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Vendredi 20 mai 2016

LA LANGUE FRANÇAISE EN PARTAGE

par Henriette WALTER
professeur émérite de linguistique à Rennes


Association orléanaise Guillaume-Budé

 

Henriette Walter, ou l’inlassable pèlerin des langues

S’il vous prend le désir de connaître le parcours de cette dame, vous trouverez bien vite des photographies la montrant dans son activité favorite, l’exploration des mots sous toutes leurs facettes : à la tribune de l’U.N.E.S.C.O. aux Journées des Dictionnaires, ou au gré des salons du Livre, ici et au loin.
Un peu comme Alain Rey dans un proche domaine, elle ne cesse de porter, éclairer, compléter la genèse et le destin de notre langue.

  • Une impressionnante linguiste

Ses titres sont prestigieux : professeur émérite de linguistique à l’Université de Haute-Bretagne, directrice du laboratoire de phonologie à l’École pratique des hautes études à la Sorbonne, elle est aujourd’hui considérée comme une grande spécialiste internationale de phonologie.
Sa collaboration, dès les années 60, avec l’un des plus éminents du XXème siècle, André Martinet, a déterminé et confirmé son domaine de recherches. Ses travaux ont donné lieu à un Dictionnaire de la prononciation française dans son usage réel (1973), puis dans la décennie suivante, se sont orientés vers l’orthographe et les raisons de sa complexité. Cet ouvrage, Le Français dans tous les sens – prix de l’Académie française -  paru en 1988, ouvrait la voie à un souci marqué de vulgarisation, dans l’acception la plus noble du terme.
Par sa connaissance des langues, Henriette Walter  ferait presque concurrence à Champollion : elle en parle six couramment, et en comprend des dizaines d’autres. Née dans le bourg tunisien de  Sfax, elle apprit le français de sa mère, l’italien de son père, tout en glanant dans la rue les langues arabe et maltaise. Très tôt elle partit ensuite étudier l’anglais à la Sorbonne.

 

  • Une passion communicative

Un ouvrage collectif auquel elle a contribué en 2012 résume sa vision généreuse des mots comme creuset de notre humanité, dans ce qu’elle contient de plus universel : Manifeste pour l’hospitalité des langues. Ce titre pourrait illustrer tout projet francophone visant à fédérer les hommes.
Dans cet esprit, Henriette Walter s’est employée à mettre en lumière les innombrables connections, interactions et convergences qui édifient et vivifient une langue que l’on a tendance à croire naturellement pure, et distincte des idiomes lointains. Ainsi sa quête a-t-elle souligné la mosaïque et le métissage de notre langue française, en particulier dans ses Mots d’origine étrangère (1991), L’Aventure des mots français venus d’ailleurs (1998) ou dans Les Français d’ici, de là, de là-bas (1998).
Chacun, selon son savoir, peut prendre une part même minime à l’histoire et à l’évolution de l’Europe élargie, en ses multiples sillons. Henriette Walter a choisi d’explorer L’Aventure des langues en Occident, dans leur origine, leur géographie, leurs avatars, soulignant in fine leur parenté et leur spécificité.
Enfin, sans peur des tenaces résistances, et avec un grand sens de l’humour, cette linguiste a bousculé le vieux débat sur l’obsolescence des langues anciennes, en nous interrogeant : « Et si la latin était la langue de la mondialisation ? ». De façon toujours érudite et drôle, elle a fait paraître en 2014 une somme sur notre « A.D.N. latin » : Minus, lapsus et mordicus : Nous parlons tous latin sans le savoir.

  • Vers une linguistique populaire ?

De fil en aiguille, l’inlassable curiosité que suscitent  les mots a tourné à l’épopée, en particulier celle de la faune, vue à travers ses vocables multiples et pittoresques. Henriette Walter a ainsi opéré une  approche inattendue et fort attachante de notre micro et macrocosme, comme en témoignent les titres suivants : L’Étonnante Histoire des noms de mammifères, (2003), La Mystérieuse Histoire du nom des oiseaux : Du minuscule roitelet à l’albatros géant (2007), La Fabuleuse Histoire du nom des poissons : Du tout petit poisson-clown au très grand requin blanc (2011).

 

  • Une voix pour les Voix d’Orléans

Pour ouvrir la première édition des Voix d’Orléans le 20 mai, le titre de sa conférence La Langue française en partage, ne saurait mieux confirmer que la francophonie, autant qu’une question de langage, est une affaire d’hommes et de rencontres.