
QUELQUES ALLUSIONS À LA VENDÉE CHEZ DES ÉCRIVAINS DU DÉBUT DU XIXe SIÈCLE
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Le terme « Chouan » est resté plutôt dépréciatif, malgré la Chronique rimée de Jean Chouan de Gobineau (1846). Chez Hugo, dans Quatrevingt-treize (1873) le mot « chouan » peut être tantôt dépréciatif, tantôt flatteur. Mais, après lui, le terme « chouannerie » va prendre un sens plus nettement péjoratif. En revanche, au XIXe siècle, le terme « Vendéen » est surtout un label d’héroïsme. Cela est dû en partie à des ouvrages à la gloire de la Vendée comme les Mémoires de Mme de La Rochejaquelein (1814) ou l’Histoire de la Vendée militaire de Crétineau-Joly (1841). |
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CHATEAUBRIAND
"De la Vendée", article du Conservateur de juillet 1819
« La Vendée était restée chrétienne et catholique; en conséquence, l’esprit monarchique vivait dans ce coin de la France. Dieu semblait avoir conservé cet échantillon de la société afin de nous apprendre combien un peuple à qui la religion a donné des lois est plus fortement constitué qu’un peuple qui s’est fait son propre législateur. Dès les premiers jours de la révolution, les Vendéens montrèrent une grande répugnance pour les principes de cette révolution. La première guerre de Vendée fut utile à la monarchie légitime, en maintenant l’honneur de cette monarchie, en prouvant la force des véritables défenseurs de cette monarchie. De tous les chefs, les uns étaient nobles, les autres sortis des classes moins élevées de la société; les talents marquaient les rangs. Le noble obéissait au roturier, le roturier au noble, selon le mérite; et, tandis que la Convention décrétait l’égalité et la liberté en créant le despotisme, l’égalité et la liberté ne se trouvaient qu’à l’armée royale et catholique de la Vendée. »

CHATEAUBRIAND
"Rencontre, à Londres en 1798, d'un paysan vendéen"(Mémoires d’outre-tombe, I, XI,3)
« Cet homme, qui n’était rien, avait vu mourir Cathelineau, premier général de la Vendée et paysan comme lui ; Bonchamp, en qui revivait Bayard ; Lescure, armé d'un cilice non à l'épreuve de la balle ; d'Elbée, fusillé dans un fauteuil, ses blessures ne lui permettant pas d'embrasser la mort debout ; La Rochejaquelein, dont les patriotes ordonnèrent de vérifier le cadavre, afin de rassurer la Convention au milieu de ses victoires. Cet homme, qui n’était rien, avait assisté à deux cents prises et reprises de villes, villages et redoutes, à sept cents actions particulières et à dix-sept batailles rangées ; il avait combattu trois cent mille hommes de troupes réglées, six à sept cent mille réquisitionnaires et gardes nationaux ; il avait aidé à enlever cinq cents pièces de canon et cent cinquante mille fusils ; il avait traversé les colonnes infernales, compagnies d'incendiaires commandées par des Conventionnels ; il s'était trouvé au milieu de l'océan de feu, qui, à trois reprises, roula ses vagues sur les bois de la Vendée ; enfin, il avait vu périr trois cent mille Hercules de charrue, compagnons de ses travaux, et se changer en un désert de cendres cent lieues carrées d'un pays fertile. Les deux Frances se rencontrèrent sur ce sol nivelé par elles. Tout ce qui restait de sang et de souvenir dans la France des Croisades lutta contre ce qu'il y avait de nouveau sang et d'espérances dans la France de la Révolution. Le vainqueur sentit la grandeur du vaincu. Thureau, général des républicains, déclarait que « les Vendéens seraient placés dans l'histoire au premier rang des peuples soldats ». Un autre général écrivait à Merlin de Thionville : « Des troupes qui ont battu de tels Français peuvent bien se flatter de battre tous les autres peuples ». Les légions de Probus, dans leur chanson, en disaient autant de nos pères. Bonaparte appela les combats de la Vendée « des combats de géants ». J’étais le seul à considérer avec admiration et respect le représentant des anciens Jacques. Il avait l'air indifférent du sauvage ; son regard était grisâtre et inflexible comme une verge de fer ; sa lèvre inférieure tremblait sur ses dents serrées ; ses cheveux descendaient de sa tête en serpents engourdis, mais prêts à se dresser ; ses bras, pendant à ses côtés, donnaient une secousse nerveuse à d'énormes poignets tailladés de coups de sabre ; on l'aurait pris pour un scieur de long. Sa physionomie exprimait une nature populaire rustique, mise, par la puissance des moeurs, au service d'intérêts et d'idées contraires à cette nature ; la fidélité native du vassal, la simple foi du chrétien, s'y mêlaient à la rude indépendance plébéienne accoutumée à s'estimer et à se faire justice. Le sentiment de sa liberté paraissait n'être en lui que la conscience de la force de sa main et de l'intrépidité de son coeur. Il ne parlait pas plus qu'un lion ; il se grattait comme un lion, bâillait comme un lion, se mettait sur le flanc comme un lion ennuyé, et rêvait apparemment de sang et de forêts : son intelligence était du genre de celle de la mort. Quels hommes dans tous les partis que les Français d'alors, et quelle race aujourd'hui nous sommes ! Mais les républicains avaient leur principe en eux, au milieu d'eux, tandis que le principe des royalistes était hors de France. Les Vendéens députaient vers les exilés ; les géants envoyaient demander des chefs aux pygmées. L'agreste messager que je contemplais avait saisi la Révolution à la gorge, il avait crié : « Entrez ; passez derrière moi ; elle ne vous fera aucun mal ; elle ne bougera pas ; je la tiens. » Personne ne voulut passer : alors Jacques Bonhomme relâcha la Révolution, et Charette brisa son épée. »

VICTOR HUGO
Odes, livre I, 1822
[Vendée] ! tu te souviens des jours de ta misère !
Des flots de sang baignaient tes sillons dévastés,
Et le pied des coursiers n’y foulait de poussière
Que la cendre de tes cités !
Ceux-là qui n’avaient pu te vaincre avec l’épée
Semblaient, dans leur rage trompée,
Implorer l’enfer pour appui ;
Et, roulant sur la plaine en torrents de fumée,
Le vaste embrasement poursuivait ton armée,
Qui ne fuyait que devant lui !
La Loire vit alors, sur ses plages désertes,
S’assembler les tribus des vengeurs de nos rois,
Peuple qui ne pleurait, fier de ses nobles pertes,
Que sur le Trône et sur la Croix.
C’étaient quelques vieillards fuyant leurs toits en flammes,
C’étaient des enfants et des femmes,
Suivis d’un reste de héros ;
Au milieu d’eux marchait leur Patrie exilée,
Car ils ne laissaient plus qu’une terre peuplée
De cadavres et des bourreaux.
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CHOUANS ET VENDÉENS DANS QUELQUES ROMANS DU XIXe SIÈCLE
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Dans son Histoire de la Révolution, au milieu du XIXe siècle, Michelet s’en prend aux « romans vendéens » dans lequels, dit-il, « pas un fait, pas une date ne sont exacts ». Il cite en exemple les Mémoires de la marquise de La Rochejaquelein ; il pense sans doute aussi aux Chouans de Balzac. Pour lui, la Révolution ce fut la « lumière », alors que l’insurrection de l’Ouest ne fut que « ténèbres ». Mais alors que, dit-il, les hommes restèrent fidèles à la Révolution, seules les femmes, avec leur « ardente sensibilité » furent responsables de la révolte, et aussi les prêtres qui, avec « quarante mille chaires et cent mille confessionnaux », disposaient d’une formidable machine anti-révolutionnaire.
Les romans du XIXe siècle qui ont pris pour thème la lutte entre les « bleus » et les « blancs » dans les régions de l’ouest de la France, même si, comme tout roman historique, ils suscitent à juste titre la méfiance des historiens ont au moins le mérite de nuancer beaucoup la thèse caricaturale de Michelet. En réalité, il y avait peu de documentation historique sur cette période, les contre-révolutionnaires ayant réussi à détruire des documents compromettants pour eux et le nouveau régime, démocratique ou monarchique, ayant préféré effacer de sa mémoire et de ses archives des pages peu glorieuses. Aussi le champ était-il libre pour le romancier, qui a pu, sur un fond d’histoire événementielle, constituer les chouanneries en mythe littéraire.
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Parmi les principaux titres de romans, on peut citer :
| Nodier, Thérèse Aubert (1820) |
Dumas, Les Louves de Machecoul (1858)
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| Balzac, Les Chouans (1829) |
Dumas, Les Blancs et les Bleus (1867)
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| Janin, Le Mariage vendéen (1839) |
Dumas, Les compagnons de Jéhu (1857)
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| Sandeau, Valcreuse (1847) |
Dumas, Le chevalier de Sainte-Hermine (1870)
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| Nerval, Le Marquis de Fayolle (1849) |
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| Barbey, L’Ensorcelée (1854) |
Sand, Cadio (1867)
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| Barbey, Le Chevalier des Touches (1864) |
Hugo, Quatrevingt-treize (1873)
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| Verne, Le Comte de Chanteleine (1864) |
Bourges, Sous la Hache (1878)
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Entre 1856 et 1860, la publication de l'Album vendéen, illustration des histoires de la Vendée Militaire 1793-1832 contribua à asseoir le mythe en offrant, en 125 planches, un panorama des hauts lieux des Guerres de Vendée et de la Chouannerie : lieux où vécurent les chefs insurgés, champs de batailles de Vendée et de la Virée de Galerne, hauts lieux de la Chouannerie, du débarquement de Quiberon et des derniers combats de 1815 et 1832. Cet ensemble permit à chacun de mieux situer les nombreux récits des auteurs contemporains des événements. Les illustrations étaient de Thomas Drake et le texte de l'historien Albert Lemarchand.

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À la fin du XIXe siècle, LE PIN-EN-MAUGES, patrie de Jacques Cathelineau (1759- 1793), rendit hommage aux héros de la Vendée révoltée. La statue de Cathelineau est sur la place de l'église. Son tombeau, qui contient une partie de ses restes (venant de Saint-Julien- le-Vieil), est surmonté d'une statue en marbre par Biron de Cholet (1896). |
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Dans l'église, une série de vitraux est consacrée aux héros de la Vendée ; c'est l'œuvre de Jean Clamens (entre 1895 et 1899).
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Lescures
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Cathelineau
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Bonchamps
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Les pays de l'Ouest où se déroulèrent les conflits

