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Jeudi 7 janvier 2015

PALMYRE
Vie et mort d'une cité antique

par Annie SARTRE-FAURIAT et Maurice SARTRE
professeurs émérites d’Universités en histoire ancienne


Association orléanaise Guillaume-Budé

Désormais c'est au passé qu'il faudra parler de la cité de Palmyre, tout comme on parle, dans l'Enéide (II,325), de la ville de Troie détruite : "Fuit Ilium et ingens gloria" (c'en est fait d'Ilion et de son immense gloire"). En effet, à Palmyre, des tombes, des mausolées, des tours funéraires, le Lion d'Athéna, le temple de Baalshamin, le temple de Baal, l'Arc triomphal sont tombés victimes d'un fanatisme idéologique dont l'histoire, hélas, offre d'autres exemples. Songeons à la phrase par laquelle l'abbé Grégoire, en août 1794, terminait son Rapport sur les destructions opérées par le vandalisme : "Gravons dans tous les cœurs cette sentence : Les barbares et les esclaves détestent les sciences, et détruisent les monuments des arts ; les hommes libres les aiment et les conservent".

Notre devoir d'hommes libres est donc, maintenant, de faire en sorte que Palmyre continue d'exister, dans les livres, dans les images, dans nos souvenirs. C'est pourquoi notre association, pour l'évoquer, a fait appel à deux grands spécialistes de cette cité antique, qui appartient autant au mythe qu'à l'histoire. Le jeudi 7 janvier, Annie et Maurice Sartre, tous deux professeurs émérites, l'une de l'Université d'Artois, le second de l'Université de Tours, viendront nous parler de ce que fut Palmyre.

En 2008, dans un ouvrage de la collection "Découvertes Gallimard" (Palmyre, la cité des caravanes), ces deux auteurs présentaient en ces termes ce "port du désert" de Syrie: "Isolée au milieu du désert de Syrie, gardienne de ruines somptueuses, Palmyre a fait rêver les voyageurs tandis que l'épopée glorieuse et tragique de Zénobie alimentait les fantasmes sur cette prétendue reine de Palmyre qui, disait-on, avait défié Rome. Mais la réalité de Palmyre, c'est d'abord une longue histoire. À mi-chemin entre la Méditerranée et l'Euphrate, l'oasis construit peu à peu sa fortune grâce au commerce caravanier. Par elle transitent les marchandises venues de Mésopotamie, d'Inde, de Chine. Ville importante dès l'époque hellénistique (IIIe-Ier siècle av. J.-C.), Palmyre connaît son apogée durant la période romaine. Culture gréco-romaine, apports mésopotamiens, traditions locales araméennes, influences arabes se mêlent alors pour donner à la cité une allure sans pareille dans le monde antique. Ce métissage culturel s'exprime magistralement dans l'art et l'architecture de la ville et des nécropoles qui l'entourent."

Dans ce même ouvrage (p. 108), Annie et Maurice Sartre présentent les belles images de "quelques hommes et femmes de Palmyre figés pour l'éternité dans leurs plus beaux atours". "Pour l'éternité", avaient-ils écrit, car ils n'imaginaient pas alors que des siècles d'une immense histoire pourraient être abolis en peu de mois par quelques "infiniment petits" (c'est le terme qu'emploie V. Hugo dénonçant, dans son article de 1832 "Guerre aux démolisseurs", toutes les formes de vandalisme).

IL Y A VINGT ANS, NOUS ÉTIONS EN SYRIE, À PALMYRE

Gérard Lauvergeon et Geneviève Dadou

Retrouver le contact avec les photos est un plaisir multiplié. Revoir toutes ces images et ressentir longtemps après les émotions d'un voyage inoubliable ! Le 23 avril 1994, venant de Mari à travers le désert syrien, une quarantaine de Budistes découvrent Palmyre. Sous la lumière éclatante, c'est le squelette d'une ville immense, à l'urbanisme grandiose qui nous est offert dans la chaude couleur ocre de ses ruines, à proximité d'une vaste palmeraie et d'un piton rocheux. Toutes les richesses de cette cité caravanière prospère émerveillent : les grands tétrapyles, la colonnade, l'arc de triomphe, le théâtre, les temples, le musée. Non loin, les tours funéraires, tombeaux des familles illustres, marquent l'originalité profonde de Palmyre. Nous comprenons mieux l'aura, la puissance de Zénobie et son rêve fou de conquérir l'Empire. A côté, les beautés simples de la vie d'une oasis, les lavandières au bord d'un canal d'irrigation, les enfants conduisant un dromadaire.

Ce témoignage éblouissant et irremplaçable de la civilisation romaine aux confins de l'Empire, là où elle était toujours menacée et aléatoire comme à Doura Europos, au bord de l'Euphrate, est aujourd'hui soumis à la folie d'une organisation obscurantiste qui, après avoir assassiné Khaled Assaad, le directeur du site, a commencé la destruction de certains des monuments les plus prestigieux comme le temple de Bêl, l'arc de triomphe et les tours funéraires. La restitution en 3D ne pourra jamais compenser les dégâts portés à ce joyau de l'humanité que nous avons eu le privilège de parcourir avec Alain Malissard.


Pour aller plus loin :