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LA CITÉ GALLO-ROMAINE DE JUBLAINS

capitale des Aulerques-Diablintes

(Mayenne)

Fiches de géographie littéraire

Noviodunum, chef-lieu de la cité des Diablintes

A l’époque gauloise, les Aulerques comprenaient les Cénomans (Le Mans), les Eburovices (Evreux) et les Diablintes (Jublains). Au moment de la conquête de la Gaule par César, les Diablintes (cités dans la Guerre des Gaules, III,9) s’associèrent à la résistance des Vénètes qui fut matée en -56 à l’entrée du golfe du Morbihan.

Jublains carte

À l’origine de Jublains, il y eut, au -IVe siècle, un sanctuaire gaulois dont les bâtiments étaient en bois. L’importance religieuse et politique du site explique qu’il soit devenu le chef-lieu de la "civitas" des Diablintes, sous le nom de Noviodunum (Villeneuve).

Selon la politique de romanisation menée depuis l'empereur Auguste, une ville a été fondée au Ier siècle près de la cité indigène, et les Diablintes vont se trouver intégrés dans les circuits économiques de l'empire.

La ville, qui portait le nom de Noviodunum (Villeneuve), a été construite selon les normes romaines, avec un plan orthogonal (decumanus et double cardo), un forum central, un temple sur l’emplacement du vieux sanctuaire gaulois, des thermes et un théâtre (bientôt reconstruit sur un plan plus vaste).

A la fin du IIe siècle, l’administration impériale édifia, un peu en dehors de la ville, un entrepôt pour les denrées denrées collectées au titre de l’annone et destinées à Rome (peut-être aussi pour l’étain qui entre dans la composition du bronze). En effet, sur la carte de Peutinger, figure sur la route reliant les côtes de la Manche (Vieux, près de Caen) à l’Italie par Le Mans, Tours et Lyon.

Quand, au siècle suivant, la région devint peu sûre (attaques de pirates sur la Manche et révoltes de paysans), cet entrepôt fut entouré d’un rempart de terre (vers 275), puis d’une véritable enceinte (vers 290).

A la fin du IIIe siècle, Jublains perdit son intérêt économique et la ville entra en décadence. Le sanctuaire fut abandonné au IVe siècle. Les bâtiments des thermes ont été transformés en église chrétienne (il en a été de même pour les thermes d'Entrammes, 8 km au sud de Laval).

Jublains monnaie

Monnaie d'or des Diablintes

La découverte des restes de Noviodunum du XVIIIe au XXe siècle

  • 1739 : l’abbé Leboeuf, historien d’Auxerre, affirme que la capitale des Diablintes doit être située à Jublains.
  • 1776 : un curé de Jublains, en faisant défricher près de la cure, met au jour le sol d’un bâtiment orné d’une mosaïque de 40 m2.
  • en 1834, des fouilles sont entreprises par François-Jean Verger, principalement sur le site du sanctuaire.
  • 1836 : Hugo visite le site de Jublains ; il écrit à Adèle, le 22 juin 1836 : « De Mayenne j’ai été à Jublains, où il y a un camp de César que j’ai parcouru, guidé par la plus jolie fille du monde, qui m’offrait des roses fraîches et de vieilles briques, tout en sautant lestement par-dessus les clôtures, sans trop s’inquiéter de ses jupons. Et puis elle m’a montré un temple romain, et beaucoup de choses romaines, et… beaucoup de sa personne. En la quittant, je lui ai donné un écu : elle m’a demandé un baiser. Pardon, mon pauvre ange ; je te raconte la chose comme elle est. Et puis je te rapporte un morceau de marbre du camp de César pour te prouver ma bonne fortune. Je suis un grand fat ! »
  • Entre 1834 et 1870, le site est dégagé successivement par François-Jean Verger, Augustin Magdelaine et Henri Barbe ; on découvre le sanctuaire (1835), le théâtre (1843), le forum (1865), les thermes (1878) ; la « forteresse » est progressivement déblayée à partir de 1839.
  • Des fouilles complètes ont été menées au XXe siècle, surtout à partir de 1970.

PLAN DE LA VILLE ANTIQUE

 

Jublains plan

Vue aérienne

LE TEMPLE (vers 65)

Temple ruines

Temple plan

Temple maquette

Temple maquette
Maquette temple 2

Le grand temple a remplacé un vieux sanctuaire gaulois, sans doute en bois, où l’on offrait des armes (préalablement tordues) à une divinité indéterminée.

Il a été élevé sur un soubassement  haut d’environ 2 m 50. On y accédait par un escalier à l’est. Le temple est formé d’une cella rectangulaire, entourée d’une galerie.

Ce temple a été reconstruit au début du IIIe siècle, le soubassement étant alors comblé.