LA MONTÉE DES RÉSISTANCES DANS L’OUEST (1792)
Avec la Révolution, les ruraux avaient vu changer tous les cadres de vie auxquels ils étaient habitués et ils étaient très sensibles aux atteintes portées à leurs intérêts (par exemple l’abolition de la gabelle en 1790 avait lésé les contrebandiers du Maine). Les bouleversements religieux les avaient également beaucoup affectés : les “curés jureurs” avaient été bannis de la communauté, certains parents préférant laisser leurs enfants mourir sans baptême plutôt que de les faire baptiser par eux. Et les acheteurs de “biens nationaux” étaient tenus en grand mépris et même persécutés.
Dès 1791-1792, des communautés rurales refusèrent la création de l'Église constitutionnelle et la vente des biens du clergé, se montrant aussi jalouses de leur indépendance vis-à-vis des administrateurs des districts et des départements. En Bretagne, dans le Finistère, dans le Morbihan, en Loire-Inférieure, ce mouvement déboucha sur de véritables insurrections locales entraînant parfois mort d'hommes. Dans les premiers jours de mai 1792, des heurts eurent lieu aussi à Saint-Christophe-du-Ligneron et à Saint-Jean-de-Monts.
En mai 1792, un courant ouvertement contre-révolutionnaire prit naissance, animé par le chevalier de La Rouërie, qui, depuis juin 1791, tentait d’organiser les nobles de tout l'Ouest et constituait des dépôts d’armes. La Rouërie se trouvait derrière des incidents graves qui se produisirent en août 1792, avec la participation de groupes de ruraux. Châtillon-sur-Sèvre fut pris par des paysans qui s’étaient battus devant Bressuire. À Saint-Ouen-des-Toits, près de Laval, se distingua une petite bande armée constituée autour d'un contrebandier, un temps poursuivi par la justice royale, Jean Cottereau, dit Jean Chouan, qui allait donner son surnom à l'ensemble des insurrections.
La conjuration de La Rouërie échoua. Mais tout cela commençait à inquiéter les autorités révolutionnaires. En Vendée, quelques seigneurs, qui avaient des velléités de révolte, furent mis sous surveillance, des patriotes étant chargés de vérifier que, dans tous les rassemblements, les participants portaient bien la cocarde bleu-blanc-rouge.
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Nerval a situé son roman Le Marquis de Fayolle dans les premiers moments du mouvement contre-révolutionnaire dans le Maine. Il y a introduit le personnage de Jean le Chouan dans l’intrigue d’un roman-feuilleton qui, dit-il, lui a été racontée par le fils de ce même Jean le Chouan, qui tenait un cabaret à Vitré. Jean le Chouan, lorsqu’il faisait partie des contre-révolutionnaires de la la région de Vitré, aurait connu le secret de la naissance d’un certain Georges, devenu capitaine de la garde-nationale, secret impliquant le marquis de Fayolle et son frère le comte de Fayolle.
Le marquis de Fayolle a mise enceinte la jeune marquise Hélène de Maurepas, puis tué en duel le mari, propriétaire du château d’Epinay, près du village de Champeaux. Pour éviter le scandale, l’enfant été aussitôt retiré à sa mère par l’abbé Huguet et élevé par lui dans le presbytère de Vitré. Yvonne, la femme de chambre de la marquise, a juré sur la croix de garder le secret. En récompense, la marquise lui a permis d’épouser Jean le Chouan, qui était domestique au château, et leur a donné une petite ferme près de Champeaux, La Haie. Puis elle est entrée chez les bénédictines de la forêt de Rennes (dont elle deviendra abbesse). Le marquis de Fayolle, lui, est parti en Amérique pour soutenir la cause des américains révoltés.
Le château d’Épinay, par suite de diverses alliances, s’est retrouvé propriété du frère puîné du marquis, le comte de Fayolle, resté veuf avec une fille, Gabrielle. Celle-ci, dans son enfance, a été la compagne de jeux de Georges, lorsque le garçon, que son tuteur l’abbé Huguet présentait comme un enfant trouvé, venait en visite au château d’Épinay. Les deux jeunes gens s’aimaient et même, un jour qu’ils étaient allés jouer à la ferme d’Yvonne, ils s’étaient liés par serment et Gabrielle avait donné à son jeune amant l’alliance qui avait appartenu à sa mère. Puis Georges était parti étudier la médecine à Rennes et s’était intégré à un groupe d’étudiants adeptes des idées révolutionnaires.
Au début de 1789, le marquis de Fayolle, revenu d’Amérique, donne un bal dans son hôtel de Rennes à la noblesse de Bretagne. Parmi les invités sont M. de la Rouërie et M. de Tinténiac, qui courtise Gabrielle. Celle-ci commence à prendre conscience quelle mésalliance serait pour elle un mariage avec Georges. Aussi, alors que le jeune révolutionnaire a été blessé au cours d’une bagarre par M. de Tinténiac, poussée par son père, elle va le voir pour reprendre sa bague. Toutefois elle accepte de renouveler son serment de fidélité à Goerges, mais seulement pour deux années. Le marquis de Fayolle, lui, veut connaître la vérité sur l’enfant qu’il a eu autrefois avec la comtesse de Maurepas. Pour cela, il se rend à la ferme de Jean le Chouan et essaie de faire parler Yvonne. Celle-ci reste fidèle à son serment, mais le marquis finit par comprendre que Georges est son fils. La lutte s’est engagée désormais entre les Blancs et les Bleus. Ceux-ci, partisans de la Révolution, se heurtent à Jean le Chouan et à ses « chouans ». Alors que Georges et ses gardes nationaux attaquent le château de la Rouërie (à 20 km au nord-ouest de Fougères), le marquis de Fayolle se retrouve face au jeune capitaine des Bleus et, comme il sait depuis peu qu’il est son fils, il refuse de se défendre. Il est fait prisonnier et conduit à Rennes avec la Rouërie. Georges a reçu également mission de « libérer » les bénédictines enfermées dans le couvent de la forêt de Rennes. Là, il se retrouve face à l’abbesse (Hélène de Maurepas) qui reste intransigeante. Mais Péchard lui révèle que le capitaine qu’elle a devant elle est l’enfant qu’elle a eu avec le marquis de Fayolle. Alors Jean le Chouan enlève la comtesse, son ancienne bienfaitrice, et l’emmène dans sa ferme de la Haie. Pour libérer la Rouërie et le marquis de Fayolle, on convainc le comte de Fayolle d’accepter que Gabrielle se charge de retenir Georges pendant que les chouans interviendront. Gabrielle s’acquitte de sa mission avec habileté en jouant avec les sentiments de Georges et… Le feuilleton de Nerval s’arrête là… Et le lecteur ne peut que se poser des questions : Georges épousera-t-il Gabrielle (soit parce que sa naissance révélée le rend digne d’elle, soit parce que la Révolution a aboli les catégories sociales) ? D’ailleurs Gabrielle est-elle toujours digne de lui, elle qui s’est montrée prête à toutes les compromissions et qui a été capable de le tromper dans la scèene finale ? Georges et son père le marquis resteront-ils ennemis politiques ou l’un des deux évoluera-t-il ? Le marquis finira-t-il par adhérer à la cause révolutionnaire ? Un ami de Nerval, Ed. Gorges, a donné une fin au roman, mais ses choix sont de peu d’intérêt et ne sont peut-être pas conformes aux intentions de l’auteur.
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LA RÉPRESSION, EFFICACE EN BRETAGNE, ÉCHOUE CONTRE LA VENDÉE (1793)
L’exécution du roi, en janvier 1793 suscita des tensions telles que la surveillance s’accrut à l’égard des contre-révolutionnaires: dès février, des «représentants en mission» furent envoyés dans les provinces avec des pouvoirs illimités.
En février 1793, une levée de 300.000 hommes ayant été décidée dans toute la France pour renforcer l’armée de la Révolution, les paysans refusèrent de laisser leurs garçons tirer au sort et constituèrent des bandes armées. Armés de bâtons, de faux, de broches à rôtir, ils s’attaquaient à la minorité des partisans de la Révolution qui se trouvaient dans les bourgades, les obligeant à fuir vers les villes, mieux défendues.
La répression fut très dure, d’abord dans le Léon. Au nord de la Loire, jusqu’à Angers, le général Canclaux, parti de Brest, dirigea une colonne armée qui soumit les révoltés et s’en prit violemment aux communes insurgées. Cela permit aux troupes républicaines de reprendre rapidement le contrôle de toute la région, la présence de fortes garnisons et l'efficacité des généraux républicains ayant raison de l'absence de coordination entre les insurrections comme de la médiocrité de leur armement.
Mais la chouannerie continuait, la bande de Jean Chouan et de ses frères étant toujours traquée par les gardes nationaux. De plus, au nord, la proximité de l’Angleterre permettait aux émigrés de tenter d’organiser la révolte, malgré l’action des «représentants en mission».
La Vendée, au sud, résista mieux et échappa à la République. Alors une petite partie des bretons vaincus alla s'engager dans les armées vendéennes. Ils étaient entraînés par Cadoudal, le fils d’un paysan aisé d’Auray, qui, au nom de la défense de la religion catholique, était entré dans l'opposition à la Révolution. Quant aux forêts entre Maine et Bretagne, elles servirent alors de foyers de résistance et de bases de repli. C'est alors que le mot «chouannerie» commença à être utilisé comme terme générique.
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Le roman de Hugo est fondé sur les événements du milieu de l’année 1793 dans le Bocage breton, alors que les Bleus accentuaient la répression contre les Blancs.
Fin mai 1793 à Ardillé (12 km au sud-sud-est de Laval), une troupe de soldats « bleus » pénètre dans le bois de la Saudraie, repaire des chouans de la région de Laval. Ils y trouvent une pauvre femme, Michelle Fléchard, avec ses trois jeunes enfants.
Le 1er juin, une corvette venant de Jersey amène sur les côtes de France, près du mont Saint-Michel, le vieux marquis de Lantenac, qui va prendre la tête des paysans en lutte contre les forces de la Révolution. Il veut installer son quartier général dans la forêt de Fougères. Le marquis ordonne d’abord de fusiller tous les habitants d’un village coupables d’avoir « bien reçu » une troupe de soldats bleus et de brûler leurs maisons. Seuls sont épargnés les trois enfants, que les « blancs » les emmènent avec eux.
À Paris, fin juin 1793, Cimourdin, un ancien prêtre, est délégué par le Convention pour suivre les opérations ; il aura le titre de « commissaire délégué du Comité de salut public » auprès du commandant de la colonne expéditionnaire, qui n’est autre que le vicomte Gauvain*, ancien élève de Cimourdin et petit-neveu de Lantenac.
Lantenac ne voulait pas se contenter d’une guerre de harcèlement dans les halliers et les taillis comme celle de Jean Chouan. Il voulait, à côté de « la sauvage armées des forêts » une troupe régulière, venue d’Angleterre, qui fût « le pivot de manœuvre des paysans ». C’est pourquoi il concentra ses troupes à Dol, n’ayant à craindre que les quinze cents hommes de Gauvain (dans la région d’Avranches) et les vingt-cinq mille homme de Lechelle (vers Dinan).
Cimourdin se rend donc à Dol, où six mille blancs, commandés par Lantenac, viennent d’être mis en déroute par seulement quinze cents bleus, commandés par Gauvain. Il arrive juste à temps pour sauver la vie de Gauvain. Mais alors que lui, Cimourdin, veut que la Révolution soit sans pitié, il se rend compte que Gauvain est plus hésitant devant la répression.
Lantenac s’est réfugié dans « la Touques », c’est-à-dire la Tour-Gauvain (que Hugo situe à la lisière nord de la forêt de Fougères, près de Parigné). Là, une vingtaine d’hommes sont assiégés par une armée révolutionnaire de 4500 hommes, commandée par Cimourdin et Gauvain. Lantenac est sur le point d’être pris, mais, grâce à une « pierre qui tourne », il peut s’échapper de la tour. Cependant, apercevant les trois enfants prisonniers de la tour en flammes, il y revient pour les sauver. Gauvain ne peut que l’arrêter. Il l’enferme dans un cachot ; mais, bientôt, il le fait évader et prend sa place. Cimourdin, fidèle à ses principes, le fait guillotiner ; mais il se tue lui-même d’un coup de pistolet, au moment même où tombe la tête de son ancien élève.
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*Juliette « Drouet », la maîtresse de Hugo, s'appelait en réalité Juliette Gauvain ; née à Fougères en 1806, elle était fille d'un chouan.
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LES SUCCÈS PUIS LES PREMIÈRES DÉFAITES DE LA VENDÉE (1793)
Désormais la Vendée, isolée du reste de la France, organisa la résistance. Les émeutiers qui portaient des cocardes blanches, la couleur du roi s’étaient trouvé des chefs : Jacques Cathelineau, un voiturier du Pin-en-Mauges (il sera tué en juillet), Stofflet, un garde-chasse, Bonchamps et d’Elbée, d’anciens militaires. A la mi-mars, ils envahirent Saint-Florent-le-Vieil et Cholet (14 mars), où des soldats républicains (les “Bleus”) avaient tiré sur la foule.
La Convention, très inquiète, institua la peine de mort pour toute personne prise les armes à la main ou porteuse d’une cocarde blanche. Le général Macé, parti de la Rochelle avec 3000 hommes, fut envoyé en Vendée ; mais, le 19 mars, au Pont-Charrault, près de Saint-Vincent-Sterlanges, sa troupe, attaquée dans un défilé, fut vaincue et prit la fuite devant les Vendéens.
Sûrs de leur force, ceux qu’on appelait alors les “Blancs” massacrèrent 150 patriotes à Machecoul (à partir du 27 mars). Pourtant, en général, ils faisaient preuve de clémence (sauf dans le Marais) : d’Elbée, en avril, empêcha ses soldats de tuer des prisonniers.
Malgré leur isolement et la faiblesse de leur armée, entre mars et septembre 1793, les Blancs allèrent d’abord de victoire en victoire. De nombreuses petites villes tombèrent en leur pouvoir : Bressuire, Parthenay, Saumur (9 juin), Thouars (mal défendue par le général Quétineau, qui sera guillotiné). Les Sables-d’Olonne seuls leur résistèrent ; mais ils allèrent facilement jusqu’à Chinon, la Flèche et Angers. Les patriotes (les “patauds ”) se réfugiaient dans les grandes villes comme Nantes, Niort, Angers, Tours ou Orléans.
Toutefois, les succès des Vendéens n’étaient jamais définitifs, car ils n’avaient pas les moyens de consolider leurs conquêtes et de s’installer durablement dans les villes qu’ils avaient prises.
Le 29 juin, l’attaque de Nantes par Charette, Talmond et Cathelineau échoua et Cathelineau fut mortellement blessé. Cette défaite empêcha les Anglais de prendre le premier port de l'Atlantique et le sort de la Révolution s'est peut-être joué à cette occasion. Échoua aussi une tentative sur Luçon.
De juillet à septembre, victoires et défaites se succèdèrent : le général républicain Westermann s’empara de Châtillon qu’il mettra ensuite à sac ; les Vendéens prirent les Ponts-de-Cé, furent vaincus devant Luçon, mais vainqueurs à Torfou.
Devant la dégradation de la situation, à la Convention, Barère fit accepter le principe d’une destruction complète de la Vendée, avec exode forcé des patriotes : « Détruisez la Vendée ; voilà le chancre qui dévore le cœur de la République ; c’est là qu’il faut frapper ! » (1er août 1793).
Devant les violences exercées par les colonnes républicaines qui commencèrent leur « nettoyage » par le sud, les Vendéens se replièrent sur Cholet. Là, le 17 octobre, au cours d’un combat, ont été mortellement blessés leurs principaux chefs, Lescure, d’Elbée et Bonchamps (celui-ci, à Saint-Florent-le-Vieil, juste avant de mourir, fit libérer 4 000 à 5 000 prisonniers républicains que les Blancs s’apprêtaient à fusiller).
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L’action est située dans la région de Nantes, en juin 1793. Sont confrontés deux ci-devant nobles, l’un royalistes et l’autre révolutionnaire.
Le comte Baudelot de Derval, « un vrai gentilhomme d’épée et d’esprit comme on n’en fait plus », mais qui se retrouvait seul au monde, avait été un des premiers à protester, les armes à la main, contre les excès de la Révolution. Ami de Cathelineau, il participa à de nombreux combats.
Surpris dans une ferme par un détachement de trois cents « bleus », il réussit, par ruse, à faire échapper tous les soldats, les femmes et les enfants qui étaient avec lui, avant de se livrer, seul, au capitaine ennemi. Celui était le ci-devant marquis Hamelin, un noble de la région de Nantes qui avait approuvé les thèses révolutionnaires. Il emmena Baudelot dans son château et l’enferma dans le pigeonnier, en attendant de la conduire à Nantes le lendemain pour qu’il y soit fusillé.
En effet, c’était alors le jour des fiançailles du marquis avec Mlle Éléonore de Mailly. A cette occasion, après que son prisonnier lui eut donné sa parole de ne pas chercher à s’échapper, il lui fit servir un bon dîner par une jeune bretonne de dix-sept ans (qui lui rappelait sa cousine Marie qui avait été égorgée par le bourreau). Puis il lui fit prêter un habit pour qu’il puisse participer au bal auquel il avait convié « les plus belles dames révolutionnaires de la province ». La présence de cet aristocrate à l’ancienne mode, promis le lendemain à la « mort républicaine », ranima le bal jusqu’alors bien morne. Au matin, Baudelot embrassa la jeune fiancée, qui avait été immédiatement amoureuse du beau gentilhomme.
C’est alors qu’on entendit au dehors un grand bruit de cavaliers et de chevaux. Toutes les femmes voulurent protéger le prisonnier contre les « bleus ». Mais c’était en réalité une troupe de chouans qui venaient délivrer leur capitaine, bien surpris de le trouver non dans le pigeonnier, mais dans le château en habit de bal ! C’était peu de temps avant la défaite de l’armée « catholique et royale » à Nantes et la mort de Cathelineau (juillet 1793).
Éléonore de Mailly renonça à épouser son fiancé. Plus tard, quand le pays fut « moins inondé de sang », elle épousa le comte Baudelot de Derval et Hamelin signa au contrat comme adjoint municipal !
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LA VIRÉE DE GALERNE ET LES DÉFAITES DES VENDÉENS (1793)
Après la défaite de Cholet, à l’impulsion du général Talmont, la longue colonne vendéenne traversa la Loire à Saint-Florent-le-Vieil (18 octobre), sous les ordres d’un général de vingt ans, Henri de La Rochejaquelein. Cela forma un convoi impressionnant de 60.000 à 100.000 hommes, femmes et enfants, protégés par 30.000 à 40.000 combattants et une cavalerie de 2000 chevaux. Les Bleus étant incapables de mettre au point une stratégie pour les arrêter, cette «virée de galerne» passa facilement par Le Mans, Laval (où Jean Chouan les rejoignit et les aida dans la victoire d’Entrammes), puis Mayenne, Fougères (4 novembre), Dol, avec toutefois de grosses difficultés de ravitaillement. La chouannerie de Mayenne et de Bretagne, avec Cadoudal, s’était jointe à eux. Passant par Pontorson et Avranches, leur dessein était de s’emparer de Granville, où devraient débarquer des troupes anglaises. Mais la citadelle de Granville se révéla imprenable (14 novembre 1793).
Alors, désobéissant à leurs chefs, les Vendéens repartirent vers le sud, par Avranches et Pontorson. Le retour fut infiniment plus dramatique que l’aller, car les Vendéens se heurtèrent au général Marceau, subissant de nombreuses pertes au cours de violents combats. A Dol (21 novembre) ils tuèrent 10.000 républicains ; ils se battirent à Antrain, prirent Fougères et Laval. Mais ils échouèrent dans le siège d’Angers (3 décembre). Les populations locales souffraient cruellement lors du passage de cette masse qui réclamait de la nourriture et qu’on disait porteuse d’épidémies. Et les troupes républicaines qui la harcelait pratiquaient systématiquement pillages, viols et exécutions sommaires, sans épargner même ceux qui se disaient “patriotes”.
Au Mans, le 12 décembre, les Vendéens furent vaincus après un dur combat, avec des pertes furent énormes (10.000 reépublicains furent tués et 15.000 Vendéens). C’est là que mourut la mère de Jean Chouan, écrasée par une charrette. Les prisonniers furent exécutés, dont le prince de Talmont, qui fut guillotiné.
À Ancenis, La Rochejaquelein, Stofflet et de 1000 à 5000 personnes réunissirent à traverser la Loire le 16 décembre ; mais, le lendemain, des bateaux républicains empêchèrent le passage. C’est à Savenay que les Vendéens subirent leur ultime défaite le 23 décembre 1793 et, encore une fois, les prisonniers furent tous exécutés.
Il restait, dans le Marais breton, l’armée de Charette, qui attaqua Machecoul le 30 décembre. Le général Turreau, venu de Nantes, en vint à bout au cours de plusieurs combats. Désormais, la destruction des armées catholiques et royales ne laissait plus dans la région que des bandes de quelques centaines, quelques milliers d’hommes tout au plus, battant la campagne et s’engageant dans quelques escarmouches avec les républicains rencontrés par hasard.
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Au cours d’un de ces petits engagements, le général républicain Desmarres a le dessous. Dans son compte rendu, pour détourner l’attention, il s’étend sur la mort d’un garçon de quatorze ans, nommé Joseph BARA, qui avait été tué alors qu’il tenait deux chevaux par la bride. Cela donna à Robespierre l’idée de lancer une opération de publicité révolutionnaire en proposant à l’admiration du public des actions de bravoure imaginaires. Et Bara fut présenté comme un héros auquel on était invité à rendre un culte. Alors qu’il avait traité son meurtrier de « foutu brigand », on dit qu’il cria en mourant « Vive la République ! ». De même qu’on fit dire à un autre jeune garçon, Joseph Viala, tué par une balle perdue alors qu’il coupait les cordes d’un ponton: « Je meurs, mais c’est pour la liberté ! ». Et dans le Chant du départ on introduisit ces deux vers : « De Barra, de Viala le sort nous fait envie / Ils sont morts, mais ils ont vaincu ! »
Barra apparaît dans le roman d'Élémir Bourges Sous la hache.
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Le roman de Nodier se situe dans le contexte de la défaite des insurgés au Mans et des débuts de la Terreur (1793-1794).
En 1793, un jeune noble, Adolphe de S**, de Strasbourg, se retrouva orphelin à seize ans: son père était mort en émigration et sa mère, prisonnière des « bleus », était morte en détention; son professeur de grec et son maître de musique avaient été eux aussi victimes de la Révolution. Dans son malheur, il avait recontré deux amis de son âge, le fils d’un cordonnier, Forestier, et le chevalier de Mondyon, tous deux officiers dévoués à la cause vendéenne, qui le firent engager dans l’armée royale.
Le 13 décembre 1793, il se trouvait au Mans lorsque l’armée des «blancs», commandée par H. de la Rochejaquelein, fut chassée de la ville par Marceau et Westermann après une lutte sanglante qui coûta la vie à plus de 5000 Vendéens. Ayant pu échapper au massacre, Adolphe se réfugia dans une maison où une jeune fille, Jeannette, l’aida à se déguiser en femme. Errant dans la ville, il se retrouva devant un républicain honnête, le président Aubert, qui, ayant pitié de cette "jeune fille", lui permit d’échapper en l’envoyant, sous le nom d’Antoinette, dans sa petite ferme de Sancy, près de la Sarthe, à quatre lieues du Mans. Là « elle » serait la compagne de sa fille Thérèse, qui avait alors seize ans et vivait avec sa grand-mère.
Thérèse aima tout de suite cette « Antoinette» envoyée par son père; et Adolphe fut vite amoureux de la jeune fille. Thérèse avait une amie, Henriette de F**, qui vivait avec son frère dans un château voisin et qui était amoureuse de son cousin, le chevalier de Mondyon, depuis que celui-ci s’était réfugié auprès d’elle après la défaite du Mans. Mais Mondyon avait pu rejoindre les troupes vendéennes, alors que les républicains commençaient à réinvestir la région.
Alors Adolphe révéla à Thérèse qui il était. Mais, pour tout le monde, il resta « Antoinette ». Se passèrent ensuite plusieurs semaines, au cours desquelles les deux jeunes gens essayaient de lutter contre leurs véritables sentiments. Mais ils s’avouèrent leur amour lorsque Adophe dut partir, M. Aubert ayant rappelé « Antoinette »" au Mans, pour lui permettre de retrouver sa famille.
Mais quand Adophe arriva au Mans, M. Aubert venait d’être arrêté par les révolutionnaires qui le trouvaient trop indulgent et trop honnête. Il demanda donc à "Antoinette" de retourner à Sancy, pour aider sa fille Thérèse, qui était tombée gravement malade.
Près de Sancy, Adolphe rencontra Henriette, à moitié folle car elle avait appris que son cousin Mondyon avait été guillotiné, « sacrifié aux absurdes rêveries de quelques forcenés ». Puis il trouva Thérèse atteinte de la petite vérole, devenue aveugle et près de la mort. En se confessant à un prêtre, elle lui révéla son amour pour Adolphe, dans les bras duquel elle mourut.
Après ces six mois de l’année 1794 passés aux côtés de Thérèse Aubert, Adolphe reprit ses habits vendéens et marcha au hasard, jusqu’à ce qu’il soit arrêté par les « bleus », espérant que la mort lui permettrait de retrouver celle qu’il avait tant aimée.
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LA « TERREUR » CONTRIBUE AU RENFORCEMENT DE LA VENDÉE (1794)
Depuis la fin de 1793, à Paris, Robespierre et le Comité de salut public avaient établi la Terreur. Or Nantes qui s’était fait remarquer par la modération de son zèle révolutionnaire était encombrée de prisonniers vendéens, ce qui créait un risque d’épidémies. Dans les premières semaines de 1794, Carrier, avec l’aide des sans-culottes de la ville, artisans ou petits boutiquiers, organisa des réquisitions brutales de vivres et, surtout, élimina près de 10.000 prisonniers en les faisant fusiller ou en les noyant dans la Loire, la guillotine étant réservée aux prêtres et aux nobles, comme Mme de la Mateyrie et ses quatre filles, cousines de Charette. À Angers, son collègue Francastel se comporta de la même manière.
Entre janvier et mai 1794, avec l'appui du général Hoche, le général Turreau répandit dans la Vendée ses « colonnes infernales » avec mission de brûler les villages et les récoltes, d’abattre les animaux, de massacrer les habitants, même républicains: « Les villages, métairies, bois, landes, genêts et généralement tout ce qui peut être brûlé sera livré aux flammes. Tous les brigands qui seront trouvés les armes à la main ou convaincus de les avoir prises pour se révolter contre leur patrie seront passés au fil de la baïonnette. On en agira de même avec les filles, femmes et enfants qui seront dans ce cas. Les personnes seulement suspectes ne seront pas plus épargnées. »
Le résultat fut que des bandes vendéennes se reconstituèrent pour mener une guerre d’embuscades et de harcèlement. On aménagea des abris au fond des bois ou dans des grottes, des postes de guet dans des arbres creux. De véritables armées vendéennes se recomposèrent ainsi autour de quatre chefs principaux, Charette, Stofflet, Sapinaud, Marigny. On multiplia les caches d’armes, on installa des hôpitaux de campagne. Les « chefs » prirent possession chacun d’un territoire : Stofflet s’installa dans les forêt autour de Maulévrier, Charette autour de Belleville (où on dit qu’il organisait des bals après les combats). Mais leurs rivalités furent nuisibles à l’efficacité de la contre-révolution. C’est Charette que le comte de Provence, futur Louis XVIII, choisit comme lieutenant-général des armées catholiques et royales.
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Le roman est située pendant l’année 1794, l’année de la Terreur en Bretagne.
Après la révolte de ceux qui refusaient le tirage des conscrits à Saint-Florent, en Anjou, le 10 mars 1793, l’insurrection s’étendit pendant toute l’année 1793 dans les provinces de l’Ouest. En août, la Convention, effrayée, ordonna de détruire la Vendée et d’y « créer le désert ». Parmi les gentishommes bretons qui étaient entrés en résistance, il y avait le comte Humbert de Chanteleine, qui se retrouva, le 23 décembre, à la grande bataille de Savenay dans laquelle l’armée catholique fut battue. Alors le comte essaya d’organiser la retraite des femmes, des enfants et des vieillards vers Guérande.
C’est alors qu’il apprit d’un de ses fidèles serviteurs, Kernan, que sa femme et sa fille Marie, restées au château de Chanteleine (près du Fouesnant), étaient menacées par un certain Karval, un domestique qu’il avait chassé pour vol et qui était devenu un agent du Comité de salut public. Inquiets, ils réussirent à regagner le château par mer. Là ils trouvèrent le village brûlé et le château vide. La comtesse avait été tuée par Karval et sa fille était prisonnière à Quimper, attendant d’être guillotinée le 26 décembre 1793. Mais, le jour de l’exécution, elle fut sauvée par un certain chevalier Henry de Trégolan.
Alors le comte, sa fille, Trégolan et Kernan, déguisés en paysans, se réfugièrent dans une maison de pêcheur de Douarnenez, chez le bonhomme Locmaillé, qui les fit passer pour des parents à lui. Ils restèrent là plusieurs semaines, au cours desquelles ils découvrirent la situation religieuse de ce pays sans prêtres, puisque les « juroux » qui s’étaient ralliés à la Constitution civile était refusés et même menacés dans leur vie. Alors le comte, qui, dans sa jeunesse, avait passé deux ans au séminaire, se fit ordonner prêtre et alla clandestinement apporter dans les familles catholiques le réconfort de la religion.
Provisoirement à l’abri des atrocités commises par les « bleus » dans cette période de la « Terreur », Marie et le chevalier de Trégolan découvrirent qu’ils s’aimaient. Leur mariage fut organisé dans les grottes de Morgat où le comte devait unir sa fille et le chevalier. Mais, au moment de l’élévation, les « bleus », commandés par Karval, attaquèrent; toutefois ils ne réussirent qu’à s’emparer du comte et à le conduire à Brest, Marie et son fiancé ayant pu se sauver et se cacher.
À Brest, en juillet, dans une ville ensanglantée par les troupes révolutionnaires, Kernan retrouve le traître Karval et le jette du haut des rochers dans les flots sombres de la baie.
Au moment même où le comte devait être guillotiné au milieu des vociférations des sans-culottes, la nouvelle du 9-Thermidor parisien (27 juillet 1794), arrivée par le télégraphe Chappe, mit fin aux exécutions. Tous nos héros passèrent alors en Angleterre où Henry et Marie se marièrent. Puis, dès que les émigrés purent rentrer en France, ils revinrent passer des jours heureux au château de Chanteleine.
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Le roman se situe dans le contexte de la répression en Vendée en 1793-1794.
Fin 1793, le village de Saint-Judicaël-de-Mer-Morte, dans le pays de Retz, est un refuge pour les «vendéens» (les « Brigands ») et une source de recrutement pour Charette, qui vient d’être choisi comme chef par les paysans du canton de Machecoul et qui s’est installé à Legé [20 km au sud-est de Machecoul].
Les «bleus» ont décidé d’envoyer une Commission militaire dans ce pays de «maréchains» pour juger les traîtres à la patrie. Gérard Chaudieu, 27 ans, né à Angers, capitaine au 6e de la formation d’Orléans, a été chargé d’accompagner la guillotine (« la Vorace »). Il a avec lui le délégué Abline, un curé de Nantes défroqué, ami de Carrier.
À la «Maison-Rouge» habitent la veuve Jacquemine Gauvin, dite la Grande-Jacquine, son fils Perrot, dit Goule-Sabrée, un lieutenant de Charette, et sa bru Etiennette. Ce sont des royalistes fanatiques: considérant un soldat bleu comme un empoisonneur de puits, ils l’ont torturé et cloué sur leur porte.
Pendant qu’ils rassemblent les prisonniers et montent la guillotine, les «bleus» sont attaqués par une troupe de maréchains commandés par Goule-Sabrée; ils doivent se barricader dans l’église, où ils sonnent le tocsin pour alerter les bleus de Saint-Florent-de-Corcoué. Le combat s’engage. Gérard peut échapper à Goule-Sabrée et s’enfuir.
Il se retrouve près de la Maison-Rouge. Jacquemine est au chevet de sa bru Etiennette, qui est sur le point d’accoucher. Lorsqu’elle entend que quelqu’un entre chez elle, elle croit que c’est son fils Perrot et elle prononce le vœu «béni soit celui qui va entrer sous l’ombre de mon toit…». Mais c’est Gérard, l’officier bleu, qui entre. La voilà donc liée par ce vœu qui lui interdit de causer quelque mal que ce soit à son ennemi.
Arrive alors une jeune femme mystérieuse, qu’on appelle la Rebouteuse: alors qu’elle passait à cheval, elle s’est arrêtée pour donner ses soins à la parturiente. Dès qu’ils se voient, Gérard et Rose-Manon se prennent d’amour l’un pour l’autre. Arrivent des hommes en barque qui apportent chez lui le cadavre de Perrot. Jacquemine comprend que c’est Gérard qui l’a tué ; mais elle est toujours prisonnière de son vœu, tant qu’il est à l’intérieur de la maison.. Etiennette met au monde un enfant, mais il mourra ainsi que sa mère.
Les bleus arrivent en force et emmènent Jacquemine et la Rebouteuse pour les juger. La Commission militaire «instituée pour juger révolutionnairement les rebelles» se réunit dans l’église du village. Gérard est décidé à tout faire pour sauver Jacquemine (qui l’a épargné chez elle) et la Rebouteuse (qu’il aime). Or, celui qui devait présider la Commision ayant été tué, c’est Gérard qui est désigné comme président. La Rebouteuse est en fait Rose-Manon Fernéal qui a aimé Camille Desmoulins, qui a été la maîtresse de Fabrefonds, général de l’armée de la Révolution, frère de Fabre d’Eglantine, et qui, capturée, s’est retrouvée à Legé où elle a soigné Charette blessé.
Bien qu’il soit jaloux du passé de Rose-Manon, Gérard parvient à la faire acquitter. En revanche il ne peut empêcher la condamnation de Jacquemine qui, au lieu de se défendre, s’est contentée de prier.
Pour sauver Jacquemine, Gérard et Rose-Manon s’emparent du couperet de la guillotine et vont l’immerger dans un marais, ce qui permettra de gagner du temps. Au retour, Rose-Manon est arrêtée et mise dans un cachot sous la chapelle où sont les prisonniers. Gérard parvient à la faire évader avec Jacquemine. Celle-ci a compris où le couperet a été caché. Après avoir enterré ses morts (Perrot, Etiennette et leur bébé), elle met le feu à sa maison. Gérard avoue qu’il a dérobé le couperet et fait évader les deux femmes. Jacquemine conduit les soldats au bord du marais et leur permet de retrouver le couperet.
Rose-Manon a pu s’enfuir et parvenir à Legé, où elle persuade Charette de venir avec ses "Brigands" attaquer les bleus. Ceux-ci, au cours de l’attaque, ont le temps de guillotiner leurs prisonniers, dont Gérard et Jacquemine, avant que les Brigands n’envahissent le village. Rose-Manon tue le Caqueux, prend la tête de son amant et lui donne un baiser, puis se tue. Reste la Vorace, abandonnée sur la place.
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LA CHOUANNERIE PEINE À S’ORGANISER (1794-1795)
Au nord de la Loire, après leurs défaites de 1793, des bandes chouannes, de médiocre envergure, s’efforçaient de quadriller les campagnes. Elle opéraient des coups de mains contre les administrateurs locaux et les partisans de la Révolution, entravaient la circulation des troupes, notamment en attaquant les convois de grains ou d'armes. Il s'agissait d'une guerre menée à la course, les chouans accrochant de petits groupes de républicains et décrochant systématiquement pour éviter des affrontements. Nombre de jeunes chouans apparaissaient dans la journée comme de paisibles paysans.
Seule une petite partie des effectifs, dont les chefs, vivaient dans la clandestinité, cachés dans les forêts, voire dans des souterrains. Chaque petite région était soumise à l'autorité d'un chef local, en rivalité plus ou moins grande avec ses voisins. Zones chouannées» et zones «patriotes» voisinaient dans des rapports complexes et antagonistes. Sommairement, en Bretagne, les ouvriers des manufactures rurales et les propriétaires ruraux étaient plus favorables à la République que les métayers et leurs domestiques ; dans la Sarthe, les oppositions étaient plus marquées entre ruraux et citadins.
Cette situation changea progressivement sous l'influence de Joseph de Puisaye qui, dès décembre 1793, entreprit d'unifier sous sa direction les mouvements chouans et de se faire reconnaître par les Anglais, ce qui fut pratiquement réalisé à partir d’août 1794. Cadoudal qui, après avoir suivi la « Virée de Galerne », avait rejoint la chouannerie et dirigeait les groupes qui tenaient les côtes du Morbihan (en concurrence avec de Puisaye) resta isolé.
Après l’exécution de Robespierre et le retour au pouvoir des modérés, la pression se relâcha : on libéra les prisonniers et on amnistia les combattants. Des représentants du peuple vinrent négocier avec Charette dans le petit château de la Jaunaye, aux portes de Nantes. Les termes d’un accord furent posés : les révoltés devaient reconnaître la République ; en revanche les républicains s’engageaient à accepter les prêtres réfractaires, à ne pas assurer eux-mêmes le maintien de l’ordre, à ne lever ni troupes ni impôts dans l’Ouest pendant dix ans. Le 17 février 1795, Charette, Sapinaud, Cormatin (adjoint de Puisaye) signèrent. Stofflet ne signera avec réticence que le 2 mai. Ils se voyaient accorder l'amnistie et le libre exercice du culte, étaient dispensés du service militaire, tout en conservant leurs armes ; leurs biens leur étaient restitués, ils bénéficiaient d'indemnités en cas de vente ou d'incendie, même s'ils étaient portés sur la liste des émigrés, ainsi que du remboursement des bons et des assignats ; enfin, les troupes républicaines se retiraient de la zone insurgée.
En avril des négociations s'ouvraient entre républicains et chouans (le baron Cormatin, le comte de Puisaye). Les motivations chouannes étaient identiques à celles de Charette : il s’agissait de gagner du temps pour préparer le débarquement anglais. Hoche, tout comme pour les accords de la Jaunaye, y était hostile. Cela n'empêcha pas l'accord d'être conclu le 20 avril 1795, au manoir de la Mabilais (près de Rennes) : les chouans (sauf Cadoudal et Frotté) acceptaient de déposer les armes et de reconnaître la république. Ils obtenaient en échange la liberté de culte, la dispense de conscription et 1 500 000 livres d'indemnités.
Cadoudal, lui, refusa tout compromis et reprit en main ses troupes. Il savait que, dans cette année 1795, les émigrés continuaient à agir et que le ministère anglais, dirigé par Pitt, préparait, avec le comte d’Artois, un débarquement de troupes franco-anglaises en Bretagne. Ce débarquement eut lieu en baie de Quiberon le 25 juin 1795 : des Français émigrés, des Anglais rejoignirent les 15 000 chouans de Cadoudal et de Puisaye. Mais cette masse hétérogène ne parvint pas à s’organiser. Les républicains du général Hoche réussirent à la bloquer dans la presqu’île et à la refouler vers la mer. Plusieurs centaines de prisonniers furent fusillés, les autres furent conduits à Auray, sous une escorte volontairement si faible qu’ils pouvaient facilement s’évader ; ceux qui, confiants dans la justice de la République, ne le firent pas (un millier environ) furent jugés et exécutés pendant tout le mois d’août dans un champ près d’Auray et ensevelis sur le lieu de leur exécution.
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Ce roman en dialogues fait vivre, en Vendée, entre le printemps 1793 et l’été 1795, des personnages qui incarnent des attitudes différentes devant la Révolution. Le comte de Saunières n’a épousé la cause des royalistes qu’avec réticence, sous la pression de son entourage. Un orphelin qui a été élevé au château, Henri de Saunières, s’est enrôlé sans hésiter dans les armées de la République parce qu’il croit dans les idéaux révolutionnaires, même s’il désapprouve les excès de la Terreur. Une autre orpheline qui a été recueillie par les de Saunières, Marie Hoche, cousine du général Hoche, est républicaine au fond du cœur, mais elle suit les royalistes pour ne pas heurter ses bienfaiteurs. La fille du comte, Louise, est royaliste pour échapper à l’ennui, par goût du romanesque.
Cette Louise se trouve au centre d’un imbroglio sentimental : fiancée à son cousin Henri, elle est attirée par le chef des Vendéens, le marquis de Saint-Gueltas, grand coureur de femmes, qui lui fait un enfant et l’épouse, alors que sa première femme, qu’il a essayé en vain de faire noyer, vit toujours. De plus, Louise a dû, pour sauver sa vie, feindre d’épouser Cadio, dans un mariage « pour la frime », mais qui se révèle valable…
Le héros éponyme du roman, Cadio, enfant trouvé recueilli par des moines, suit d’abord les Vendéens, puis évolue vers le parti républicain, jusqu’à participer, à Nantes, aux folies sanguinaires des « bleus ».
Le roman emmène son lecteur de la Vendée à la Bretagne, pour se terminer près d’Auray, après la bataille de Quiberon. Le comte de Saunières est tué dans un combat du côté de Savenay ; Saint-Gueltas est fusillé à Auray, à l’endroit qui s’appellera le « champ des Martyrs ». Mais les autres personnages survivent : Louise, qui a voulu rester fidèle jusqu’au bout à son mari pourtant indigne, elle regrette finalement son engagement dans le camp des royalistes; Cadio, républicain fanatique, pourra peut-être se réconcilier avec Louise, qu’il aime, lorsque, renonçant aux excès de la Terreur, il sera devenu l’un de ces « généraux imberbes » qui étaient promis alors à un bel avenir.
Voir un résumé plus détaillé du roman Cadio
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LES RÉPUBLICAINS AYANT DÉCAPITÉ LA RÉVOLTE VENDÉENNE (1796), CADOUDAL RÉORGANISE LA CHOUANNERIE (1797-1798)
Après l’échec de Quiberon, Cadoudal et Charette continuèrent la lutte.
Cadoudal s’engagea avec Tinténiac dans une grande opération terrestre, dite de « l'armée rouge », pour essayer de prendre à revers les républicains, commandés par Hoche. Rejeté par les chefs émigrés, qui méprisaient la chouannerie assimilée de plus en plus à du brigandage, il était décidé à continuer seul son combat, comme major général du Morbihan, dénonçant la politique de Puisaye, jugée trop personnelle et trop proche des positions du gouvernement anglais, attaché au parlementarisme et hostile aux émigrés.
Charette, lui, ayant reçu des armes et des munitions d’Angleterre, mais disposant seulement de quelques milliers d’hommes, reprit aussi le combat, mais sans l’appui du comte d’Artois et avec la coopération réticente de Stofflet.
Alors le général Hoche, commandant suprême de l’armée de l’Ouest, entreprit la pacification de la Vendée et de la Bretagne. Il entendait bien éradiquer la pensée contre-révolutionnaire ; mais il comprit qu’il fallait ne pas trop heurter les habitudes sociales et religieuses des populations. Il essaya de limiter les règlements de comptes inévitables entre révolutionnaires et royalistes et ordonna aux troupes républicaines de cesser les pillages systématiques.
Cela lui concilia les populations locales et lui permit de lancer des actions efficaces contre les troupes de Sapinaud, de Charette et de Stofflet. En février 1796, Stofflet fut capturé et fusillé à Angers ; en mars Charette fut capturé et fusillé à Nantes. Une grande publicité fut alors donnée à ces deux événements, présentés comme la victoire de la République sur la Vendée insurgée.
La réussite militaire de Hoche contraignit Cadoudal à accepter la paix. Alors il changea de tactique et engagea ses hommes dans l'action politique, faisant élire certains d'entre eux dans des municipalités.
Mais le coup d'État du 18 Fructidor (4 septembre 1797) qui amena le Directoire à renouer avec les principes jacobins et à enrayer la renaissance catholique relança la chouannerie, dorénavant mieux intégrée dans l'ensemble des mouvements contre-révolutionnaires français et européens.
Alors que la Vendée n'existait plus, le gouvernement anglais voyait dans la chouannerie bretonne un moyen efficace pour contrer la Révolution. Des liaisons régulières furent donc établies avec l'Angleterre, pourvoyeuse d'armes et d'argent (dont de faux assignats), par laquelle transitaient également de jeunes nobles avides de gloire militaire. Traqués par la police, des émissaires traversaient la Manche ou, déguisés en paysans bretons, portaient des messages cachés dans des cannes creuses.
Un réseau de commandements fut mis en place, unissant tous les chefs qui contrôlaient l'Ouest, du Mans à Brest, de Caen à Angers. Localement, Frotté et Rochecotte, en Normandie ou dans le Maine, détenaient un pouvoir réel sur les campagnes et sur les routes, les républicains tenant, difficilement, les villes.
Cadoudal tenta de persuader le comte d’Artois de reprendre le combat sur le terrain. Il fit envoyer dans l'Ouest des chefs (comme La Trémoïlle) chargés de ranimer la chouannerie. Lui-même relança des opérations militaires, distribua des grades dans son armée, et, sans tomber dans le banditisme, fit attaquer des diligences. Il commandait alors à huit « légions » et tenait toute l'extrémité occidentale de la Bretagne. C’est ainsi qu’il put organiser un débarquement d'armes venant d'Angleterre, sans que les républicains, pourtant informés, ne puissent s'y opposer. S'il ne put pas prendre la ville de Vannes, il contrôla pourtant toute la Basse-Bretagne, imposant une sorte de service militaire aux jeunes gens. Mais il se heurtait régulièrement aux colonnes mobiles républicaines, très efficaces, et dut même se réfugier temporairement en Angleterre pour ne pas être capturé.
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Dans Le Chevalier Des Touches, Barbey d’Aurevilly a romancé l’histoire de Jacques Destouches, dit de la Fresnaye, qui, en 1798, servait d’agent de liaison entre les chefs royalistes et les princes émigrés. Il fut arrêté le 4 juillet 1798, emprisonné à Avranches puis à Coutances. Les Chouans essayèrent en vain de le libérer avant son procès. Ils réussirent lors d’une seconde tentative, alors qu’il avait été condamné à mort. Destouches sombra dans la folie en 1826 et mourut en 1858.
Barbey imagine que, dans les années de la Restauration, à Valognes, d’anciens nobles victimes de la Révolution évoquent leurs souvenirs de l’année 1799. Il y a là l’abbé de Percy et sa sœur, deux vieilles demoiselles nobles, Ursule et Sainte de Touffedelys, leur ami le baron Hylas de Fierdrap et Mlle Aimée de Spens, qui vit dans le couvent voisin. Mlle de Percy, personnage d’une virile énergie et d’une héroïque laideur, ancienne « amazone » de la petite guerre des Chouans contre la Révolution, raconte l’histoire du chevalier Des Touches. Dans ces années de la chouannerie, un groupe de jeunes femmes nobles vivaient retirées dans le vieux château de Touffedelys, entre les bois et la mer, à trois heures de marche d’Avranches, où elles donnaient asile aux bandes de chouans qui battaient la campagne. Le plus intrépide de ces rebelles était le chevalier Des Touches, un homme d’une beauté presque féminine et d’une légendaire cruauté, qui servait de lien entre les chouans du Cotentin et l’Angleterre, en franchissant la Manche, en pleine nuit, dans un minuscule canot. Un matin, il était revenu avec un compagnon, qui se faisait appeler M. Jacques. Aimée de Spens en tomba amoureuse. Consciente des dangers qu’il courait, en l’absence de prêtre, elle s’engagea à lui par une sorte de mariage devant témoins. Trahi par le meunier du Moulin bleu, Des Touches fut capturé et enfermé à Avranches. Les royalistes, montant alors « l’expédition des Douze », firent une première tentative pour le délivrer, qui échoua. Des Touches fut transféré à Coutances, où une seconde attaque des Douze réussit à le libérer. Mais, pendant que les chouans se repliaient, Jacques fut tué et enterré dans un bois par ses compagnons. Avant de reprendre ses liaisons avec l’Angleterre, Des Touches voulut se venger du meunier qui l’avait livré. Il le fit d’une façon cruelle en l’attachant à l’une des ailes de son moulin, puis en le tuant d’un coup de carabine. Quelque temps plus tard, bien que douloureusement affectée par la mort de son fiancé, Aimée, toujours fidèle à la cause des royalistes, se dévoua pour sauver Des Touches qui s’était réfugié chez elle : alors qu’elle savait que les bleus surveillaient ses fenêtres, elle se déshabilla entièrement, comme si elle allait se coucher.
En la voyant à travers les rideaux entrouverts, les bleus conclurent qu’elle était seule et mirent fin à leur surveillance.
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DÉFAITE DE LA CHOUANNERIE (1799)
Dans l'automne de 1799, la chouannerie participa à l'opération contre-révolutionnaire menée sur les frontières comme à l'intérieur du pays. Dans l'Ouest, Nantes fut prise le 21 octobre et plupart des villes principales furent investies par des bandes qui libérèrent des prisonniers, ou qui s’emparèrent d’armes. Mais faute d'unité entre royalistes résolument contre-révolutionnaires et royalistes modérés et faute d'hommes, les paysans ayant perdu une partie de leurs motifs de mécontentement, les mouvements furent battus les uns après les autres.
Une trêve fut conclue à la fin novembre et des négociations se nouèrent entre contre-révolutionnaires et représentants des consuls. Cadoudal refusa d’y participer ; mais il fut encerclé par l'armée du général Brune et dut se soumettre en février 1800. Il se vit proposer le grade de général ou une rente ; mais il refusa, avant de se réfugier en Angleterre.
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Balzac a situé son roman dans cette année 1799 où les royalistes d’Ille-et-Vilaine sont entrés à nouveau en insurrection et où les républicains doivent déjouer les complots ourdis par les émigrés.
Il s’agit pour les républicains de capturer le marquis de Montauran, surnommé « le Gars », qui vient de débarquer en Bretagne, chargé d’une mission par le comte de Lille (futur Louis XVIII). Le chef des républicains, Hulot, est assisté par Corentin, un sbire mandaté par Fouché. Corentin a ourdi un piège contre le Gars : il a payé une jeune femme, Marie Verneuil, pour séduire le Gars et l’attirer dans un piège.
Hulot est attaqué par les Chouans alors qu'il conduit un convoi de Bretons réquisitionnés par les Bleus. Il reste difficilement maître du terrain ; mais, lors du combat, il a entrevu le Gars. Ayant repoussé ses assaillants, parti de Mayenne, il gagne Alençon.
Là, dans une auberge, il dîne en compagnie d'une mystérieuse jeune femme, Marie-Nathalie de Verneuil, ainsi que d'un officier de marine, accompagné de sa mère, en qui il croit reconnaître le Gars déguisé. Il s'apprête à l'arrêter quand Marie lui ordonne de le laisser libre. En effet, elle est chargée par Corentin d'une mission secrète : séduire le Gars, alias le marquis de Montauran, et le faire tomber dans un piège. Elle l'a bien reconnu dans le jeune officier.
Mais, attirée par lui, elle oublie le but de sa mission. De fait le Gars et Marie sont amoureux l’un de l’autre. Et cet amour suscite la jalousie de la comtesse du Gua qui a pris en main les chouans de la région et qui participe à leurs combats. Elle aussi amoureuse du Gars, elle fait tomber Mlle de Verneuil dans un guet-apens et essaie de la faire assassiner par deux partisans, dont l’un, Marche-à-Terre, est connu pour son courage, sa cruauté et sa cupidité.
Hulot escorte le couple de l’auberge et Marie à Fougères. En chemin, le Gars propose au commandant de passer la nuit en son château, lui jurant que sa troupe y sera en lieu sûr, alors qu’en fait tous les chefs des insurgés s'y trouvent réunis. L'un d'eux apprend à Montauran que Marie est une courtisane et une espionne. Furieux, celui-ci l'insulte et la chasse. Les soldats républicains sont massacrés, et Marie échappe de peu à la mort.
Elle désire se venger, mais elle comprend que Montauran a été victime de fausses informations. Pour lui prouver la pureté de ses sentiments, elle parvient à le revoir lors d'un bal. Tout malentendu est dissipé. Les jeunes gens s'avouent leur passion. Ils se marieront à Fougères une fois que Montauran aura déposé les armes.
C'est alors que Corentin, inquiet de voir Marie faire échouer sa mission, met entre ses mains une prétendue lettre du Gars à Mme du Gua dans laquelle il se targue de pouvoir satisfaire avec Marie « le caprice d'une nuit ». Outragée, Marie livre Montauran à Hulot. Quand elle prend conscience que la lettre était un faux, il est trop tard pour fuir. Les deux amants n'ont que le temps de s'unir clandestinement, avant d'être abattus par les soldats républicains.
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Julien GRACQ, dans Les Eaux étroites, a donné une belle évocation de Fougères, la ville des Chouans de Balzac :
« Au milieu des dangereux escarpements des roches de Saint-Sulpice… » Brusquement ce paysage inquiétant que vient de contourner l'Èvre me ramène à la vignette ainsi légendée d'une livraison à bon marché des Chouans de Balzac, dans laquelle j'ai découvert autrefois ce livre surtendu et hagard, dont le voltage d'un bout à l'autre reste sans égal. Mlle de Verneuil, seule, à la nuit à tombante, face au coteau de Fougères, un poignard afghan passé dans sa ceinture, escalade les rocs du Nançon qui s'entassent plus haut que la pointe d'aiguille du clocher de Saint-Sulpice ; son amazone traîne dans les ajoncs, un voile d'étamine semblable au pavillon de combat de ces indomptables ladies victoriennes qui se mettent en route, indifféremment, pour l'escalade de la Jungfrau ou pour la chasse au tigre flotte au vent amarré à son canotier. Ce qu'elle chasse dans un si étrange équipage, au travers de la nuit peu sûre, en se tordant les chevilles sur le sentier que traverse déjà le cri équivoque de la chouette, c'est son amant, le marquis de Montauran, l'envoyé des Princes, et elle ne sait du tout si c'est pour le livrer ou se donner à lui : quoi de plus éperdu, me semble-t-il chaque fois que je rouvre le livre, que cette silhouette aimantée qui semble jouir et se nourrir, dans une insouciance complète de tous les buts concrets, seulement de la température d'orage qui la pousse de l'avant ?
Jamais je n'ai pu passer à Fougères sans gravir le coteau central de la ville, pour ranger un moment ma voiture au pied de l'église Saint-Léonard qui le domine, et dont le clocher garde toujours la forme de pain de sucre que lui assigne Balzac. Le vent des hauteurs, dans ces ruelles cléricales austères et peu passantes, souffle ici même au coeur de l'été. Passé le portillon dont le claquement rouillé m'est familier qui donne accès au gravier et à la terrasse supérieure du beau jardin public, j'entre soudainement au cœur d'un livre, comme on entrerait par magie au coeur d'un diamant : toutes les facettes en font converger ici la lumière unique et brasiller l'eau incomparable. Voici, à droite, les pierres disjointes de la tour écrêtée du Papegaut, sur laquelle s'élevait la maison louée par Corentin pour Marie de Verneuil voici les précipices qu'escaladent les chouans de Marche-à-Terre dans le final grandiose de la dernière nuit, où toute la ville et la campagne, en armes et silencieusement alertées, semblent s'animer et osciller dans le noir comme une aiguille folle autour du point de feu qui brûle fixe à la chambre haute des amants. Voici l'escalier de la Reine que dévale en torrent la robe de Marie à la recherche du Gars - voici la masse de l'énorme château chevauchant le ressac figé des blocs de schiste les roches de Saint-Sulpice où va monter la fumée fatale, où se niche toujours la pointe d'aiguille du clocher les prairies vertes du Nançon que traverse sur le vieux pont l'aventurière. Derrière moi, à gauche, cachés un moment par l'épaule de la colline, le val de Gibarry, le Nid-aux-Crocs, et la chaumière sanglante de Galope-Chopine à droite, à quelques pas, le poste de garde placé par Hulot tout contre Saint-Léonard. Presque en face et ici l'attention se fait aiguë, l'oeil cherche à serrer de plus près la distance exacte le rebord abrupt de l'autre versant du Nançon : c'est là, impossible de ne pas en convenir, que Marie à la promenade a reconnu brusquement, au-delà de la rivière, le Gars et son état-major de chasseurs du roi ; c'est de ce rocher même, en face de la Promenade, qu'à travers la vallée Mme du Gua a ajusté si soigneusement sa rivale, qui se tenait debout exactement là où je suis ; le coup de feu tiré il y a deux siècles va de nouveau partir ; les fantômes couchés se relèvent à l'appel d'une écriture magique : tout recommence, tout est vrai ; il n'y a pas plus d'une portée de fusil. Et maintenant l'œil revient se fixer sur ces «dangereux escarpements des roches de Saint-Sulpice» où une silhouette frêle et haute brille encore dans le soir tombant, et s'éclipse, et reparaît par intervalles en s'élevant comme une torche allumée : tout l'incendie de lande sèche qui habite le livre se consume en elle, vole avec elle. Brûlant fantôme cyclone si tendre reine à travestissements d'un prodigieux Opéra du bocage, que la nuit te soit longue ! la nuit folle où tu cherches ton amant dans le dédale des haies, avec ton voile flottant, ton kandjar ciselé et ta longue traîne fabuleusement élégante en sautant les échaliers. Et que ta merveilleuse extravagance longtemps, toujours ! enflamme l'une après l'autre, l'une à l'autre, chacune des pages du livre enchanté.
En 1947, Henri Calef a adapté le roman de Balzac au cinéma, sous le même titre Les Chouans, avec Jean Marais, Pierre Dux, Louis Seigner, Madeleine Robinson. Le marquis de Montauran et l’intrépide Mme du Gua sont à la tête de la révolte des Chouans. Dans une auberge d'Alençon, ils attendent un messager qui doit leur apporter de l'or. La ville est mise en état de siège. Grâce à Marie de Verneuil, ils réussissent à sortir de la ville, sous la protection des Bleus qui tombent dans une embuscade tendue par Mme du Gua. Marie de Verneuil, qui a réussi à s’échapper, est chargée par les Bleus de tuer Montauran, dont elle est amoureuse. Comme elle ne peut s’y résoudre, mais qu’ils ne peuvent pas non plus vivre leur amour, ils décident de se réfugier dans la mort.

