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Élément important de la civitas des Senons «in primis firma et magnae auctoritatis», selon les termes mêmes de César l'amphithéâtre de Chenevières, près de Montbouy, est le dernier vestige encore visible d'un grand site thermal gallo-romain. Pouvant accueillir jusqu'à 6000 personnes, ce lieu de divertissement rythmait la vie de la population locale au Ve siècle. A peu de distance du théâtre-amphithéâtre, au lieu dit Craon, on a mis au jour les restes d'un sanctuaire de source, sous forme d'une construction octogonale. Au milieu, dans un bassin circulaire, ont été trouvés des ex-voto anatomiques en bois, ce qui montre que les eaux ont été considérées comme ayant des vertus curatives. |
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Dans tout le monde méditerranéen, le théâtre est un édifice essentiellement urbain. En Gaule seulement on en trouve au milieu des campagnes, loin de toute agglomération importante, mais près d'un sanctuaire et de thermes. Ces groupements sont fréquents dans la Gaule du Centre et de l’Ouest, datant souvent de l'époque des Flaviens et surtout des Antonins.
Ces complexes sanctuaires-théâtres-thermes se groupent en “constellations”. De part et d’autre de la vallée du Loing, sur la frontière des Carnutes et des Sénons, on en rencontre à Aquae Segetae (Sceaux-du-Gâtinais), à Bouzy-la-Forêt, à Bonnée, à Triguères, à Montbouy, et peut-être à Ferrières.
Auprès des populations rurales, ils ont joué le rôle de “centres civiques”, instruments de la politique sociale des empereurs à l'égard des populations rurales. On aménageait un ancien sanctuaire en y adjoignant un théâtre (où, sous forme de mimes, on mettait la culture classique à la portée des masses peu instruites) et des thermes rustiques (qui permirent aux paysans gaulois de pratiquer l’hygiène et le sport).
Leur répartition géoraphique suggère qu'ils sont développés dans des secteurs où les conditions politiques et sociales étaient particulièrement favorables, là où l'emprise des grands propriétaires était moins forte, où existaient probablement déjà des communautés de paysans libres.
Certaines de ces communautés ont pu se développer assez pour devenir des villes sinon des cités. Ce serait le cas d'Argentomagus (Argenton-sur-Creuse) et de Grand chez les Leuques. Mais la plupart de ces “complexes” ont été abandonnés dès le milieu du IIIe siècle, et jamais reconstruits.
Les théâtres ruraux de la Gaule présentent des particularités structurales originales. Alors que, depuis le début de l’époque hellénistique, la scène des théâtres grecs et romains n’a cessé de se développer et de s’enrichir aux dépens de l’orchestre, le théâtre gallo-romain laisse toute son importance à l’orchestre qui conserve une forme circulaire parfaite ou légèrement segmentée, tandis que la scène se réduit à un bâtiment de dimensions modestes. En conséquence, les portes par lesquelles les acteurs entraient et sortaient ne s’ouvraient pas au niveau du plateau de scène, comme dans le théâtre romain, mais au niveau de l’orchestre, comme dans l’ancien théâtre grec. Il est donc certain que l’essentiel de la représentation se déroulait dans l’orchestre, la scène n’ayant qu’un rôle accessoire.
La théorie généralement admise explique ces singularités par l’utilisation des théâtres pour des combats ou des chasses (qui, normalement, auraient dû avoir lieu dans des amphithéâtres). Les monuments gaulois seraient donc des hybrides que l’on désigne sous le nom de théâtres-amphithéâtres, ou "amphithéâtres à scène" : les gradins sont appuyés à un mouvement de terrain, ce qui rend inutile la construction des galeries montées; ils ne font pas tout le tour de l’arène, mais en contournent environ la moitié, tantôt un peu moins, tantôt un peu plus; une scène de théâtre s’ajoute face à eux sur le côté opposé de l’arène.
Ceux qui étaient utilisés pour des chasses ou des combats se remarquent par la surélévation des gradins inférieurs, afin de protéger les sectateurs. Dans les autres, dérivés du théâtre grec, l’orchestre se prêtait bien aux évolutions de danseurs (et ce sont peut-être des danseurs qui sont représentés par les figurines en bronze trouvées à Neuvy-en-Sullias).
