
Divertissement proposé par l'association Guillaume-Budé d’Orléans le mardi 14 décembre 1999,
pour préparer l’entrée dans le nouveau millénaire.
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Conception et choix des textes : Jean NIVET
Le coryphée : Alain MALISSARD
Les choreutes : Geneviève DADOU, Gérard LAUVERGEON, André LINGOIS
Les Euménides : Sylvie MALISSARD, Amélie MALISSARD, Irina GUEORGUIEV PENEV

Musique d’ouverture. La musique s’interrompt.
Les quatre sièges sont vides. Le coryphée monte et vient s’installer. Il reste debout. Il fait signe successivement aux trois choreutes qui, en silence, viennent s’asseoir à leur place. Le silence se prolonge.
Enfin deux choreutes parlent, dans un dialogue par lequel ils semblent s’opposer :
Nous avons vraiment l’air… d’être chacun sur le plateau d’une balance. Le poids parlera…
Mon poids ? Ce que je pèse ? Je pèse la joie de vivre, la confiance de vivre, l’élan vers ce qui est juste et naturel.
Je pèse la volupté de vivre et la méfiance de la vie.
Je pèse la chasse, le courage, la fidélité, l’amour.
Je pèse la circonspection devant les dieux, les hommes et les choses.
Je pèse le chêne phrygien, tous les chênes phrygiens feuillus et trapus, épars sur nos collines avec nos boeufs frisés.
Je pèse ce que pèse cet air incorruptible et impitoyable sur la côte et sur l’archipel.
Je pèse tout un peuple de paysans débonnaires, d’artisans laborieux, de milliers de charrues, de métiers à tisser, de forges et d’enclumes.
Je pèse l’olivier.
Je pèse le faucon, je regarde le soleil en face.
Je pèse la CHOUETTE…
Tout s’éteint dans la salle.
On entend un bruit d’ailes et le cri de la chouette
Enfin la CHOUETTE apparaît sur l’écran.

Elle prend successivement la forme de différentes chouettes athéniennes empruntées à des figures antiques.
Dans un coup de tonnerre, ATHÉNA apparaît, venant se substituer à sa chouette.
Les lecteurs se tournent légèrement vers l’écran pour saluer la déesse…

Le coryphée (emphatique, tourné vers l’écran)
Salut, Athéna, fille de Zeus, toi qui, toute armée,
sortis du crâne de ton père, fendu par la hache d’Héphaïstos.
Toi qui épaulas Héraklès dans ses travaux,
les Grecs dans leur lutte contre les Troyens,
toi qui aidas Ulysse à affronter les périls de la mer.
Tu es l’Esprit, sans lequel ni la force brutale
ni même la valeur personnelle ne peuvent rien.
Les Grecs ont fait de toi la déesse de la Raison :
Sois-nous favorable, ô déesse, toi qui présides aux arts de l’esprit.

Le coryphée (s’est retourné vers le public; il explique)
La chouette était l’animal favori d’Athéna,
car elles avaient toutes deux le regard brillant et acéré.
Avec son air bonhomme de penseur à lunettes,
la chouette est devenue symbole de ceux qui sont nourris de culture hellénique.
Les khâgneux l’ont adoptée et lui ont donné le nom de Vara.
Une Euménide (quelque part dans la salle)
Vara, tibi Khagna, Vara, dat honores multos.
Contra doce nos quomodo in tuto boire sans eau !
Les deux autres Euménides (en haut des escaliers, en choeur)
Exaudi nos, Vara, nostras tubas
Vara, Vara, Vara…
Le coryphée
Allons, voyons, les Euménides, un peu de tenue…
Choreute
Depuis quatre-vingt ans, la chouette d’Athéna est notre emblème,
nous qui nous rassemblons sous le patronage de Guillaume Budé.
Sur l'écran, le portrait de G. Budé par Clouet

Les Euménides (en choeur)
Salut, Guillaume !
Sur l'écran, à nouveau la chouette

Choreute
Née avec la déesse, la chouette termine donc son troisième millénaire.
Et c’est bien grâce à elle que se conservent ces valeurs
que la ville d’Athéna a souhaité transmettre aux générations futures.
Choreute
Mais dans quel état ce digne oiseau est-il parvenu jusqu’à nous ?
A-t-il gardé son plumage luisant, ses yeux de feu,
ou se retrouve-t-il un peu déplumé, le regard éteint ?
Reçoit-il toujours les honneurs de la Cité,
ou doit-il esquiver les coups que d’indignes chasseurs lui destinent ?
Coryphée
Ce soir, du moins, je sens que la chouette va être parmi nous, bien vivante…
Sur l'écran, l'image du président, la chouette venant se poser sur sa main

Choreute
Puisque la chouette est ce soir parmi nous, empruntons donc ses ailes pour parcourir trois millénaires,
pour aller planer sur la mer et la terre grecques, sur l’Attique et sur l’Acropole,
là où se dresse le temple de la déesse,
dans un coin duquel, soyez-en sûrs, notre chouette avait trouvé son logis et son refuge…
Sur l'écran, la chouette à nouveau