L’ULTIME COMBAT DE CADOUDAL (1800)
La chouannerie était entrée dans une clandestinité de comploteurs, tentant de s'opposer au régime, en dépendance étroite avec l'Angleterre. En même temps, elle permettait que les ruraux les plus humbles se dévoient dans des coups de mains à mi-chemin entre action politique et infraction de droit commun. Renouant avec les pratiques des « chauffeurs » qui avaient sévi en 1795 et 1796, les chouans commettaient alors des actes de brigandage, attaques de diligences ou enlèvements, qui ternissaient l'image de la chouannerie et détachaient d'elle les nobles qui ne se retrouvaient plus dans un pareil mouvement.
Alors Bonaparte reprit la répression contre les chouans avec Bernadotte, commandant en chef de l'armée de l'Ouest. En Normandie, le chef chouan Frotté fut pris et fusillé (18 février 1800). Cadoudal participa très activement à tous les complots qui se nouaient en France pour restaurer la royauté, notamment avec Pichegru et Moreau, aidés par l'Angleterre. Rentré clandestinement en France en juin 1800, il fut mêlé au complot de la « machine infernale », qui explosa sur le passage du Premier consul le 24 décembre 1800.
Après une année passée en Angleterre à la suite de la paix d'Amiens (mars 1802), Cadoudal poursuivra sa guerre clandestine Il débarquera en Normandie en 1803 avec de l'argent ; mais une trahison le livrera à la police en mars 1804. Il sera jugé et guillotiné.
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C’est dans la période 1802-1805 que se situe le roman de Barbey d’Aurevilly.
Jehoël de la Croix-Luzan, abbé de l’abbaye de Blanchelande (10 km au nord de Lessay) était, dès le début de la Révolution, entré en chouannerie. Mais, en novembre 1799, sa troupe de chouans avait subi une grave défaite au combat de La Fosse (12 km à l’ouest de Saint-Lô). Désespéré, il avait voulu se donner la mort, mais il avait survécu, défiguré par son propre coup de feu et par les supplices que lui firent subir les « bleus ».
Après qu’on eut rouvert les églises, on le vit dans une stalle, aux vêpres de Blanchelande, enveloppé dans un capuchon noir. C’est de cet homme défiguré que tombe amoureuse la jeune et belle Jeanne de Feuardent, l’épouse de maître Le Hardouez, véritablement « ensorcelée » par cet homme qui, pourtant, n’a pour elle aucun regard « humain ». Pour se faire aimer de lui, elle a recours à ces pâtres rôdeurs dont on dit qu’ils connaissent les sortilèges. Mais le pâtre révèle au mari où va l’amour de sa femme, que l’on trouve noyée dans un lavoir, sans que l’on sache s’il s’agit d’un accident, d’un suicide ou d’un assassinat.
Quelques mois plus tard, l’abbé de la Croix-Luzan meurt frappé d’une balle, le matin de Pâques, au moment où, à l’autel, il élève l’hostie. Depuis ce jour, plus personne ne revit maître Le Hardouez.
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Dans Les Blancs et les Bleus, Dumas a raconté les événements entre 1794 et 1799, rejetant au second plan le côté romanesque et faisant assister aux atrocités et excès de la Terreur, puis aux premières heures de la Convention et du Directoire, et surtout à l’ascension de Bonaparte. Il insiste sur l’insurrection royaliste en province. Dans les régions de Bourg en Bresse et d’Avignon, des bandits, les «Compagnons de Jéhu», menés par le comte de Saint-Hermine, volent l’argent de la république pour le faire passer aux chouans de Bretagne commandés par Cadoudal. Quelques histoires d’amitiés et de vengeance se mêlent à ce récit de faits historiques. Ainsi, l’amitié de Charles Nodier et d’Eugène de Beauharnais qui deviendra le beau-fils de Bonaparte, et celle du comte de Saint-Hermine, de Coster de Saint-Victor et de Cadoudal, tous trois royalistes et liés aux Compagnons de Jéhu. On voit aussi Mlle de Fargas, qui veut venger la mort de son frère ordonnée par ces mêmes compagnons et qui pour cela se joint aux chouans de Cadoudal.
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Les Compagnons de Jéhu sont la suite chronologique. A la fin de 1799, en Avignon, Bonaparte revient d’Egypte accompagné de Roland de Montrevel, son aide de camp et ami. Il fait le bilan de la situation politique. La république est mise à mal, de l’extérieur par l’Angleterre et l’Autriche, d’où opèrent les royalistes français émigrés, et de l’intérieur par les tenants de Louis XVIII, dont les Chouans à l’ouest et les Compagnons de Jéhu à l’est. Il s’agit d’une bande armée de jeunes nobles intrépides qui arrêtent les diligences et détournent ainsi les fonds du gouvernement pour financer l’insurrection royaliste en Vendée et en Bretagne. Alors que le Directoire s’essouffle, Bonaparte va saisir l’occasion pour prendre le pouvoir lors du coup d’Etat du 18 brumaire (9 novembre), aidé notamment de Talleyrand. Rolan est donc confronté aux mystères de cette société secrète des Compagnons de Jéhu : non seulement ils opèrent dans la région même où demeurent les Montrevel, mais leur chef «Morgan» (nom de guerre du baron Charles de Sainte-Hermine) est en secret l’amant d’Amélie, la sœur de Roland. C’est pouquoi les Compagnons de Jéhu sauvegardent la vie de Roland, ce qui ne cesse de l’intriguer. Bonaparte envoie Roland en mission en Vendée et en Bretagne où il rencontre Georges Cadoudal, le chef des Chouans. Roland rentre à Paris impressionné par ces redoutables guerriers. Bonaparte, soucieux de rétablir la paix à l’intérieur pour reprendre l’offensive à l’extérieur, confie à Roland et au ministre Fouché la capture des compagnies de Jéhu. Il envoie parallèlement sir John Tanlay, ami de Roland et prétendant d’Amélie, en ambassade en Angleterre. Le roi Georges pose le règne de Louis XVIII en France comme condition préalable à toute paix possible, ce que Bonaparte ne saurait accepter. Pendant que Bonaparte déménage du Luxembourg aux Tuileries, et prépare ses plans de campagne, Roland traque les Compagnons de Jéhu près de Bourg en Bresse. Il capture ainsi les trois survivants d’une fusillade sanglante, auxquels « Morgan » se joint par loyauté envers ses amis. Cette arrestation arrive au moment où Louis XVIII demande à la réaction de cesser toute lutte armée, et Morgan s’apprête à émigrer avec Amélie. Les quatre accusés sont condamnés à mort, et se suicident au dernier moment pour échapper au déshonneur de la guillotine. Pendant ces péripéties, Bonaparte a reconstitué secrètement une nouvelle armée d’Italie, et remporte in extremis la fameuse bataille de Marengo (14 juin 1800). Roland y trouve la mort héroïque qu’il cherchait, non sans avoir revu sa sœur mourante, qui lui a confessé sa liaison avec Morgan.
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Le Chevalier de Sainte-Hermine (1870) enchaîne sur les événements précédents et poursuit l’histoire de la chouannerie jusqu’à l’exécution de Cadoudal (1804) ; puis le roman se poursuit par les aventures du héros dans les premières années de l’Empire, jusqu’en 1809. En février 1801, une entrevue entre Bonaparte, premier consul, et Cadoudal, chef des chouans bretons, met fin à la guerre civile entre royalistes et républicains. Cadoudal se retire en Angleterre et libère de leur serment les compagnons de Jéhu. Parmi eux figure le comte Hector de Sainte-Hermine, dont la famille a été décimée par la Révolution : son père guillotiné, son frère aîné Léon fusillé, son frère cadet Charles, chef des compagnons de Jéhu, guillotiné à Bourg en Bresse. En même temps que son titre de comte, il a hérité du flambeau de la vengeance familiale, plus par devoir que par réelle conviction. L’arrêt des hostilités lui permet d’avouer enfin son amour à Claire de Senlis, protégée de Joséphine, l’épouse de Bonaparte. Cependant, alors que le mariage recueille l’approbation de tout le monde, y compris de Bonaparte qui prend très à cœur cette union, le comte de Sainte-Hermine disparaît brusquement au moment de la signature du contrat. Il est arrêté quelques jours plus tard, surpris lors d’une attaque de diligence avec les compagnons de Jéhu. Car des derniers ont été rappelés par Cadoudal, que des exactions commises en son nom (et orchestrées par Fouché, ministre de la police) ont fait revenir d’Angleterre pour déclarer la vendetta contre Bonaparte. Emprisonné, Hector de Sainte-Hermine obtient, grâce à Fouché, l’accord d’un Bonaparte courroucé et offensé, pour que le procès et la sentence s’exécutent sans que son nom soit cité. En contrepartie, il doit être fusillé dès le lendemain. Outre la vendetta de Cadoudal, Bonaparte, suspecté de vouloir rétablir la monarchie à son profit, doit aussi faire face à un mécontentement général se traduisant par un attentat le visant, une conspiration des généraux Moreau et Pichegru puis la reprise des hostilités avec l’Angleterre. Une série d’arrestations s’ensuit et a pour résultat la déportation de jacobins, l’exécution du duc d’Enghien et de Cadoudal, le suicide douteux de Pichegru et l’exil de Moreau. Le terrain est ainsi libre pour que Bonaparte se fasse déclarer empereur en juin 1804. Pendant ce temps, jour après jour, durant trois ans, le comte de Sainte-Hermine a attendu la mort dans son cachot, jusqu’à ce que Fouché, assez influent pour avoir osé contrecarrer un ordre de Bonaparte, le libère en lui annonçant que le nouvel empereur l’autorise à vivre en tant que simple soldat dans l’armée, sans jamais en espérer d’avantage. La suite du rompan est consacrée aux exploits du héros aux côtés de Surcouf, en Birmanie, à la bataille de Trafalgar, en Italie…
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LES DERNIERS SOUBRESAUTS DE LA VENDÉE (1812-1830)
La Vendée fut en partie reconstruite ; des routes furent aménagées ; La Roche-sur-Yon fut développée comme chef-lieu. Toutefois, à partir de 1812, les populations rurales, soumises à de nouveaux impôts et à la conscription, s’agitèrent à nouveau, jusqu’à ce que l’arrivée de Louis XVIII ramène la paix.
Mais, en 1815, le retour en France de Napoléon entraîna une tentative de soulèvement à laquelle participèrent le neveu de Charette et les frères d’Henri de La Rochejaquelein, Louis et Auguste. Cet ultime sursaut fut un échec. On dit toutefois qu’il a joué un rôle indirect dans la chute de l’Empire, en fixant dans l’Ouest des troupes qui auraient pu changer l’issue de la bataille de Waterloo.
Revenu sur le trône, Louis XVIII honora, mais sans ostentation, les anciens combattants contre-révolutionnaires, distribuant des pensions, des décorations et commandant pour le château de Saint-Cloud les portraits des principaux chefs de la Vendée et de la chouannerie.
En 1830, la mère du duc de Bordeaux, héritier du trône, essaiera bien de soulever à nouveau la « terre de la fidélité ». Mais le pouvoir règlera vite cette affaire. Traquée par la police de Louis-Philippe, la duchesse sera découverte, cachée derrière une plaque de cheminée dans un appartement de Nantes…
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Après une rapide évocation des guerres civiles de Vendée de 1793-94, l’intrigue se déroule entre 1831 et 1832.
Filles jumelles et bâtardes d’un ancien combattant royaliste de 1793, le marquis de Souday, Mary et Bertha, auxquelles on prête, bien à tort, une sulfureuse réputation, sont surnommées «les louves de Machecoul». Loin de ces médisances, elles vivent sereinement leur solitude jusqu’au jour où le sort place sur leur chemin deux nouveaux personnages: le baron Michel de la Logerie, fils d’un bourgeois enrichi par l’Empire, et Marie-Caroline de Bourbon, duchesse de Berry, qui veut offrir le trône de France à son fils en réveillant l’esprit royaliste vendéen. Dès leur première rencontre, les jeunes filles s’éprennent de Michel qui, pour sa part, tombe sous le charme de la douce Mary et s’engage, par amour pour elle, aux côtés de la duchesse. Suite à un malentendu, Marie-Caroline croit Michel amoureux de Bertha et obtient du marquis son accord au mariage des jeunes gens, contre l’avis de Jean Oullier, lequel est lié par un lourd secret au père de Michel (on découvrira peu à peu que Jean, ayant découvert que le père du jeune homme avait dénoncé Charette, a rendu justice et assassiné lui-même le traître), et au grand désespoir de Mary qui choisit de s’effacer. Tandis que, d’ordres en contre-ordres, l’insurrection vendéenne échoue, les deux amants se retrouvent, s’avouent leur amour et obtiennent l’aide de la duchesse qui, consciente de son erreur, veut la réparer en parlant à Bertha. Mais le temps lui manque pour mette son projet à exécution: Bertha, qui doit pourtant rejoindre la duchesse pour l’informer qu’elle doit fuir, découvre que Michel a été trahi par le sournois Courtin. Elle court avertir le jeune homme, le surprend avec sa sœur, ne peut empêcher qu’il soit arrêté et cherche vainement à prévenir Marie-Caroline, arrêtée à Nantes. Dix ans plus tard, mariée à Michel, Mary recueillera le dernier souffle de sa sœur, cloîtrée dans un couvent et qui n’a jamais cessé d’aimer le jeune homme.
Dumas montre les ravages engendrés par les guerres civiles au sein d’une population divisée (population symbolisée par la famille Picaut, dont les deux frères sont dans des camps adverses). Les principaux partisans de la duchesse sont ceux qui combattaient déjà en 93, prisonniers d’un idéal révolu et inaccessible, alors que les jeunes gens à l’exception de Mary, Bertha et Michel semblent particulièrement absents. L’œuvre s’achève, dans le dernier chapitre, sur l’arrestation de Michel et le sauvetage par celui-ci de Jean Oullier et reprend dix ans plus tard, lors de l’épilogue, sans que l’on sache comment le jeune homme, pourtant condamné à mort, a pu échapper à son exécution. Dumas ne dit rien non plus sur la duchesse de Berry après son arrestation. Pourtant le destin peu commun de la princesse et la naissance surprenante d’un enfant illégitime pendant sa captivité étaient dignes de figurer dans le récit de Dumas.
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LES ROMANS DE LA CHOUANNERIE SONT SOUVENT DES ROMANS «EXOTIQUES» DANS LA MESURE OÙ ILS INSISTENT SUR LA SINGULARITÉ DES TERRES ET DES PEUPLES DE L’OUEST.
Les romans « chouans » opposent trois territoires :
- Un Paris lointain et menaçant, où des "brutes féroces", après avoir tué le Roi, se sont arrogé le pouvoir et tentent de soumettre à leurs lois des territoires qui ne se sentent nullement liés à cette "république" qui ne se manifeste qu’en envoyant ses "Bleus" massacreurs traînant derrière eux la guillotine.
- L’Angleterre, terre de refuge et pays dans lequel on met l’espoir d’une intervention libératrice. Hugo fait dire à Robespierre: «Vendéens et Anglais, c’est Bretagne avec Bretagne. Les hurons du Finistère parlent la même langue que les topinambous de Cornouaille».
- Un Ouest ténébreux, fermé sur lui-même, fidèle à ses valeurs et rebelle à tout changement. Alors que les révoltes se développèrent sur des territoires différents (Bretagne, Anjou, Poitou, Normandie), les romans ont tendance à confondre Vendée et Chouannerie, en privilégiant celle-ci, plus pittoresque.
Si la Bretagne est considérée comme le lieu essentiel de la révolte, même si celle-ci est née en Mayenne, c’est peut-être parce que le principal initiateur en fut un breton, le marquis de la Rouërie, dont le complot, pourtant, avorta. Mais c’est sans doute aussi parce qu’il était plus facile de créer une opposition entre la France parisienne et cette terre à l’identité forte, ancrée dans sa foi chrétienne et enracinée dans ses traditions. Il suffisait d’accentuer tous ces traits pour faire de ce pays une terre étrange, la « vieille rebelle » dont parle Hugo.
C’est Balzac qui insiste le plus nettement sur cet aspect de l’Ouest vu de Paris : « La Bretagne est, de toute la France, le pays où les mœurs gauloises ont laissé les plus fortes empreintes… Là, les antiquaires retrouvent debout les monuments des druides, et le génie de la civilisation s’effraye de pénétrer à travers d’immenses forêts primordiales. Une incroyable férocité, un entêtement brutal, mais aussi, la foi du serment ; l’absence complète de nos lois, de nos mœurs, de notre habillement, de nos monnaies nouvelles, de notre langage, mais aussi la simplicité patriarcale et d’héroïques vertus s’accordent à rendre les habitants de ces campagnes plus pauvres de combinaisons intellectuelles que ne le sont les Mohicans et les Peaux-Rouges de l’Amérique septentrionale, mais aussi grands, aussi rusés, aussi durs qu’eux. La place que la Bretagne occupe au centre de l’Europe la rend beaucoup plus curieuse à observer que ne l’est le Canada. Entouré de lumières dont la bienfaisante chaleur ne l’atteint pas, ce pays ressemble à un charbon glacé qui resterait obscur et noir au sein d’un brillant foyer. Les efforts tentés par quelques grands esprits pour conquérir à la vie sociale et à la prospérité cette belle partie de la France, si riche de trésors ignorés; tout, même les tentatives du gouvernement, meurt, au sein de l’immobilité d’une population vouée aux pratiques d’une immémorable routine.»
C’est ainsi que les romanciers se font souvent ethnologues :
- Hugo décrit les « carnichots », ces cabanes dans lesquelles les paysans vivent dans une demi-obscurité.
- Balzac décrit à ses lecteurs les objets utilisés par les « peuplades » de l’Ouest, par exemple les pichets à cidre.
- Balzac analyse leur religion qui, loin des « pompes de l’église romaine si flatteuses pour les sens », renoue avec les premières époques du christianisme, encore tout proche du paganisme. On vénère des « vierges de bois vermoulu » ; le catholicisme est rétréci aux dimensions de saints locaux comme saint Lescure ou saint Labre, sainte Anne étant présentée comme « la tante de Dieu à la mode de Bretagne ». Ces analyses suggèrent pourquoi ce fut une erreur de vouloir intégrer l’Ouest à une communauté « une et indivisible » fondée sur la « fraternité ». Les paysans y vivent en autarcie, chacun enfermé dans son lopin de terre ; les villages ne comportent que « quatre ou cinq habitations » délabrées ; chaque paroisse est en rivalité avec sa voisine. Cette juxtaposition d’individus ne se rassemble en « horde » que pour mener à bien un projet précis ou pour se livrer à la curée. Les chefs ne sont pas facilement acceptés et leur autorité reste incertaine ou provisoire. Le recteur de la paroisse est « le seul maître de ces esprits grossiers » (Balzac) ; sa voix peut entraîner « des milliers d’hommes » contre la République, dans une sorte de nouvelle croisade où les Vendéens, après s’être fait bénir, se battent « une main sur leur mousquet, l’autre sur leur rosaire ».

