, et également les soubassements de thermes d'époque gallo-romaine.

Au Moyen Age, le cimetière avait été interprété comme le lieu où avaient été inhumés des guerriers morts dans un violent combat et les thermes (dont les deux pièces circulaires ressemblaient à des tours) comme les restes d'un château fort. Ce sont ces croyances populaires qui incitèrent le trouvère à situer dans la vallée de la Cure son grand combat entre le comte Girart et le roi Charles. Cela permettait de donner, à un auditeur incrédule, des «preuves» de la vérité de l’histoire qu'on lui racontait.

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