Choreute
Depuis plus de vingt-cinq siècles, les paysages grecs font rêver ; la beauté grecque obsède ; les mythes grecs, les héros grecs ne cessent de revivre ; les valeurs de la Grèce sont invoquées ; la philosophie grecque enrichit nos débats…
Choreute
… la langue grecque a nourri notre vocabulaire : (ton énumératif) enthousiasme, géographie, catachrèse…
Les Euménides (réparties dans la salle) :
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Anacoluthe (sur le ton de l’insulte ou du mépris) Iconoclaste ! Atmosphère ! (sur le ton d’Arletty) Polyglotte ! (ton ad libitum) Microbe ! Bactérie ! |
Electron ! Cyclotron ! Physicien ! Kilogramme ! Académicien ! Humaniste… |
Choreute (les interrompant)
Ça, c’est pas du grec !
Coryphée
Un peu de sérieux, les Euménides, et vous aussi, humanistes en goguette ! N’oubliez pas que nous avons été choisis par les dieux pour dire avec gravité, s’il vous plaît tout ce que nous devons à la Grèce. Il y a vingt-huit siècles, les poèmes homériques naissaient, Rome naissait. Ne soyons pas un aboutissement trop indigne pour cette grande aventure de l’esprit.
Et maintenant, chers amis, rassemblons quelques beaux textes pour suivre la chouette dans son vol à travers siècles et millénaires.
Musique
PAYSAGES ET MONUMENTS
LACARRIERE, L’Été grec / Permanence de la Grèce…
De Corinthe à Nauplie et de Nauplie à Epidaure, le car qui nous emmène suit une route chaotique, chemin de terre troué et bosselé, creusé par les chariots, ravagé par les pluies, entre les vignes, les oliviers, les cyprès et les caroubiers. Paysage jaune et blanc, avec, à l'horizon, les montagnes du Péloponnèse et, plus près, juste au-dessus d'Epidaure, le mont Arachnaion. Il s'appelait déjà ainsi au temps d'Eschyle et bien avant sans doute et c'est pour moi le premier des mystères infinis de la Grèce : ce nom resté inchangé depuis trois mille ans. En France, il n'est pratiquement pas un seul relief de la colline aux plus hauts monts qui n'ait changé dix fois de nom depuis les Gaulois. Il faut, pour retrouver le nom ancien, fouiller les archives, torturer la toponymie, et déceler peut-être, derrière les appellations franciques, romanes, occitanes ou latines, la racine gauloise ou celtique. En Grèce, rien de tel. L'Olympe, le Taygète, le Parnasse, l'Ida, le Dictè, l'Athos, l'Arachnaion portent toujours les mêmes noms. Miracle de pérennité, puisque ce pays a vu de continuelles invasions. Pourtant, malgré le passage et l'occupation des Romains, des Vénitiens, des Francs et des Turcs, les noms des lieux sont restés grecs. Cette éternité des noms qui ont pris racine en ce sol, noms plus vieux que les plus vieux des oliviers centenaires que je vois tout au long de la route, tordus par les meltems, crevassés, boursouflés mais aussi tenaces que la mémoire paysanne, nul paysage ne la rend plus évidente que ce coin de terre entre Nauplie et Epidaure ni que ce mot magique à mes oreilles de mont Arachnaion. Quand j'ai demandé au chauffeur le nom de cette montagne et que, gardant une main sur le volant, il m'a désigné de l'autre ce mont chauve en me disant : Arachnaion, c'est comme si Eschyle en personne nous eût guidé vers Epidaure.
LA MÉDITERRANÉE
ESCHYLE, Les Perses / La Méditerranée de Darius…

Quand le vieux roi, l’invincible Darios régnait sur cette terre, que de cités il a prises, sans même quitter sa demeure : celles qui bordent le lac strymonien, près des bourgades thraces ; celles qui, sur la terre ferme, portent ceinture de remparts ; celles qui sont fièrement assises sur les bords du détroit d’Hellé, le repli profond de la Propontide, et les bouches du Pont ; et les îles qui, groupées autour d’un cap marin, s’attachent au sol de l’Asie : Lesbos, Samos qui nourrit l’olivier, et aussi Chios, Paros, Naxos, Myconos, Andros, enfin, attachée à Ténos. Il commandait de même à celles qui s’élèvent de la mer entre les deux continents : Lemnos, le pays d’Icaros, et Rhodes, et Cnide, et les cités de Chypre, Paphos, Soli, Salamine, et les villes opulentes du domaine ionien, si peuplées de Grecs.
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CHATEAUBRIAND, Itinéraire de Paris à Jérusalem / Chateaubriand découvre les îles grecques…
Le vent étant tombé vers les huit heures du soir, et la mer s'étant aplanie, le vaisseau demeura immobile. Ce fut là que je jouis du premier coucher du soleil et de la première nuit dans le ciel de la Grèce. Les horizons de la mer, légèrement vaporeux, se confondaient avec ceux du ciel. Au pied de l'île de Fano ou de Calypso, on apercevait une flamme allumée par des pêcheurs : avec un peu d'imagination, j'aurais pu voir les Nymphes embrasant le vaisseau de Télémaque. Il n'aurait aussi tenu qu'à moi d'entendre Nausicaa folâtrer avec ses compagnes, ou Andromaque pleurer au bord du faux Simoïs, puisque j'entrevoyais au loin, dans la transparence des ombres, les montagnes de Schérie et de Buthrote.
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VALÉRY, Eupalinos / Socrate sur le bord de la mer…
Je marchais sur le bord même de la mer, je suivais une plage sans fin... Je regardais venir du large ces grandes formes qui semblent courir depuis les rives de Libye, transportant leurs sommets étincelants, leurs creuses vallées, leur implacable énergie, de l'Afrique jusqu'à l'Attique, sur l'immense étendue liquide. Elles trouvent enfin leur obstacle, et le socle même de l'Hellas ; elles se rompent sur cette base sous-marine ; elles reculent en désordre vers l'origine de leur durée. Mais moi, je jouissais de l'écume naissante et vierge. Elle est d'une douceur étrange, au contact. C'est un lait tout tiède, et aéré, qui vient avec une violence voluptueuse, inonde les pieds nus, les abreuve, les dépasse, et redescend sur eux, en gémissant d’une voix qui abandonne le rivage et se retire en elle-même. Cependant que l’humaine statue, présente et vivante, s’enfonce un peu plus dans le sable qui l’entraîne ; et cependant que l’âme s’abandonne à cette musique si puissante et si fine, s’apaise, et la suit éternellement.