LA GUERILLA TELLE QU’ELLE SE PRATIQUAIT DANS LES PAYS DE L’OUEST COMPORTAIT TOUTE UNE PART DE MYSTÈRE QUI A SÉDUIT LES ROMANTIQUES
- Michelet le montre dans son Histoire de la Révolution française : « C’est, dans les bois et les brouillards de l’Ouest, la vaste guerre des ténèbres. Aux landes du Morbihan, le long des îles brumeuses, aux sombres fourrés du Maine, dans l’humide labyrinthe du Bocage vendéen apparaissent, sous formes douteuses, les premiers essais de la guerre civile. Une maison a été brûlée, un patriote assassiné et, là-bas, un autre encore. Par qui ? Nul n’osera le dire. La guerre qui, dans un an, amènera une grande armée sous les murs de Nantes, s’essaye encore timidement, au crépuscule ou la nuit. Ce sifflement, cette plainte, sont-ils la voix du hibou ou de la chouette ? Vous diriez l’oiseau de mort… Oui, et de la haie voisine brille et part un coup de feu. C’est une guerre de fantômes, d’insaisissables esprits. Tout est obscur, incertain. Les rapports les plus contradictoires circulent dans le public. Les enquêtes n’apprennent rien. Après quelque fait tragique, les commissaires envoyés arrivent, inattendus, dans la paroisse ; et tout est paisible : le paysan est au travail, la femme est sur sa porte, au milieu de ses enfants, assise, et qui file ; au col, son grand chapelet. Le seigneur ? on le trouve à table ; il invite les commissaires ; ceux-ci se retirent charmés. Les meurtres et les incendies recommencent le lendemain… » (VIII, 2)
- Alexandre Dumas, dans ses Mémoires, développe également ce thème : «Chaque buisson cachait un homme et son fusil ; devant, derrière, sur les deux côtés de l’armée en marche, les haies s’enflammaient, les balles se croisaient en sifflant, et les soldats tombaient avant d’avoir eu le temps de distinguer de quel côté soufflait cet ouragan de feu ! Enfin, las de voir s’entasser les morts au fond des défilés, les bleus s’élançaient de chaque côté, gravissaient le talus, escaladant la haie, et perdant encre, dans cet assaut, la moitié de leurs hommes ; puis, arrivés au faîte, ils voyaient subitement le feu cesser ; tout avait disparu comme par enchantement, et ils n’apercevaient plus, aussi loin que la vue pouvait s’étendre, qu’un pays dessiné gracieusement comme un jardin anglais, et, d’espace en espace, perçant le ciel brumeux de l’Ouest, la pointe aiguë d’un clocher couvert d’ardoises, ou, se détachant sur le fond vert des chênes, des hêtres et des noyers, le toit rougeâtre de quelque métairie.» (244)
- Au début de Quatrevingt-treize, Hugo transforme le bois de la Saudraie en une forêt « tragique », un lieu « épouvantable », avec ses « épaisseurs funestes », ses sentiers « tout de suite perdus », dans lesquel on rencontrait « des traces de campements, des places brûlées, des branches sanglantes ».
- C’est surtout le bocage, avec son labyrinthe de sentiers et de haies, qui se révèle angoissant pour les bleus exposés aux coups d’un ennemi invisible. Balzac, le premier, a su exploiter ce thème dans son roman : «Le sol est sillonné de ravins, de torrents, de lacs et de marais, hérissé de haies, espèces de bastions en terre qui font, de chaque champ, une citadelle. Ces haies si fleuries cachaient alors d’invisibles agresseurs, chaque arbre méditait un piège, chaque vieux tronc de saule creux gardait un stratagème.» (779)
- Barbey d’Aurevilly a tiré un effet comparable de «la sauvage et fameuse lande de Lessay», «au charme bizarre et profond», où, contrairement aux pays de bocage, aucun obstacle ne vient gêner la vue : «Placé entre la Haie-du-Puits et Coutances, ce désert normand, où l’on ne rencontrait ni arbres, ni maisons, ni haies, ni traces d’homme ou de bête que celles du passant ou du troupeau du matin, dans la poussière s’il faisait sec, ou dans l’argile détrempée du sentier s’il avait plu, déployait une grandeur de solitude et de tristesse désolée qu’il n’était pas facile d’oublier. […] Il aurait été difficile de choisir une place plus commode pour détrousser un voyageur ou pour dépêcher un ennemi. L’étendue, devant et autour de soi, était si considérable et si claire qu’on pouvait découvrir de très loin, pour les éviter ou les fuir, les personnes qui auraient pu venir au secours des gens attaqués par les bandits dans ces parages, et, dans la nuit, un si vaste silence aurait dévoré tous les cris qu’on aurait poussés dans son sein.» (557)
- Quant à Hugo, il a transformé la forêt bretonne en un monde fantastique, à cause des multiples caches qui y ont été creusées, dans lesquelles les chouans sont tapis : «Ce qu’étaient les forêts bretonnes, on se le figurerait difficilement : c’étaient des villes. Rien de plus sourd, de plus muet et de plus sauvage que ces inextricables enchevêtrements d’épines et de branchages ; ces vastes broussailles étaient des gîtes d’immobilité et de silence ; pas de solitude d’apparence plus morte et plus sépulcrale ; si l’on eût pu, subitement et d’un seul coup pareil à l’éclair, couper les arbres, on eût brusquement vu dans cette ombre un fourmillement d’hommes. Des puits ronds et étroits, masqués au-dehors par des couvercles de pierres et de branches, verticaux, puis horizontaux, s’élargissaient sous terre en entonnoir et aboutissaient à des chambres ténébreuses. Une des plus sauvages clairières du bois de Misdon, toute perforée de galeries et de cellules, où allait et venait un peuple mystérieux, s’appelait la Grande ville. Une autre clairière, non moins déserte en dessus et non moins habitée en dessous s’appelait la Place royale. Cette vie souterraine était immémoriale en Bretagne. Cela datait des druides et quelques-unes de ces cryptes étaient aussi anciennes que les dolmens.» (294)

