Logo Budé Orléans

Association orléanaise Guillaume-Budé

Jeudi 22 novembre 2008

L'ACTUALITÉ POLITIQUE D'ANTIGONE
à travers le roman d'A. Döblin
Novembre 1918, une révolution allemande

table ronde : M. Vanoosthuyse (Univ. Montpellier)
& Yasmin Hoffmann (Université d'Orléans)

CONFÉRENCES - DÉBATS - LECTURES - EXCURSIONS - VOYAGES

Ce samedi 22 novembre, la parution du quatrième volume « Karl et Rosa » de la tétralogie d’Alfred Döblin « Novembre 1918 » est l’occasion d’une présentation autour du thème d’Antigone avec la participation de la traductrice, Yasmine Hoffmann, de l’Université d’Orléans et de Michel Vanoosthuysen, professeur à l’Université de Montpellier et préfacier de l’ouvrage.

Michel Vanoosthuysen et Yasmine HoffmannMichel Vanoosthuysen présente Döblin (1878-1957), plongé encore dans une relative ignorance mais qu’il estime du niveau de Thomas Mann. Beaucoup des textes de ce juif, homme de gauche mais sans parti, agnostique puis converti au catholicisme, ne sont pas encore traduits. Réfugié en France en 1933, il commence son roman historique en 1937 pour ne le terminer qu’en 1943. L’édition complète a une histoire compliquée puisqu’elle ne paraît qu’en 1978 en R.F.A. et en 1981 en R.D.A. Certainement parce que il ne fallait pas remuer ces souvenirs atroces mais aussi pour des raisons esthétiques. Ce n’est pas un roman classique comme ceux de Mann ou les ouvrages de Brecht.

Döblin a l’intuition d’un lien entre la répression féroce de l’insurrection par l’armée et le SPD et le triomphe nazi. Il n’épargne pas les Spartakistes et l’insuffisance de leurs chefs, mais avec une distance ironique mêlée de tendresse. Le sous-titre « UNE Révolution allemande » est opposé à LA Révolution française ou russe car c’est l’histoire en fait de l’ENLISEMENT de la Révolution allemande. Becker, le personnage central, explore une autre voie, celle du christianisme.

Döblin réfléchit aux évènements politiques à travers le mythe d’Antigone et c’est Yasmine Hoffmann qui prend la parole pour préciser ce thème posé par Antigone : quelle est la dette envers les morts ?

Dans les cent premières pages, Rosa, emprisonnée à Breslau, dialogue avec son fiancé mort sur le front russe, sans sépulture. Elle a une dette envers ce mort et elle-même, dans sa prison, est une enterrée vivante, comme Antigone condamnée à mort et qui célèbre ses noces avec un fiancé défunt. Ce fantôme s’insurge même contre elle, dans des pages hallucinées. C’est « Rosa la folle ». Et il y a l’épisode où Becker, professeur de Lettres classiques, blessé à la guerre, reprend ses cours dans son lycée dont le directeur est homosexuel. Celui-ci est tué par le père d’un élève et Becker se bat contre les autres enseignants, les élèves et leurs parents pour qu’il ait des obsèques dignes.

Dans cette œuvre, l’interrogation permanente est : Qu’est-ce que la loi ? Quand faut-il s’insurger ? Comment résister à la loi de la cité ? Jusqu’où aller dans la résistance ? En Grèce, Antigone représente la tradition contre la loi, au nom des valeurs anciennes ; chez Döblin, c’est au nom d’une vérité peu à peu découverte. Antigone est pour lui la matrice de la Révolution allemande.

auditorium bx-arts orleans

Les questions de l‘auditoire permettent de préciser certains points ou de modifier les éclairages :

  • Il y eut communauté de destin avec Hannah Arendt ; ils sont tous les deux passés par la France et lâchés par la III° Rép. Il n’y a pas de mention d’Arendt chez Döblin.
  • Pour Döblin, le massacre des Spartakistes annonce les massacres nazis.
  • Il faut souligner le caractère moderne du traitement de l’Antiquité chez Döblin. Y a t-il une place en ce monde pour les faibles ? Döblin n’a pas de solution car il n’est pas un doctrinaire. Il pose des questions, fait réfléchir mais ne propose rien de définitif.
  • Becker se convertit et va dans la démesure. Döblin exorcise cette dérive car il aime être enserré dans le catholicisme, ce qui ne l’empêche pas de vivre dans le siècle et de montrer une pugnacité politique.
  • Juif intégré non croyant, l’auteur découvre dans les années 20 la Pologne juive. En 1933, la question juive se pose pour lui mais il se tourne alors vers le catholicisme. Parce qu’il découvre le Christ en croix, symbole de la souffrance à Cracovie comme à Mende.
  • Döblin est inhumé à Housseras, dans les Vosges, auprès de son fils, brillant mathématicien et qui, soldat, a préféré se donner la mort plutôt qu’être fait prisonnier par les Allemands en 1940.

 

Retour au programme 2008-2009 © Association Guillaume Budé - section d'Orléans