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CAMUS, L’Exil d’Hélène / Les leçons de la méditerranée…
La Méditerranée a son tragique solaire qui n’est pas celui des brumes. Certains soirs, sur la mer, au pied des montagnes, la nuit tombe sur la courbe parfaite d’une petite baie et, des eaux silencieuses, monte alors une plénitude angoissée. On peut comprendre en ces lieux que, si les Grecs ont touché au désespoir, c’est toujours à travers la beauté, et ce qu’elle a d’oppressant. Dans ce malheur doré, la tragédie culmine. L'ignorance reconnue, le refus du fanatisme, les bornes du monde et de l'homme, le visage aimé, la beauté enfin, voici le camp où nous rejoindrons les Grecs. D'une certaine manière, le sens de l'histoire de demain n'est pas celui qu'on croit. Il est dans la lutte entre la création et l'inquisition. Malgré le prix que coûteront aux artistes leurs mains vides, on peut espérer leur victoire. Une fois de plus, la philosophie des ténèbres se dissipera au-dessus de la mer éclatante. O pensée de midi, la guerre de Troie se livre loin des champs de bataille ! Cette fois encore, les murs terribles de la cité moderne tomberont pour livrer, "âme sereine comme le calme des mers", la beauté d'Hélène.
LA TERRE
VIRGILE, Géorgiques / La terre italienne…
Salut, grande nourricière de moissons, terre de Saturne, grande mère de héros. En ton honneur j’entreprends de célébrer l’art antique qui a fait ta gloire ; j’ose ouvrir les sources sacrées et je chante, à travers les villes romaines, le poème d’Ascra. Les sols rebelles et les collines ingrates, où l’argile est mince et le caillou abondant sur la terre buissonneuse, aiment les olivettes vivaces, chères à Pallas ; l’olivier sauvage y croît en abondance et les champs sont jonchés de ses baies. Au contraire, une terre grasse et fertilisée par une douce humidité, une plaine abondante en herbe et riche en végétation naturelle, ou bien une plaine exposée à l’Auster et qui nourrit de la fougère, voilà le fonds qui te fournira des vignes robustes te donnant à flot du jus de Bacchus. Si tu préfères entretenir du gros bétail, des veaux, des agneaux, des chèvres, va dans les défilés boisés de la lointaine Tarente ou dans une plaine qui nourrit dans les herbes de son fleuve des cygnes couleur de neige.
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LACARRIERE, L’Été grec / Les oliviers du Pleistos…
Un torrent court vers le fond de la vallée du Pleistos. Partout, à l'infini, des oliviers massifs, énormes, ventrus ou creusés de fissures profondes, bosselés, tordus, craquelés, éventrés, évoquant de façon saisissante des gnomes monstrueux, la face ricanante et figée d'esprits des bois englués en ces arbres, comme des héros transformés en plantes et immobilisés à mi-chemin de leur métamorphose. Je tâte, je caresse, je parcours de la main ces troncs qui donnent envie de les presser, de saisir cette peau rugueuse et craquelée du temps, cette écorce comme le cuir vergeté des grands reptiles. On comprend à les voir l'amour et la dévotion que les Grecs ont toujours portés à cet arbre. Dans un chœur d'Œdipe à Colone, Sophocle a composé un hymne à l'olivier chant d'un homme qui dut lui aussi presser sa main contre ces troncs rugueux, plus vieux à ses yeux que l'histoire même de la Grèce : Arbre béni, dit-il, ignoré de l’Asie, arbre invincible et immortel, nourriture de notre vie, olivier couleur d'émeraude, que protège Athéna, la déesse aux yeux d'émeraude !
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HÉRÉDIA, Les Trophées / Les bergers du Cyllène…