LE THÈME DE LA GUERRE CIVILE A PERMIS AUX ÉCRIVAINS D’INTRODUIRE DANS LEURS ROMANS UNE ÉNERGIE, UNE VIOLENCE TOUTE ROMANTIQUE
Cette idée que les événements de la Révolution ont entraîné une transformation du genre romanesque par une rupture avec la fadeur des romans classiques se trouve dans une réplique que George Sand attribue au chef vendéen Saint-Gueltas, dans son roman Cadio: «Vous vous croyez encore au temps où l’on filait la soie et le sentiment dans les grands salons silencieux des châteaux ou sous les ombrages immobiles des vieux parcs. Un été de guerre civile, qui résume cent ans d’expérience, vous sépare déjà de cette saison des amours à jamais disparue. Si nos manoirs sortent de leurs cendres, si nos chênes abattus reverdissent, nous rentrerons chez nous bien différents de ce que nous étions avant cette tourmente. Dans ce temps-là, l’homme, sûr du lendemain, attendait sans fièvre et sans amertume, l’heure du berger et la femme, sûre d’elle-même, s’occupait à résoudre le mignon problème d’inspirer l’amour sans risquer une plume de son aile coquette. Mais le vautour de la guerre a passé sur vos pigeonniers, mes belles colombes, et il s’agit d’aimer avec tous les risques attachés à l’ivresse, ou de mourir dans la solitude… N’exigez donc pas de nous, qui sommes rouges de sang et noirs de poudre, les vertus des héros du pays du Tendre. Prenez-nous comme nous sommes, ivres de carnage et de désir, enfiévrés par la fatigue, la colère, l’enthousiasme et le danger.» (89)
Beaucoup de romans de la chouannerie offrent des scènes insoutenables de cruauté et de barbarie.
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- Dans L’Ensorcelée, ce sont des Bleus qui, après avoir arraché la peau du visage de l’abbé de la Croix-Jugan, «prirent de la braise rouge dans l’âtre embrasé et en saupoudrèrent ce visage qui n’était plus un visage ; le feu s’éteignit dans le sang, la braise rouge disparut dans ces plaies comme si on l’eût jetée dans un crible.»
- Élémir Bourges détaille le supplice infligé par des femmes à un soldat républicain : «Contre la porte était cloué un être humain, hideux, méconnaissable. Piqué au battant vermoulu, ainsi qu’une énorme chauve-souris, un soldat Bleu avait agonisé, sous les coups de la populace. Deux fiches de fer lui perçaient les mains, deux autres écartelaient ses jambes ; et l’on voyait saillir ses côtes une à une, par les déchirures de son habit. Un des yeux, grand ouvert, regardait devant lui, hagard, épouvanté ; et le trou de la bouche sous les narines, en semblant hurler de douleur, donnait au visage du misérable une expression effroyablement triste.» (15)
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- Le chevalier Des Touches se venge du meunier du Moulin bleu, qui l’a trahi: «D’une main tenant la tête de taureau du meunier, il la plaça entre ses deux genoux, en montant brusquement à cheval sur sa nuque. Puis ce fut quelque chose d’inattendu et de stupéfiant. Il prit, ayant l’homme entre les genoux, une des ailes du moulin qui passait et il l’arrêta net dans son passage ! Il y lia avec sa ceinture le meunier, qu’il avait couché sur toute la longueur de cette aile, laquelle, dès qu’elle ne fut plus contenue, reprit son grand mouvement, mesuré et silencieux. Le mouvement, l’air qu’il coupait en décrivant ainsi dans les airs le grand orbre de cette aile, qui l’y faisait monter tout à coup pour en redescendre, et en redescendre pour y monter encore, le firent revenir à lui. Il rouvrit les yeux. Le sang qui menaçait de lui faire éclater la face, comme le vin trop violent fait éclater le muid, retomba le long de son corps et il pâlit. Des Touches eut un mot de marin : "C’est le mal de mer qui commence", fit-il cruellement. Le meunier, qui avait d’abord ouvert les yeux, les referma comme s’il eût voulu se soustraire à l’horrible sensation de cet abîme d’air qu’il redescendait sur l’aile, l’implacable aile de ce moulin, remontant éternellement pour redescendre, et redescendant pour remonter… Le soleil, qui brillait en face, dut mêler la férocité de son éblouissement à la torture de cet étrange supplicié, qui allait ainsi par les airs ! Le malheureux avait commencé par crier comme une orfraie qu’on égorge… Mais bientôt il ne cria plus… Et il s’affaissa sur cette toile blanche du moulin, comme sur un grabat d’agonie… Il suait de grosses gouttes, que l’on voyait d’en bas reluire au soleil sur ses tempes… Au bout d’un moment Des Touches, en se plaçant bien en face, à trente pas, tira un coup de carabine si juste, quand l’aile du moulin passa devant lui, que l’homme, étendu sur cette cible mobile, fut percé d’outre en outre, dans la poitrine. Le sang ruissela sur la blanche aile qu’il empourpra et un jet furieux qui jaillit, comme l’eau d’une pompe, de ce corps puissamment sanguin, tacha la muraille d’une plaque rouge. Il n’avait pas menti, le chevalier Des Touches ! Il venait de changer ce riant et calme Moulin bleu en un effrayant moulin rouge.»
- George Sand n'est pas la seule à évoquer les massacres de Nantes: "Nous traversions un long faubourg brûlé par les Vendéens et devenu depuis un vrai charnier où on les fusillait par centaines. On n'avait pas encore ramassé ceux qui étaient tombés là dans la journée; les bras manquaient sans doute. La peste et la famine étaient ci, et ceux qui tuaient étaient à peine plus vivants que les morts. Les chiens affamés dévoraient les cadavres et les roues de la charrette les écrasaient…" (222)
- George Sand a aussi évoqué les terribles noyades de Nantes pour lesquelles "un ancien chartreux du couvent d'Auray" dirigeait la construction "des gabares destinées à être englouties avec les prisonniers qu'on y entassait" (222). "Les coups de hache résonnent sourdement sur les flancs de la gabare… Les ouvriers sautent dans des batelets. On coupe sans pitié les mains qui se cramponnent aux bourreaux. L'eau bouillonne autour d'un immense cri de détresse brusquement étouffé. Des chevelures brunes et blondes flottent un instant et disparaissent. Plus rien! La Loire est tranquille et contente: elle a bu ce soir, elle boira demain!" (228). Mais, d'une manière plus originale, George Sand a mis l'accent sur une scène particulière, des fillettes nobles qu'on a regroupées et déshabillées avant de les noyer dans la Loire : "Sur des marches glissantes et boueuses, il y a une troupe de jeunes filles pâles et nues; la plus âgée n'a pas quinze ans. Des hommes les poussent devant eux; elles ne savent pas pourquoi. Il y a en qui disent: "Mon Dieu, prenez donc garde, vous allez nous faire tomber dans l'eau!" Elles ne croient pas possible qu'on les y pousse exprès. Et cependant, on redouble; elle se rassemblent, faible barrière, elles s'imaginent qu'en se serrant les uns contre les autres et en criant toutes ensemble, elles résisteront et se feront comprendre. […] En voilà une qui tombe dans l'eau noire, infectée de tant de cadavres que la victime ne peut pas enfoncer, et puis une autre dont le poids l'entraîne… Mais qu'est-ce qui arrive? On cesse de les pousser, on tend la main à celles qui sont à moitié englouties. C'est le pardon peut-être? Non! c'est le comble du laid, ce qui vient là, c'est le dernier mot de la vengeance!. Une meute de vieilles femmes moitié louves, moitié limaces… Cela rampe dans l'ordure et cela a des yeux ardents: elles viennent demander la vie de ces enfants. Chose atroce! on la leur accorde en riant et en disant des choses obscènes que ces femmes seules comprennent. Et les voilà qui payent un droit, car elles sont patentées pour livà la prostitution les pauvres demoiselles nobles qui sont là…" (227)
- Sandeau dit clairement que la barbarie a été la même dans les deux camps : « De terribles représailles étaient commandées par la Convention à ses soldats victorieux; des femmes avaient été fusillées, massacrées sans pitié; cruautés horribles, mais dont les soldats vendéens avaient eux-mêmes donné l’exemple; car si, dans cette guerre, les deux partis se sont jeté à la face le reproche de barbarie, tous deux, aux yeux de l’histoire, l’ont également mérité. » (311)

