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Ce jeudi 23 octobre 2008, la parole a été donnée à Patrick Clastres, professeur d’histoire dans les classes préparatoires du lycée Pothier et à Sciences Po., spécialiste de l’histoire du sport, et qui vient de faire paraître en juin 2008 « Pierre de Coubertin, mémoires de jeunesse ». Il traite du rôle de Pierre de Coubertin dans la naissance et le développement du mouvement olympique.
D’entrée, le conférencier tient à balayer les « similitudes trompeuses » entre l’Antiquité et le monde contemporain car aujourd’hui nous mesurons les performances, les disciplines sportives sont réglementées et la médiatisation a, dès la fin u XIXème siècle, engendré le spectacle de masse et la mondialisation sportive. Les symboles actuels ont été inventés : marathon (Athènes 1896), drapeau (Stockholm 1912), serment olympique et médailles (Paris 1924), flamme (Amsterdam 1928), parcours de la flamme (Berlin 1936).
De vieille noblesse normande et monarchiste, P. de Coubertin (1863-1937), qui n’a pu entrer à Saint-Cyr et qui est peu sportif lui-même, voit dans le sport à l’anglaise un moyen de réformer la société en en préservant les valeurs aristocratiques et la suprématie sociale des couches supérieures. C’est aussi la possibilité de réaliser une carrière au moment où la gymnastique entre dans les lycées pour former un homme nouveau.
L’idée des Jeux olympiques lui vient en 1892, inspirée sans doute par sa participation aux Congrès de la Paix, le sport étant perçu comme un facteur de paix, mais dans la tradition anglo-saxonne, libérale et protestante et non celle de l’Internationale socialiste. Certes, l’idée était dans l’air : l’anglais Pratt proposait des rencontres internationales pour les étudiants et le communard Paschal Grousset avait lancé le concept des lendits scolaires en France. En juin 1894, une réunion internationale à la Sorbonne, avec les anglo-saxons, permet à Coubertin, soutenu par le grec Bikelas, de mettre sur pied un comité olympique (CIO) et de créer les premiers jeux à Athènes (1896), réservés aux amateurs et excluant les femmes.
Patrick Clastres déroule ensuite l’évolution de ces Jeux et de leur succès en marquant les temps forts et en suivant l’action de Coubertin, président du CIO de 1900 à 1925. Celui-ci, « libéral conservateur » et antidreyfusard modéré, a inventé une tradition en construisant, par relecture des Anciens, son olympisme. Confronté au sport professionnel (boxe, football, tennis), il combat le faux amateurisme (élimination de Jean Bouin, de Ladoumègue et de Nurmi) surtout après 1920. Mais le football professionnel triomphe après guerre et organisera la première Coupe du Monde en 1930. Le sport féminin qui tient ses premiers Jeux à Monaco en 1921 se développe en dehors du CIO. Cependant, les sports d’hiver qui s’organisent en Scandinavie sont intégrés aux Jeux en 1924 (Chamonix). Effrayé par le sport de masse, l’irruption de la publicité (Coca-Cola), et la médiatisation par la radio, Coubertin démissionne en 1925 de son poste de président. En 1928, le CIO ouvre les Jeux olympiques aux femmes à Amsterdam.
Les dernières années de la vie de Coubertin sont assombries par la disparition de sa fortune et par son attitude lors des Jeux de Berlin où, face à l’incroyable déferlement de la propagande nazie, il envoie ses compliments à Hitler. Cela peut s’interpréter comme la dérive d’un modéré qui n’a jamais aimé la République et qui a longtemps espéré le retour de la monarchie. Il meurt dans la misère en 1937.
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