LES THÉÂTRES RURAUX SACRÉS DE LA GAULE DU IIe SIÈCLE
par Gilbert Charles PICARD
NATURE
Dans tout le monde méditerranéen, le théâtre est un édifice essentiellement urbain. En Gaule seulement on en trouve au milieu des campagnes, loin de toute agglomération importante. Ces théâtres champêtres ne sont pas pourtant entièrement isolés : on les trouve habituellement groupés avec un sanctuaire et des thermes. Mais il n’y a le plus souvent, autour de ce complexe, aucune trace d’habitat permanent. Ces groupements sont fréquents dans la Gaule du Centre et de l’Ouest. […] Localisés dans l’espace, ces complexes le sont également dans le temps. S’ils apparaissent quelquefois dans le premier siècle, c’est seulement sous les Flaviens et surtout sous les Antonins qu’ils atteignent la monumentalité.
En Gaule Chevelue, les complexes sanctuaires-théâtres-thermes se groupent en “constellations”. Par exemple, dans l’est du département du Loiret, de part et d’autre de la vallée du Loing, nous en rencontrons à Aquae Segetae (Sceaux-du-Gâtinais), où d’ailleurs le grand temple d’une déesse guérisseuse paraît avoir donné naissance à une ville importante, mais aussi à Bouzy-la-Forêt, à Bonnée, à Triguères, à Montbouy, et peut-être à Ferrières. La frontière des Carnutes et des Sénons traversait cette région. Il est fréquent d’ailleurs que les groupements sanctuaires-thermes-théâtres se multiplient à la limite de deux peuples.
On ne peut que faire des conjectures sur la nature de ces singuliers groupements. J’y verrais volontiers pour ma part des centres civiques destinés aux populations rurales. L’unité de l’Empire romain était en effet fondée bien moins sur la force que sur ce qu’on appelle aujourd’hui “l’action psychologique”, ce qui a été exposé avec sa lucidité et son pessimisme habituels par Tacite (Vie d’Agricola, XXI). Il est parfaitement logique que, sous les Antonins et les Sévères, un gros effort d’équipement ait été tenté au profit des ruraux qui n’avaient ni le loisir ni le goût de se rendre fréquemment dans une ville, distante généralement de plusieurs lieues. Les points d’application de cet effort furent tout naturellement déterminés par l’existence de sanctuaires où les populations des alentours avaient coutume de se rassembler depuis des temps immémoriaux. Ces sanctuaires furent rebâtis selon les règles de l’architecture classique, tout en conservant un plan particulier adapté aux nécessités des cultes de tradition celtique. En outre, on leur adjoignit deux édifices indispensables au “mode de vie romain” : d’abord un théâtre, où l’on devait représenter surtout ces mimes inspirés par la mythologie, qui mettaient la culture classique, sous une forme évidemment simplifiée, à la portée des masses peu instruites; d’autre part des thermes, qui prirent souvent la place de bains rustiques et qui permirent aux paysans gaulois de pratiquer l’hygiène et le sport. Les ensembles sanctuaires-théâtres-thermes apparaissent donc comme les témoins et les instruments de la politique sociale des empereurs à l'égard des populations rurales.
On constate que l'immense majorité de ces “complexes” ont été abandonnés dès le milieu du IIIe siècle à la forêt qui les a revêtus pour une quinzaine de siècles d'un manteau protecteur. Si l'on s'explique aisément que ces monuments riches et mal protégés aient attiré les envahisseurs, il est plus surprenant qu'ils n'aient pas été reconstruits après leur reflux. La religion celtique ne commencera à perdre son emprise sur les campagnes que dans la seconde moitié du IVe siècle sous les coups de saint Martin et de ses émules. On ne comprendrait donc pas que des sanctuaires importants n'aient pas été restaurés après 275, s'ils avaient joui d'un prestige religieux étendu. Leur déchéance s'explique au contraire fort bien si nous les interprétons comme des centres de communautés rurales libres. La principale conséquence de la crise du IIIe siècle dans le domaine social fut en effet de revigorer l'aristocratie rurale aux dépens du paysannat.