LE THÈME PERMET DE SOLLICITER L’IMAGINATION DU LECTEUR EN PROPOSANT DES TABLEAUX TRÈS FORTS, TOUT À FAIT DANS LE GOÛT DU ROMANTISME
On est souvent proche d’une esthétique très cinématographique. Le roman le plus caractéristique sur ce point est le Cadio de George Sand, un récit en dialogues, mais qui se présente ni comme un roman, ni comme une pièce de théâtre. C’est comme une sorte de scénario de cinéma, fait d’une succession de "tableaux" se déroulant dans des cadres très variés, avec de nombreuses indications de mise en scène.
- Élémir Bourges, en situant son action dans les marais du pays de Retz, a su produire des effets fantastiques de brouillards nocturnes, par exemple lorsque s’avance, dans la nuit, la barque qui porte le cadavre de Goule-Sabrée : « La barque avançait lentement, déplaçant une eau lourde et noire comme l’eau du Styx. On y distinguait des ombres assises. L’un de ces hommes, par moments, jetait une poignée de paille dans la coque de fer suspendue à l’arrière, et la hautre flamme qui s’élevait illuminait tout le marais, découpant en noir, à l’avant, le paysan debout qui maniait la gaffe. La bise avait cessé ; des oiseaux qui s’envolaient des roselières venaient tournoyer autour du bateau et se brûler le bout des ailes ; cela faisait penser à des âmes dolentes formant cortège à quelque nocher infernal. » (85)
- Jules Verne construit une belle scène dans les grottes marines de Morgat où le mariage de Marie et du chevalier de Trégolan a été organisé clandestinement, tous les invités assistant à la cérémonie dans leur barque. « La grotte de Morgat a des profondeurs que le regard humain n’a jamais pu sonder, faute d’air respirable ; les torches qu’on y promène pâlissent d’abord et finissent par s’éteindre ; les êtres animés ne sauraient y vivre. Mais toute la partie antérieure de la grotte est vaste, aérée et d’un aspect grandiose. Les chaloupes entrèrent et se disposèrent circulairement le long des murailles de granit. Celles-ci, revêtues de roches rouges, prenaient des reflets de cornaline qui charmaient le regard. Au centre de la grotte se trouve un rocher isolé, un îlot de quelques pieds carrés sur lequel un autel avait été élevé ; quelques cierges brûlaient dans ses chadeliers de bois, et les dernières ondulations de la mer venaient mourir au pied de cet autel, tandis que les barques se balançaient au mouvement de la houle. […] Enfin le moment de l’élévation arriva ; le son de la clochette retentit ; les fidèles s’inclinèrent dans un profond recueillement, et le prêtre élevait au ciel l’hostie consacrée, quand tout à coup des cris retentirent au dehors ; Feu ! s’écria une voix. Et une décharge épouvantable éclata soudain. Les Bleus ! les Bleus ! s’écria-t-on de toutes parts… » (145)
- Dans Les Chouans, Balzac met en scène une messe clandestine au fond d’une forêt. « Un bassin demi-circulaire, entièrement composé de quartiers de granit, formait un amphithéâtre dans les informes gradins duquel de hauts sapins noirs et des châtaigniers jaunis s’élevaient les uns sur les autres en présentant l’aspect d’un grand cirque où le soleil de l’hiver semblait plutôt verser de pâles couleurs qu’épancher sa lumière et où l’automne avait partout jeté le tapis fauve de ses feuilloes séchées. Au centre de cette salle, qui semblait avoir eu le déluge pour architecte, s’élevaient trois énormes pierres druidiques, vaste autel sur lequel était fixée une ancienne bannière d’église. Une centaine d’hommes agenouillés, et la tête nue, priaient avec ferveur dans cette enceinte où un prêtre, assisté de deux autres ecclésiastiques, disait la messe… » Le recteur Gudin, «boute-feu de la guerre dans ces contrées», y lance une sorte de croisade contre les «Mahumétisches» et assure que «chaque Bleu jeté à terre vaut une indulgence».
- Les scènes d’incendie prennent des dimensions épiques, comme lors de la libération par les chouans du chevalier Des Touches, enfermé dans la prison d’Avranches : « En un clin d’œil, par le temps sec et chaud qu’il faisait, la flamme s’élança de cet amas de foin et, sortant avec une brusquerie convulsive du toit dont elle fit voler en éclat les ardoises, tant elle était immense, elle embrasa instantanément les épais tapis de lierre séculaires qui enveloppaient les tours, et elle les couvrit d’une robe de feu. Ces deux tours devinrent tout à coup deux monstrueux flambeaux-colosses, qui éclairèrent la place de l’un à l’autre bout et firent retourner les mille têtes de la foule. A cette lueur soudaine, un frisson de terreur immense passa électriquement que ces mille têtes comme un sillon de foudre, malgré la colère du combat ; car il ne s’agissait plus d’une poignée de Chouans à réduire, mais d’Avranches, d’Avranches qui pouvait brûler tout entier ! » (819)
- Hugo a développé une scène très forte dans Quatrevingt-treize : le marquis de Lantenac est assiégé dans la Tour-Gauvain par 45 000 bleus; la tour s’enflamme, alors que trois enfants y sont enfermés. «La fumée de noire était devenue écarlate, et une grande flamme était dedans ; cette flamme apparaissait, puis disparaissait, avec ces torsions farouches qu’ont les éclairs et les serpents. Cette flamme sortait comme une langue de quelque chose qui ressemblait à une gueule et qui était une fenêtre pleine de feu. Un souffle de vent passa et fendit le rideau de fumée et, dans la déchirure de la tragique bastille, soudainement démasquée, se dressa visible, tout entière, donjon, pont, châtelet, éblouissante, horrible, avec la magnifique dorure de l’incendie réverbéré sur elle de haut en bas.» (195)

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Pour imaginer la Tourgue qu'il a dessinée (voir à gauche), Hugo s'est inspiré de la tour Mélusine à Fougères |
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LES PERSONNAGES DE CES ROMANS SE RÉPARTISSENT ENTRE DES TYPES IMPOSÉS, MAIS RESTENT D’UNE GRANDE VARIÉTÉ
Certains romanciers ont tendance à montrer des oppositions politiques très tranchées (pour Hugo, par exemple, les villes auraient été républicaines et les campagnes contre-révolutionnaires). Mais d’autres, comme Balzac et George Sand, mettent en lumière de multiples nuances idéologiques à l’intérieur de chacun des deux camps.
Cinq types de personnages apparaissent dans les romans : l'aristocrate royaliste, le jeune révolutionnaire fanatique, le chouan, le soldat bleu et l'amazone.