Viens. Le sentier s'enfonce aux gorges du Cyllène.
Voici l'antre et la source, et c'est là qu'il se plaît
à dormir sur un lit d'herbe et de serpolet
à l'ombre du grand pin où chante son haleine.
Attache à ce vieux tronc moussu la brebis pleine.
Sais-tu qu'avant un mois, avec son agnelet,
elle lui donnera des fromages, du lait ?
Les Nymphes fileront un manteau de sa laine.
Sois-nous propice, Pan ! ô Chèvre-pied, gardien
des troupeaux que nourrit le mont Arcadien,
je t'invoque... Il entend ! J'ai vu tressaillir l'arbre.
Partons. Le soleil plonge au couchant radieux.
Le don du pauvre, ami, vaut un autel de marbre,
si d'un cœur simple et pur l'offrande est faite aux Dieux.
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ARISTOPHANE, La Paix / Le soldat retrouve sa terre…
Ah, quel plaisir, quel plaisir d'être enfin délivré du casque, et du fromage, et des oignons ! Ce que j'aime, moi, ce n’est pas la guerre. Ce que j’aime, c’est m’asseoir au coin du feu, boire avec des copains, faire flamber du bois bien sec, les vieilles souches arrachées en été, et griller des pois chiches, faire rôtir des glands, tout en baisant la Thratta, pendant que ma femme se lave. Rien n'est plus agréable, quand les semailles sont faites, que laisser le dieu arroser les champs et d'entendre un voisin vous dire : Dis donc, mon vieux Comarchidès, qu’est-ce qu’on pourrait bien faire, à c’te heure ? J'aimerais bien, moi, boire un bon coup, pendant que le dieu nous fait du bien. Allons, la patronne, fais griller trois mesures de haricots avec un peu de blé mélangé ; et sors-nous des figues. Dis à Syra de crier à Manès de rentrer du champ : pas moyen d'ébourgeonner la vigne aujourd'hui, ni même de travailler la terre, vu que le sol est détrempé. Et que de chez moi, dit un autre, on apporte la grive et deux pinsons. Il y avait aussi du petit lait à la maison et quatre morceaux de lièvre ; à moins que la belette n'ait emporté tout ça hier soir, parce que j’ai cru entendre tout un remue-ménage. Apportes-en, garçon, trois pour nous, et donnes-en un au père. Et demande à Eschinadès des myrtes, des branches avec leurs baies, et crie en passant à Charinadès de venir trinquer, puisque le dieu travaille pour nous et se rend utile à nos labours ». Et quand la cigale fait entendre sa chanson douce, j'ai plaisir à passer en revue mes vignes, mes plans de Lemnos, à voir si elles mûrissent (parce que c’est du plan précoce). J’aime bien aussi regarder la jeune figue grossir ; quand elle est mûre, je l’approche de ma bouche et j’y mords, tout en fredonnant Saisons aimées ; alors je me fais une infusion de thym broyé; et, à cette époque de l'été, je me fais du lard.
LES MONUMENTS
HERAKLEIDES, Fragments / Arrivée à Athènes…

La route vers Athènes est agréable, la campagne autour, entièrement cultivée et, semble-t-il au regard, hospitalière. La cité est entièrement sèche : elle est mal alimentée en eau et, du fait de son ancienneté, elle est mal distribuée en rues et en quartiers. La plupart des maisons sont simples ; peu sont confortables. Au premier regard, un étranger pourrait difficilement croire que c'est là que se trouve ce qu'il y a de plus beau sur la terre : un théâtre qui mérite d'être mentionné il est grand et admirable ; un somptueux sanctuaire d'Athéna, qui se voit de loin et qui mérite d'être vu c'est le célèbre Parthénon, qui surplombe le théâtre et fait grande impression sur ceux qui le contemplent ; un Olympieion qui, bien qu'à moitié achevé, est une construction impressionnante par son plan ; il serait plus beau encore, s'il était complètement achevé ; trois gymnases, l'Académie, le Lycée et le Cynosarges, tous couverts d'arbres et d'un gazon bien vert.
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PLUTARQUE, Vie de Périclès / Les monuments de Périclès…

