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Association orléanaise Guillaume-Budé

Jeudi 13 novembre 2008

LES CAVALIERS DE L'ANTIQUITÉ

conférence par Michel WORONOFF,
président honoraire de l’Université de Franche-Comté.

CONFÉRENCES - DÉBATS - LECTURES - EXCURSIONS - VOYAGES

Le jeudi 13 novembre, la Section orléanaise de l’Association Guillaume-Budé a accueilli M. Michel WORONOFF, Président honoraire de l’Université de Franche-Comté et actuel directeur de l’Université ouverte de Besançon venu traiter un sujet original :

Le cheval dans les représentations antiques.

Photo chevalAlain MALISSARD a eu le plaisir de présenter son ancien collègue et ami de longue date, évoquant ses travaux dans le domaine homérique — dont sa récente traduction de l’Iliade et de l’Odyssée — et aussi ses connaissances dans le domaine équestre (le conférencier est à la fois cavalier et… éleveur, chose assez rare dans l’enseignement supérieur ; il est co-auteur du très beau livre édité chez Mazenod : “le cheval dans l’art”).

M. Michel Woronoff a, dans un premier temps, rappelé l’apparition relativement récente du cheval dans le monde hellénique après son arrivée au cours du 2e millénaire (avant notre ère) avec les populations indo-européennes venues de l’est et qui l’avaient domestiqué, comme en témoigne la première illustration de cette belle “chevauchée” : une statuette en terre cuite trouvée à Ugarit. La mythologie grecque atteste la domestication du cheval ; c’est Athéna qui crée la bride du coursier que la tradition fait naître de l’intervention de Poséidon : c’est elle qui dicte les règles et qui va donner naissance à l’art du dressage (on a même retrouvé le début d’un très vieux manuel écrit en hittite).

Preuves à l’appui, sur les dessins des amphores ou les sculptures des sarcophages, M. Woronoff a montré que le cheval était inséparable des mythes, que ce soit à propos des Amazones (fantasme des Achéens virils ou souvenir d’une filiation matrilinéaire en Asie ?) ou des Centaures — ambigus, puisque représentés comme sages, tel Chiron, ou proches de la bête, tel Nessus tentant de violer Déjanire (s’agit-il d’une réminiscence lointaine des razzias perpétrées par les cavaliers thessaliens ?) Ce qui est sûr, c’est que le cheval apparaît dans l’Iliade, donc à une époque où il y a des cavaliers et, s’il faut en croire Homère, des combats de char. Les figurines des cratères corinthiens donnent des indications précieuses : on y voit un Hector partant au combat, dans la posture du parfait cavalier, des attelages à deux chevaux, ou encore des quadriges, avec deux chevaux “timoniens“ et deux “extérieurs” que l’on maintient à la bride (comme dans la magnifique amphore d’Exekias). En les observant, ainsi que les statues de bronze de la même époque — dont les chevaux à la crinière impeccablement peignée sur la frise du Vase de Vix —, on remarque que les animaux sont de petite taille (30 à 40 cm de moins que de nos jours), mais de fort belle race.

Photo de Michel WoronoffNotre guide (j’allais dire : notre aurige) nous a conduit à travers les grandes étapes de la civilisation grecque en s’arrêtant aux relais constitués par les œuvres d’art : ainsi la destruction de l’Acropole par les Perses en -480 est évoquée grâce à un ex-voto des fils de Pisistrate qui représente un cavalier sur son cheval en parfaite symbiose ; sur une coupe d’Euphronios, on voit un cheval qui danse, digne du Cadre Noir de Saumur ; l’âge d’or du Siècle de Périclès est symbolisé par la célèbre frise du Parthénon figurant le cortège des Panathénées précédé des Cavaliers, “l’hymne le plus exaltant consacré au cheval“ — à ce sujet M. Woronoff insiste sur la grande vérité anatomique de ces sculptures donnant à chaque animal son allure spécifique. Nous avons retenu pour la période post-classique et hellénistique quelques témoins remarquables : le cheval du mausolée d’Halicarnasse avec son harnachement et ses phalères, Alexandre impérial sur son cheval à la bataille d’Issos, sur la célèbre mosaïque, copie d’un tableau de Philoxenos, sur le sarcophage dit d’Alexandre, cet étonnant cavalier sur sa monture cabrée, et cet “aurige de l’Artemision” juché sur ”un cheval saisi dans son élan avec sa musculature et sa tête de pur sang arabe”.

Après la dernière image, celle des quatre chevaux de la Basilique Saint Marc à Venise, venus de Constantinople et attribués à Lysippe, M.Woronoff, après avoir rappelé que le cheval faisait partie intégrante des mythes, de la structure sociale et de l’art antique, a conclu par cette belle formule  : ”le monde grec a connu une véritable jubilation dans ses rapports au cheval”.

André Lingois

 

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