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Association orléanaise Guillaume-Budé

Mercredi 13 janvier 2009

UNE SINGULARITÉ DANS
L'HISTOIRE DE L'EUROPE :
LA HONGRIE

conférence par Claude Michaud,
professeur émérite à l'Université de Paris-I
Panthéon-Sorbonne

CONFÉRENCES - DÉBATS - LECTURES - EXCURSIONS - VOYAGES

Ce mardi 19 janvier, la section orléanaise de l’Association Guillaume Budé accueille Claude Michaud, professeur émérite  d’histoire moderne à Paris I Sorbonne après avoir longuement enseigné à l’Université d’Orléans. Spécialiste de la monarchie des Habsbourg et de l’Europe centrale, il fait découvrir à un large public la « Singularité de la Hongrie dans l’Europe ». 

Le conférencier se livre d’abord à un large survol de l’histoire de ce peuple depuis l’an 894, date de l’arrivée dans la plaine pannonienne de 400 000 hommes  en provenance de la vallée de l’Ob. Après de nombreuses incursions vers l’ouest et après la défaite du Lechfeld face à l’empereur Othon (955), un Etat se stabilise avec la dynastie des Arpad : Etienne   (994-1038), converti à la foi chrétienne et coiffé de la couronne envoyée par la pape en l’an mille, fut canonisé en 1083. Ainsi la Hongrie, christianisée à partir de l’Allemagne, entrait dans la civilisation occidentale comme en témoigne aussi son écriture.

Le conférencier marque ensuite les grandes étapes. Les Arpad règnent jusqu’en 1301, poussant leurs conquêtes vers le sud (Croatie, Dalmatie), accordant la Bulle d’Or (1222) aux nobles révoltés puis subissant la catastrophique invasion mongole de 1241. Leur succède la monarchie angevine (1310-1395) comme à Naples avec l’adoption du forint (florin). L’âge d’or est le règne de Mathias Corvin (1458-1490) qui introduit la Renaissance italienne en Europe centrale. Son œuvre est démolie par des forces centrifuges et par l’irruption des Turcs de Soliman le Magnifique qui, après la bataille de Mohacs (1526), mettent fin à l’indépendance de la Hongrie. Les armées impériales du Prince Eugène en opèrent la reconquête après 1683 mais la Hongrie tombe alors sous la coupe des Habsbourg qui affirment leur emprise administrative, politique, économique et religieuse, tout en maintenant l’existence du royaume. L’apaisement est consolidé par la création de la Double Monarchie en 1867. En 1920, le traité de Trianon ampute la Hongrie des 2/3 de son territoire et d’une partie de sa population. Le choix du camp allemand jusqu’au bout en 1945 ne lui permet pas de trouver grâce aux yeux des vainqueurs et l’occupation soviétique sous couvert d’une démocratie populaire se traduit par le démantèlement de l’économie, des confiscations, des restrictions et de grands procès, jusqu’au soulèvement de 1956. La dictature molle de Kadar conduit au socialisme du goulash et, en ouvrant ses frontières vers l’Ouest en 1989, la Hongrie fait tomber le rideau de fer.

Claude Michaud peut alors montrer les originalités de ce pays.

D’abord les armoiries : elles comportent la double croix des Arpad et la Sainte Couronne, aujourd’hui abritée sous la coupole du Parlement après bien des tribulations, continue à symboliser la Grande Hongrie bien que celle-ci fût devenue une République. Les rapports avec les Habsbourg, rois de Hongrie, restent forts comme en attestent la « sissimania » et l’aura du deuxième fils de dernier Empereur, Charles 1er, ambassadeur tacite de la Hongrie dans le monde. De même, dans la « joyeuse baraque du socialisme », le K und K de Kadar und  Kreisky faisait référence à Königlich und Kaiserlich.

Le magyar, langue finno-ougrienne, en parenté avec celle de la Finlande et de l’Estonie, a été conservée en dépit de toutes les contaminations, de même que le vocabulaire essentiel (environ 1500 mots dont beaucoup, fondamentaux, ont trois lettres). Certes, sur le parcours vers la plaine pannonienne, des mots de turc ancien (élevage, viticulture) ou d’iranien (lait, vache) subsistent. Plus récemment, l’allemand, par la domination des Habsbourg et par la colonisation paysanne, ainsi que le slave ont exercé leur influence. La langue neutre a été le latin et la Diète a délibéré en latin jusque dans les années 1840 ! Cependant, le magyar est un élément de l’unité nationale. Aussi, quand Joseph II a signé l’édit de 1784 imposant l’allemand dans l’administration, il dut faire face à une réaction violente.  L’ennui, c’est que, dans la Double Monarchie, les Hongrois ont voulu imposer leur propre langue aux peuples qu’ils dominaient (Croates, Roumains, Slovaques, Ruthènes) alors qu’eux-mêmes étaient minoritaires. Lors de la Révolution de 1848, ils s’étaient retrouvés seuls et de ce fait vaincus, mais ils n’avaient pas retenu la leçon et ont refusé jusqu’à la guerre de faire droit aux demandes d’autonomie des autres peuples (sauf pour les Croates).

La religion façonne aussi l’âme hongroise. Ainsi le calvinisme, à partir de 1540, a nourri la propension à la résistance au souverain ou à Vienne en lui fournissant un cadre idéologique. Il faut obéir à Dieu plutôt qu’au tyran et Dieu suscite toujours un nouveau Moïse pour se débarrasser du tyran. Résistance et soulèvement font ainsi partie de l’identité hongroise (cf. 1956). Aujourd’hui, les protestants ne constituent que 20% de la population (Debreczen).

Il y a aussi un patriotisme catholique autour de Saint-Etienne et de la Vierge, compatible avec l’Empire d’Autriche.

À l’heure actuelle, les Hongrois sont 9 900 000 mais il faut ajouter un quart supplémentaire dans les pays limitrophes et 1 600 000 aux Etats-Unis. La douleur essentielle vient de Transylvanie, aujourd’hui à la Roumanie. Trianon, c’est hier, d’où un nationalisme encore à vif.

Vivement applaudi, le conférencier dut répondre aux questions et aux remarques, émanant notamment de personnes originaires de Hongrie.

 

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