Ce qui causa le plus de plaisir aux Athéniens et contribua le plus à embellir leur ville, ce qui frappa le plus l'imagination des étrangers, ce qui seul atteste que cette puissance tant affirmée de la Grèce et son antique prospérité ne sont pas des mensonges, ce furent les monuments construits par Périclès. Les monuments s'élevaient, d'une grandeur imposante, d'une beauté et d'une grâce inimitables ; les artistes s'efforçaient à l'envi de se surpasser par la perfection technique du travail, mais le plus admirable fut la rapidité de l'exécution. Tous ces ouvrages, dont il semblait que chacun dût exiger plusieurs générations successives pour être achevé, se trouvèrent tous terminés pendant la période d'apogée d'une seule carrière politique. Aussi l'admiration pour les monuments de Périclès s'accroît-elle d'autant plus qu'ils ont été faits en peu de temps pour une longue durée. Chacun d'eux, à peine fini, était si beau qu'il avait déjà le caractère de l'antique, et si parfait qu'il a gardé jusqu'à notre époque la fraîcheur d’un ouvrage récent, tant y brille toujours une sorte de fleur de jeunesse qui en a préservé l'aspect des atteintes du temps. Il semble que ces ouvrages aient en eux un souffle toujours vivant et une âme inaccessible à la vieillesse.
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HUGO, La Légende des siècles / Le temple d’Ephèse parle…
| Moi, le temple, je suis législateur d'Éphèse; Le peuple en me voyant comprend l'ordre et s'apaise; Mes degrés sont les mots d'un code, mon fronton Pense comme Thalès, parle comme Platon, Mon portique serein, pour l'âme qui sait lire, A la vibration pensive d'une lyre, Mon péristyle semble un précepte des cieux; Toute loi vraie étant un rhythme harmonieux, Nul homme ne me voit sans qu'un dieu l'avertisse; Mon austère équilibre enseigne la justice; Je suis la vérité bâtie en marbre blanc; Le beau, c'est, ô mortels, le vrai plus ressemblant. |
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CHATEAUBRIAND, Itinéraire de Paris à Jérusalem / Chateaubriand sur l’Acropole…
J'ai vu du haut de l'Acropolis le soleil se lever entre les deux cimes du mont Hymette : les corneilles qui nichent autour de la citadelle, mais qui ne franchissent jamais son sommet, planaient au-dessous de nous; leurs ailes noires et lustrées étaient glacées de rose par les premiers reflets du jour ; des colonnes de fumée bleue et légère montaient dans l'ombre, le long des flancs de l'Hymette, et annonçaient les parcs ou les chalets des abeilles ; Athènes, l'Acropolis et les débris du Parthénon se coloraient des plus belles teintes de la fleur du pêcher; les sculptures de Phidias, frappées horizontalement d'un rayon d'or, s'animaient et semblaient se mouvoir sur le marbre par la mobilité des ombres du relief; au loin, la mer et le Pirée étaient tout blancs de lumière; et la citadelle de Corinthe, renvoyant l'éclat du jour nouveau, brillait sur l'horizon du couchant, comme un rocher de pourpre et de feu. Du lieu où nous étions placés, nous aurions pu voir, dans les beaux jours d'Athènes, les flottes sortir du Pirée pour combattre l'ennemi ou pour se rendre aux fêtes de Délos; nous aurions pu entendre éclater au théâtre de Bacchus les douleurs d'Œdipe, de Philoctète et d'Hécube; nous aurions pu ouïr les applaudissements des citoyens aux discours de Démosthène. Où sont allés les génies divins qui élevèrent le temple sur les débris duquel j'étais assis ? Ce soleil, qui peut-être éclairait les derniers soupirs de la pauvre fille de Mégare, avait vu mourir la brillante Aspasie. Ce tableau de l'Attique, ce spectacle que je contemplais, avait été contemplé par des yeux fermés depuis deux mille ans. Je passerai à mon tour. D'autres hommes aussi fugitifs que moi viendront faire les mêmes réflexions sur les mêmes ruines.
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AMMIEN MARCELLIN, Rerum gestarum libri / L’empereur Constant II découvre Rome…
Aussitôt entré à Rome, foyer de l'Empire et de toutes les vertus, l’empereur Constant II vint aux Rostres et resta confondu devant le forum si glorieux de l'antique puissance romaine. De quelque côté qu'il portât les yeux, il était ébloui par les merveilles accumulées. Entre les sommets des sept collines, contemplant les quartiers de la cité et ses faubourgs établis sur les pentes et les terrains plats, il pensait que ce qu'il avait vu d'abord l'emportait sur tout le reste : ainsi le sanctuaire de Jupiter Tarpéien, qui domine tout comme le ciel domine la terre ; des thermes aux constructions grandes comme des provinces ; la masse de l'amphithéâtre consolidée par un bâti en pierre de Tibur, et dont le regard de l'homme n'atteint que difficilement le sommet ; le Panthéon, semblable à un quartier qui serait arrondi, et sa coupole d'une hauteur grandiose ; les colonnes élevées, qui se dressent avec leur plate-forme accessible et portent les images des anciens empereurs ; le temple de la Ville et le Forum de la Paix, le Théâtre de Pompée, l'Odéon, le Stade et, parmi ceux-ci, les autres ornements de la Ville Éternelle. Mais quand il arriva au Forum de Trajan, monument unique sous tous les cieux, il demeura confondu.
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DU BELLAY, Antiquités de Rome / Antiquités de Rome…

Pâles Esprits, et vous, Ombres poudreuses,
qui, jouissant de la clarté du jour,
fïtes sortir cet orgueilleux séjour
dont nous voyons les reliques cendreuses ;
dites, Esprits (ainsi les ténébreuses
rives du Styx non passable au retour,
vous enlaçant d’un trois fois triple tour,
n’enferment point vos images ombreuses),
Dites-moi donc (car quelqu’une de vous,
possible encor se cache ici dessous),
ne sentez-vous augmenter votre peine,
quand quelquefois de ces coteaux romains
vous contemplez l’ouvrage de vos mains
n’être plus rien qu’une poudreuse plaine ?
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Musique
Intermède par les Euménides, disséminées dans la salle : l’une lance le début d’une formule latine… une autre l’achève. Le public entre dans le jeu…
| Ad augusta ? | per angusta ! | ![]() |
| Ars longa ? | vita brevis ! | |
| Asinus asinum ? | fricat ! | |
| Bis repetita ? | placent ! | |
| Delenda est ? | Carthago ! | |
| Errare ? | humanum est ! | |
| Qui bene amat ? | bene castigat ! | |
| Si vis pacem ? | para bellum ! | |
| Verba volant ? | scripta manent ! | |
| Tu quoque ? | mi fili ! | |
| Fluctuat ? | nec mergitur | |
| Homo homini ? | lupus ! | |
| In vino ? | veritas ! | |
| Mens sana ? | in corpore sano ! | |
| Nil novi ? | sub sole ! | |
| O tempora ? | o mores ! | |
| Panem ? | et circenses ! | |
| Timeo Danaos ? | et dona ferentes ! | |
| Veni vidi ? | vici ! | |
| Quousque ? | tandem ! |
Musique
HÉROS ET HÉROÏNES
ANTIGONE