Il était entouré d’un mur d’enceinte (péribole) de 80 m de côté, décoré de peintures tant à l’extérieur qu’à l’intérieur. Ce mur était percé de trois portes : une porte principale précédés d’un porche à l’ouest, une porte assez large à l’est et une porte plus petite au sud avec un petit escalier d’accès. Les deux grandes portes semblent avoir été murées lors des troubles de la seconde moitié du IIIe siècle. Tout autour de ce mur d’enceinte, à l’intérieur, s’appuyait un portique à colonnes (qui ont été réutilisées au IIIe siècle dans les fondations de l’enceinte de l’entrepôt).

Un autre portique extérieur s’appuyait contre la face est du mur d’enceinte.

Il faut remarquer que le temple est décentré par rapport au péribole : respect de l'emplacement du premier sanctuaire ? volonté de ménager un espace pour les cérémonies ?

Ce temple témoigne du syncrétisme romain. La cella rectangulaire entourée d'une galerie de circulation se rattache aux sanctuaires d'origine celtique. La découverte à proximité d'un autel dédié à Jupiter et orné de rouelles à six branches, un bas-relief représentant un personnage barbu, une cinquantaine de Vénus et de déesses-mères en terre blanche, tout cela laisse transparaître, sous une forme romanisée, les vieilles divinités indigènes de la fécondité et le dieu solaire à la roue.

Déesse
Autel

 

L'eau qui avait ruisselé sur le temple semble avoir été considérée comme bénéfique et avoir été utilisée par les pèlerins (malades ?)

Un puits contre la face sud du péribole recevait l’eau venant du temple par une canalisation. Cette eau était recueillie
— d'une part dans un bassin demi-circulaire situé entre des colonnes de la galerie est,
— d'autre part dans un bassin extérieur dans un petite bâtiment chauffé par hypocauste (sans doute du IIIe siècle), qui communiquait avec le puits par une petite ouverture en briques.

Maquette eau 1
Maquette eau 2
Maquette eau 3

La galerie entourant le temple était ornée des peintures :

Peinture 1
Peintures 2

LE THÉÂTRE (vers 80)

Théâtre plan

 

Le premier théâtre (en jaune sur le plan) a été établi en profitant de la pente naturelle du terrain. Une inscription prouve qu’il a été offert à la cité par un certain Orgétorix, sans doute membre de l’ordre des décurions qui administraient la cité.

Inscription

C’était un théâtre presque circulaire, avec quatre vomitoires dans la cavea et une orchestra elle aussi presque circulaire (avec une petit bâtiment semi-circulaire). Les gradins étaient sans doute en bois.

Il a été agrandi à la fin du IIe siècle, un mur de scène rectiligne venant alors couper l’orchestra primitive. Matérialisée par des piquets de bois, l'orchestra semble devenue une sorte d'arène elliliptique: un amphithéâtre aurait succédé à un premier théâtre, dans le cadre d'une évolution du type "théâtre à arène".

Théâtre 2
Théâtre 3

LES THERMES  (vers 100)

 

Thermes plan

de droite à gauche :

  • l'entrée à trois portes donnant dans la salle avec piscine d'eau froide (frigidarium).
  • le tepidarium, chauffée par hypocauste seulement sur son pourtour
  • l'étuve ou sauna
  • puis la salle des bains chauds (caldarium) et le foyer (sous la rue)
  • Autour de ces thermes, une palestre, des portiques et des petites salles annexes.

Therme maquette

Frigidarium

La salle froide et sa piscine

Ces thermes étaient assez modestes: pas de mosaïques, mais des dallages et des lambris de schiste, avec quelques panneaux peints.

Les thermes ont été dus être dégagés des constructions de l’église chrétienne, la nef ayant pris la place des thermes antiques. Actuellement les visiteurs qui découvrent les thermes s'arrêtent à l'emplacement du choeur de l'église, juste devant le frigidarium.

L'ENTREPÔT FORTIFIÉ (vers 200)

Entrepôt plan
Entrepôt aérien

 

Jublains porte1. C’était primitivement, vers 200, un bâtiment rectangulaire avec une tour carrée à chaque angle (rouge sur le plan). Il était couvert d’un toit à quatre pentes orientées vers une cour centrale à ciel ouvert. Les poteaux intérieurs supportant le plancher de l’étage reposaient sur des dés de pierre. L’entrée du bâtiment était au milieu de la face sud-est. Le rez-de-chaussée était construit en gros blocs de granite liés par des agrafes métalliques, l’étage en petits moellons. Les tours ont une porte voûtée de briques donnant sur l’intérieur du bâtiment ; deux d’entre elles ont également une poterne donnant sur l’extérieur (avec blocage par trois barres de bois). Dans les bâtiment, deux puits maçonnés de plus de 10 m de profondeur.

2. Quatre adjonctions extérieures ont été accolées au bâtiment dans  la seconde moitié du IIIe siècle : deux (dont le rôle est peu clair) sur l’angle de deux tours; trois bassins ou citernes rectangulaires (peut-être pour recueillir les eaux de pluie).

3. Près de deux angles du bâtiment, deux établissements de bains étaient destinés sans doute au personnel, l’un complet (avec vestiaire, pièce froide, pièce tiède, étuve et bain chaud), l’autre plus simple (avec vestiaire et salle chaude).

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