Les romans offrent des portraits très variés et très nuancés d'aristocrates demeurés fidèles à la cause catholique et royale.
Jules Verne fait un portrait idéalisé du comte de Chanteleine, un homme bon et pacifique, guidé avant tout par le désir d'alléger les souffrances du peuple victime de la folie révolutionnaire : "Tout le pays vénérait son seigneur. Les habitants se croyaient plutôt les sujets du comte que ceux du roi de France, et cela se conçoit : ils n'avaient avec ce dernier que des relations désagréables, tandis qu'en toute occasion la famille de Chanteleine leur venait en aide." (37)
Dans le roman de Jules Janin, le comte Henri Baudelot de Derval veut se montrer digne de ses ancêtres en se comportant avec courage et loyauté, prêt à mourir avec élégance : "Le jeune Henri, avec un pareil nom à porter, ne fut pas des derniers à se rendre dans la première Vendée pour y protester, les armes à la main, contre les excès de la révolution. Baudelot se fit Vendéen tout simplement parce qu'il n'y avait pas alors autre chose à faire pour un homme de son nom et de son caprice ; il se battit comme on se battait là-bas, ni plus ni moins ; il était l'ami de Cathelineau et de tous les autres ; il assista à ces batailles de géants, il y assista en riant, et en chantant quand il s'était bien battu et qu'il n'entendait plus le cri des blessés."
Le Valcreuse de Jules Sandeau est, lui aussi, resté royaliste par loyauté : « Sans être ennemi de tout progrès, M. de Valcreuse avait accueilli avec tiédeur l’avènement des idées nouvelles. Il n’avait pas attendu les excès de la révolution pour se retourner du côté de la royauté ; il n’avait pas partagé l’engouement de la jeune noblesse pour les théories américaines. A ses yeux, le roi était inviolable, infaillible ; il n’admettait pas que son autorité pût être mise en question, que son droit pût être discuté. […] C’était un des derniers représentants de cette race de preux qu’on voyait rangés autour du trône comme autour d’un autel. (225) […] Il s’étonna que la province ne se fût pas soulevée en apprenant la captivité du roi, que les chefs des grandes familles ne se fussent pas concertés et demeurassent inactifs au fond de leurs châteaux. Il blâma hautement le parti de l’émigration : ce n’est pas, disait-il, en quittant la France que la noblesse peut la servir. Il blâma énergiquement les princes de n’être pas restés près du trône. Il pressentait la résistance que la Vendée devait opposer aux principes républicains ; il prévoyait que les seigneurs, bon gré mal gré, seraient tôt ou tard entraînés par les paysans et obligés de prendre les armes. » (260)
Dans le Cadio de George Sand, le comte de Saunières est un de ces aristocrates qui, "corrompus par la vie frivole et raisonneuse de Paris", avaient d'abord admis les idées nouvelles et "fait alliance avec les philosophes" (204) ; mais, dès les premières heures de la Révolution, sa piété et ses sentiments chevaleresques l'ont vite ramené dans le camp royaliste.
On peut le comparer à Gustave de Kernis, un autre personnage du Valcreuse de Sandeau : « Gustave de Kernis prit part à toutes les délibérations de cette jeune noblesse qui avait salué avec enthousiasme l’avènement des idées nouvelles, qui avait accueilli les premières pensées de la révolution avec ferveur, mais qui se retourna contre la révolution dès qu’elle vit le trône en péril. Par ses lumières, en effet, par son esprit de justice, de désintéressement et d’impartialité, cette génération appartenait à la démocratie ; par les traditions de ses aïeux, pour son dévouement chevaleresque, elle appartenait à la monarchie, corps et âme. Elle comprenait toutes les fautes de la royauté, toutes ses défaillances, toutes ses témérités ; elle était la première à lui adresser de sévères remontrances, et pourtant elle était prête à verser son sang pour le roi. Si la royauté avait pu être sauvée, si ses imprudences n’eussent creusé un abîme sans fond où elle devait s’engloutir, à coup sûr elle eût été sauvée par cette jeune aristocratie qui lui tendait la main tout en lui signalant le danger. » (114)
Dans Cadio, Saint-Gueltas s'est engagé contre la Révolution pour des motifs plus précis. Il a compris que l'idéal républicain d'égalité dissimulait en fait la volonté de la bourgeoisie d'imposer une nouvelle société inégalitaire où elle tiendrait les premières places et qu'au nom de la Liberté elle commençait à exercer contre le peuple un véritable despotisme ; aussi avait-il décidé de la combattre par tous les moyens, même avec l'appui de l'Angleterre, en s'appuyant sur les forces populaires. "On a exaspéré le sentiment populaire, on a mis en vigueur l’affreux décret de la Convention. On a brûlé les chaumières, égorgé les femmes et les enfants des insurgés absents ; on a dévasté leurs champs, détruit leurs bestiaux. Il faudra payer cher ces atrocités ! […] Le Breton, notre nouvel allié, est vindicatif, et le dictateur de Nantes semble avoir pris à tâche d’exaspérer ses passions. […] Je me fais fort de tenir dans mon Marais jusqu’au rétablissement de la monarchie. Les princes eux-mêmes peuvent venir y chercher un refuge et, de là, diriger une guerre qui embrasera la France d’un bout à l’autre. […] La civilisation que la France d’aujourd’hui appelle et désire, c’est la négation du passé que nous voulons rétablir. Elle veut l’égalité qui, selon nous, est la barbarie. Croyez-vous possible que le bourgeois, dévoré d’ambition, renonce à un état de choses qui lui ouvre toutes les carrières, et qu’il consente à rétablir nos privilèges, qui l’excluaient du concours ? Non, jamais plus le plébéien ne nous cèdera le pas de bonne grâce. Il faut donc nous annihiler devant lui et nous faire plébéiens nous-mêmes, ou il faut l’écraser et le réduire au silence. […] Nous, purs et solides enfants de la vieille France, nous sommes la race forte, la race qui doit courber les races bâtardes ou périr les armes à la main. […] Tous les moyens sont bons pour combattre la Révolution, même l’appel à l’étranger, qu’on a pris soin de nous faire accepter en nous proscrivant et en nous jetant dans ses bras. […] Nous soulèverons les provinces de l’Ouest sur une plus vaste étendue. Mais n’oubliez pas que, pour réussir, il nous faut refuser toute concession à l’esprit révolutionnaire et à la sensiblerie philosophique ; accepter la rudesse, la supersitition, la férocité du paysan qui donne son sang à notre cause, et le maintenir dans cet état de colère farouche où il puise son courage ; enfin accepter aussi, réclamer au besoin le secours de l’Angleterre, et voir sans préjugé ses vaisseaux foudroyer sur nos côtes ces nouveaux Français qui prétendent organiser une société sans roi, sans prêtres et sans nobles, c’est-à-dire sans frein d’aucun genre, et sans respect d’aucune supériorité.» (202-205) "La déesse Liberté est toujours montée sur son rouge piédestal, l'échafaud. Dans cet état de choses, le cri du peuple est étouffé. La guerre que font les chouans est une protestation outrée, mais sincère, contre le despotisme, qui leur est odieux. Nous nous croyons libres de protester à notre tour…" (296).
Dans son Quatrevingt-treize, Hugo, conformément à son idéologie et à son goût des contrastes, présente d'emblée le marquis de Lantenac, promu général des blancs dès son retour en France, comme un homme sans pitié : "Ne m'avez-vous pas dit que les gens d'Herbe-en-Pail avaient bien reçu les bleus ? Oui, mon général. Vous avez brûlé la ferme ? Oui. Avez-vous brûlé le hameau ? Non. Brûlez-le. Que faut-il faire des blessés ? Achevez-les. Que faut-il faire des prisonniers ? Fusillez-les. Il y en a environ quatre-vingts. Fusillez tout. Il y a deux femmes. Aussi." Cela rendra d'autant plus surprenant le dénouement où Lantenac se sacrifie pour sauver deux enfants menacés par les flammes.

Les Chouans que le nouveau régime assimile à des "brigands" sont caractérisés par leur vêtement gris, leur chapeau à larges bords, leurs longs cheveux, le cœur qui est brodé sur leur poitrine, leur rosaire. Ils se donnent des surnoms (Marche-à-Terre, Goule-Sabrée…). La chouette est leur totem ; ils lui empruntent son cri, qui leur sert à communiquer entre eux Ils combattent à mains nues et utilisent surtout des armes et rudimentaires, comme la "ferte" (le bâton), la hache ou le fouet.
L'image du Chouan est à peu près la même dans tous les romans.
Il apparaît dans Le Comte de Chantereine de Jules Verne sous le nom de Kernan : "C'était un paysan coiffé d'un bonnet de laine brune ; par-dessus, un chapeau à large bord, entouré d'un chapelet, maintenait dans l'ombre sa figure énergique et rude ; ses longs cheveux souillés de sang retombaient sur ses larges épaules ; des braies de toile descendaient en plis flottants jusqu'à ses genoux nus et rouges de froid ; au-dessous, des guêtres drapées se rattachaient par des jarretières multicolores ; ses pieds, engouffrés dans d'énormes sabots à demi brisés, reposaient sur une litète de paiulle et de sang. Une peau de bique jetée sur le dos du Breton complétait son costume ; le manche d'un coutelas sortait de sa ceinture à large boucle, et de la main droite il tenait son fusil par le milieu du canon. Ses vêtements déchirés, souillés, ensanglantés disaient assez le part qu'il avait prise aux derniers combats de l'armée catholique." (16)
Barbey d’Aurevilly présente de même un chouan rencontré sur la lande de Lessay : « Ce devait être un Chouan ! Ses vêtements étaient d’un gris semblable au plumage de la chouette, couleur que les Chouans avaient adoptée pour désorienter l’œil et la carabine des vedettes quand, au clair de la lune ou dans l’obscurité, ils se rangeaient contre un vieux mur ou s’aplatissaient dans un fossé comme un monceau de poussière que le vent y aurait charriée. Il portait des guêtres en cuir fauve qui lui montaient jusqu’au-dessus du genou, et son grand chapeau, rabattu en « couverture à cuve », couvrait presque entièrement son visage. Selon l’usage de ces guérillas de halliers, qui se reconnaissaient entre eux par des noms de guerre mystérieux comme des mots d’ordre, afin de n’offrir à l’ennemi que des prisonniers anonymes, rien, dans la mise de l’inconnu, n’indiquait qu’il fût un chef ou un soldat. Une ceinture, du cuir de ses guêtres, soutenait deux pistolets et un fort couteau de chasse, et il tenait de la main droite une espingole.» (585)
Les Chouans sont perçus par Balzac comme des « sauvages » : «Les paysans allaient pieds nus, ayant pour tout vêtement une grande peau de chêvre qui le couvrait depuis le col jusqu’aux genoux, et un pantalon de toile blanche très grossière. Les mèches plates de leurs longs cheveux s’unissaient si habituellement aux poils de la peau de chèvre et cachaient si complètement leurs visages baissés vers la terre qu’on pouvait facilement prendre cette peau pour la leur et confondre, à la première vue, ces malheureux avec les animaux dont les dépouilles leur servaient de vêtement. Leurs têtes étaient surmontées d’une sale toque en laine rouge, semblabe à ce bonnet phrygien que la République adoptait alors comme emblème de la liberté. Tous avaient sur l’épaule un gros bâton de chêne noueux, au bout duquel pendait un long bissac de toile, peu garni. D’autres portaient, par-dessus leur bonnet, un grossier chapeau de feutre à larges bords et orné d’une espèce de chemille en laine de diverses couleurs qui en entourait la forme. Leurs longs cheveux retombaient sur le collet d’une veste ronde à petites poches latérales et carrées qui n’allaient que jusqu’aux hanches. Sous cette veste ouverte on distinguait un gilet de même toile, à gros boutons. Quelques-un d’entre eux marchaient avec des sabots, tandis que, par économie, d’autres tenaient leurs souliers à la main.» (766) Le chouan chez Balzac devient presque un être mythique, bizarre, fantasmagorique, appartenant « plutôt à la féérie qu’à la vérité » ; surgis « du sein de la terre », il se fonde dans le milieu, gris comme le granit breton. « La grossièreté de cet homme taillé comme à coups de hache, sa noueuse écorce, la stupide ignorance gravée sur ses traits en faisait une sorte de demi-dieu barbare. Il apparaissait comme le génie même de la Bretagne. »
Les Chouans sont présentés volontiers comme des fanatiques qui se font des républicains une image démoniaque. Ainsi dans le roman d'Élémir Bourges : «[Pour les chouans] les Bleus sont pareils aux anciens païens. Ils renient Dieu pour leur male aventure et lui ont juré grande haine, et entendent le remplacer par une idole qu’ils nomment "Raison". Ils ont encore une autre idole qu’ils appellent en hébreu "Marat" et ils boutent son image sur les autels. Et ce qu’il chantent, c’est la chanson du Diable, pleine de blasphèmes et de reniements, et "la Marseillaise" on la nomme. Pour signe, ils portent la cocarde, qui est le signe de la Bête et par lequel ils se croient invincibles. Ils sont adonnés aux rapines, aux tromperies, aux homicides, aux paillardises de la chair, à toutes les perversités, crimes qu’ils font pour le dépit de Notre-Seigneur Jésus-Christ. Et leurs forfaits, parjures et félonies étant griefs et détestables, ils sont du souverain évêque pape Pie, et de plusieurs évêques, archevêques et cardinaux, damnés.» (66)
Ainsi, les romanciers ont tendance à présenter les paysans révoltés comme naturellement « sauvages ». Certains, toutefois, s'interrogent sur les raisons qui les ont poussés à un tel déchaînement de violence, telle George Sand : « C'étaient des gens paisibles, naguère, une population douce, économe, honnête et laborieuse. A présent, tous sont ivres, ils ont perdu la conscience du droit et le sens de la logique… Prêts à pleurer de tendresse ou à égorger sans savoir pourquoi… Très bons au fond, qui le croirait? Très enfants, aisément héroïques… Mais exaltés ou abrutis par des émotions trop fortes. La nature humaine ne comporte pas ce degré d'excitation. La République en a trop appelé aux passions… (111) On a exaspéré le sentiment populaire, on a mis en vigueur l'affreux décret de la Convention. On a brûlé les chaumières, égorgé les femmes et les enfants des insurgés absents; on a dévasté leurs champs, détruit leurs bestiaux. Le Breton est vindicatif, et le dictateur de Nantes semble avoir pris à tâche d'exaspérer ses passions » (202)

Barbey d'Aurevilly les montre sous l'aspect de « goujats horribles » : « Les discours des cinq réquisitionnaires de la République s’exaltaient de plus en plus à force de parler et de boire. Il se mêlait de temps à autre à ces discours les noms funestes de Rossignol et de Pierrot, de Pierrot surtout, ce Cacus dont les férocités avaient le grandiose de sa force et qui s’amusait à rompre, comme il eût rompu une branche d’arbre, les reins de ses prisonniers sur ses genoux. De pareils discours étaient bien dignes, du reste, de soldats irrités comme eux par le fanatisme et la résistance des guerres civiles, dont le caractère est d’être impitoyable, comme tout ce qui tient aux convictions. Dépravés par ces guerres implacables, ces cinq Bleus étaient de ces goujats horribles qu’on retrouve dans les bas-fonds de toute guerre, de cette inévitable race de chacals qui viennent souiller le sang qu’ils lapent après que les lions ont passé ! En un mot, c’étaient des traînards appartenant à ces bandes de chauffeurs alors si redoutées dans l’Ouest, lesquelles, par l’outrance de leurs barbaries, avaient rappelé, il faut bien en convenir, des représailles cruelles, comme ce seigneur de Pontécouvrant dont, au matin, on avait trouvé la tête coupée et déposée immonde et insultante raillerie dans un pot de chambre, sur une des fenêtres placées au levant de son château dévasté. » (594)
George Sand, comme elle le fait pour les « blancs », s'interroge sur les raisons qui ont pu pousser des gens du peuple à un tel degré de cruauté au nom de la République : « Si le peuple de Nantes, qui est honnête et laborieux, avait injurié les bourreaux et sauvé les victimes au nom de la République, la République ne se fût pas égarée. Mais, à Nantes comme à Paris, comme partout, le peuple tremblant s'est effacé et, parce qu'une poignée de meneurs d'émeutes s'est toujours trouvée là pour applaudir le meurtre et demander des têtes, les meneurs de la Convention ont mis leurs crimes sur le compte du peuple tout entier, disant qu'on lui jetait des têtes pour apaiser sa rage. » (223)