Le coryphée
ANOUILH, Antigone / L’histoire d’Antigone…
L’histoire commence au moment où les deux fils d’Oedipe, Etéocle et Polynice, qui devaient régner sur Thèbes un an chacun à tour de rôle, se sont battus et entre-tués sous les murs de la ville, Etéocle l’aîné, au terme de la première année de pouvoir, ayant refusé de céder la place à son frère. Sept grands princes étrangers que Polynice avait gagnés à sa cause ont été défaits devant les sept portes de Thèbes. Maintenant la ville est sauvée, les deux frères ennemis sont morts et Créon, le roi, a ordonné qu’à Etéocle, le bon frère, il serait fait d’imposantes funérailles, mais que Polynice, le vaurien, le révolté, le voyou, serait laissé sans pleurs et sans sépulture, la proie des corbeaux et des chacals. Quiconque osera lui rendre les devoirs funèbres sera puni de mort.
Antigone (elle entre, voilée de noir; elle passe lentement devant la scène)
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Voyez-moi, citoyens du pays de mes pères, suivre ici mon dernier chemin. |
Antigone sort.
Musique.
Antigone entre à nouveau (même voile noir)
| Vous me dégoûtez tous, avec votre bonheur, avec votre vie qu’il faut aimer coûte que coûte. On dirait des chiens qui lèchent tout ce qu’ils trouvent. Et cette petite chance pour tous les jours, si on n’est pas trop exigeant. Moi, je veux tout, tout de suite, et que ce soit entier ou alors je refuse ! Je ne veux pas être modeste, moi, et me contenter d’un petit morceau, si j’ai été bien sage. Je veux être sûre de tout aujourd’hui, et que cela soit aussi beau que quand j’étais petite ou mourir. Comme mon père, oui ! nous sommes de ceux qui posent des questions jusqu’au bout. Jusqu’à ce qu’il ne reste vraiment plus la petite chance d’espoir vivante, la plus petite chance d’espoir à étrangler. Nous sommes de ceux qui lui sautent dessus quand ils le rencontrent, votre espoir, votre cher espoir, votre sale espoir ! Oui, je suis laide ! C’est ignoble, n’est-ce pas, ces cris, ces sursauts, cette lutte de chiffonniers. Papa n’est devenu beau qu’après, quand il a été bien sûr, enfin, qu’il avait tué son père, que c’était bien avec sa mère qu’il avait couché, et que rien, plus rien, ne pouvait le sauver. Alors, il s’est calmé tout d’un coup, il a eu comme un sourire, et il est devenu beau. C’était fini. |
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Musique
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ULYSSE
HOMÈRE, Odyssée / Présentation d’Ulysse
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Quel fut cet homme, Muse, raconte-le-moi, cet homme aux mille astuces,
qui si longtemps erra, après avoir renversé de Troade la sainte citadelle ?
De bien des hommes il visita les villes et s'enquit de leurs mœurs ;
il souffrit sur la mer, dans le fond de son cœur, d'innombrables tourments,
tandis qu'il s'efforçait d'assurer sa vie et le retour de ses compagnons.
Mais à ce prix même il ne put les sauver, quelque envie qu'il en eût,
car ils périrent par leurs propres folies.
Les insensés ! ils avaient dévoré les bœufs du Soleil fils d'Hypérion,
et le Soleil leur ravit en revanche la journée du retour.
De ces exploits, déesse fille de Zeus, à nous aussi, débutant à ton gré, redis-nous quelques-uns !
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GIONO, Naissance de l’Odyssée / L’Ulysse menteur de Giono…
Ulysse, ce n’était pas un trop mauvais garçon, mais il avait menti, menti d’affilée, comme on respire, comme on boit quand on a soif, tant et tant qu’il ne connaissait plus le vrai du faux, qu’il n’y avait plus de vrai dans sa vie, son imagination cristallisant sur chaque brin de vérité une carapace scintillante de mensonges. Il ne songeait plus à réagir. Les figures de cet extraordinaire périple : "les forêts d’algues apparues dans le creux de la boule ; les bras chargés de pins que les ports tendent vers la mer ; les vastes cieux où l’orage coule comme la lie d’un vin terrible", il les sentait toutes entrées en lui, entassées dans l’enclos de sa peau, la boursouflant de formes nouvelles. Ulysse ! Ce ne serait plus désormais ce nez de goupil, ces minces lèvres, ces yeux que l’habitude du rêve mensonger creusait de regards insondables, mais un hétéroclite amalgame de géants, de déesses charnelles, d’océans battant la dentelle des îles perdues… Et il avait peur de paraître devant Pénélope déformé par cette ingurgitation d’aventures trop grosses pour lui.