STRUCTURE
Les théâtres ruraux de la Gaule présentent des particularités structurales fort originales. Alors que depuis le début de l’époque hellénistique la scène des théâtres grecs et romains n’a cessé de se développer et de s’enrichir aux dépens de l’orchestre qui arrive à perdre son rôle fonctionnel pour n’être plus qu’une dépendance de la cavea, le théâtre gallo-romain laisse toute son importance à l’orchestre. Les portes par lesquelles les acteurs entraient et sortaient ne s’ouvrent pas au niveau du plateau de scène, comme dans le théâtre romain, mais au niveau de l’orchestre, comme dans l’ancien théâtre grec. Il est donc certain que l’essentiel de la représentation se déroulait dans l’orchestre, la scène n’ayant qu’un rôle accessoire. On explique ces singularités par l’utilisation des théâtres pour des combats ou des chasses qui normalement auraient dû avoir lieu dans des amphithéâtres. Les monuments gaulois seraient donc des hybrides que l’on désigne sous le nom de théâtres-amphithéâtres.
A. Grenier les classait en deux catégories, la première dérivant du théâtre, la seconde de l’amphithéâtre.
Cette dernière catégorie représentée notamment par les célèbres “Arènes de Lutèce” porte également le nom “d’amphithéâtre à scène”, que P.M. Duval définit ainsi : “Monument qui reste essentiellement destiné aux combats par la présence de l’arène; les gradins sont appuyés à un mouvement de terrain, ce qui rend inutile la construction des galeries montées; ils ne font pas tout le tour de l’arène, mais en contournent environ la moitié; une scène de théâtre s’ajoute face à eux sur le côté opposé de l’arène”. Ce type de monument ne pose pas de problèmes majeurs.
Il en va autrement de la première catégorie. Certains de ces édifices qu’on y range ont certainement été utilisés pour des chasses ou des combats; les gradins inférieurs, au lieu de se trouver au niveau de l’arène, y sont en effet surélevés d’environ deux mètres, ce qui était évidemment indispensable pour mettre les spectateurs à l’abri des fauves, voire même d’un gladiateur subitement atteint de “spartacisme”. Pourtant, certains théâtres n’ont pas pu servir d’amphithéâtre : à Argentomagus par exemple ou à Alésia, le podium fait défaut et le bord de l’orchestre était formé par un simple mur rectiligne. Leur disposition paraît bien empruntée au théâtre grec. Le seul moyen d’expliquer la survivance de la formule hellénique est d’admettre qu’elle convenait mieux que la romaine aux représentations qui se déroulaient dans les édifices. Ces représentations, dont nous ne savons rien directement, ne présentaient en tous cas à l’origine aucun danger pour les spectateurs, à la différence des sanglants munera d’Italie, puisque les théâtres ne possèdent pas de podium. Au contraire l’orchestre circulaire se prête bien à l’exécution de danses. Nous n’avons trouvé aucune trace dans les textes de danses sacrées chez les Gaulois, mais certains monuments peuvent en attester l’existence. Nous pensons en particulier aux statuettes du trésor de Neuvy-en-Sullias représentant des hommes et des femmes entièrement nus dont l’attitude et les gestes prouvent qu’ils exécutent une danse. Ces figurines proviennent d’un sanctuaire dédié à Mars Rudiobus, dieu gaulois à peine latinisé. La nudité des exécutants indique que la cérémonie à laquelle ils participent devait avoir pour but de promouvoir la fécondité comme les Floralia latines où des courtisanes présentaient une sorte de “strip-tease”. Ces spectacles se désacralisaient d’ailleurs rapidement pour donner naissance à des mimes plus ou moins licencieux à prétexte mythologique, comme ceux qu’Apulée décrit dans son Ane d’Or. Mais il faut noter que de très nombreux tombeaux de la Gaule romaine portent l’image de danseuses dévoilées, ce qui donnerait à penser que les vieux rites naturistes ont pu se perpétuer longtemps en s’assimilant plus ou moins aux “orgies” bacchiques.