- Les chefs révolutionnaires
- Victor HUGO, dans son roman, oppose deux chefs républicains, Cimourdain et Gauvain.
Avec le personnage de Cimourdain Hugo fait le portrait du fanatique incapable de douter de la justesse de la cause qu’il soutient, en partie à cause de frustrations intim ; délégué par la Convention pour suivre les opérations de la guerre de Vendée avec le titre de « commissaire délégué du Comité de salut public », il veut que la République soit sans pitié. « Cimourdain était une conscience pure, mais sombre. Il avait en lui l’absolu. Il avait été prêtre, ce qui est grave. L’homme peut, comme le ciel, avoir une sérénité noire ; il suffit que quelque chose fasse en lui la nuit. La prêtrise avait fait la nuit dans Cirmourdain. Défense lui étant faite d’aimer, il s’était mis à haïr. Il haïssait les mensonges, la monarchie, la théocratie, son habit de prêtre ; il haïssait le pré »sent, et il appelait à grands cris l’avenir ; il le pressentait, il l’entrevoyait d’avance, il le devivait effrayant et magnifique ; il comprenait, pour le dénouement de la lamentable misère humaine, quelque chose comme un vengeur qui serait un libérateur. Il adorait de loin la catastrophe. Cimourdain savait tout et ignorait tout. Il savait tout de la science et ignorait tout de la vie. De là sa rigidité. Il avait la yeux bandés comme la Thémis d’Homère. Il avait la certitude aveugle de la flèche qui ne voit que le but et qui y va. En révolution, rien de redoutable comme la ligne droite. Cimourdain allait devant lui, fatal. Cimourdain avait, dans ces temps et dans ces groupes tragiques, la puissance des inexorables. C’était un impeccable qui se croit infaillible. Personne ne l’avait vu pleurer. Vertu inaccessible et glaciale. il était l’effrayant homme juste. » (188)
Dans un débat qui ressemble au « dialogue de l'épée et de la hache », Cimourdain et Gauvain s'affrontent et ce dernier développe une autre conception de la Révolution : « Liberté, Egalité, Fraternité, ce sont des dogmes de paix et d'harmonie. Pourquoi leur donner un aspect effrayant ? Que voulons-nous ? conquérir les peuples à la république universelle. Eh bien, ne leur faisons pas peur. A quoi bon l'intimidation ? Pas plus que les oiseaux, les peuples ne sont attirés par l'épouvantail. Il ne faut pas faire le mal pour faire le bien. On ne renverse pas le trône pour laisser l'échafaud debout. Mort aux rois et vie aux nations. Abattons les couronnes, épargons les têtes. la révolution, c'est la concorde, non l'effroi. Les idées douces sont mal servies par les hommes incléments. Amnistie est pour moi le plus beau mot de la langue humaine… »
- George SAND, elle aussi, oppose deux chefs républicains, Cadio et Henri de Saunières.
Cadio, comme le Cimourdain de Hugo, s'est persuadé de la nécessité de la Terreur et des dangers que font courir à la République ceux qui veulent pactiser avec les insurgés. « Si les jeunes généraux [républicains] se laissent entraîner à la sympathie que leur ont déjà trop inspirée la bravoure et l'obstination des Vendéens, le règne de l'égalité est ajourné de plusieurs siècles. » (306) « Je sais qu’il faudra revenir à la terreur rouge ou perdre la partie contre la terreur blanche. Jamais les aristocrates ne se rendront de bonne foi ; ils relèvent déjà la tête bien haut ! Voilà le résultat du baiser de la Jaunaye ! Je les ai vus à Nantes, ces partisans réconciliés ! Ils crachaient en public sur la cocarde tricolore, et il faudrait souffrir cela ! Notre sang paiera la lâcheté de la diplomatie des pacificateurs avides de popularité ! » (304).
Henri, lui, a pris le parti de la Révolution par conviction, tout en ayant conscience que l'idéal a été confisqué par des meneurs d'émeutes qui ont perverti le peuple. Mais il garde l'espoir d'un ralliement général à la République : « Je suis patriote, j’appartiens à la Révolution, puisque j’ai donné mon sang pour elle. Elle est ma religion et mon dieu… La République nous surmène ? C’est possible. Égarée ou sage, ivre ou méchante, malade ou folle, elle est notre mère, et une mère n’a jamais tort quand il s’agit de la défendre. Plus tard, quand je serai vieux ou infirme, je jugerai peut-être ses actes ; mais, tant que mon bras pourra soutenir un sabre, je me battrai pour elle…» (69) "Le moment va venir où nous pourrons fermer les registres de l’homicide, et Quiberon sera peut-être la dernière de nos tragédies. C’est alors que nous pourrons aider le gouvernement à entrer dans la bonne voie. C’est à nous, jeunes gens, c’est à nos généraux imberbes, fruits précoces ou produits instantanés de la Révolution, qu’il appartient de replanter l’arbre de la liberté tombé dans le sang. Plus de dictateurs hébétés par la rage des proscriptions et des supplices, plus d’hommes ivres de carnage pour nous diriger ! Ayons une république maternelle !" (305) "Nous comptons épargner les paysans quand nous les aurons mis dans l'impossibilité de se soulever et, quant aux meneurs et aux chefs, nous voulons tenter de les rallier à la patrie. » (293)
Toujours dans le roman de George sand, le capitaine Ravaud dénonce les dérives de la Révolution, qu'il met sur le compte des « commissaires délégués » que leurs nouveaux pouvoirs ont rendus fous : « J’ai l’ordre de brûler les chaumières et les forêts, de détruire les récoltes, de dévaster les champs, d’affamer le pays, de réduire les habitants au désespoir, et cela dans tout le pays insurgé, sans pitié pour les enfants, les vieillards et les femmes. Oui, c’est ainsi ! On nous donne des généraux ineptes qui n’ont jamais vu le feu. Le civil s’arroge le droit de contrôler le civisme du militaire. Un démagogue ceint d’une écharpe renverse les plans d’un officier expérimenté. Le premier venu parmi ces brutes féroces a le pouvoir de mener de braves soldats à la boucherie et, faisant le vil métier d’espion, il dénonce comme traître quiconque ose le contredire. » (66)

- Les aventurières, les amazones
Les femmes ont joué un rôle important dans la révolte bretonne ou vendéenne. Jules Verne le remarque lors de la fuite sur la route de Guérande : « Un grand nombre de jeunes femmes des plus nobles familles de la Vendée, de l'Anjou, du Poitou, de la Bretagne, celles qui avaient suivi leurs frères, leurs pères, leurs maris pendant la grande guerre, partageaient la souffrance des plus humbles paysannes. Quelques-unes de ces vaillantes filles, d'une bravoure à toute épreuve, protégeaient elles-mêmes les flancs de la colonne. Souvent l'une d'elle s'écriait : « Au feu ! les Vendéennes ! ». Alors, à la façon des Blancs, elles s'égayaient parmi les halliers de la route et faisaient le coup de fusil avec les soldats républicains. » (13)
- Dans le roman de Georges Sand : Louise de Saunières, la fille du comte, par goût du romanesque plus que par conviction politique, deviendra une héroïne de la cause vendéenne,
- Dans le roman d'Elemir Bourges, la Rebouteuse évolue avec aisance entre le clan des blancs et celui des bleus : « L’un des bords de son feutre était relevé et une longue plume rouge s’y contournait, suivant la forme du chapeau. Rien dans le costume un peu fantasque et théâtral de la jeune femme n’indiquait à quel parti elle appartenait. Elle portait, agrafé à son col, un manteau garni de fourrures, et flottant comme un dolman de hussard et, quand elle l’eut dépouillé, ainsi qu’un grand fichu plissé jusqu’à sa taille, elle apparut, svelte et légère, dans une amazone de drap gros vert, dont la queue était retenue par des cordons. Ses beaux cheveux, d’un blond cendré, lui tombaient en boucles frisées sur les épaules… » (77)
- Barbey d'Aurevilly a donné au personnage de Mlle de Percy toutes les caractéristiques de ces femmes engagées dans les luttes post-révolutionnaires : « Mlle de Percy avait été une des amazones de la Chouannerie. Elle avait plus d'une fois, sous des vêtements d'homme, servi d'officier d'ordonnance ou de courrier aux différents chefs qui avaient insurgé le Maine et voulu armer le Cotentin. Espèce de chevalier d'Éon, mais qui n'avait rien d'apocryphe, elle avait, disait-on, fait le coup de feu du buisson avec une intrépidité qui eût été l'honneur d'un homme. Bien loin que sa beauté ou la délicatesse de ses formes pût jamais révéler son sexe, sa laideur avait pu même quelquefois effrayer l'ennemi ! » (762)

CE CONTEXTE DE GUERRE CIVILE PERMET DE METTRE LES PERSONNAGES DANS DES SITUATIONS PARTICULIÈREMENT ROMANESQUES OU TRAGIQUES
Le ressort le plus fréquent consiste à établir des liens affectifs, surtout amoureux, entre personnages de camps opposés.
- Nodier : Pour échapper au massacre du 13 décembre au Mans, un jeune noble royaliste, dont les parents ont été victimes de la Révolution, s’habille en femme et vit sous ce déguisement auprès de la fille d’un républicain, Thérèse, dont il est amoureux.
- Nerval : Georges, un enfant abandonné à sa naissance par son père, le marquis de Fayolle, et sa mère, la marquise de Maurepas, est devenu républicain. Comme chef d’un détachement de la garde nationale, il se retrouve face à ses parents restés royalistes, d’abord face à son père, lors de l’attaque d’un château, puis face à sa mère qui est devenue abbesse du couvent dont il viole l’entrée sous prétexte de « libérer » les religieuses.
- Balzac : Marie-Nathalie de Verneuil a été chargée par Fouché de tendre un piège au marquis de Montauran venu en France pour coordonner les actions des insurgés; mais elle fait échouer sa mission par amour pour celui qu’elle devait perdre, comprenant trop tard qu’elle a été trompée par une fausse lettre qui l’a amenée à livrer son amant au chef des bleus; ils n’auront que le temps de s’unir clandestinement avant d’être abattus par les soldats républicains.
- George Sand : Louise, la fille du comte de Saunières, devenue royaliste par goût du romanesque, est fiancée à son cousin Henri, un républicain modéré ; pourtant elle est amoureuse du chef des Vendéens, le marquis de Saint-Gueltas ; alors qu’elle a dû conclure un mariage "pour la frime" avec Cadio, un républicain fanatique, elle épouse le vendéen Saint-Gueltas, sans savoir que la première femme de celui-ci est encore en vie… Le marquis de Saint-Gueltas, royaliste, est sur le point d’être fusillé près d’Auray ; sa femme, Louise, lui permet de s’échapper ; mais, comme elle refuse de partir avec lui, il revient prendre place parmi les condamnés et tombe sous les balles des bleus.
- Bourges : La veuve Jacquemine, fervente royaliste, a prononcé un « vœu » (« béni soit celui qui va entrer sous l’ombre de mon toit »). Or celui qui entre, c’est le républicain Gérard, le capitaine des bleus qui a tué son fils ; aussi, prisonnière de son vœu, doit-elle épargner celui qu’elle hait.
- Hugo : Un chef de la contre-révolution, le marquis de Lantenac, réussi à s’échapper d’une tour en flammes assiégée par les « bleus » ; mais, s’apercevant que trois jeunes enfants sont enfermés dans la tour, pris de compassion, il y pénètre à nouveau pour les sauver, se livrant ainsi aux soldats républicains.

LE ROMAN, EN S’INTÉRESSANT AUX INDIVIDUS ENGAGÉS DANS CETTE GUERRE CIVILE, VA MONTRER COMBIEN LA RÉALITÉ ÉTAIT PLUS COMPLEXE QUE LES IDÉES SIMPLISTES QU’ON A PU EN AVOIR.
1- Des républicains vertueux seraient venus libérer des populations opprimées et apporter dans les provinces les lumières de la Révolution (c’est l’idée de Michelet)
Michelet critique « ces pastorales qu’on nous a faites sur la vie patriarcale des contrées de l’Ouest avant la Révolution ». Jules Sandeau présente effectivement ainsi la vie dans les terres de l'Ouest : « Les idées nouvelles avaient naturellement peu d’accès dans un pays qui, loin de souffrir de l’ordre des choses qu’il s’agissait alors de renverser, n’en connaissait que les bienfaits, et s’en était fait une longue et douce habitude. Le cri de « Guerre aux châteaux ! » par exemple, quels échos, quelles sympathies pouvait-il éveiller sur une terre où les châteaux étaient la providence des chaumières ? Dans cette partie de la France, les derniers vestiges de la féodalité ne ressemblaient à rien de ce qui se voyait ailleurs. Ce n’était pas là qu’il fallait chercher les exactions de l’aristocratie. la noblesse qui, sur d’autres points du royaume, avait assumé sur elle tant de haines, était là chérie et vénérée de tous. Le seigneur était le père de ses paysans ; il les visitait, s’inquiétait de leurs besoins, chassait avec eux le loup et le renard, allait à leurs noces, servait de parrain à leurs enfants et s’asseyait familièrement à leur table. Paysans et seigneurs ne formaient, à proprement parler, qu’une seule et même famille. De mœurs simples et pures, nés presque tous dans la province où ils exerçaient leur pieux ministère, les prêtres donnaient l’exemple de la charité, si bien que l’on confondait dans un même sentiment d’amour et de respect la cure du pasteur et le manoir du gentilhomme. »
- George Sand affirme de même que les valeurs d’égalité et de liberté étaient indifférentes au peuple des campagnes : « Qu’importaient aux paisibles habitants du Bocage les mots d’affranchissement, de réforme et de liberté ? Aussi, quand la république, avec ses formes arrêtées et violentes, voulut les ployer sous sa règle de fer, se levèrent-ils comme un seul homme et, dès lors, éclata cette guerre de géants qui étonna l’Europe et fit pâlir d’effroi la Révolution dans son berceau sanglant. »
- Élémir Bourges souligne l’étrange paradoxe de ces « bleus » qui, pour faire le bonheur du peuple, sont amenés à multiplier les massacres et traînent derrière eux la guillotine.
- Pour Nodier, les vrais républicains se sont laissés déborder par les « absurdes rêveries de quelques forcenés » qui emprisonnent ceux d’entre eux qui, comme le président Aubert, se montrent trop humains ou trop honnêtes.
- George Sand, de même, souligne la protestation des vrais soldats républicains contre les « brutes féroces » que sont les révolutionnaires qui se sont arrogé le pouvoir : « On nous donne des généraux ineptes qui n’ont jamais vu le feu. Le civil s’arroge le droit de contrôler le civisme du militaire. Un démagogue ceint d’une écharpe renverse les plans d’un officier expérimenté. Le premier venu parmi ces brutes féroces a le pouvoir de mener de braves soldats à la boucherie et, faisant le vil métier d’espion, il dénonce comme traître quiconque ose le contredire. »
- D’ailleurs Jules Verne soupçonne que beaucoup de révolutionnaires agissaient moins par conviction que pour satisfaire des rancoeurs et des rancunes personnelles ; dans son roman, l’agent du Comité de salut public, l’horrible Karval, est un ancien domestique chassé pour vol qui veut avant tout se venger de son maître, un parfait honnâte homme.

2- Les Chouans se seraient sacrifiés héroïquement pour la défense de la Monarchie et de l’Eglise.
Jules Sandeau a bien compris que les campagnes ne se sont soulevées que lorsque les paysans ont été atteints dans leurs intérêts personnels : « La constitution civile du clergé avait profondément blessé les sentiments religieux du Bocage ; la mort du roi jeta dans la stupeur tous les paysans de ces campagnes. Cependant, malgré la sourde colère qui les agitait, ils ne songèrent pas encore à se soulever contre le gouvernement nouveau. La levée de trois cent mille hommes, décrétée par la Convention nationale le 25 février 1793, mit le comble à leur exaspération, et le jour fixé pour l’exécution de ce décret fut le premier jour de l’insurrection. Tout était préparé pour l’incendie ; ce décret fut l’étincelle qui l’alluma ; en un instant tout fut en feu. Les paysans, d’un commun accord, sans s’être même concertés, sommèrent les seigneurs de se mettre à leur tête et protestèrent, à main armée, contre la loi qui les frappait. Il fallait un cri de ralliement : le soulèvement se fit au cri de "Vive le roi!". Mais, en réalité, cette manifestation était dictée par l’intérêt personnel. Le sentiment de dévouement chevaleresque à la royauté, qu’on a prêté à tous les habitants du Bocage, n’existait que chez quelques jeunes chefs sans ambition, exaltés par leurs traditions de famille, âmes loyales et généreuses, passionnées pour le parti des vaincus, qui formaient seuls, à vrai dire, la partie glorieuse et poétique de cette guerre. » (274)
Balzac fait une analyse qui va dans le même sens : « Les insurrections de la chouannerie n’eurent rien de noble et l’on peut dire avec assurance que, si la Vendée fit du brigandage une guerre, la Bretagne fit de la guerre un brigandage. Le proscription des princes, la religion détruite ne furent pour les Chouans que des prétextes de pillage. Quand de vrais défenseurs de la monarchie vinrent recruter des soldats parmi ces populations ignorantes et belliqueuses, ils essayèrent, mais en vain, de donner, sous le drapeau blanc, quelque grandeur à ces entreprises qui avaient rendu la chouannerie odieuse ; et les Chouans sont restés comme un mémorable exemple du danger de remuer les masses peu civilisées d’un pays. »
George Sand : « Ils ne se levèrent pas, comme on l’a dit, comme on l’a cru, pour la restauration du trône. Sans doute on désigna ce but à leur ardeur ; mais ils eussent pris aussi bien les armes contre la monarchie si la monarchie se fût avisée de porter atteinte aux franchises de leur vie patriarcale. Ils s’armèrent pour l’indépendance de leurs foyers et de leurs autels et, en pleine république, l’insurrection vendéenne fut, dans son principe, le seul grand spectacle vraiment républicain que la France pût contempler. »
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En fait, toutes les causes envisagées par les historiens sont présentes dans les romans :
- une croisade de « croquants » suscitée par le clergé pour la défense de ses biens ;
- un complot royaliste qui prend appui sur la bienveillance des paysans à l’égard des gens des châteaux ;
- une jacquerie d’hommes vivant soit de contrebande et de brigandage, soit de la culture de leurs champs, ayant mal supporté l’abolition de la gabelle et les levées d’hommes à un moment où la terre avait besoin de leurs bras.
Ce qui apparaît moins dans les romans, c’est la bourgeoisie, « ces hommes qui poussent dans les ruines faites par la révolution » (formule que l'on trouve dans L'Ensorcelée), c’est la rancœur du peuple contre cette bourgeoisie, parce qu’elle était la seule à profiter des avantages procurés par la république (par l’achat des biens nationaux), parce qu’elle s’était installée dans les municipalités et les préfectures au détriment des anciennes « paroisses », enfin parce qu’elle obtenait plus facilement que les pauvres des exemptions de service militaire.
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Cette étude a été présentée lors de l'excursion littéraire du 7 juin 2008.

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