Des aventures trop grosses pour lui…
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LACARRIERE, Un jardin pour mémoire / L’Ulysse initiateur de Lacarrière…
Ulysse succéda pour moi, en tant qu’initiateur, à Athéna. Celle-ci ne m’avait pas appris grand-chose. J’en fus simplement amoureux un moment. J’admirais surtout qu’elle ait pu rester vierge au milieu de tant de dieux et de tant de héros dépravés. Mais ses conseils à Ulysse pour venir à bout des Troyens ne m’étaient pas d’une grande utilité. Je n’étais pas naïf au point de croire aux pouvoirs réels d’Athéna, mais, après tout, ce ne sont pas les dieux qui nous créèrent, c’est nous qui les avons créés, et il faut bien alors y croire nous-mêmes, établir avec eux un modus vivendi. Comme le fit Ulysse. Ce que j’admirais en lui était moins ses prouesses de combattant ou son art de la ruse que sa capacité à séduire déesses, nymphes et femmes. Car ses rencontres et ses conquêtes féminines ont tout d’une initiation. Quand il quitte son île d’Ithaque pour aller combattre sous les murs de Troie, Ulysse est un roi et un père de famille heureux, qui ne se soucie guère des nymphes ou des magiciennes. Ce n’est qu’à son retour, dix ans plus tard, qu’il rencontrera les trois femmes qui feront de lui un amant comblé (pour deux d’entre elles) et un homme accompli : Circé (la femme fatale), Calypso (la nymphe au coeur fidèle) et Nausicaa (la princesse intouchable). Signalons toutefois un épisode, en général peu remarqué, de son séjour chez Calypso. En tant que fille du soleil, Calypso a le pouvoir de rendre les hommes immortels. Elle propose donc à Ulysse l’immortalité, mais Ulysse la refuse. Il veut retourner à Ithaque, il veut retrouver sa famille, il ne veut pas changer de vie, ni même de condition. Je ne sais s’il avoua ce haut fait à sa femme Pénélope, mais je pense que, plus encore que de vaincre des monstres, c’est un haut fait de se vaincre soi-même, de refuser d’être dieu et de préférer rester homme, pour demeurer parmi les siens.
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HÉLÈNE
HOMERE, Iliade / Hélène sur le rempart de Troie…

Le narrateur
Iris vient en messagère trouver Hélène aux bras blancs, ayant pris les traits de sa belle-soeur. Elle la trouve en son palais en train de tisser une large pièce, un manteau double de pourpre, sur lequel elle représente les épreuves des Troyens dompteurs de cavales et des Achéens à cotte de bronze, les multiples épreuves qu’ils ont subies pour elle sous les coups d’Arès. Iris aux pieds rapides s’approche d’elle et dit :
Iris
"Viens, ma chère fille, viens voir. Troyens et Achéens, qui ne songeaient qu’à la guerre, se sont arrêtés, appuyés sur leurs boucliers, leur longues javelines fichées en terre. Alexandre et Ménélas, pour t’avoir, vont combattre à coups de piques, et on t’appellera l’épouse de celui qui aura vaincu."
Le narrateur
Ainsi dit la déesse ; et elle met au coeur d’Hélène le doux désir de son premier époux, de sa ville, de ses parents. Vite, elle se couvre d’un long voile blanc et elle sort de sa chambre en versant des larmes, accompagnée de deux servantes. Bientôt elles arrivent là où sont les portes Scées. Priam et les sages du Conseil des Anciens voient Hélène monter sur le rempart et, à voix basse, ils échangent des mots ailés :
Priam
"Non, il n’y a pas lieu de blâmer les Troyens ni les Achéens aux bonnes jambières si, pour une telle femme, ils souffrent de si longs maux. Elle a vraiment l’air, quand on la voit de près, d’une déesse immortelle. Mais, malgré tout, telle qu’elle est, qu’elle s’embarque, qu’elle parte, qu’elle ne reste pas ici comme une calamité pour nous et pour nos fils plus tard."
Le narrateur
Voilà comment ils parlent. Mais, élevant la voix, Priam appelle Hélène :
Priam
"Avance ici, ma fille…"
Hélène (elle entre; cheveux cachés par un voile blanc d’après le texte d’Homère ou par un foulard coloré très élégant)
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On me nomme Hélène la Blonde,
la blonde fille de Léda. J’ai fait quelque bruit dans le monde : Thésée, Arcas et cetera. Et pourtant, ma nature est bonne ! Mais le moyen de résister, alors que Vénus, la friponne, se complaît à vous tourmenter. Dis-moi, Vénus, quel plaisir trouves-tu à faire ainsi cascader la vertu ? |
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Nous naissons toutes soucieuses |
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Ah! malheureuses que nous sommes ! |














Il est bien des merveilles en ce monde ; il n’en est pas de plus grande que l’homme.


Quand le jour aux blancs coursiers épand sa clarté sur la terre, voici que, sonore, une clameur s’élève du côté des Grecs, modulée comme un hymne, cependant que l’écho des rochers de l’île en répète l’éclat.
Pourquoi tout allait-il bien autrefois et pourquoi tout va-t-il mal aujourd'hui ? Ah ! c'est d'abord parce que le peuple alors, osant faire campagne par lui-même, était le maître des hommes politiques, parce qu'il disposait personnellement de tous les avantages et que chacun s'estimait heureux de recevoir de lui les honneurs, les magistratures, une part d'un bien quelconque. Maintenant, au contraire, ce sont les politiques qui disposent de tout, c'est par eux que tout se fait ; et vous qui êtes le peuple, énervés, dépouillés de votre argent et de vos alliés, réduits à la condition de serviteurs, citoyens de surcroît, vous vous estimez heureux s'ils vous distribuent quelque chose ; enfin trait de courage qui dépasse tout vous leur savez gré de vous donner ce qui est à vous. Quant à eux, après vous avoir parqués dans la ville, ils vous mènent à cette curée et vous apprivoisent pour vous domestiquer.
Les livres platoniciens m’avaient averti de revenir à moi-même. J’entrai donc, sous Ta conduite, dans l’intimité de mon être… J’y entrai et je vis avec l’oeil de mon âme au-dessus de l’oeil de mon âme et au-dessus de mon intelligence une lumière immuable, non pas celle que nous connaissons bien et qui est visible à toute chair, ni une lumière de même nature qui ne s'en serait distinguée que par une différence de degré et d'intensité ou d'extension dans l'espace. Non, c'était autre chose, bien autre chose que toutes nos lumières ! Et si elle était au-dessus de mon intelligence, ce n'était pas de la manière dont l'huile est au-dessus de l'eau ou le ciel au-dessus de la terre. Elle était au-dessus parce que c'est elle-même qui m'a créé, et moi j’étais au-dessous parce que j'ai été créé par elle. Qui connaît la vérité connaît cette lumière, et qui la connaît connaît l'éternité. La charité la connaît. O éternelle vérité et vraie charité et chère éternité !
Sur les bords de la Méditerranée, ce grand lac salé, quantité de populations extrêmement différentes, quantité de tempéraments, de sensibilités et de capacités intellectuelles très diverses se sont trouvés en contact. Grâce aux facilités de mouvements, ces peuples entretinrent des rapports de toute nature. Le nombre des éléments ethniques en présence ou en contraste, au cours des âges, celui des mœurs, des langages, des croyances, des législations, des constitutions politiques ont, de tout temps, engendré une vitalité incomparable dans le monde méditerranéen. En aucune région du globe, une telle variété de conditions et d'éléments n'a été rapprochée de si près, une telle richesse créée et maintes fois renouvelée. Or, tous les facteurs essentiels de la civilisation européenne sont les produits de ces circonstances, c'est-à-dire que des circonstances locales ont eu des effets (reconnaissables) d'intérêt et de valeur universels. En particulier, l'édification de la personnalité humaine, la génération d'un idéal du développement le plus complet ou le plus parfait de l'homme, ont été ébauchées ou réalisées sur nos rivages. L'homme, mesure des choses ; l'homme, élément politique, membre de la cité ; l'homme, entité juridique définie par le droit ; l'homme égal à l'homme devant Dieu et considéré sub specie aeternitatis, ce sont là des créations presque entièrement méditerranéennes dont on n'a pas besoin de rappeler les immenses effets.
Songe que tu es envoyé dans la province d'Achaïe, au sein et au cœur même de cette Grèce où, comme le veut la tradition, ont été découvertes à leur naissance la civilisation, les lettres et même la culture de la terre ; que tu y es envoyé pour remettre l'ordre dans la constitution des cités libres, que tu vas donc à des hommes qui sont hommes entre tous, à des citoyens libres, libres entre tous, qui après avoir reçu ce privilège de la nature l'ont conservé par le courage, le mérite, les alliances, enfin les traités et le culte de la religion. Respecte leurs dieux fondateurs et les noms que leurs dieux portent dans leur langue, respecte leur ancienne gloire et jusqu'à cette vieillesse qui est vénérable dans l'homme et sacrée dans les villes. Qu'auprès de toi soit en honneur l'antiquité, en honneur les grandes actions, en honneur même les légendes. Ne diminue la dignité de quiconque, la liberté de quiconque, ni même la vanité de quiconque. Aie devant les yeux que cette terre est celle d'où nous est venu notre droit, qui nous a donné nos lois, non après nous avoir vaincus, mais sur notre demande, que c'est à Athènes que tu vas entrer, Lacédémone que tu vas régir ; leur arracher la dernière ombre et le nom qui seul leur reste de la liberté serait cruel, sauvage, barbare.
Dans les chaudes journées d’été, quand le chardon fleurit, quand la cigale, posée sur un arbre, les ailes crissantes, nous assourdit de son chant, les chèvres sont plus grasses, le vin est meilleur, les femmes sont plus ardentes et les hommes plus amollis, car la Canicule leur brûle la tête et les jambes, et leur dessèche la peau. Repose-toi alors à l’ombre d’un rocher ; bois du vin de Biblos ; fais ton repas d’une galette bien levée et du lait d’une chèvre qui n’allaite plus, puis de la viande d’une génisse élevée dans les bois et qui n’a jamais vêlé ou d’un agneau de première portée. Pour déguster le vin noir, reste assis à l’ombre, le corps repu de nourriture, le visage tourné vers un léger souffle d’air, près d’une source d’eau fraîche et limpide dont tu puiseras l’eau, trois quarts d’eau pour un quart de vin.
C’est Athènes la première, Athènes au nom très illustre, qui assura aux hommes les douces consolations de la vie. Alors qu’aux yeux de tous l’humanité traînait sur terre une vie abjecte, écrasée sous le poids d’une religion dont le visage, se montrant du haut des régions célestes, menaçait les mortels de son aspect horrible, le premier un Grec, Épicure, osa lever ses yeux mortels contre elle, et contre elle se dresser. O misérables esprits des hommes, ô coeurs aveugles ! Dans quelles ténèbres et dans quels dangers s’écoule ce peu d’instants qu’est la vie ! Ne voyez-vous pas ce que crie la nature ? Réclame-t-elle autre chose que pour le corps l’absence de douleur, et pour l’esprit un sentiment de bien-être, dépourvu d’inquiétude et de crainte ? Ainsi pour le corps, nous le voyons, il est besoin de bien peu de choses. Tout ce qui peut supprimer la douleur est capable également de lui procurer maint plaisir exquis. Et dans cet état, la nature elle-même ne réclame rien de plus agréable. Il nous suffit, étendus entre amis sur un tendre gazon, le long d’une eau courante, sous les branches d’un grand arbre, de pouvoir à peu de frais apaiser agréablement notre faim, surtout quand le temps sourit et que la saison parsème de fleurs les herbes verdoyantes.




